Une frappe israélienne a touché tôt ce mercredi un immeuble résidentiel dans le quartier d’Aïcha Bakkar, en plein centre de Beyrouth, blessant au moins quatre personnes selon les autorités libanaises. Cet incident, le deuxième du genre en quelques jours dans le cœur de la capitale, intervient alors que les opérations militaires israéliennes se poursuivent intensivement contre les infrastructures du Hezbollah dans les faubourgs sud et d’autres régions du pays. Le bilan global des victimes depuis le début de l’escalade le 2 mars s’approche désormais des 600 morts, avec des centaines de milliers de personnes déplacées. On reste pour l’heure dans l’attente du bilan du jour.
L’attaque, survenue vers 5 h 30 heure locale dans un secteur densément peuplé et non considéré comme un bastion traditionnel du Hezbollah, a endommagé gravement deux étages de l’immeuble multistorey. Des flammes ont été signalées dans au moins deux appartements, et les services d’urgence ont évacué des résidents, dont plusieurs familles déplacées des zones plus exposées. L’Agence nationale d’information libanaise a rapporté que « l’ennemi a attaqué un appartement dans la zone d’Aïcha Bakkar », soulignant l’absence d’avertissement préalable de la part des forces israéliennes. Cette extension des frappes au-delà des quartiers chiites du sud de Beyrouth marque une évolution notable dans la stratégie opérationnelle en cours.
L’attaque surprise dans le quartier d’Aïcha Bakkar
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Le quartier d’Aïcha Bakkar, situé non loin du siège de Dar al-Fatwa, la plus haute instance de la communauté musulmane sunnite, abritait ces derniers jours des familles ayant fui les bombardements plus intenses des faubourgs sud. Selon les premiers éléments recueillis sur place, l’immeuble touché servait de refuge temporaire à des civils originaires de Dahiyeh, la banlieue sud traditionnellement associée au Hezbollah. Les images diffusées montrent un trou béant dans la façade, avec des débris jonchant la rue et des véhicules endommagés à proximité.
Le ministère libanais de la Santé a confirmé dans un communiqué actualisé que quatre personnes ont été blessées dans cette frappe spécifique, sans faire état pour l’instant de décès directs dans ce bâtiment. Cependant, cet événement s’inscrit dans une série d’attaques matinales qui ont porté le bilan quotidien à plusieurs dizaines de victimes. Des témoins ont décrit une détonation d’une intensité rare, suivie d’une colonne de fumée visible depuis plusieurs quartiers du centre-ville. Cette opération intervient au lendemain d’une frappe similaire sur un hôtel du front de mer à Raouché, qui avait déjà fait plusieurs morts parmi des responsables iraniens.
Les autorités israéliennes n’ont pas immédiatement revendiqué cette frappe précise, mais l’armée a réaffirmé dans ses communiqués quotidiens cibler exclusivement des infrastructures et des commandants du Hezbollah. Pour de nombreux observateurs sur le terrain, l’absence d’avertissement préalable et la localisation en zone résidentielle dense soulignent la volonté d’élargir le champ des opérations au-delà des zones traditionnellement contestées.
Les faubourgs sud de Beyrouth sous un déluge de feu
Parallèlement, les bombardements se sont poursuivis avec intensité toute la matinée et l’après-midi dans les faubourgs sud de Beyrouth, connus collectivement sous le nom de Dahiyeh. L’armée israélienne a annoncé une nouvelle vague de frappes « à grande échelle » visant des centres de commandement et des sites de stockage d’armes du Hezbollah. Des colonnes de fumée noire s’élevaient au-dessus des quartiers de Haret Hreik, Bourj el-Barajneh et Hadath, visibles depuis le centre-ville.
L’armée israélienne a réitéré, via son porte-parole arabophone, des ordres d’évacuation immédiate pour plusieurs secteurs de ces faubourgs. Les messages diffusés sur les réseaux et par haut-parleurs appelaient les résidents à « sauver vos vies » et à se diriger vers le nord ou l’est du pays « jusqu’à nouvel ordre ». Ces avertissements, déjà émis à plusieurs reprises depuis le 2 mars, ont provoqué un mouvement de panique supplémentaire, avec des milliers de personnes tentant de quitter les zones menacées malgré les embouteillages et les difficultés logistiques.
Selon des sources militaires israéliennes, ces opérations visent à neutraliser des capacités de tir du Hezbollah accumulées depuis le cessez-le-feu de novembre 2024. Des renforts, dont des unités d’élite comme la brigade Golani, ont été déployés le long de la frontière nord d’Israël pour contrer d’éventuelles infiltrations ou tirs de représailles. Dans la journée, des explosions ont été entendues à intervalles réguliers, et des habitants restés sur place ont rapporté des frappes ciblées sur des bâtiments spécifiques identifiés comme liés au mouvement chiite.
Le sud et l’est du pays également touchés
Les régions du sud et de l’est du Liban n’ont pas été épargnées. Dans le district de Bint Jbeil, une frappe de drone a touché un véhicule à Saf al-Hawa, tuant trois personnes. À al-Shahabiya, sept civils ont péri et onze autres ont été blessés dans des raids aériens nocturnes se prolongeant en matinée. D’autres incidents ont été signalés à al-Housh près de Tyr, où un café et une maison ont été visés, faisant plusieurs blessés, ainsi qu’à Zawtar al-Sharqiyah et Hanaway, où trois civils, dont un secouriste, ont perdu la vie.
Dans la vallée de la Bekaa, à Tamnin al-Tahta près de Baalbek, sept personnes ont été tuées et cinq blessées lors d’une frappe qui a détruit un bâtiment abritant une famille syrienne. Des attaques isolées ont également été rapportées à Nabatieh et Zlaya. L’armée israélienne a indiqué que ces opérations s’inscrivaient dans une campagne plus large visant à démanteler les réseaux logistiques et de commandement du Hezbollah à travers tout le territoire libanais.
Le ministère libanais de la Santé a publié en début d’après-midi un bilan actualisé portant le total des morts depuis le 2 mars à 570, dont 86 enfants et 45 femmes. Le chiffre inclut 84 victimes enregistrées au cours de la seule journée de mardi, avec une hausse attendue pour ce mercredi en raison des multiples incidents rapportés. Au total, 1 444 personnes ont été blessées depuis le début de l’escalade.
Le gouvernement libanais face à la pression régionale
Depuis le déclenchement des hostilités le 2 mars, le gouvernement libanais, dirigé par le Premier ministre Nawaf Salam, a pris ses distances avec les actions du Hezbollah. Dès les premiers tirs de roquettes en solidarité avec l’Iran, le Conseil des ministres a déclaré illégales toutes les activités militaires et sécuritaires du mouvement chiite, ordonnant la remise de ses armes aux institutions étatiques et limitant son rôle au domaine politique. Le Premier ministre a qualifié ces actions d’« irresponsables » et a rejeté toute utilisation du territoire libanais pour des opérations extérieures.
Cette position a été saluée par plusieurs partenaires internationaux. L’Union européenne, par la voix de sa présidente Ursula von der Leyen, a annoncé ce mercredi une aide humanitaire de 100 millions d’euros après un entretien avec le président libanais Joseph Aoun. « Nous devons assurer un Liban souverain et stable pour son peuple », a déclaré la responsable européenne sur le réseau X, en précisant que 40 tonnes de fournitures avaient déjà été livrées et que des vols humanitaires supplémentaires étaient prévus.
La France, de son côté, a triplé son aide, avec 60 tonnes de matériel sanitaire, d’hygiène et de premiers secours attendues dans les prochains jours, comme l’a annoncé le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot. Ces annonces interviennent alors que plus de 750 000 personnes sont désormais déplacées, dont plus de 120 000 hébergées dans des centres d’accueil collectifs.
La dimension humanitaire et les réactions internationales
Le drame humanitaire s’aggrave jour après jour. Des écoles, des centres communautaires et même des rues du centre de Beyrouth accueillent désormais des familles fuyant le sud et les faubourgs sud. Les organisations internationales font état d’une saturation des infrastructures d’accueil, avec des besoins urgents en nourriture, en soins médicaux et en abris. L’ONU, lors d’une réunion du Conseil de sécurité ce matin, a appelé à un soutien renforcé aux forces armées libanaises et à un désarmement effectif des groupes armés non étatiques.
Le pape Léon XIV a exprimé ce mercredi sa proximité avec le peuple libanais, décrivant le pays comme traversant une « grande épreuve ». Il a particulièrement déploré la mort, lundi, du père Pierre El Rahi, tué alors qu’il portait secours à des paroissiens blessés dans le sud. Le souverain pontife a appelé à la prière pour la paix dans toute la région.
Dans le sud du Liban, des villages chrétiens et mixtes ont vu leurs habitants partir en larmes, abandonnant maisons et terres cultivées. Des images de convois de voitures chargées de matelas et de valises circulent, illustrant l’ampleur de l’exode.
Opérations en cours et annonces du jour
En fin d’après-midi, l’armée israélienne maintenait une pression constante sur les positions du Hezbollah, avec des frappes sporadiques rapportées dans plusieurs secteurs du sud. Le Hezbollah a de son côté revendiqué des tirs de roquettes sur des positions militaires israéliennes au sud de Khiam, en réponse aux opérations en cours. Les autorités libanaises ont recensé de nouveaux mouvements de population vers les zones jugées plus sûres du nord du pays.
Parallèlement, le ministère de la Santé a continué de diffuser des mises à jour sur les blessés pris en charge dans les hôpitaux de Beyrouth et de la Bekaa. L’Union européenne a confirmé le déblocage immédiat d’une première tranche de son aide, tandis que des discussions se poursuivaient à New York au Conseil de sécurité pour une possible résolution appelant à la cessation des hostilités.
Les opérations militaires israéliennes, qui ont déjà visé des centaines d’objectifs depuis le début du mois, se poursuivent avec le déploiement de renforts supplémentaires le long de la frontière. Les avertissements d’évacuation restent en vigueur pour plusieurs quartiers de Dahiyeh, et les autorités libanaises ont appelé la population à respecter les consignes de sécurité tout en mobilisant les services d’urgence pour faire face aux besoins croissants



