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Pétition nationale contre les atteintes au littoral de Tyr : la société civile se mobilise

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Violation persistante des décisions judiciaires

Malgré deux décisions judiciaires émanant du juge des référés de Tyr, les travaux de construction dans la zone de Shawakeer se poursuivent. Une première décision, datée du 8 mars 2025, avait ordonné la cessation immédiate des activités et désigné un expert environnemental pour évaluer l’impact des travaux. Une seconde décision, rendue par la juge Yolla Ghadimi le 15 mai 2025, est venue réaffirmer la nécessité d’interrompre ces constructions. Ces décisions ont été officiellement notifiées au ministère de la Défense, dont les services sont impliqués dans le projet, dès le 20 mars et le 28 mai 2025 respectivement. Pourtant, les travaux n’ont pas été interrompus, suscitant une vive inquiétude parmi les défenseurs de l’environnement et du patrimoine culturel.

Un site d’une valeur écologique et archéologique exceptionnelle

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La zone de Shawakeer, intégrée à la Réserve naturelle de Tyr, constitue l’un des derniers espaces côtiers protégés du Liban. Elle comprend des zones humides rares sur la Méditerranée orientale ainsi que des vestiges archéologiques majeurs. Selon une enquête archéologique conduite en 2019, vingt sites datés de l’âge du bronze, de l’âge du fer, des périodes romaine et byzantine ont été identifiés. Cinq des parcelles actuellement en cours de développement sont répertoriées dans l’Inventaire général des bâtiments historiques.

Le projet incriminé vise la construction d’un club pour officiers de l’armée ainsi qu’un complexe commercial, sans que les étapes réglementaires n’aient été respectées. Aucun diagnostic archéologique préalable n’a été mené, malgré la densité des vestiges, ni aucune étude d’impact environnemental (EIA), pourtant rendue obligatoire par le décret 8633/2012. Ces manquements contreviennent également à la loi 444/2002 sur la protection de l’environnement et aux décrets relatifs à l’évaluation stratégique pour les projets publics.

https://www.change.org/p/عريضة-وطنية-موجهة-إلى-الرؤساء-الثلاثة-أوقفوا-التعدي-على-شاطئ-صور-وخرق-القوانين-المرعية?recruiter=517039046&recruited_by_id=1a2e6020-f4ab-11e5-9fc4-8b3dac398957&utm_source=share_petition&utm_campaign=psf_combo_share_initial&utm_medium=native

Violation systémique des lois de protection environnementale et patrimoniale

Les signataires de la pétition soulignent une série de violations juridiques majeures qui entachent la légitimité du projet. L’absence d’étude d’impact environnemental enfreint la loi n° 444/2002 ainsi que le décret n° 8633/2012. L’absence d’évaluation stratégique pour un projet d’intérêt public viole en outre le décret n° 8213/2012. Ces manquements procéduraux s’ajoutent à la non-conformité aux lois sur la protection du littoral (loi n° 708/1998), la préservation des biens publics (loi n° 144/S de 1925), et la protection des antiquités (loi n° 166/LR de 1933).

Les autorités compétentes, notamment les ministères de l’Environnement, de la Culture et de la Défense, ont été informées à plusieurs reprises des décisions judiciaires et des alertes lancées par les experts. La continuité des travaux malgré ces signalisations révèle un déficit de respect institutionnel pour les procédures judiciaires et un dysfonctionnement dans la coordination des instances publiques. En parallèle, les citoyens soulignent l’ironie de voir un projet soutenu par l’institution militaire aller à l’encontre du droit, alors même que cette institution est garante de la souveraineté et de l’État de droit.

Une mobilisation citoyenne menée par des collectifs environnementaux

La pétition est portée par plusieurs organisations civiles, parmi lesquelles « Green Southerners » et la « Lebanese Association for the Preservation of Tyre ». Ces deux groupes, actifs depuis plusieurs années sur les questions de préservation écologique et patrimoniale, rassemblent autour d’eux des juristes, des activistes locaux, des experts du patrimoine et des habitants inquiets. Leur objectif : stopper les travaux en cours, imposer le respect des décisions judiciaires, et garantir que l’avenir du site de Shawakeer soit décidé en concertation avec les acteurs locaux.

Le texte de la pétition, qui a rassemblé plusieurs milliers de signatures en quelques jours, est adressé directement aux trois présidents – Joseph Aoun, Nabih Berri, et Nawaf Salam. Il leur demande une intervention immédiate, non seulement pour faire cesser les violations actuelles, mais aussi pour restaurer le respect des lois nationales relatives à la gestion du littoral et du patrimoine. Le document rappelle que ces violations portent atteinte à l’image même de l’institution militaire, en l’associant à un projet qui contrevient ouvertement aux principes de légalité et de préservation du bien commun.

Une demande de réorientation du projet vers un usage public respectueux

Les auteurs de la pétition ne se contentent pas de dénoncer les violations. Ils proposent également des alternatives concrètes. Leur revendication principale est la requalification du site en espace public à vocation environnementale et culturelle, sous gestion conjointe de l’État et de la société civile. Cette solution permettrait à la fois de préserver les spécificités écologiques de la zone, de protéger les artefacts archéologiques recensés, et d’offrir aux citoyens un lieu de mémoire, de détente et d’éducation environnementale.

Ils appellent en parallèle à la mise en place d’une enquête interne transparente, menée en coordination avec les instances judiciaires et les corps de contrôle compétents. Cette demande vise à faire toute la lumière sur les responsabilités institutionnelles dans la poursuite des travaux malgré les interdictions judiciaires. L’exigence d’une reddition des comptes apparaît comme un préalable à toute forme de réconciliation entre les institutions publiques et la population.

Le littoral libanais face à une pression systémique

Cette affaire, loin d’être un cas isolé, s’inscrit dans un contexte plus large de pressions croissantes sur le littoral libanais. Depuis des années, les tentatives de privatisation illégale, de construction abusive ou d’exploitation économique non régulée se sont multipliées. Le cas de Shawakeer met en lumière une tendance à la déréglementation de facto, où des acteurs publics ou privés avancent leurs projets sans respecter les garde-fous législatifs.

Dans ce paysage, la mobilisation citoyenne représente souvent le seul rempart effectif contre l’érosion des biens communs. À travers des actions juridiques, des campagnes médiatiques ou des initiatives de sensibilisation, des collectifs tentent de redonner une voix aux paysages naturels et culturels que les textes de loi prétendent protéger. Le combat autour de Shawakeer pourrait ainsi devenir emblématique d’un sursaut citoyen en faveur de l’environnement et du patrimoine, à un moment où l’État peine à faire appliquer ses propres règles.

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Newsdesk Libnanews
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