vendredi, janvier 23, 2026

Les derniers articles

Articles liés

Relations franco-algériennes : une crise diplomatique enracinée dans les tensions migratoires

- Advertisement -

Les relations entre la France et l’Algérie traversent une nouvelle tempête diplomatique, alimentée par des désaccords sur les questions migratoires, les blessures historiques de la colonisation et des affaires judiciaires sensibles. La crise s’est aggravée après le refus d’Alger de réadmettre plusieurs ressortissants expulsés par Paris, notamment dans le cadre d’un meurtre retentissant à Mulhouse en février 2025. Ces tensions, combinées aux différends sur les accords migratoires de 1968 et aux mémoires coloniales, menacent de fracturer davantage une relation déjà précaire entre les deux nations.

Une escalade migratoire au cœur du conflit

Le conflit migratoire a atteint un point critique en février 2025, lorsque la France a tenté d’expulser une dizaine de ressortissants algériens, dont certains impliqués dans des affaires criminelles graves. Alger a bloqué ces rapatriements en refusant de délivrer les laissez-passer consulaires nécessaires. Le ministre français de l’Intérieur, Bruno Retailleau, a dénoncé une attitude « provocatrice » et appelé à une révision des accords de 1968, qui régissent depuis plus d’un demi-siècle la circulation et le séjour des Algériens en France. Ces textes, jugés obsolètes par une partie de la classe politique française, sont au cœur d’un débat de plus en plus polarisé.

L’Algérie, quant à elle, rejette ces critiques, accusant Paris de décisions « arbitraires » visant à stigmatiser sa diaspora. Ce bras de fer n’est pas inédit : en 2021, la France avait réduit de moitié le nombre de visas accordés aux Algériens pour forcer une meilleure coopération sur les rapatriements, sans succès durable. En 2025, cette crise s’inscrit dans un contexte de montée de l’extrême droite en France, exacerbée par les résultats des élections régionales de décembre 2024, où le Rassemblement national de Marine Le Pen a remporté plusieurs régions clés, dont Provence-Alpes-Côte d’Azur. Avec un discours axé sur la « souveraineté migratoire » et la dénonciation des accords bilatéraux jugés trop laxistes, l’extrême droite a accru la pression sur le gouvernement Macron pour durcir sa politique envers l’Algérie, alimentant une rhétorique anti-immigration qui domine désormais le débat public.

Les accords de 1968 : un héritage historique sous pression

Signés le 27 décembre 1968, six ans après l’indépendance de l’Algérie, les accords bilatéraux franco-algériens visaient à organiser les flux migratoires dans le contexte post-colonial. À l’époque, la France, en pleine reconstruction économique, avait besoin de main-d’œuvre, tandis que l’Algérie cherchait à maintenir des liens avec son ancien colonisateur pour faciliter l’émigration de ses citoyens. Ces accords ont instauré un régime dérogatoire : les Algériens bénéficient d’un accès simplifié aux visas, d’une carte de résident de dix ans renouvelable automatiquement après trois ans de séjour, et d’un traitement préférentiel par rapport aux autres nationalités hors Union européenne. Aujourd’hui, environ 850 000 Algériens vivent en France, selon les estimations officielles pour 2025, formant la plus importante communauté issue d’un pays non-européen.

Historiquement, ces dispositions reflétaient une volonté de coopération. Entre 1962 et 1973, environ 600 000 Algériens ont migré en France, contribuant à des secteurs comme le bâtiment et l’industrie. Cependant, avec le temps, les priorités ont changé. En France, la crise pétrolière des années 1970 et la montée du chômage ont conduit à des politiques migratoires plus restrictives, mais les accords de 1968 sont restés largement intacts, créant un statut d’exception qui irrite aujourd’hui les partisans d’une ligne dure. Pour l’Algérie, ces accords sont un symbole de souveraineté et une garantie pour sa communauté expatriée, qui envoie chaque année près de 2 milliards d’euros en transferts financiers.

Remettre en cause ces accords aurait des conséquences majeures. Une suspension ou une renégociation pourrait limiter l’accès des Algériens au marché du travail français, affectant des secteurs comme le bâtiment ou l’hôtellerie, où ils sont bien représentés. Elle risquerait aussi de durcir les conditions de vie de la diaspora, avec des expulsions plus fréquentes et une réduction des droits de séjour. Pour l’Algérie, cela pourrait entraîner une crise sociale si des milliers de rapatriés revenaient sans perspectives économiques, dans un pays où le chômage des jeunes dépasse les 30 %. Sur le plan diplomatique, une telle décision serait perçue comme une déclaration de guerre symbolique, susceptible de provoquer des mesures de rétorsion, comme la suspension des exportations de gaz algérien vers la France.

Les mémoires coloniales, plaie toujours ouverte

Au-delà des enjeux migratoires, la mémoire coloniale reste un obstacle majeur à la réconciliation. Emmanuel Macron a multiplié les gestes symboliques depuis 2017, comme la reconnaissance en 2021 de l’assassinat d’Ali Boumendjel par l’armée française pendant la guerre d’indépendance (1954-1962). Une commission mixte d’historiens, créée en 2022, travaille à une lecture partagée du passé, mais les progrès sont lents. Alger exige des excuses officielles et des réparations matérielles, notamment pour les essais nucléaires menés dans le Sahara dans les années 1960, dont les séquelles environnementales perdurent.

Un récent épisode a ravivé ces tensions : la naturalisation française de l’écrivain algérien Boualem Sansal, emprisonné en Algérie depuis novembre 2024 pour ses critiques du régime. Paris présente cette décision comme un soutien à la liberté d’expression, mais Alger y voit une ingérence néocoloniale, accusant la France d’utiliser des figures dissidentes pour déstabiliser le pouvoir en place. Cette affaire illustre la difficulté à séparer les contentieux historiques des enjeux contemporains.

Affaires judiciaires : le refus de rapatriement au centre d’un drame

Les tensions migratoires se cristallisent autour de plusieurs affaires judiciaires récentes, dont le meurtre d’un homme de 69 ans à Mulhouse le 22 février 2025. L’auteur, un Algérien en situation irrégulière sous obligation de quitter le territoire français (OQTF), souffrait de schizophrénie et avait fait l’objet de multiples demandes de rapatriement rejetées par Alger entre 2024 et 2025. Lors de l’incident, il a également blessé trois policiers avant d’être maîtrisé, un drame qui a choqué l’opinion publique française et relancé les critiques contre l’absence de coopération algérienne.

Un autre cas, survenu début février 2025 à Thonon-les-Bains, concerne un Algérien condamné pour vol et port d’arme blanche. Malgré une identité confirmée, son expulsion a été bloquée par le refus d’Alger de le réadmettre, laissant les autorités françaises dans l’impasse. Ces incidents soulignent un problème récurrent : l’Algérie n’accepte pas systématiquement de reprendre ses ressortissants sous OQTF, même lorsqu’ils sont impliqués dans des crimes graves. Paris argue que cette attitude compromet la sécurité publique, tandis qu’Alger défend son droit souverain à contrôler les retours sur son sol, dénonçant des tentatives de « dumping » de ses citoyens problématiques.

La convention d’extradition signée en 2019 entre les deux pays, censée fluidifier la coopération pénale, reste inefficace face à ces blocages. L’Algérie refuse d’extrader ses nationaux, et les dossiers judiciaires, souvent incomplets, compliquent les négociations. Bruno Retailleau a évoqué des « mesures de rétorsion » – comme la suspension d’accords économiques ou douaniers – mais le ministère des Affaires étrangères français privilégie une approche plus mesurée, craignant une escalade.

Répercussions géopolitiques et économiques

Cette crise dépasse les questions migratoires et judiciaires. Le revirement de la France sur le Sahara occidental, où elle soutient désormais la souveraineté marocaine, a conduit Alger à suspendre des projets énergétiques avec Paris. La France, qui importe 15 % de son gaz naturel d’Algérie, pourrait voir ses approvisionnements menacés. En retour, des parlementaires français proposent de limiter les privilèges diplomatiques algériens ou de réduire les transferts financiers de la diaspora, un levier économique non négligeable.

Pourtant, une rupture totale reste improbable. L’interdépendance économique – gaz algérien contre investissements français – et les liens humains de la diaspora imposent une certaine retenue. Mais sans compromis sur les accords de 1968 ou les contentieux historiques, la relation risque de s’enliser dans une défiance chronique.

- Advertisement -
Newsdesk Libnanews
Newsdesk Libnanewshttps://libnanews.com
Libnanews est un site d'informations en français sur le Liban né d'une initiative citoyenne et présent sur la toile depuis 2006. Notre site est un média citoyen basé à l’étranger, et formé uniquement de jeunes bénévoles de divers horizons politiques, œuvrant ensemble pour la promotion d’une information factuelle neutre, refusant tout financement d’un parti quelconque, pour préserver sa crédibilité dans le secteur de l’information.

A lire aussi