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Saisie record de 64 millions de comprimés de captagon à Baalbeck : un coup dur pour le trafic de drogue au Liban

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Le 15 septembre 2025, dans un communiqué officiel émis par la Direction de l’orientation du commandement de l’armée libanaise, une opération d’envergure a été annoncée dans la localité de Boudai, dans le caza de Baalbeck, au cœur de la plaine de la Bekaa. Une patrouille de la Direction du renseignement, appuyée par une unité militaire, a perquisitionné une usine clandestine de production de stupéfiants, saisissant près de 64 millions de pilules de captagon – une quantité qualifiée comme l’une des plus importantes jamais interceptées sur le territoire libanais. À cela s’ajoutent 79 barils de matières chimiques prêtes pour la fabrication de drogues et plusieurs machines spécialisées dans ce processus. Cette intervention, fruit d’un suivi minutieux des mouvements de bandes de trafiquants dans la région, illustre l’intensification des efforts des forces armées pour contrer un fléau qui mine l’économie et la stabilité du pays, dans un contexte de crise persistante et de tensions régionales.

Le texte du communiqué précise que l’opération s’inscrit dans le cadre plus large de la lutte contre le trafic de stupéfiants à travers les différentes régions libanaises. « Après un processus de surveillance et de suivi des mouvements des bandes de promotion de drogues dans la région de la Bekaa, une patrouille de la Direction du renseignement, soutenue par une unité de l’armée, a exécuté une descente dans une installation à Boudai-Baalbeck », indique le document officiel. Les saisies ont été immédiatement remises aux autorités compétentes, et les poursuites judiciaires sont en cours pour appréhender les membres de la bande impliqués dans l’exploitation de cette usine. Aucune arrestation immédiate n’a été mentionnée dans l’annonce initiale, mais l’enquête se poursuit sous la supervision du parquet militaire.

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Cette saisie intervient à un moment critique pour le Liban, où la Bekaa reste un foyer historique du narcotrafic, favorisé par la proximité de la frontière syrienne et les difficultés de contrôle dues au relief accidenté. La localité de Boudai, nichée dans cette vallée fertile mais appauvrie, a déjà été le théâtre d’opérations similaires par le passé. En janvier 2021, une perquisition dans la même zone avait permis la découverte d’une usine de captagon, avec des machines et une grande quantité de stupéfiants, menant à plusieurs arrestations. De même, en mai 2021, une ferme à Boudai avait révélé une autre installation de production, incluant 567 kilogrammes de haschich et des équipements de fabrication. Ces antécédents soulignent la récurrence du problème dans cette commune, où des clans locaux et des réseaux transfrontaliers opèrent depuis des décennies.

Une quantité exceptionnelle qui dépasse les records antérieurs

Les 64 millions de pilules de captagon saisies représentent une échelle inédite pour les autorités libanaises. Chaque pilule, une amphétamine synthétique dérivée de la fénétylline, pèse environ 0,3 gramme, portant le poids total de la cargaison à près de 19 tonnes. À une valeur marchande estimée entre 1 et 5 dollars par unité sur les marchés du Golfe, cette quantité pourrait valoir plusieurs centaines de millions de dollars, selon des analyses d’experts en narcotrafic. Les 79 barils de produits chimiques – incluant probablement de la phénylacétone et de l’éphédrine, précurseurs courants – indiquent une capacité de production industrielle, capable de générer des volumes massifs pour l’exportation.

L’armée a qualifié cette opération comme « l’une des plus importantes en termes de résultats, ayant permis la saisie de l’une des plus grandes quantités de stupéfiants à l’intérieur des territoires libanais ». Ce record dépasse largement les interceptions précédentes, telles que celle de 6,5 millions de pilules annoncée le 15 septembre 2025 par le ministre de l’Intérieur, le général Ahmad Hajjar, lors d’une conférence de presse à Beyrouth. Cette opération distincte, menée par la Sûreté générale, avait visé un réseau international reliant le Liban à la Turquie et à l’Australie, avec également 720 kilogrammes de haschich saisis. Les deux événements, survenus quasi simultanément, témoignent d’une accélération des efforts sécuritaires dans un pays où le narcotrafic génère des revenus estimés à plusieurs milliards de dollars annuels pour les réseaux criminels.

Le captagon, souvent estampillé d’un logo de la marque Mercedes pour des raisons de contrefaçon, est produit dans des laboratoires clandestins rudimentaires mais efficaces. Au Liban, ces installations exploitent la disponibilité locale de précurseurs chimiques importés via des circuits légaux détournés. L’usine de Boudai, dissimulée dans une zone rurale, utilisait des machines pour presser les pilules, comme en témoigne la saisie d’équipements spécialisés. Les autorités ont procédé à la destruction des installations sur place, conformément aux protocoles, pour empêcher toute reprise d’activité.

La Bekaa, épicentre persistant du trafic régional

La plaine de la Bekaa, qui s’étend sur environ 4 500 kilomètres carrés et abrite plus de 500 000 habitants, majoritairement chiites, reste le bastion du narcotrafic libanais. Historiquement liée à la culture du cannabis depuis les années 1970, la région a vu émerger la production de captagon dans les années 2010, sous l’influence des flux syriens pendant la guerre civile. La frontière commune avec la Syrie, longue de 375 kilomètres et traversant des zones montagneuses comme le jurd d’Ersal, facilite les échanges illicites. Malgré la chute du régime de Bachar al-Assad en décembre 2024, qui avait transformé la Syrie en un narco-État exportant des milliards de dollars en captagon, des filières résiduelles persistent.

En 2025, les autorités syriennes post-Assad ont détruit plus de 50 laboratoires près de la frontière, réduisant les flux entrants, mais des trafiquants opportunistes libanais ont comblé le vide. L’opération de Boudai s’ajoute à une série d’interventions récentes dans la Bekaa. Le 14 juillet 2025, l’armée a démantelé « l’une des plus grosses usines de captagon » à Yammouné, près de la frontière, saisissant des machines, des pilules et comblant un tunnel de 300 mètres utilisé pour le stockage et les sorties. Le communiqué de l’armée avait alors souligné : « Il s’agit d’une des plus grosses usines saisies à ce jour. » Le 30 juin 2025, à Haour Taala près de Baalbeck, un accrochage armé avait conduit à la saisie de dizaines de bonbonnes de matières premières pour captagon, une arme à poing, des munitions et de faux billets, avec l’arrestation d’un suspect libanais (A.M.).

Plus tôt, le 24 avril 2025, la Sécurité de l’État avait intercepté 177 000 pilules (32 kilogrammes) dans le jurd de Younine, adjacent à Ersal, destinées à une contrebande via des passages illégaux. Le 7 février 2025, à Ersal même, un producteur et trafiquant notoire, surnommé Abou Khaled (né en 1966), avait été arrêté après s’être évadé d’une précédente incarcération en 2015 via des faux papiers. Ces opérations cumulées ont permis l’éradication de près de 500 hectares de plantations de cannabis en 2025, selon les chiffres officiels de l’armée, mais la surveillance reste entravée par le manque de ressources.

La crise économique libanaise, avec une dévaluation de la livre de plus de 98 % depuis 2019 et un chômage atteignant 55 % dans la Bekaa d’après les estimations du ministère des Affaires sociales dirigé par Hanine Sayyed, pousse de nombreux habitants vers ces activités illicites. Les cultures légitimes, comme le tabac et les fruits, déclinent face à la concurrence du haschich et du captagon, qui offrent des revenus immédiats. Le port de Beyrouth, endommagé par l’explosion de 2020, sert souvent de point d’exportation, avec des pilules dissimulées dans des cargaisons agricoles vers l’Arabie saoudite ou les Émirats.

Pressions internationales et coopération accrue

Le trafic de captagon au Liban attire les critiques des pays du Golfe, principaux consommateurs. L’Arabie saoudite, qui a intercepté plus de 100 millions de pilules en 2024, a imposé en 2021 un embargo sur les importations agricoles libanaises après une saisie de 5 millions de pilules au port de Dubaï, dissimulées dans des grenades de fruits. En 2025, Riyad a conditionné son aide économique à des progrès concrets, comme l’a réaffirmé le ministre des Affaires étrangères libanais, Abdallah Bou Habib, lors d’une rencontre avec des ambassadeurs arabes en août : « Le Liban s’engage à respecter ses obligations internationales et à renforcer ses frontières. »

La coopération régionale s’intensifie. Le 15 septembre 2025, le ministre de l’Intérieur Ahmad Hajjar a salué les échanges avec les services syriens, saoudiens, turcs et jordaniens lors de l’opération de la Sûreté générale : « Nous avons démantelé un réseau de trafic de captagon et de haschich à dimension internationale, avec l’arrestation de son chef et d’autres personnes. » En mai 2025, une saisie conjointe avec la Jordanie avait intercepté 8 millions de pilules en transit. Sur le front syrien, les autorités de Damas ont multiplié les destructions de laboratoires fin août 2025, saisissant des quantités importantes en provenance du Liban.

L’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), dans son rapport annuel de juin 2025, qualifie le captagon de « menace prioritaire au Moyen-Orient », estimant la production régionale à plusieurs milliards de dollars par an. L’organisation note une augmentation de 30 % des saisies libanaises en 2025 par rapport à 2024. Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a déclaré en juillet 2025 : « La stabilité du Liban est essentielle pour la région ; la lutte contre le narcotrafic doit s’accompagner d’un soutien économique international. »

Au plan national, le gouvernement de Nawaf Salam, formé en février 2025, place la sécurité au cœur de son programme. La déclaration ministérielle au Parlement insistait sur la modernisation des forces de sécurité et une coopération avec le FMI pour un programme de 3 milliards de dollars, conditionné à des réformes incluant la sécurisation des ports. L’armée, forte de 80 000 hommes mais confrontée à des retards de salaires et de carburant, mène des patrouilles quotidiennes dans la Bekaa. Le ministre de la Défense, Maurice Slim, a inspecté des unités en juin 2025, déclarant : « La sécurité des frontières est une priorité symbolique et opérationnelle. » Ces efforts s’alignent sur la résolution 1701 de l’ONU, qui vise le désarmement au sud-Liban mais impacte aussi le contrôle frontalier à l’est.

Les tensions communautaires compliquent la tâche. La Bekaa, fief chiite influencé par le Hezbollah, voit des accusations récurrentes de complicités locales, bien que les autorités nient toute implication directe dans l’opération de Boudai. En avril 2025, une opération contre le trafic d’armes dans la région avait mené à deux arrestations, impliquant des Syriens et des Libanais, et à la saisie d’armes de guerre.

Conséquences immédiates et enquêtes en cours

La saisie de Boudai a entraîné une présence renforcée de l’armée dans la Bekaa, avec des patrouilles mixtes de renseignement pour prévenir les représailles des trafiquants. Les pilules et les produits chimiques ont été transférés pour analyse et destruction, conformément aux normes internationales. L’enquête, supervisée par le parquet, vise à identifier les opérateurs de l’usine, potentiellement liés à des clans familiaux ou à des réseaux syriens résiduels. Des auditions sont en cours pour retracer les chaînes d’approvisionnement en précurseurs, souvent importés via la Turquie.

Sur le plan social, la consommation interne de captagon augmente, touchant une jeunesse désœuvrée. Le ministère de la Santé, dirigé par Rakan Nassereddine depuis février 2025, rapporte une hausse de 20 % des admissions en centres de désintoxication en 2024. Ce chirurgien vasculaire de l’hôpital américain de Beyrouth a lancé une campagne : « Les drogues de synthèse détruisent non seulement les individus, mais l’économie nationale en détournant des ressources vitales. »

Économiquement, le narcotrafic prive l’État de recettes douanières et alimente le marché noir des devises. La Banque mondiale, dans son rapport d’octobre 2024 mis à jour en septembre 2025, évalue les pertes indirectes à 1 milliard de dollars par an, aggravant une dette publique à 150 % du PIB. Le ministère des Finances, sous Yassine Noman depuis février 2025, négocie avec le FMI pour sécuriser les frontières dans le cadre des réformes. Des programmes de reconversion agricole, financés partiellement par l’ONU, visent à remplacer les plantations illicites par des cultures légitimes, mais leur mise en œuvre est freinée par le manque de fonds dans une région où la pauvreté touche 80 % des familles.

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