Le Premier ministre libanais Nawaf Salam a durci jeudi 12 mars 2026 son discours sur la guerre en cours, en affirmant qu’il n’y aurait « aucun recul » sur l’objectif de reprendre à l’échelle de l’État la décision de guerre et de paix. Dans une adresse aux Libanais, il a assuré que l’exécutif travaillait « nuit et jour » pour stopper le conflit, alors que Beyrouth, sa banlieue sud, le Sud-Liban et la Békaa continuent d’être visés. Il a aussi dénoncé une « nouvelle aventure de soutien » qui n’a produit, selon lui, que « davantage de victimes, de destruction et de déplacement », tout en réaffirmant son soutien aux centaines de milliers de déplacés. Cette prise de parole intervient dans une séquence de forte intensification militaire, alors que Reuters rapporte de nouvelles frappes israéliennes à Beyrouth, plus de 600 morts au Liban selon les autorités et plus de 800 000 déplacés.
Nawaf Salam durcit sa ligne sur la guerre et sur l’autorité de l’État
Dans son nouveau message, Nawaf Salam ne s’est pas contenté de répéter que le gouvernement travaillait sans relâche pour obtenir un arrêt des combats. Il a donné à son intervention une portée plus politique en affirmant clairement qu’il n’y aurait « pas de recul » sur la nécessité de restaurer la décision de guerre et de paix au niveau de l’État. Cette formule constitue le cœur de son adresse. Elle vise à réaffirmer que le Liban ne peut plus, selon lui, rester un terrain ouvert aux conflits des autres puissances régionales. Dans le même mouvement, il a dénoncé ce qu’il a appelé une « مغامرة الاسناد الجديدة », autrement dit une nouvelle « aventure de soutien », dont le pays ne récolterait que des morts, des destructions et des déplacements forcés. Cette formulation renvoie à sa ligne politique déjà exprimée ces derniers jours, marquée par le refus d’un entraînement du Liban dans une guerre qu’il dit ne pas avoir voulue.
Cette déclaration prolonge et durcit une orientation déjà installée au sommet de l’exécutif. Le 2 mars, Reuters rapportait que Nawaf Salam avait annoncé l’interdiction des activités militaires du Hezbollah sur le territoire libanais après une nouvelle séquence de tirs contre Israël. Le même jour, plusieurs médias ont décrit cette décision comme un tournant majeur dans la volonté du gouvernement de réaffirmer le monopole de l’État sur l’usage de la force. La nouveauté, jeudi soir, tient au ton employé. Le Premier ministre ne parle plus seulement d’empêcher une escalade ou d’éviter un débordement. Il inscrit désormais le conflit en cours dans une bataille plus large sur la souveraineté politique du Liban et sur la capacité de l’État à reprendre la main sur un choix aussi fondamental que celui de l’entrée en guerre.
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Une adresse lancée alors que Beyrouth reste sous les frappes
Le contexte de cette déclaration lui donne un poids particulier. Reuters a rapporté jeudi qu’une frappe israélienne a visé un immeuble dans le quartier de Bachoura, au centre de Beyrouth, à environ un kilomètre du Grand Sérail, siège du gouvernement. Dans le même temps, l’armée israélienne a étendu ses ordres d’évacuation à de nouvelles zones du sud du Liban, sur fond d’élargissement de son offensive contre le Hezbollah. Dans ce cadre, lorsque Nawaf Salam dit s’adresser aux Libanais alors que Beyrouth est bombardée, il ne recourt pas à une formule dramatique abstraite. Il parle depuis une capitale frappée, alors que la guerre touche directement des zones centrales du pouvoir et de la vie civile.
Cette pression militaire explique la tonalité d’urgence du discours. Selon Reuters, les frappes israéliennes ont déjà fait plus de 600 morts au Liban et provoqué le déplacement de plus de 800 000 personnes d’après les autorités libanaises. Le Washington Post évoque de son côté plus de 680 morts, dont au moins 98 enfants, dans la seule dernière semaine, tout en soulignant l’ampleur du déplacement massif et la gravité de la crise humanitaire. Même si les bilans diffèrent légèrement selon les sources et leur heure de publication, tous décrivent une même réalité : le pays traverse l’une des plus fortes secousses militaires et humanitaires depuis la reprise de l’escalade. Dans ce climat, le discours de Nawaf Salam cherche à la fois à rassurer, à fixer une ligne d’autorité et à éviter que l’effondrement sécuritaire ne se double d’un effondrement politique.
« Tout le Liban est votre maison » : le message aux déplacés
Le Premier ministre a consacré une partie centrale de son intervention aux déplacés du Sud, de la Békaa et de la banlieue sud de Beyrouth. Il leur a répété que « tout le Liban est votre maison » et que l’État se tenait à leurs côtés. Il a précisé que le gouvernement avait travaillé, ces derniers jours, à l’ouverture et à l’équipement de centres d’accueil dans les différentes régions du pays, tout en reconnaissant que rien ne saurait compenser la perte d’un foyer, d’une terre ou l’arrachement imposé par la guerre. Ce passage s’inscrit dans une communication très calibrée : il cherche à opposer au risque de fragmentation sociale un discours de solidarité nationale, tout en admettant les limites matérielles de l’action publique.
Ce message prend une dimension concrète à la lumière des données humanitaires disponibles. Reuters rapportait le 6 mars, en citant le coordinateur humanitaire de l’ONU au Liban, qu’environ 100 000 personnes se trouvaient déjà dans 477 centres d’hébergement collectifs, tandis que de nombreux autres déplacés vivaient en dehors du dispositif officiel. L’agence soulignait aussi le manque de financement de la réponse humanitaire internationale. Depuis, l’escalade s’est encore aggravée. Le rappel de Nawaf Salam aux déplacés ne relève donc pas seulement de la rhétorique compassionnelle. Il tente de maintenir une cohésion nationale minimale dans un pays où l’ampleur des besoins déborde déjà les capacités logistiques et budgétaires de l’État.
Une attaque frontale contre un communiqué jugé « suspect »
Autre volet majeur de l’intervention : la dénonciation du texte diffusé au nom des « officiers nationaux ». Nawaf Salam l’a qualifié de communiqué « suspect », « étranger à l’esprit patriotique » et menaçant l’unité ainsi que le rôle national de l’armée. Il a ajouté qu’un tel texte n’avait sa place que dans le registre de la manipulation et du chantage. En choisissant de répondre aussi frontalement, le chef du gouvernement montre qu’il perçoit un risque sérieux de déstabilisation du débat interne, à un moment où l’armée demeure l’un des derniers piliers de continuité institutionnelle au Liban.
Ce passage s’inscrit dans une séquence où le pouvoir tente manifestement de sanctuariser l’institution militaire. Plus tôt dans la journée, le Premier ministre avait déjà dénoncé, dans une première déclaration, le caractère « suspect » de ce communiqué et mis en garde contre toute menace visant l’unité de l’armée. En répétant et en élargissant cette accusation quelques heures plus tard, il a choisi de hisser l’enjeu au rang de priorité nationale. Le signal est clair : au moment où le pays subit une guerre extérieure, l’exécutif refuse d’ouvrir un deuxième front, intérieur celui-là, autour de la légitimité militaire, de la hiérarchie de l’armée et de la cohésion des institutions.
Désinformation, haine confessionnelle et menace de fracture interne
Nawaf Salam a également consacré une partie importante de son allocution à la circulation de fausses informations, de rumeurs et de communiqués trompeurs sur les médias et les réseaux sociaux. Il a condamné avec force l’usage d’un langage de haine, de violence verbale et d’incitation confessionnelle, avertissant qu’un tel climat menaçait directement le tissu social et la sécurité intérieure. Le Premier ministre a tenu à préciser que la liberté d’expression reste garantie par la Constitution et les lois libanaises, tout en affirmant qu’aucune indulgence ne serait accordée à ceux qui s’en serviraient pour semer la division ou la discorde, annonçant même des poursuites judiciaires.
Dans le Liban de 2026, cette mise en garde n’a rien de secondaire. Le pays entre dans cette nouvelle guerre en étant déjà fragilisé par des années de crise économique, de polarisation politique et de méfiance envers les institutions. La peur du débordement communautaire est d’autant plus forte que les déplacements de population touchent des régions et des équilibres locaux très sensibles. En mettant sur le même plan le faux communiqué des « officiers nationaux », les rumeurs numériques et le langage sectaire, Nawaf Salam construit un même cadre d’alerte : pour lui, la guerre ne menace pas seulement le territoire et les civils, elle menace aussi le lien national lui-même. Cette lecture explique la dimension presque défensive de son intervention.
Le président Joseph Aoun et l’option diplomatique
Le Premier ministre a aussi évoqué l’initiative du président Joseph Aoun en matière de négociation, présentée comme une tentative pour sortir le Liban de la crise dans laquelle il a été entraîné. Cet élément relie directement son discours à la stratégie diplomatique en cours au sommet de l’État. D’après Reuters, le président libanais a été visé ces derniers jours par des avertissements israéliens exigeant du gouvernement qu’il empêche toute action du Hezbollah, sous peine d’une aggravation de l’offensive. Dans ce contexte, la référence à une initiative présidentielle de négociation vise à montrer que Beyrouth cherche encore une issue politique, malgré un rapport de force militaire extrêmement défavorable.
Cette ligne diplomatique trouve un écho à Paris. Le ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères a appelé le 10 mars toutes les parties à la retenue, au retour au cessez-le-feu du 26 novembre 2024 et au respect de la résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations unies. La France a aussi insisté sur la protection des civils, des infrastructures civiles et des personnels des Nations unies. Ces prises de position internationales ne modifient pas à elles seules la dynamique militaire, mais elles donnent un cadre politique au discours de Nawaf Salam : obtenir un arrêt des combats, préserver l’État libanais et empêcher que l’escalade ne devienne irréversible.
« Aucun recul » sur la guerre et la paix : une formule à forte portée politique
La formule la plus forte de l’allocution reste celle-ci : « aucun recul » sur la reprise par l’État de la décision de guerre et de paix. Dans le système politique libanais, une telle phrase dépasse largement la gestion immédiate de la crise. Elle touche à l’un des sujets les plus explosifs du pays : qui décide, en dernier ressort, de l’entrée en confrontation avec Israël, de la dissuasion, de la riposte et du niveau d’engagement militaire ? En réaffirmant que cette compétence doit revenir à l’État, Nawaf Salam s’inscrit dans une logique de recentralisation souveraine qui vise implicitement les acteurs armés non étatiques. Cette orientation rejoint sa déclaration du 2 mars sur l’interdiction des activités militaires du Hezbollah.
Le Premier ministre a par ailleurs repris un vocabulaire qu’il utilisait déjà avant l’escalade actuelle. Le 24 février, Reuters citait ses mises en garde contre une « autre aventure » susceptible d’imposer au Liban un coût insupportable. En parlant cette fois d’une « nouvelle aventure de soutien » dont le pays n’aurait tiré que ruines et déplacements, il transforme cet avertissement en bilan politique. Ce n’est plus seulement une crainte. C’est, dans son récit, la démonstration que le Liban a déjà payé le prix d’une logique qu’il refuse désormais de laisser se reproduire.
Un discours pour tenir le pays dans une séquence extrême
Au total, cette allocution de Nawaf Salam remplit plusieurs fonctions à la fois. Elle cherche d’abord à affirmer qu’un centre de décision politique existe encore, malgré les bombardements et le déplacement massif des civils. Elle vise ensuite à protéger l’armée de toute tentative de fragilisation symbolique ou politique. Elle veut aussi maintenir un langage national commun à destination des déplacés, dans un moment où les peurs locales, les tensions communautaires et la fatigue sociale peuvent devenir explosives. Enfin, elle fixe une ligne de souveraineté qui place la question de la guerre et de la paix au cœur du débat sur l’avenir de l’État libanais.
Reste que cette fermeté verbale se heurte à une réalité implacable. Reuters rapporte que le ministre israélien de la Défense a ordonné l’élargissement des opérations au Liban après de nouvelles salves du Hezbollah, en avertissant que si Beyrouth n’empêchait pas ces attaques, Israël agirait plus durement encore. Entre cette pression militaire, la crise humanitaire qui s’aggrave et la faiblesse structurelle de l’État, Nawaf Salam tente de préserver une ligne politique de désescalade sans apparaître impuissant. Son discours du 12 mars marque ainsi un moment charnière : celui où le chef du gouvernement ne parle plus seulement d’arrêt de la guerre, mais de rétablissement de l’autorité de l’État comme condition même de la survie politique du Liban.
Texte intégral du discours de Nawaf Salam, traduit en français
Le Premier ministre Nawaf Salam s’est adressé aux Libanais en ces termes :
« Je m’adresse à vous aujourd’hui alors que Beyrouth est sous les bombardements, tout comme sa banlieue, notre Sud et notre Békaa. Plus de dix jours se sont écoulés depuis le déclenchement de cette guerre contre laquelle nous avions longuement mis en garde, une guerre dans laquelle on a cherché à entraîner le Liban. Nous avons tenté par tous les moyens de l’éviter. C’est une guerre que nous n’avons pas voulue. Bien au contraire, nous travaillons jour et nuit pour y mettre fin. Nous ne pouvons en aucun cas accepter que le Liban redevienne un terrain livré aux guerres des autres. C’est dans ce but que le président de la République a lancé son initiative de négociation afin de sortir le Liban de la profonde épreuve dans laquelle il a été plongé. »
Il a ajouté :
« Je ne doute pas un instant que tous les Libanais aspirent à voir notre armée jouer pleinement son rôle en imposant l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire. J’ai toute confiance dans le fait que les Libanais ne croiront pas aux fausses informations diffusées aujourd’hui à propos d’un communiqué publié au nom des “officiers nationaux”, que certains tentent de promouvoir. Il s’agit d’un texte suspect, totalement éloigné du patriotisme. Bien plus, il menace l’unité de l’armée et son rôle national. Sa seule place est dans le registre de la manipulation et du chantage. »
Il a poursuivi :
« Je veux aussi mettre en garde les citoyens contre les fausses nouvelles, les rumeurs et les communiqués trompeurs relayés dans les médias et sur les réseaux sociaux, quels qu’ils soient. Je condamne également avec la plus grande fermeté l’usage du langage de haine, de la violence verbale et de l’incitation confessionnelle, d’où qu’ils viennent, car cela menace notre tissu social et notre sécurité intérieure. La phase que traverse notre pays est critique. Elle exige de nous tous vigilance et sagesse dans l’expression de nos positions et de nos sentiments, afin de protéger le pays contre les risques d’une division dévastatrice. Dans ce contexte, je tiens à souligner que la liberté d’expression est garantie par la Constitution et les lois, et qu’elle constitue l’un des fondements de notre vie nationale. Mais il n’y aura aucune indulgence envers ceux qui s’en servent pour semer la haine ou la discorde : ils n’échapperont pas aux poursuites judiciaires. »
Nawaf Salam s’est ensuite adressé aux déplacés :
« À nos centaines de milliers de compatriotes du Sud, de la Békaa et de la banlieue sud, contraints de quitter leurs maisons et leurs terres à la recherche de sécurité, je le répète : tout le Liban est votre maison et l’État est à vos côtés. Nous avons travaillé ces derniers jours à assurer des centres d’hébergement dans toutes les régions et à les équiper. Mais nous savons parfaitement que tout ce que nous pouvons offrir, aussi important soit-il, ne remplacera ni vos foyers ni cette terre précieuse dont vous avez été éloignés. Ayez confiance : nous travaillons sans relâche pour mettre fin à cette guerre et vous permettre de retourner chez vous le plus rapidement possible, dans des conditions sûres et dignes. »
Il a enfin conclu :
« Quant à l’ensemble des Libanais, je veux leur dire que je respecte et comprends l’inquiétude qui habite beaucoup d’entre vous quant à l’avenir du pays. Vous aussi, vous payez, même indirectement, le prix d’une guerre que vous n’avez pas choisie. Je comprends vos préoccupations et je vous affirme qu’il n’y aura aucun recul sur notre position consistant à reprendre la décision de guerre et de paix et à mettre fin à la nouvelle aventure de soutien, dont nous n’avons récolté que davantage de victimes, de destruction et de déplacement. Je renouvelle aussi mes remerciements à tous ceux qui ont accueilli leurs frères déplacés. Eux aussi, comme vous, sont les victimes d’une réalité qu’ils n’ont pas contribué à créer et sur laquelle ils n’ont pas été consultés. Enfin, j’adresse toute ma reconnaissance et ma gratitude aux pays frères et amis qui ont apporté rapidement une aide humanitaire et le soutien nécessaire pour alléger les souffrances de notre population. Que Dieu protège le Liban et son peuple. »



