Les derniers articles

Articles liés

Nawaf Salam recentre le gouvernement sur la guerre, les déplacés et l’aide sociale

- Advertisement -

Au terme du Conseil des ministres réuni au Grand Sérail, le Premier ministre Nawaf Salam a réaffirmé la ligne de son gouvernement : travailler à l’arrêt d’une guerre « imposée » au Liban, renforcer l’aide aux déplacés et soutenir les habitants restés dans les localités exposées. La séance a aussi débouché sur des décisions concrètes, dont l’approbation d’un prêt de 200 millions de dollars pour les filets de sécurité sociale et une allocation mensuelle en faveur des militaires d’active et des retraités.  

Un mois après le basculement dans une guerre plus large, le Conseil des ministres a voulu afficher une double ligne : fermeté politique sur la souveraineté de l’État, et gestion sociale d’une crise qui s’enracine. Devant les ministres, Nawaf Salam a rappelé que le gouvernement avait, dès l’origine, rejeté tout acte militaire hors des institutions légales et réaffirmé que la décision de guerre et de paix devait rester entre les mains de l’État. Il a de nouveau présenté le Liban comme le pays d’une guerre subie, et non choisie, en insistant sur la nécessité d’utiliser « tous les moyens disponibles » pour obtenir un arrêt des hostilités et mobiliser un soutien arabe et international plus large.  

Le chef du gouvernement a aussi durci le ton contre Israël, en estimant que l’offensive en cours ne se limitait plus à la poursuite des opérations militaires observées depuis l’accord de cessation des hostilités de novembre 2024. Dans son propos, les déclarations de responsables israéliens et l’action de l’armée israélienne traduisent des objectifs plus étendus, allant de l’occupation de nouvelles portions du territoire libanais à l’idée de zones tampons ou de ceintures de sécurité. Cette lecture vise à replacer la guerre dans un cadre politique plus large : celui d’une atteinte à la souveraineté, à l’intégrité territoriale et à la stabilité interne du Liban.  

Recommande par Libnanews
Indicateurs économiques du Liban

Suivez les principaux indicateurs économiques en temps réel.

Un discours centré sur l’État et le refus des guerres parallèles

Nawaf Salam a cherché à verrouiller la position officielle de l’exécutif. Son message est clair : le Liban ne veut pas être entraîné dans des conflits régionaux qui ne répondent à aucun intérêt national libanais. Dans cette logique, il a mis en garde contre tout ce qui pourrait lier le sort du pays à des guerres menées par d’autres acteurs régionaux. Cette formulation s’inscrit dans la continuité de la ligne défendue par le gouvernement depuis le début de son mandat, avec une insistance particulière sur le monopole de l’État en matière de sécurité et de décision stratégique. Reuters rappelait déjà début mars que Nawaf Salam avait publiquement affirmé la volonté de l’exécutif d’interdire toute activité militaire du Hezbollah en dehors du cadre étatique, en réponse à l’escalade régionale.  

Dans le même temps, le Premier ministre a évité d’enfermer son intervention dans le seul registre institutionnel. Il a aussi insisté sur le risque de fracture interne. Pour lui, l’une des priorités du moment consiste à empêcher que la guerre extérieure ne se transforme en tension civile sur le territoire libanais. D’où son appel à élever « l’esprit de solidarité nationale et de fraternité humaine » au-dessus des réflexes de méfiance, des discours de haine et des logiques de dénonciation réciproque. En d’autres termes, le gouvernement tente d’articuler la souveraineté de l’État, la cohésion interne et la gestion humanitaire dans un seul et même discours politique.  

Le passage le plus sensible de son intervention concerne les déplacés. Nawaf Salam a rappelé qu’ils sont les « premières et principales victimes » d’une guerre qu’ils n’ont ni décidée ni voulue. Le gouvernement entend donc obtenir un soutien accru pour leur hébergement, leur prise en charge et leur sécurité, tout en veillant à celle des populations hôtes à travers le pays. Ce point est central, car la crise du déplacement ne relève plus de l’urgence ponctuelle. Elle devient un fait structurant de la guerre, avec des effets sur les équilibres sociaux, l’économie locale, les services publics et le climat politique national.  

Un volet social assumé en pleine pression économique

La séance du Conseil des ministres n’a pas été seulement politique. Elle a aussi débouché sur des mesures de soutien social et financier. La plus importante concerne l’approbation d’une convention de prêt de 200 millions de dollars apportée par la Banque mondiale pour financer un projet de renforcement des filets de sécurité sociale. Cette décision s’inscrit dans un cadre plus large déjà validé par l’institution internationale : fin janvier, la Banque mondiale avait approuvé un financement de 200 millions de dollars destiné à soutenir les populations pauvres et vulnérables au Liban, dans le prolongement de l’effondrement économique entamé en 2019. Reuters précisait alors que ce financement faisait partie d’un ensemble plus vaste de 350 millions de dollars.  

Le gouvernement a également décidé l’octroi d’une aide financière mensuelle aux militaires en service actif ainsi qu’aux retraités de l’institution militaire. Dans le contexte libanais, cette mesure est politiquement importante. Elle vise à soutenir un corps considéré comme l’un des derniers piliers fonctionnels de l’État, tout en répondant à l’érosion du pouvoir d’achat des personnels en uniforme. Elle s’inscrit aussi dans la volonté plus générale des autorités de préserver la cohésion des institutions de sécurité au moment où la pression militaire, sociale et territoriale s’accentue.  

Le ministre de l’Information, Paul Morcos, a en parallèle détaillé la toile de fond économique de la réunion. Selon son compte rendu, le ministre des Finances a évoqué un environnement mondial dominé par la guerre, le ralentissement des échanges, la hausse des prix, en particulier du pétrole, ainsi qu’une baisse des rentrées en devises. Il a aussi signalé que la réponse internationale en matière d’aide était moins importante qu’en 2024. Ce diagnostic a conduit l’exécutif à envisager des ajustements budgétaires à la lumière de l’augmentation des besoins sanitaires, sociaux et de subsistance.  

Une économie sous tension et une diplomatie de l’aide

Le ministre de l’Économie a, lui aussi, dressé un tableau dégradé. Selon les chiffres présentés au gouvernement, l’économie libanaise subit déjà les effets d’une guerre imposée, avec une contraction estimée entre 7 % et 10 % d’après une étude de terrain en cours. Les autorités ont aussi souligné la montée du chômage, alimentée par l’ampleur du déplacement interne, ainsi que les risques liés à l’inflation, à la spéculation et aux pratiques de rétention de marchandises. Le gouvernement affirme toutefois que la situation reste, à ce stade, « sous contrôle » sur certains indicateurs, notamment en matière d’approvisionnement, grâce à des interventions du ministère de l’Économie contre la fraude et l’accaparement.  

Dans cette séquence, un autre signal mérite attention : le ministre des Finances doit se rendre à Washington avec une petite délégation pour rencontrer la Banque mondiale et tenter de mobiliser davantage d’aides, y compris par la conversion de certains prêts en aides humanitaires. Le choix de Washington n’est pas anodin. Il reflète la conviction du gouvernement que la gestion du choc actuel ne pourra pas reposer uniquement sur les ressources internes d’un État déjà affaibli par des années de crise financière. L’objectif est de transformer l’urgence humanitaire en levier de soutien international plus large.  

Ce recours à l’aide extérieure intervient dans un pays dont la vulnérabilité sociale est déjà massive. Les dernières publications de la Banque mondiale rappellent que le Liban a vu une grande partie de sa population basculer sous le seuil de pauvreté après l’effondrement de 2019, et que le renforcement des mécanismes de protection sociale est devenu une priorité structurelle, bien au-delà de la seule guerre actuelle. Autrement dit, le conflit ne crée pas la fragilité libanaise ; il l’aggrave et l’accélère.  

Journalistes, secteur de la santé et villages du Sud au cœur des alertes

Le Conseil des ministres a également consacré une partie de ses travaux au coût humain direct de la guerre. Selon le ministre de la Santé, cité par Paul Morcos, 95 attaques directes ont visé les équipes sanitaires, médicales et de secours. Dix hôpitaux auraient été touchés, cinq fermés de force, vingt centres de secours attaqués et 67 ambulances ou véhicules de secours endommagés. Le même bilan fait état de 53 morts et 137 blessés dans le seul secteur de la santé. Ces chiffres ont conduit le gouvernement à élargir la réflexion sur les voies de recours juridiques et diplomatiques face aux atteintes subies par les structures médicales et humanitaires.  

Sur ce point, Paul Morcos a aussi présenté ses démarches en faveur de la protection des journalistes, en rappelant un précédent mandat gouvernemental datant d’octobre 2025 sur l’examen des options juridiques liées aux agressions israéliennes contre la presse. Il a évoqué des contacts avec la Finul, l’Unesco, la coordinatrice spéciale des Nations unies et des représentants de l’Union européenne. Le Conseil des ministres a décidé de confier à la commission nationale du droit international humanitaire, présidée par le vice-Premier ministre Tarek Mitri, l’examen de ces dossiers, en coordination avec le ministère des Affaires étrangères, afin de porter les plaintes et les éléments documentés devant les enceintes internationales compétentes, notamment le Conseil de sécurité et le Conseil des droits de l’homme à Genève.  

Les besoins des villages restés en première ligne, notamment dans le Sud, ont également été soulevés durant la réunion. Le ministre de la Justice a insisté sur la nécessité de protéger les localités qui tiennent encore et de leur garantir des prolongements humanitaires, alimentaires et médicaux. Nawaf Salam, dans son allocution de clôture, a d’ailleurs adressé « la plus grande salutation » aux habitants restés dans leurs villes et leurs villages, en leur promettant que le gouvernement ne ménagerait aucun effort pour leur fournir les moyens de tenir. Là encore, le discours officiel associe fermeté nationale et assistance concrète.  

Une majorité gouvernementale qui veut afficher la cohérence

Au-delà des décisions techniques, le compte rendu de Paul Morcos a cherché à faire passer un message politique supplémentaire : celui d’une cohérence entre la présidence de la République et le gouvernement. Interrogé sur le fait que certaines réunions ne se tiennent pas au palais présidentiel, le ministre a assuré que cela traduisait au contraire l’accord entre le président Joseph Aoun et Nawaf Salam, en soulignant que « le gouvernement est un » et que l’action du chef de l’État sur le plan diplomatique avançait en parallèle de celle de l’exécutif. Cette insistance n’est pas anodine dans un Liban habitué aux rivalités institutionnelles. Elle vise à présenter l’heure comme celle d’un minimum d’alignement au sommet de l’État.  

Cette volonté d’unité se retrouve aussi dans la défense de « l’initiative présidentielle » évoquée par Paul Morcos. Selon lui, la proposition portée par Joseph Aoun pour mettre fin aux attaques israéliennes et à la guerre constitue l’une des rares séquences où le Liban parle d’une seule voix politique. Le gouvernement cherche donc à capitaliser sur cette rare clarté institutionnelle pour renforcer sa crédibilité extérieure. Dans un pays souvent accusé d’ambiguïté ou de fragmentation, l’exécutif veut apparaître comme porteur d’une position lisible : arrêt de la guerre, refus de l’occupation, aide aux déplacés, protection des civils et renforcement des institutions de l’État.  

Le Conseil des ministres de ce jeudi n’a donc pas seulement géré des urgences. Il a tenté de remettre en ordre un récit gouvernemental : celui d’un pays pris dans une guerre qu’il dit subir, d’un État qui veut reprendre la main politiquement, et d’un exécutif qui cherche en même temps à contenir l’effondrement social. Entre le prêt de la Banque mondiale, l’aide aux militaires, le plaidoyer pour les déplacés et la dénonciation des atteintes à la souveraineté, Nawaf Salam a voulu montrer qu’en temps de guerre, gouverner consiste encore à tenir trois fronts à la fois : le diplomatique, le social et l’institutionnel.  

- Advertisement -
Newsdesk Libnanews
Newsdesk Libnanewshttps://libnanews.com
Libnanews est un site d'informations en français sur le Liban né d'une initiative citoyenne et présent sur la toile depuis 2006. Notre site est un média citoyen basé à l’étranger, et formé uniquement de jeunes bénévoles de divers horizons politiques, œuvrant ensemble pour la promotion d’une information factuelle neutre, refusant tout financement d’un parti quelconque, pour préserver sa crédibilité dans le secteur de l’information.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

A lire aussi