Le 17 septembre 2025 marquera le début d’un procès retentissant dans le New Jersey, aux États-Unis, où un recours collectif intenté par des déposants libanais s’attaque à la Banque du Liban (BDL) et à plusieurs banques membres de l’Association des banques du Liban (ABL). Cette action en justice accuse ces institutions de s’être livrées à des activités criminelles visant à frauder les déposants, plongeant le système bancaire libanais dans une crise qui affecte des milliers de personnes depuis 2019. Cette annonce, révélée dans une lettre récente adressée aux parties concernées, survient cinq ans après l’explosion du port de Beyrouth, un événement qui a exacerbé les difficultés économiques et financières du pays, et intervient dans un contexte où les tribunaux étrangers pourraient devenir le dernier recours pour les victimes de la crise bancaire.
La plainte, déposée le 16 avril 2024 dans le district fédéral du New Jersey sous la forme d’une action collectivede type RICO (Racketeer Influenced and Corrupt Organizations Act), a été initiée par Karim P. Najjar, un résidentdu New Jersey d’origine libanaise, en tant que principal plaignant. Najjar, dont les comptes bancaires libanaistotalisent plus d’un million de dollars, a vu ses économies gelées depuis 2019, un sort partagé par des milliersd’autres déposants.
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Depuis juillet 2024, d’autres plaignants, dont des membres de la diaspora libanaise aux États-Unis et en Europe, ont rejoint l’action, portant le nombre de victimes représentées à plusieurs centaines,potentiellement des milliers selon les estimations des avocats.Le cabinet d’avocats à l’origine de cette action est Cuneo Gilbert & LaDuca (CGL), basé à Washington, D.C., encollaboration avec des cabinets partenaires : Cecchi Brody & Agnello, Lockridge Grindal & Nauen, et Barrett LawGroup. Charles LaDuca, président de CGL, a souligné l’importance de cette affaire, déclarant en avril 2024 que« des vies ont été détruites par les actions des banques libanaises » et que ce recours vise à obtenir justice pourles victimes.
Les avocats allèguent que la BDL, sous la direction de l’ancien gouverneur Riad Salamé, et desbanques comme Byblos Bank, Bank Audi, Banque Libano-Française et d’autres membres de l’ABL, ont conspirépour frauder les déposants en leur promettant des taux d’intérêt exorbitants tout en sachant que le système étai tinsoutenable.La plainte détaille un « stratagème délibéré » orchestré par la BDL et les banques commerciales.
Elle accuse ces institutions d’avoir manipulé la santé financière du système bancaire libanais, fournissant de fausses informations aux déposants pour les inciter à maintenir leurs dépôts en dollars, alors que les banques imposaient secrètement des restrictions sur les retraits. Les plaignants soutiennent que cette fraude a étéfacilitée par des transferts illégaux de fonds vers des comptes offshore et des protections politiques, uneaccusation renforcée par des images jointes présumées montrer des documents bancaires compromettants,dont l’authenticité reste à vérifier par la cour.
Les tenants et aboutissants de l’accusation
La plainte déposée aux États-Unis allègue que la Banque du Liban, en collaboration avec des banques commerciales membres de l’ABL, a orchestré un « stratagème délibéré » pour tromper les déposants. Selon les documents juridiques, ces institutions auraient manipulé la véritable situation financière du système bancaire libanais, masquant l’insolvabilité croissante des banques tout en fournissant de fausses informations aux clients. Ces informations suggéraient que les déposants pourraient accéder à leurs dépôts en dollars américains, incitant ainsi les épargnants à maintenir leurs fonds dans des comptes bloqués, malgré les risques croissants.
Cette fraude présumée aurait été facilitée par un réseau de complicité impliquant des politiciens alliés, qui auraient offert une protection aux banques en échange de faveurs politiques ou économiques. Le contexte de cette accusation s’inscrit dans l’effondrement économique du Liban, débuté en 2019, lorsque la BDL a cessé de soutenir la livre libanaise, entraînant une dévaluation de plus de 90 % de sa valeur. Depuis, les banques ont imposé des restrictions draconiennes sur les retraits, gelant des milliards de dollars appartenant à des déposants, principalement des épargnants de la classe moyenne et des petites entreprises.
En juillet 2025, des rapports de la Banque mondiale estiment que plus de 70 % des dépôts en dollars, soit environ 100 milliards de dollars, restent inaccessibles, une situation aggravée par l’inaction des autorités monétaires et la crise humanitaire qui a suivi l’explosion du port en 2020.
Un système bancaire sous le feu des critiques
L’attitude des banques libanaises et de la Banque du Liban suscite une indignation croissante, tant sur le plan juridique que moral. Les plaignants affirment que la BDL, sous la direction de Riad Salamé jusqu’en juillet 2023, a activement participé à une politique de taux d’intérêt artificiellement élevés avant 2019, attirant des dépôts étrangers et locaux dans un système financier insoutenable. Cette stratégie, qualifiée de « pyramide de Ponzi » par des économistes comme ceux de l’Université américaine de Beyrouth, a permis aux banques de masquer leurs pertes jusqu’à l’effondrement inévitable. Une fois la crise déclarée, les banques ont imposé des contrôles de capitaux informels, limitant les retraits à des sommes dérisoires en livres libanaises, souvent équivalant à moins de 100 dollars par mois, malgré les dépôts initiaux en dollars. Cette pratique, dénoncée comme une expropriation déguisée, a été critiquée par des experts juridiques internationaux.
En mai 2025, un rapport d’Amnesty International a qualifié ces mesures de violation des droits économiques des déposants, notant que les banques ont profité de la protection de politiciens influents pour éviter toute responsabilité. Les images jointes, présumées montrer des documents bancaires ou des preuves de transferts illégaux, renforcent les allégations selon lesquelles des fonds auraient été détournés vers des comptes offshore ou utilisés pour soutenir des élites politiques, bien que ces éléments nécessitent une vérification judiciaire.
La Banque du Liban : une autorité monétaire en déroute
La Banque du Liban, censée réguler le système financier, fait face à des accusations d’incompétence et de complicité. Sous Salamé, la BDL a maintenu un taux de change fixe de 1 507 livres pour un dollar jusqu’en 2019, une politique insoutenable qui a épuisé les réserves de devises étrangères, estimées à moins de 10 milliards de dollars en 2025, selon la Banque mondiale.
L’attitude des banques et de la BDL soulève des questions juridiques et morales graves. Sur le plan juridique, les restrictions imposées violent les principes du droit bancaire international, qui exigent la transparence et la protection des déposants. Human Rights Watch a dénoncé en 2023 ces mesures comme une atteinte aux droits économiques, qualifiant le gel des fonds d’expropriation déguisée. Les avocats de CGL invoquent le RICO pour démontrer une conspiration criminelle impliquant la BDL, les banques commerciales et des politiciens alliés, une accusation étayée par des fuites révélant des mouvements de fonds suspects avant l’effondrement.
Après son départ en 2023, son successeur, Wassim Mansouri, a hérité d’une institution discréditée, incapable de restaurer la confiance des déposants. Les tentatives de négociations avec le Fonds monétaire international (FMI) pour un plan de sauvetage de 3 milliards de dollars, initiées en 2020, ont échoué en raison du refus des banques et du gouvernement de procéder à une restructuration transparente. La critique la plus acerbe porte sur l’inaction face aux avertissements.
La corruption, estimée à 15 % des fonds publics détournés annuellement par Transparency International, a aggravé la crise, avec des fonds présumés détournés vers des élites politiques. L’échec des négociations avec le FMI pour un plan de 3 milliards de dollars, bloqué par le refus de restructuration transparente, illustre cette paralysie.
Des audits indépendants, comme celui commandé par le cabinet Alvarez & Marsal en 2022, ont révélé que la BDL connaissait l’insolvabilité des banques commerciales dès 2018, mais n’a pris aucune mesure pour protéger les déposants. Cette passivité, combinée à la corruption généralisée – estimée à 15 % des fonds publics détournés annuellement par Transparency International – a transformé la crise bancaire en une catastrophe nationale, aggravée par l’explosion du port qui a détruit les infrastructures économiques clés.
Les banques commerciales : complices ou victimes ?
Les banques membres de l’ABL, comme Bank Audi, Byblos Bank et Banque Libano-Française, sont accusées d’avoir collaboré avec la BDL pour maintenir l’illusion d’une stabilité financière. Elles auraient encouragé les déposants à conserver leurs dollars en promettant des taux d’intérêt élevés, tout en transférant discrètement des actifs vers des filiales étrangères ou des comptes personnels d’actionnaires. En 2024, des fuites publiées par Reuters ont révélé que plusieurs dirigeants bancaires avaient liquidé des dépôts avant l’imposition des contrôles de capitaux, laissant les petits épargnants sans recours.
Les banques commerciales, comme Byblos Bank et Bank Audi, sont accusées d’avoir activement participé à cette fraude en ciblant des déposants de la diaspora, notamment aux États-Unis, via des campagnes agressives sur WhatsApp et par email, promettant des rendements irréalistes. Une fois les dépôts obtenus, elles ont convaincu les clients de convertir leurs dollars en livres à des taux artificiels, exploitant la dévaluation de 98 % de la livre depuis 2019, selon Reuters. Cette « arnaque au change » a laissé des épargnants comme Najjar avec des pertes massives, tandis que les dirigeants bancaires auraient liquidé leurs propres actifs à l’étranger.
Cette attitude a été facilitée par un système judiciaire libanais complaisant. Les tribunaux locaux, influencés par des pressions politiques, ont rejeté la plupart des plaintes des déposants, citant la nécessité de protéger la stabilité bancaire. Cette impunité a poussé les victimes à se tourner vers les tribunaux étrangers, notamment aux États-Unis, où les lois sur les fraudes financières offrent une possibilité de recours. Le procès du New Jersey pourrait établir un précédent, obligeant les banques à débloquer les fonds saisis ou à indemniser les déposants, une pression que les tribunaux libanais ont jusqu’ici refusée d’exercer.
Contexte actuel : un pays au bord du gouffre
Le procès survient dans un Liban en pleine déliquescence. La crise économique, avec une inflation dépassant 200 % en 2021 selon le Programme alimentaire mondial, a plongé 50 % de la population sous le seuil de pauvreté alimentaire. L’explosion du port, qui a détruit 15 milliards de dollars d’infrastructures, a amplifié cette détresse, rendant les importations encore plus dépendantes d’un port partiellement restauré.
L’élection de Joseph Aoun comme président en 2024 et la nomination de Nawaf Salam comme Premier ministre ont suscité un espoir de réformes, mais les progrès restent lents face à l’influence du Hezbollah et d’autres factions. Dans ce chaos, la pression des tribunaux étrangers, comme celui du New Jersey, devient une arme pour les déposants. Une lettre récente adressée aux parties impliquées souligne que seule une intervention extérieure pourrait forcer les banques à mettre fin à la saisie des fonds, brisant le parrainage politique qui les protège. Ce recours collectif, représentant des milliers de plaignants, inclut des Libanais de la diaspora, notamment aux États-Unis et en Europe, qui ont vu leurs économies gelées malgré leur contribution à l’économie nationale via des transferts estimés à 7 milliards de dollars par an.
Une critique juridique et morale
Sur le plan juridique, l’attitude des banques et de la BDL viole les principes fondamentaux du droit bancaire international, qui exigent la transparence et la protection des déposants. Les contrôles de capitaux informels, imposés sans base légale claire, équivalent à une confiscation, un acte condamné par Human Rights Watch en 2023 comme une atteinte aux droits humains. La complicité présumée de politiciens, documentée par des enquêtes de l’Organisation pour la coopération et le journalisme d’investigation criminelle (OCCRP) en 2024, renforce l’idée d’un système criminel organisé, où les élites sacrifient les citoyens pour préserver leurs intérêts. Moralement, cette crise expose l’échec d’un État qui a abandonné ses responsabilités. Alors que les déposants, souvent de la classe moyenne, ont perdu leurs économies, les banques et leurs alliés politiques continuent de fonctionner avec une impunité scandaleuse. Le procès du New Jersey pourrait non seulement offrir une compensation, mais aussi exposer les mécanismes de cette fraude, forçant une reddition de comptes que les autorités libanaises ont systématiquement évitée.
Le procès, prévu pour le 17 septembre 2025, représente un tournant potentiel. Une victoire des déposants pourrait obliger la BDL et les banques à débloquer des fonds ou à payer des milliards en dommages-intérêts, une pression que les tribunaux libanais, influencés par les factions, n’ont pas exercée. Cependant, les banques pourraient invoquer l’immunité souveraine ou des clauses de force majeure liées à la crise économique, des arguments qui risquent de compliquer la procédure. Les images jointes, si elles contiennent des preuves de transferts illégaux ou de manipulation des comptes, pourraient jouer un rôle décisif, bien que leur authenticité devra être validée par la cour.
Dans un Liban où l’espoir s’amenuise, ce procès offre une lueur de justice pour des milliers de victimes. Pourtant, son succès dépendra de la capacité des plaignants à surmonter les obstacles juridiques et politiques, dans un pays où la corruption et l’impunité règnent encore en maîtres. Les yeux du monde, et surtout de la diaspora libanaise, seront tournés vers le New Jersey, où se jouera peut-être le sort d’une nation en quête de redressement.
Dans un pays où l’impunité domine, ce procès offre une lueur d’espoir pour des victimes abandonnées par leurs autorités. Les yeux de la diaspora libanaise, particulièrement aux États-Unis où vivent 686 000 personnes d’ascendance libanaise selon le recensement américain, seront tournés vers le New Jersey, où se jouera peut-être le sort d’une nation en quête de justice face à un système bancaire défaillant.



