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Rapport de la Chambre de Beyrouth : une chute de 38 % des nouvelles entreprises révèle un climat des affaires en crise

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Le 17 septembre 2025, la Chambre de commerce, d’industrie et d’agriculture de Beyrouth a publié un rapport accablant, relayé par le quotidien Al Nahar, révélant une chute de 38 % des nouvelles immatriculations d’entreprises au registre du commerce sur un an, passant de 2 450 en août 2024 à 1 518 en août 2025. Ce déclin, le plus marqué depuis le début de la crise économique en 2019, traduit une défiance généralisée : 78 % des 450 entreprises interrogées jugent « improbable » une amélioration du climat des affaires à court terme, pointant l’instabilité politique, les défaillances infrastructurelles et l’absence de réformes structurelles. Le secteur bancaire, en état de quasi-insolvabilité depuis 2019, exacerbe cette morosité en bloquant l’accès au crédit pour les PME, tandis que les actionnaires des banques s’opposent farouchement à toute restructuration, protégeant leurs intérêts au détriment de l’économie nationale. Cette inertie alimente une fuite des capitaux, avec des entreprises de taille moyenne et des startups technologiques relocalisant leurs sièges à Chypre, en Grèce ou aux Émirats arabes unis. Le gouvernement de Nawaf Salam, formé le 8 février 2025, promet des réformes, mais les résultats concrets restent absents, entravés par des divisions politiques et des résistances institutionnelles.

Une contraction dramatique des créations d’entreprises

Le rapport de la Chambre de Beyrouth, intitulé « Investissements privés au Liban : un horizon incertain », met en lumière une érosion sans précédent de l’activité entrepreneuriale. Entre août 2024 et août 2025, les immatriculations au registre du commerce, administré par le ministère de la Justice, ont chuté de 38 %, passant de 2 450 à 1 518 nouvelles entreprises. Ce recul, particulièrement prononcé au second semestre 2025 (-45 % par rapport à 2024), touche des secteurs clés comme le commerce de détail, les services professionnels et l’industrie légère. « Cette baisse reflète une perte de confiance généralisée des entrepreneurs face à un environnement économique et politique instable », indique le document, citant les témoignages de 450 entreprises, dont 62 % sont des PME employant moins de 50 salariés.

Le rapport attribue cette contraction à plusieurs facteurs : l’instabilité du taux de change, fixé à 89 500 livres libanaises pour un dollar au marché officiel mais oscillant autour de 90 500 au marché parallèle ; les coupures d’électricité, limitant l’activité à 12 heures par jour ; et les coûts administratifs prohibitifs, comme les frais d’enregistrement, passés de 5 millions de livres en 2023 à 12 millions en 2025 (environ 135 dollars au taux officiel). Parmi les entreprises interrogées, 78 % excluent toute amélioration avant 2026, invoquant l’absence de réformes structurelles et les défaillances infrastructurelles. Le secteur des startups technologiques est particulièrement touché : sur les 1 518 immatriculations, seules 120 concernent ce domaine, contre 280 en 2024, soit une chute de 57 %.

Secteur bancaire défaillant : un obstacle majeur au financement

Le rapport met en évidence le rôle central du secteur bancaire dans cette crise. Depuis 2019, les banques libanaises, plombées par des pertes estimées à 70 milliards de dollars, sont incapables de fournir du crédit, asphyxiant les PME et les startups. Les dépôts gelés, évalués entre 86 et 93 milliards de dollars sur 1,26 million de comptes, restent inaccessibles, avec des retraits limités à 250-500 dollars mensuels par les circulaires 158, 728 et 729 de la Banque du Liban. « L’absence de liquidités bloque la création et le développement des entreprises ; 72 % des PME citent l’accès au crédit comme leur principal défi », note le document, basé sur des entretiens avec 150 dirigeants.

Cette défaillance bancaire force les entrepreneurs à se tourner vers des circuits informels comme le hawala, où les frais de transaction atteignent 10-15 %. Le rapport souligne que seulement 15 % des demandes de prêts ont été approuvées en 2025, contre 45 % en 2018, paralysant les projets naissants. Les startups, notamment, souffrent de l’inefficacité de la circulaire 331, qui prévoyait 400 millions de dollars pour le secteur technologique depuis 2014 mais n’a débloqué que 25 % des fonds en 2025, en raison des restrictions sur les réserves de la Banque du Liban, tombées à 3,5 milliards de dollars nets selon un rapport confidentiel cité par Al Akhbar le même jour.

Résistance des actionnaires : un blocage systémique

Les actionnaires des banques, représentés par l’Association des banques du Liban (ABL), constituent un frein majeur à la restructuration nécessaire pour relancer le crédit. Avec 20,8 milliards de dollars de capitaux propres en jeu, ils s’opposent à tout mécanisme de bail-in ou d’absorption des pertes. En avril 2025, l’ABL, dirigée par Salim Sfeir, a dénoncé son exclusion de la rédaction de la loi sur la restructuration bancaire, votée le 31 juillet 2025. Cette législation, instaurant une Autorité de restructuration sous l’égide du gouverneur Karim Souaid, vise à fusionner ou liquider les banques défaillantes, mais reste inopérante sans la loi sur l’écart financier, bloquée par des débats parlementaires. « Les actionnaires protègent leurs privilèges, retardant la recapitalisation essentielle pour libérer le crédit », indique le rapport de la Chambre, reflétant les frustrations des PME.

Cette résistance s’accompagne de pressions politiques. Des médias affiliés à l’ABL ont ciblé les défenseurs de l’audit bancaire, accusés de « servir des agendas étrangers ». La nomination de Souaid le 4 avril 2025, soutenue par une coalition Aoun-Hezbollah-Amal malgré les réserves de Nawaf Salam, illustre l’influence de ces réseaux. « Les actionnaires bloquent les audits complets, craignant des pertes sur leurs capitaux », note le rapport, citant des estimations du FMI de juin 2025 qui évaluent les pertes restantes à 62,4 milliards de dollars, à répartir via une contribution exceptionnelle des grands déposants – une mesure rejetée par l’ABL.

Fuite des capitaux : un exode vers des destinations stables

La crise bancaire alimente une fuite massive des capitaux. Le rapport de la Chambre estime les sorties nettes à 3,2 milliards de dollars en 2024, avec une tendance similaire au premier semestre 2025, principalement via des réseaux informels comme le hawala ou des comptes offshore. « Les restrictions sur les retraits poussent les entreprises à contourner le système bancaire, au prix d’une érosion des ressources locales », indique le document, basé sur 150 entretiens. Environ 1,5 milliard de dollars d’actifs ont été transférés via des filiales étrangères entre janvier et août 2025.

Des entreprises de taille moyenne, notamment dans le commerce et les services, relocalisent leurs sièges à l’étranger. Une société de logistique beyrouthine de 120 employés a déplacé son siège à Chypre en juillet 2025, invoquant l’insécurité juridique et fiscale. « Les Émirats offrent une fiscalité nulle et une stabilité ; 60 % de nos opérations y sont basées », confie un dirigeant de consulting. Selon les ministères chypriote et émirati, 45 entreprises libanaises ont effectué ce transfert en 2025. La Grèce et Chypre, avec leur accès à l’UE, attirent 32 % des sondés, motivés par des coûts énergétiques moindres.

Les startups technologiques, en quête de financements exogènes, amplifient cette dynamique. Les levées de fonds tech ont chuté à 16 millions de dollars en 2024, contre 42 millions en 2021, avec seulement 12 opérations en 2025. Sur les 120 startups enregistrées, 70 % prospectent à l’étranger, comme une plateforme fintech ayant levé 5 millions à Dubaï en août. Les incubateurs comme Berytech rapportent une hausse de 40 % des candidatures à des programmes d’expatriation, vers Tel Aviv ou Abu Dhabi.

Promesses gouvernementales : un discours sans résultats concrets

Le gouvernement de Nawaf Salam, formé le 8 février 2025 avec 24 ministres respectant les équilibres confessionnels, avait promis de relancer l’économie. Le 12 septembre, Salam qualifiait les chiffres du rapport de « signal d’alarme », annonçant une simplification administrative pour réduire les délais d’immatriculation. « Nous engageons des réformes pour restaurer la confiance », affirmait-il. Mais ces engagements, réitérés depuis février, n’ont produit aucun résultat tangible. Le ministre de l’Industrie, George Bassous, a admis le 10 septembre que « la digitalisation du registre du commerce avance trop lentement », entravée par la bureaucratie.

Le ministre d’État à la Technologie, Kamal Chéhadé, a promis le 14 septembre un fonds de 50 millions de dollars pour les startups, financé par la Banque mondiale, mais aucun décaissement n’a été confirmé. Le ministre du Travail, Abraham Sheheitli, évoquait le 13 septembre des formations pour 10 000 jeunes, financées par l’UE, sans calendrier précis. Le ministre de l’Économie, Joe Issa el-Khoury, pilote une digitalisation des guichets uniques, mais les délais restent à 30 jours. « Nous visons 1 milliard de dollars d’IDE en 2026 », déclarait-il le 16 septembre, une ambition jugée irréaliste par 82 % des entreprises sondées.

Contexte géopolitique : une stabilité précaire

Les tensions régionales aggravent la méfiance des investisseurs. Le cessez-le-feu de novembre 2024, soutenu par la résolution 1701 de l’ONU, a permis une hausse de 15 % des arrivées touristiques en août 2025, mais les incidents sporadiques au sud persistent. Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, déclarait le 11 juin 2025 : « Le Liban mérite un soutien international accru, dans le respect des résolutions. » Les aides française (50 millions d’euros en juillet pour l’armée) et saoudienne restent conditionnées à un monopole étatique des armes, bloqué par les divisions politiques.

Répercussions sociales : une société asphyxiée

La chute des investissements creuse les inégalités. Avec un chômage à 30 % et 80 % de la population sous le seuil de pauvreté, selon l’OIT, la baisse des immatriculations aggrave la précarité. À Tripoli, les créations ont chuté de 50 %, avec un taux de pauvreté à 55 %. Au sud, les relocalisations drainent les talents. L’inflation alimentaire, à 20 %, rend les produits inaccessibles, malgré des subventions partielles. Les 15 000 emplois supprimés dans les PME depuis janvier 2025 touchent les jeunes, avec 33 % des Libanais en pauvreté absolue.

Secteurs en crise : un repli généralisé

Le commerce de détail, 40 % des immatriculations en 2024, tombe à 28 % (420 créations contre 750). L’industrie légère (textile) recule de 35 %, à 250 immatriculations. Les services tech, 45 % des créations, voient 60 % des entreprises chercher des fonds à l’étranger. Le ministre de l’Industrie promet des réductions fiscales de 50 %, mais 72 % des industriels doutent sans énergie stable. Les données d’août 2025 montrent une stabilisation à 120 immatriculations mensuelles, mais les sorties de capitaux, à 250 millions de dollars, persistent, reflétant l’incapacité du gouvernement à concrétiser ses promesses face aux blocages bancaires et aux divisions politiques.

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