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Samir Hanna démissionne de la présidence de Bank Audi, Sherine Audi lui succède

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Bank Audi, l’une des principales institutions bancaires libanaises, a annoncé le 14 janvier 2026 la démission de Samir Hanna de son poste de président du conseil d’administration et de membre du board. Le conseil, réuni la veille, a élu Sherine Raymond Audi comme nouvelle présidente. Ce changement intervient après plus de soixante ans de service de Samir Hanna au sein de l’établissement, dans un contexte marqué par les persistantes difficultés du secteur bancaire libanais et par plusieurs enquêtes judiciaires touchant des figures proches de la banque.

Une carrière de plus de six décennies au sein de l’institution

Samir Hanna a rejoint Bank Audi il y a plus de soixante ans, gravissant les échelons jusqu’à devenir président du conseil d’administration et directeur général du groupe. Il fut le premier président issu de l’extérieur de la famille Audi à occuper ce poste, succédant en 2017 à Raymond Audi pour des raisons de santé. Sous sa direction, la banque a traversé des phases d’expansion régionale importantes, notamment dans les années 2000 et 2010, avec une présence renforcée en Égypte, en Jordanie, en Turquie et en Europe via sa filiale française. Le conseil d’administration a exprimé sa profonde reconnaissance pour les contributions de Samir Hanna, soulignant son rôle dans l’orientation de la banque à des moments charnières de son histoire.

La démission, annoncée sans précision de motifs personnels ou professionnels dans le communiqué officiel, survient toutefois dans un environnement particulièrement tendu pour le secteur bancaire libanais. Depuis la crise financière de 2019, les établissements libanais font face à une perte massive de confiance, à des restrictions sur les retraits et transferts en devises, et à une dépréciation dramatique de la livre libanaise. Bank Audi, comme les autres grandes banques, a dû gérer un trou important dans sa trésorerie, estimé à plusieurs milliards de dollars au plus fort de la crise.

Le secteur bancaire libanais sous pression persistante

La crise qui frappe le Liban depuis fin 2019 a profondément affecté l’ensemble du système bancaire. Les dépôts en devises, bloqués pour une grande partie, ont alimenté un mécontentement populaire durable. Les banques ont été accusées d’avoir participé à des mécanismes financiers controversés sous la direction de l’ancien gouverneur de la Banque du Liban, Riad Salamé, en poste de 1993 à 2023. Ces mécanismes, qualifiés d’ingénierie financière, ont permis aux banques de réaliser des profits substantiels en échange de dépôts à la banque centrale, tout en contribuant à creuser le déficit public.

Bank Audi a particulièrement bénéficié de ces opérations, enregistrant des gains importants au cours des années précédant la crise. Des rapports indépendants ont estimé que la banque a réalisé plusieurs milliards de dollars de profits grâce à ces échanges. Ces bénéfices ont été réalisés dans un contexte où les intérêts de certains actionnaires et responsables politiques se croisaient avec ceux de la banque centrale.

Encadré : Najib Mikati et Riad Salamé, deux figures au cœur des dossiers judiciaires touchant Bank Audi

La famille Mikati détient depuis 2010 une participation significative dans le capital de Bank Audi, acquise à l’époque par l’intermédiaire de prêts accordés par la banque elle-même. Cette opération, qui avait permis aux frères Najib et Taha Mikati d’entrer au tour de table aux côtés de la famille Audi et d’autres actionnaires historiques, fait aujourd’hui l’objet d’examens approfondis dans le cadre d’enquêtes judiciaires transnationales. Les autorités françaises, notamment, ont ouvert en 2025 des procédures pour corruption et blanchiment concernant ces financements et les flux subséquents vers des structures offshore. Najib Mikati, plusieurs fois Premier ministre et figure sunnite influente de Tripoli, est directement visé par ces investigations, qui portent également sur des relations financières avec l’ancienne direction de la Banque du Liban.

Riad Salamé, gouverneur de la Banque du Liban de 1993 à 2023, est quant à lui au centre d’accusations selon lesquelles il aurait été actionnaire caché de Bank Audi à travers des entités intermédiaires ou des proches. Des plaintes déposées par des associations de défense des déposants et des rapports d’investigation évoquent des schémas ayant permis à l’ancien gouverneur ou à son entourage d’acquérir indirectement des parts dans plusieurs établissements bancaires libanais, dont Bank Audi. Ces allégations s’inscrivent dans les enquêtes sur les mécanismes d’ingénierie financière, qui auraient favorisé certains actionnaires tout en contribuant à creuser le déficit public. Les transferts vers des filiales étrangères de la banque, notamment en Suisse et en France, sont également scrutés pour déterminer s’ils ont servi à dissimuler des participations ou à déplacer des fonds. Riad Salamé, libéré sous caution en septembre 2025 après une période de détention provisoire, reste soumis à des restrictions de déplacement et fait l’objet de multiples volets d’instruction au Liban et à l’étranger.

Les séquelles persistantes de la crise de 2019

Le secteur bancaire libanais continue de porter les stigmates de la crise déclenchée à l’automne 2019. Les dépôts en devises étrangères restent largement inaccessibles pour la majorité des clients, et les restrictions sur les transferts internationaux perdurent. Bank Audi, comme les autres grandes banques, publie des résultats non audités indiquant une stabilisation progressive de ses indicateurs domestiques, mais dans un cadre toujours marqué par une perte massive de confiance. Les négociations avec le Fonds monétaire international, plusieurs fois relancées, achoppent sur la répartition des pertes estimées à plus de soixante-dix milliards de dollars, les établissements défendant une approche préservant au maximum leurs actionnaires.

Les filiales européennes du groupe, particulièrement Bank Audi France, opèrent sous une surveillance renforcée des régulateurs continentaux. Les procédures de conformité mises en œuvre ces dernières années visent à répondre aux exigences accrues en matière de transparence et de lutte contre le blanchiment. La nouvelle présidence, forte de son expérience parisienne, devra poursuivre ces efforts tout en gérant les conséquences des enquêtes en cours.

Les ingénieries financières au cœur des bénéfices passés

Dans les années précédant la crise libanaise, Bank Audi avait massivement bénéficié des opérations dites d’ingénierie financière mises en place par la Banque du Liban sous la direction de Riad Salamé. Ces mécanismes, lancés dès la fin 2015, consistaient pour les banques commerciales à placer des dépôts en dollars auprès de la banque centrale contre des rendements élevés, souvent supérieurs à 10 % voire 15 % en équivalent. Ces opérations permettaient à la Banque du Liban d’attirer des capitaux frais tout en offrant aux établissements bancaires des profits substantiels.

Des analyses indépendantes estiment que Bank Audi figure parmi les principaux bénéficiaires de ces schémas, avec des gains cumulés dépassant les trois milliards de dollars sur la période 2016-2019. Certains rapports soulignent que la banque a été l’une des premières, aux côtés de BankMed, à participer activement à ces échanges dès leur mise en œuvre fin 2015. Ces profits ont permis de compenser en partie les pertes enregistrées sur les activités étrangères, notamment en Turquie, où les dévaluations successives de la livre avaient fragilisé la rentabilité d’Odea Bank alors que le groupe annonçait pourtant d’importants bénéfices reversés comme dividendes aux actionnaires de la banque.

Des observateurs et rapports d’audit ont relevé que ces mécanismes ont contribué à maintenir la solidité apparente du bilan de plusieurs grandes banques libanaises face à des expositions risquées à l’international. Sans ces rendements exceptionnels, les pertes accumulées sur les filiales étrangères auraient pu menacer plus directement la solvabilité de certains établissements. Bank Audi, en particulier, a pu ainsi absorber les impacts négatifs liés à la crise turque tout en distribuant des dividendes élevés à ses actionnaires pendant plusieurs années.

Sherine Audi, un retour aux racines familiales

Sherine Raymond Audi, fille de feu Raymond Audi, fondateur et figure historique de la banque, prend la tête du conseil d’administration. Membre non exécutif du board depuis avril 2017, elle préside le conseil de Bank Audi France depuis 2022. Sa carrière s’est déroulée principalement au sein de la filiale parisienne, où elle a occupé des fonctions exécutives senior pendant près de quatre décennies.

Formée en France, Sherine Audi est reconnue pour son expertise en gouvernance et en audit. Elle a dirigé la filiale française dans un contexte réglementaire européen strict, renforçant les pratiques de conformité au moment où les autorités continentales intensifiaient leurs contrôles sur les flux en provenance du Liban. Son élection marque un retour de la présidence à un membre direct de la famille fondatrice, après la période dirigée par Samir Hanna.

Les défis immédiats pour la nouvelle présidence

La transition intervient alors que le secteur bancaire libanais reste en attente de réformes structurelles. Les négociations avec le Fonds monétaire international, entamées depuis 2022, butent toujours sur la question de la répartition des pertes financières accumulées. Les banques, dont Bank Audi, défendent une approche préservant au maximum leurs actionnaires, tandis que les autorités internationales insistent sur une contribution plus importante du secteur.

Au sein de Bank Audi, la nouvelle direction devra gérer les conséquences des enquêtes en cours et de la détérioration de ses relations avec des actionnaires institutionnels internationaux. Des saisies conservatoires et demandes d’entraide judiciaire entre juridictions européennes et libanaises continuent d’alimenter l’incertitude. La banque a par ailleurs publié des résultats non audités pour les trimestres récents montrant une stabilisation relative de ses indicateurs, mais dans un environnement toujours fragile et avec de nombreuses interrogations quant à la validité des chiffres présentés.

Les actionnaires et le conseil d’administration surveillent particulièrement l’évolution des procédures impliquant d’anciennes opérations. La présence renforcée de représentants familiaux dont certains impliqués dans les affaires judiciaires au board pourrait influencer les décisions stratégiques à venir, notamment en matière de restructuration du capital et de gestion des actifs à l’étranger.

Les enquêtes européennes progressent

Les autorités judiciaires françaises et suisses poursuivent leurs investigations sur les flux financiers liés à l’ancienne direction de la Banque du Liban. Des auditions et perquisitions ont déjà eu lieu, et de nouvelles demandes d’informations ont été adressées à plusieurs établissements libanais. Bank Audi, via ses filiales, reste concernée par ces démarches, qui portent sur des périodes antérieures à la crise actuelle.

Riad Salamé, libéré sous caution en septembre 2025 après une détention provisoire mais faisant l’objet d’un nouveau mandat d’arrêt cette semaine dans le cadre de ces affaires, fait toujours l’objet de poursuites au Liban et à l’étranger. Les volets touchant aux relations avec les banques commerciales, dont les prêts et acquisitions d’actions, constituent un axe central des dossiers. Najib Mikati, quant à lui, a vu son immunité parlementaire contestée dans le cadre de ces affaires transnationales.

La banque continue de coopérer avec les autorités compétentes, tout en maintenant ses activités opérationnelles. La nouvelle présidence, forte de son expérience en environnement réglementé européen, devra naviguer dans ce cadre judiciaire complexe tout en cherchant à restaurer la confiance des déposants et des partenaires internationaux. Les prochains mois seront décisifs pour l’évolution de ces procédures et leurs répercussions sur la gouvernance de l’institution.

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Newsdesk Libnanews
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