Genève se profile une nouvelle fois comme le théâtre d’échanges diplomatiques cruciaux sur le dossier nucléaire iranien. Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a évoqué la tenue probable d’une nouvelle rencontre avec les représentants des États-Unis dès ce jeudi dans la ville suisse.
Ces propos, rapportés par l’agence nationale d’information libanaise ANI, proviennent d’une interview accordée à la chaîne américaine CBS News. Le chef de la diplomatie iranienne a déclaré : « J’assume que nous serons capables de formuler un texte pratique dans notre nouvelle réunion ce jeudi à Genève et de parvenir à un accord rapidement ».
Il a ajouté qu’un tel arrangement pourrait surpasser l’accord de Vienne de 2015, tant par son ampleur que par ses garanties. Selon lui, l’accord envisagé assurerait la nature strictement pacifique du programme nucléaire iranien tout en permettant la levée des sanctions économiques imposées à la République islamique.
Suivez les principaux indicateurs économiques en temps réel.
Ces déclarations interviennent alors que les pourparlers indirects entre Téhéran et Washington se poursuivent, sous médiation omanaise, dans un climat marqué par des tensions persistantes au Moyen-Orient. Le ministre a par ailleurs exprimé sa conviction que des éléments supplémentaires, allant bien au-delà des dispositions du texte de 2015, pourraient être intégrés au futur accord.
Les déclarations du ministre iranien des Affaires étrangères à CBS News
Abbas Araghchi, qui avait déjà participé aux négociations ayant abouti à l’accord de Vienne en 2015 sous l’administration Obama, a réaffirmé dans la même interview le droit souverain de l’Iran à l’enrichissement de l’uranium à des fins pacifiques. « Nous avons tout le droit de jouir d’une énergie nucléaire pacifique, y compris l’enrichissement », a-t-il souligné.
Il a insisté sur le fait que cette technologie, développée par les scientifiques iraniens, constitue une question de dignité et de fierté nationale. « Il n’existe aucune raison juridique de l’abandonner tant que le programme demeure pacifique et placé sous la surveillance de l’agence », a-t-il précisé, en référence à l’Agence internationale de l’énergie atomique.
Le diplomate a également évoqué la possibilité d’un accord rapide une fois le texte pratique rédigé lors de la rencontre de jeudi. « Nous pouvons travailler sur ces éléments et préparer un bon texte pour parvenir à un accord rapide », a-t-il déclaré. Il a par ailleurs indiqué que l’Iran travaillait encore sur une proposition de projet à soumettre à l’envoyé spécial américain Steve Witkoff.
Ces affirmations s’inscrivent dans le cadre de discussions qui portent exclusivement sur le dossier nucléaire, selon les précisions apportées par le ministre. Araghchi a rejeté l’idée que des pressions militaires puissent influencer les négociations. « Il n’y a aucun besoin de déploiement militaire, et un tel déploiement ne peut ni aider ni nous pressuriser », a-t-il affirmé.
Le cadre des pourparlers indirects facilités par Oman à Genève
Les négociations entre l’Iran et les États-Unis se déroulent sous forme indirecte, avec la médiation active du ministre omanais des Affaires étrangères, Badr al-Busaidi. Ce dernier a confirmé à plusieurs reprises le calendrier des rencontres à Genève, ville traditionnellement choisie pour sa neutralité et son rôle d’hôte dans les discussions internationales sur le nucléaire.
Des rondes précédentes se sont tenues dans la même ville au cours des semaines écoulées. La troisième série de discussions a notamment permis d’enregistrer des progrès sur des principes directeurs, selon les déclarations des parties. Des équipes techniques ont été chargées de commencer des travaux de revue à Vienne dès le lundi suivant certaines de ces rencontres.
Le format indirect implique que les délégations iranienne et américaine ne se rencontrent pas directement, les échanges passant par les médiateurs omanais. L’envoyé spécial américain Steve Witkoff, accompagné dans certains cas de Jared Kushner, a conduit les discussions du côté américain. Du côté iranien, la délégation est dirigée par Abbas Araghchi lui-même.
Ces pourparlers interviennent après des années d’impasse diplomatique. Ils visent à aboutir à un cadre qui réponde aux préoccupations mutuelles tout en préservant les intérêts de chacune des parties. Le ministre omanais a qualifié certains avancées de « percées majeures » dans des déclarations antérieures, notamment sur la question des stocks d’uranium enrichi.
L’historique du programme nucléaire iranien et de l’accord de Vienne de 2015
L’accord de Vienne, officiellement connu sous le nom de Plan d’action global commun ou JCPOA, a été conclu le 14 juillet 2015 entre l’Iran et les cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies, plus l’Allemagne et l’Union européenne. Ce texte imposait des limites strictes au programme nucléaire iranien : l’enrichissement de l’uranium était plafonné à 3,67 %, le stock d’uranium enrichi réduit à 300 kilogrammes, et le nombre de centrifugeuses opérationnelles considérablement diminué.
En contrepartie, la communauté internationale s’engageait à lever progressivement les sanctions économiques pesant sur Téhéran. L’accord était supervisé par l’Agence internationale de l’énergie atomique, qui disposait d’un accès élargi aux sites iraniens.
Le 8 mai 2018, les États-Unis, sous la présidence de Donald Trump, ont unilatéralement retiré leur pays de l’accord. Washington a rétabli et durci les sanctions, invoquant le caractère insuffisant du texte pour empêcher l’Iran d’accéder à l’arme nucléaire.
En réponse, l’Iran a commencé dès 2019 à réduire progressivement ses engagements. Le pays a d’abord dépassé la limite d’enrichissement à 3,67 %, puis atteint 4,5 % en 2020, avant de produire de l’uranium enrichi à 20 % en 2021. À partir de 2021, l’enrichissement a été poussé jusqu’à 60 %, niveau considéré comme proche du seuil militaire.
Le programme a également vu la reprise de l’installation de nouvelles générations de centrifugeuses plus performantes à Natanz et Fordow. Ces étapes ont été documentées dans les rapports successifs de l’Agence internationale de l’énergie atomique.
L’état du programme nucléaire iranien selon les rapports les plus récents de l’AIEA
L’Agence internationale de l’énergie atomique, organe de l’Organisation des Nations unies, a publié fin février 2026 un rapport confidentiel détaillant la situation du programme iranien. Selon ce document, l’Iran disposait avant les frappes de juin 2025 d’un stock de 440,9 kilogrammes d’uranium enrichi jusqu’à 60 % de pureté. Ce niveau représente une étape technique courte vers l’enrichissement à 90 %, seuil considéré comme militaire.
L’agence indique cependant qu’elle ne peut pas vérifier si l’Iran a suspendu toutes ses activités liées à l’enrichissement. En raison du manque d’accès aux sites, l’AIEA ne dispose d’aucune information précise sur la taille actuelle, la composition ou l’emplacement exact des stocks d’uranium enrichi.
Des activités ont été observées par imagerie satellite autour du centre de technologie nucléaire d’Esfahan, où une partie des stocks serait stockée. Des véhicules ont été repérés régulièrement à l’entrée du site. À Natanz, des panneaux ont été installés pour couvrir les cages anti-drones de l’usine pilote d’enrichissement de combustible.
Le site souterrain de Fordow, creusé dans une montagne près de Qom, et l’installation de Natanz, située près de Kashan avec ses halls souterrains abritant des milliers de centrifugeuses, font également l’objet d’observations. L’AIEA a confirmé des dommages récents aux entrées des bâtiments souterrains de Natanz, constatés grâce à des images satellites datant de début mars 2026.
Le directeur général de l’AIEA, Rafael Grossi, a souligné à plusieurs reprises l’absence de preuves d’un programme d’arme nucléaire en cours, tout en exprimant de sérieuses préoccupations quant à l’accumulation de matière enrichie à 60 % et au refus d’un accès complet des inspecteurs.
Les frappes de juin 2025 et leurs conséquences sur les installations
En juin 2025, des frappes menées par Israël puis par les États-Unis ont touché plusieurs sites nucléaires iraniens. Natanz a vu sa partie aérienne de l’usine pilote d’enrichissement de combustible détruite le 13 juin. Des impacts ont également été constatés sur les halls souterrains.
Le site de Fordow a subi des dommages importants dus à l’utilisation de bombes pénétrantes massives larguées par des bombardiers B-2. L’installation d’Esfahan, centre de conversion de l’uranium, a été frappée à la fois par Israël et par les États-Unis. Le réacteur d’Arak, en cours d’achèvement, a également été endommagé.
Abbas Araghchi a lui-même reconnu, dans des déclarations publiques en juin 2025, que les installations avaient subi des dommages « excessifs et sérieux ». Il a indiqué que l’Organisation iranienne de l’énergie atomique procédait alors à une évaluation complète des pertes.
L’AIEA a rapporté une contamination radiologique et chimique circonscrite à l’intérieur des sites de Natanz, sans impact radiologique externe. Des analyses de satellites ont par la suite montré que l’Iran avait recouvert certaines entrées de tunnels avec de la terre pour les protéger d’éventuelles nouvelles frappes.
Les exigences des États-Unis et d’Israël
Les États-Unis et Israël ont maintenu une position constante : l’Iran doit renoncer complètement à son programme d’enrichissement d’uranium. Washington et Tel-Aviv exigent l’abandon total de toute capacité d’enrichissement et le démantèlement des installations concernées.
Des responsables républicains au Congrès américain ont appelé à une exigence de « zéro enrichissement ». Le président Donald Trump a répété à plusieurs reprises que l’Iran ne devait pas posséder d’arme nucléaire et a évoqué la possibilité de frappes militaires limitées si aucun accord n’était trouvé dans des délais brefs.
Un important déploiement militaire américain a été observé dans la région, avec des porte-avions, des avions de combat et des systèmes de défense supplémentaires. Araghchi a réagi en affirmant que, en cas d’attaque américaine, l’Iran exercerait son droit de légitime défense, notamment en ciblant les bases américaines dans la région.
Les résolutions de l’ONU et le rôle de l’AIEA dans la supervision
Le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté en 2015 la résolution 2231, qui entérinait l’accord de Vienne et prévoyait la levée progressive des sanctions. Après le retrait américain, plusieurs résolutions du Conseil des gouverneurs de l’AIEA ont été adoptées pour condamner les dépassements iraniens et exiger un retour au respect des engagements.
L’AIEA maintient une présence d’inspecteurs en Iran, bien que limitée depuis les frappes. Des réunions techniques entre responsables iraniens et experts de l’agence sont prévues à Vienne pour examiner les aspects techniques du programme.
Le ministre iranien a indiqué que des consultations étaient en cours dans les capitales respectives avant la prochaine ronde de négociations.
Les activités observées et les échéances immédiates
L’AIEA continue de surveiller les sites par imagerie satellite. Des activités régulières de véhicules ont été notées à l’entrée du centre d’Esfahan. À Natanz, des panneaux recouvrent désormais certaines installations, tandis que les entrées souterraines ont subi des dommages confirmés récemment.
Des équipes techniques iraniennes et de l’AIEA se préparent à des échanges à Vienne dès le début de la semaine prochaine. Le Conseil des gouverneurs de l’agence se réunit également à cette période.
Les pourparlers prévus ce jeudi à Genève visent à avancer sur la rédaction d’un texte opérationnel. Les médiateurs omanais ont confirmé la poursuite du processus diplomatique.
Le stock déclaré d’uranium enrichi à 60 % reste à 440,9 kilogrammes selon les dernières données disponibles avant les événements de juin 2025, avec une impossibilité actuelle de vérification complète de sa localisation et de sa composition.
Des observations satellitaires récentes confirment une activité continue autour des installations de Natanz et de Fordow, sans que l’AIEA puisse en déterminer la nature exacte en l’absence d’accès physique.
Les discussions entre Téhéran et l’AIEA se poursuivent sur la préparation de documents techniques en vue des prochaines rencontres. Le calendrier diplomatique reste marqué par ces échéances immédiates à Genève et à Vienne.



