Téhéran, ce jeudi 12 mars 2026 à 11 h 30. La télévision d’État iranienne, l’IRIB, a diffusé en direct le premier message officiel du nouveau Guide suprême de la Révolution islamique, l’Ayatollah Sayyed Mojtaba Khamenei, successeur de son père Ali Khamenei assassiné le 28 février dernier lors des frappes américano-israéliennes. Prononcé dans un contexte de guerre ouverte qui entre dans sa treizième journée, ce discours d’une vingtaine de minutes a immédiatement fait réagir les marchés pétroliers internationaux. Selon les données de Reuters diffusées en temps réel, les contrats à terme du brut Brent ont franchi le seuil symbolique des 100 dollars le baril, une hausse de plus de 7 % en quelques heures, directement liée à l’appel explicite du Guide à « exploiter toutes les capacités pour fermer le détroit d’Ormuz ».
Le message, lu d’une voix ferme devant un drapeau iranien et un portrait de son père, a été retransmis simultanément sur les chaînes nationales et les plateformes officielles. Il intervient seulement trois jours après l’annonce officielle, le 9 mars, par l’Assemblée des experts, de la nomination d’Ayatollah Mojtaba Khamenei comme troisième Guide suprême de la République islamique. Cette transmission marque le début officiel de son mandat au milieu d’un conflit qui a déjà vu des centaines de frappes aériennes américano-israéliennes sur des sites militaires, nucléaires et énergétiques iraniens, ainsi que des ripostes iraniennes contre des bases dans la région.
Dès les premières minutes, le Guide a insisté sur l’unité nationale. « Nous avons déjoué les tentatives de division du pays. Je remercie les courageux combattants qui ont contrecarré les tentatives de division du pays », a-t-il déclaré, rappelant que les services de renseignement américains eux-mêmes excluent désormais tout effondrement du régime. Il a ajouté que « les bases ennemies dans la région ont pour objectif de contrôler leurs pays », tout en affirmant : « Nous croyons en l’amitié avec les pays voisins, mais nous sommes contraints de continuer à viser les bases américaines qui s’y trouvent. »
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Un discours de fermeté face aux agressions passées
L’Ayatollah Mojtaba Khamenei a ensuite évoqué directement les crimes imputés à l’ennemi, en particulier « le crime de l’école de Minab ». Ce bombardement du 28 février sur une école de filles dans la province d’Hormozgan, qui a fait plus de 170 morts dont une majorité d’enfants selon les autorités iraniennes, a été qualifié de « crime » impardonnable. « Nous ne faillirons pas à nous venger des crimes commis par l’ennemi, notamment le crime de l’école de Minab », a-t-il martelé. Il a recommandé aux pays de la région de « fermer les bases américaines » et appelé le peuple iranien à « être présent avec force sur tous les fronts pour déjouer tous les plans des ennemis ».
Le Guide a insisté sur l’usage de tous les leviers économiques et militaires. « Il faut exploiter toutes les capacités pour fermer le détroit d’Ormuz », a-t-il ordonné, une phrase qui a immédiatement fait bondir les cours du pétrole. Il a également fait référence à la position du Conseil des experts, confirmée via l’écran de la République islamique, et appelé à une participation massive lors des cérémonies de la Journée mondiale de Jérusalem, prévue dans les prochains jours. « La participation populaire dans les places publiques, notamment lors des cérémonies de la Journée mondiale de Jérusalem, doit être remarquable et visible », a-t-il souligné.
Le front de la résistance, pilier de la stratégie iranienne
Une large partie du message a été consacrée au « front de la résistance », présenté comme « partie intégrante des valeurs de la Révolution islamique ». Le Guide suprême a salué explicitement les alliés de l’Iran dans la région. « Le Hezbollah, qui se sacrifie, est venu soutenir la République islamique malgré tous les obstacles. La résistance en Irak a suivi avec courage la voie du soutien à la République islamique », a-t-il déclaré, qualifiant ces pays de « nos meilleurs amis ». Il a ajouté que « la coopération entre les composantes du front de la résistance raccourcit le chemin pour se libérer de la sédition sioniste ».
Chaque phrase a été ponctuée d’un appel à la vengeance proportionnée. « Chaque martyr de notre peuple aura sa vengeance particulière », a-t-il promis. Le Guide a également annoncé que l’Iran « prendra soin et compensera les victimes des agressions contre notre pays ». En cas de refus de compensations par l’ennemi, « nous prendrons de ses fonds autant que nous le jugerons approprié, et si cela n’est pas possible, nous détruirons ses biens dans la même proportion ».
Les bases américaines dans le viseur et l’amitié conditionnelle avec les voisins
L’Ayatollah Mojtaba Khamenei a rappelé que l’Iran partage des frontières terrestres ou maritimes avec quinze pays et qu’il a « toujours souhaité entretenir des relations chaleureuses et constructives avec tous ». Mais il a immédiatement nuancé : « Nous sommes contraints de continuer à viser les bases américaines qui s’y trouvent. » Cette posture, qui combine ouverture diplomatique et menace ciblée, reflète la ligne de continuité avec la politique de son père tout en adaptant le discours à la guerre en cours.
Il a terminé par un appel spirituel, invoquant « notre Maître, le Sahib al-Zaman (que Dieu hâte son avènement) » pour qu’il prie « pour notre peuple durant les nuits et jours restants du mois béni, pour une victoire décisive sur l’ennemi, pour la dignité, l’aisance et la santé, et que nos martyrs obtiennent des rangs élevés dans l’au-delà ». La protection divine, a-t-il espéré, couvrira « le peuple iranien, tous les musulmans et les opprimés dans le monde ».
L’impact immédiat sur les marchés de l’énergie
La réaction des marchés n’a pas tardé. Moins d’une heure après la diffusion du message, les contrats à terme du Brent ont dépassé les 100 dollars le baril pour la première fois depuis le début du conflit, selon les cotations en temps réel rapportées par Reuters. Cette hausse s’explique par la crainte d’un blocage prolongé du détroit d’Ormuz, par lequel transite environ un cinquième du pétrole mondial. Les attaques iraniennes répétées sur des navires commerciaux dans le Golfe, combinées à l’ordre explicite du Guide de maintenir la fermeture, ont paralysé le trafic maritime.
Les analystes de Goldman Sachs, cités dans les flux d’information, avaient déjà averti que les prix pourraient dépasser durablement les 100 dollars si les flux d’Ormuz ne reprenaient pas rapidement. Barclays, de son côté, évoquait même un scénario à 120 dollars en cas de prolongation du conflit. Le WTI américain a suivi la même tendance, gagnant plus de 4 % dans la matinée. Les pays du Golfe, déjà touchés par des frappes iraniennes sur des installations pétrolières, ont vu leurs exportations chuter de manière spectaculaire.
Le contexte d’une succession en pleine guerre
Ce premier message intervient dans un climat d’extrême tension. L’ancien Guide Ali Khamenei avait été tué le 28 février lors d’une frappe aérienne conjointe américano-israélienne sur un site près de Téhéran. L’Assemblée des experts, sous forte pression des Gardiens de la révolution, a choisi son fils Mojtaba le 8 mars, une décision annoncée le 9 mars par la télévision d’État. À 56 ans, le nouveau Guide, longtemps resté en retrait, est décrit comme un hardliner proche des Pasdarans. Son accession a été saluée par des manifestations de soutien à Téhéran, mais aussi par des appels à la vigilance de la part de plusieurs chancelleries occidentales.
La guerre, déclenchée par les frappes initiales contre l’Iran, s’est étendue à plusieurs fronts. Des centaines de missiles et de drones iraniens ont visé des bases américaines en Irak, en Syrie et dans le Golfe. En retour, les opérations américano-israéliennes ont visé des sites nucléaires, des dépôts de missiles et des installations portuaires. Le bilan humain côté iranien reste tenu secret par les autorités, mais les organisations internationales estiment les pertes civiles et militaires à plusieurs centaines.
La mobilisation populaire, un pilier du discours
L’Ayatollah Mojtaba Khamenei a insisté sur le rôle du peuple. « Le peuple est présent et joue un rôle important ; aucun dirigeant ne pourra agir sans lui. Il faut maintenir l’efficacité et la présence du peuple dans tous les domaines », a-t-il répété. Il a appelé à une présence massive dans les places publiques et lors des cérémonies religieuses et politiques à venir. Cette dimension populaire vise à contrer toute tentative de division interne, alors que les services de renseignement américains avaient évoqué, avant le conflit, des risques d’instabilité.
Le Guide a également affirmé que « nos frappes puissantes ont fait disparaître l’illusion de l’ennemi de pouvoir contrôler et diviser notre pays ». Il a promis que, si la guerre se poursuivait, « des fronts seront activés où l’ennemi n’a aucune expérience ».
Les compensations aux victimes et la logique de représailles
Sur le plan intérieur, le nouveau Guide s’est engagé à « prendre soin et compenser les victimes des agressions contre notre pays ». Cette promesse concerne les familles touchées par les frappes, notamment celles de l’école de Minab, mais aussi les régions frontalières et les zones industrielles bombardées. L’Iran exige des compensations de l’ennemi ; en cas de refus, les mesures de rétorsion économique seront proportionnelles, comme l’a clairement indiqué le discours.
Les frontières et la diplomatie régionale
L’évocation des quinze pays frontaliers n’est pas anodine. L’Iran partage des limites avec l’Irak, la Turquie, l’Afghanistan, le Pakistan, l’Arménie, l’Azerbaïdjan, le Turkménistan, ainsi que des frontières maritimes avec plusieurs États du Golfe. Le Guide a réaffirmé le souhait de relations constructives, mais subordonné à l’absence de bases américaines. Cette position complique les efforts de médiation de certains pays comme Oman ou le Qatar, qui tentent de maintenir des canaux ouverts.
Les opérations militaires en cours et la pression sur le Golfe
Au moment où le message était diffusé, les Gardiens de la révolution ont confirmé de nouvelles attaques contre des navires dans le Golfe et des bases américaines en Irak. Des sources militaires iraniennes ont parlé de « frappes puissantes » qui ont « bloqué la route de l’ennemi ». Le trafic dans le détroit d’Ormuz reste quasi nul depuis plusieurs jours, avec des tankers déroutés vers le cap de Bonne-Espérance, augmentant les coûts de transport de manière exponentielle.
Les pays du Golfe, touchés par des frappes iraniennes sur des installations saoudiennes et émiraties, ont réduit leur production pour éviter des pertes supplémentaires. L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis ont officiellement averti Washington des conséquences d’une prolongation du conflit sur les prix de l’énergie.
Le soutien du front de la résistance, un atout stratégique
Le salut explicite au Hezbollah et à la résistance irakienne souligne l’importance de cet axe pour Téhéran. Malgré les difficultés logistiques dues aux frappes israéliennes au Liban, le Hezbollah a maintenu des opérations de soutien, comme l’a rappelé le Guide. La résistance irakienne, de son côté, a multiplié les attaques contre les bases américaines, contribuant à disperser les forces ennemies.
Ce discours renforce la cohésion de l’axe de la résistance, présenté comme un bouclier contre « la sédition sioniste ». Les analystes notent que cette rhétorique vise aussi à décourager toute tentative de défection parmi les alliés régionaux.
Les marchés pétroliers sous tension extrême
Au-delà du seuil des 100 dollars, les contrats à terme montrent une volatilité inédite. Les options de protection contre les risques géopolitiques se négocient à des niveaux records. Les compagnies d’assurance maritime ont multiplié par dix les primes pour les navires transitant près de l’Iran. Les stocks stratégiques des pays occidentaux sont mis à contribution, mais les analystes estiment que la paralysie d’Ormuz pourrait durer plusieurs semaines.
Les Bourses asiatiques et européennes ont ouvert en baisse, anticipant une inflation énergétique mondiale. Les compagnies aériennes ont déjà annoncé des hausses de tarifs carburant pour les vols long-courriers.



