Un débat relancé par un avis juridique et des réactions en chaîne
Le débat sur un report des élections législatives a pris un tour plus concret après un avis de la Direction de la législation et des consultations au ministère de la Justice, qui a déclenché des réactions politiques immédiates et un regain de discussions sur l’« ajournement » du scrutin. Dans les heures qui ont suivi, l’idée d’un report a été évoquée comme un scénario réellement discuté dans des cercles de décision, y compris sur une durée longue, jusqu’à deux ans, sans qu’un schéma d’exécution soit établi à ce stade.
Les échanges ont dépassé le seul cadre libanais. Des discussions ont eu lieu entre des ambassadeurs de la « quintette », avec un échange explicite sur la possibilité d’un report, présenté comme une première en termes de franchise sur ce sujet. Le même fil d’information fait état d’une difficulté centrale: personne n’avance, pour l’instant, un mécanisme clair et complet qui expliquerait comment un report pourrait être décidé et mis en œuvre juridiquement et politiquement.
Le ministère de l’Intérieur maintient la ligne officielle: organiser le scrutin « dans les délais »
Face à cette poussée des scénarios de report, le ministre de l’Intérieur, Ahmad Hajjar, a réaffirmé publiquement que son ministère travaille « sans relâche » pour organiser les élections législatives à leurs dates prévues, avec un engagement affiché en faveur du respect du droit et des standards de transparence, ainsi que l’ouverture des informations au public.
Dans le même temps, un élément administratif précis alimente la controverse. Un circulaire du ministère ouvrant la période de dépôt des candidatures aurait été publié en excluant la « circonscription 16 » réservée aux Libanais de l’étranger. Cette exclusion a un effet immédiat: elle pose la question de savoir si le ministère pourrait s’appuyer sur ce circulaire pour refuser l’enregistrement de candidatures liées à cette circonscription, au motif que l’acte administratif qui organise les dépôts ne la prévoit pas.
La « circonscription 16 » devient un test administratif: accepter, refuser, ou provoquer un recours
La controverse autour de la circonscription des expatriés ne se limite pas à un débat politique. Elle s’inscrit dans une mécanique administrative et contentieuse. L’ouverture officielle des candidatures rend le problème concret: si des dossiers sont déposés, l’administration devra soit les accepter, soit les refuser, et un refus ouvrirait la voie à une contestation devant le juge administratif.
Sur le fond, deux arguments opposés structurent le débat. D’un côté, l’absence de textes d’application et le manque de préparation pratique sont décrits comme une « impasse » qui rend l’exécution difficile. De l’autre, des juristes et des acteurs politiques soutiennent que l’organisation du vote des expatriés n’est pas une option mais une obligation pour le gouvernement, et que l’inaction de l’exécutif sur les textes d’application est, en elle-même, un comportement contraire à la loi.
Une autre ligne de fracture apparaît alors: la loi électorale peut-elle être appliquée partiellement, en mettant de côté ce qui concerne la circonscription 16, ou faut-il considérer que l’ensemble doit être exécuté tel qu’il a été voté. Cette question de « divisibilité » de la loi est explicitement posée comme un axe de débat, car elle conditionne la possibilité de maintenir le scrutin sans régler la totalité du dossier des expatriés.
Dans les coulisses, l’argument avancé n’est pas seulement juridique: l’hypothèse d’un report « politique »
En parallèle de la discussion juridique, un autre raisonnement est rapporté dans les échanges politiques: l’éventualité d’un report ne serait pas motivée d’abord par la circonscription 16 ou par une difficulté technique isolée, mais par un calcul politique sur l’utilité d’organiser le scrutin si l’on estime que le résultat ne modifierait que marginalement la composition du Parlement.
Dans cette lecture, la question n’est pas « peut-on organiser le vote », mais « à quoi bon le faire », et c’est précisément ce glissement qui durcit le climat. Il alimente l’idée que le report pourrait être décidé non parce qu’il est imposé par la procédure, mais parce qu’il sert certains intérêts ou certains arbitrages internes.
Qui peut arrêter ou lancer le processus: la clé d’un texte de report au Parlement
Un point institutionnel est mis en avant: une fois que la machine électorale est lancée par les délais et les mesures du ministère de l’Intérieur, elle ne s’arrête pas « toute seule ». Elle ne s’arrête que par une loi de report votée par le Parlement. Cette réalité renvoie la question au niveau politique le plus direct: s’il y a report, il faudra un texte, un vote, et un consensus suffisant pour l’assumer publiquement.
Dans le même temps, l’idée d’un report est décrite comme dépendant de « croisements » internes et externes encore flous, ce qui suggère que le dossier est traité comme un élément d’un équilibre plus large, et pas comme un simple calendrier administratif.
Une inquiétude exprimée sur le terrain: « la transparence » devient la ligne de front
Au milieu de cette incertitude, un argument revient dans les prises de parole: le risque qu’une élection organisée dans la précipitation ou sans garanties suffisantes se transforme en crise de légitimité, car une mauvaise organisation ne serait plus une erreur technique mais un dommage national porté à la représentation et à la confiance dans l’État.
C’est ce point qui donne sa gravité à la période. Le débat n’oppose plus seulement partisans du maintien et partisans du report. Il oppose deux peurs. La peur d’un scrutin contesté pour défaut de clarté et de préparation. Et la peur d’un report contesté comme confiscation politique.
Les prochaines étapes attendues: décisions administratives, dépôts de candidatures, puis contentieux possible
À court terme, le dossier se jouera sur des gestes simples et vérifiables. D’abord, le dépôt effectif de candidatures liées à la circonscription 16, qui obligera l’administration à trancher en pratique. Ensuite, la réaction du ministère de l’Intérieur, soit par l’acceptation, soit par un refus fondé sur le circulaire existant. Enfin, si un refus intervient, l’ouverture d’un contentieux qui déplacera la bataille du politique vers le Conseil d’État et imposera un arbitrage rapide sur la légalité de l’acte administratif et sur la lecture de la loi.
Dans l’intervalle, la ligne officielle reste celle du maintien des délais, mais la multiplication des scénarios de report, et l’absence d’un mécanisme clair déjà arrêté, entretiennent un climat où l’élection est traitée comme un dossier de rapport de force autant que comme une obligation constitutionnelle.

