vendredi, janvier 23, 2026

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Sécurité renforcée à l’aéroport de Beyrouth selon le nouveau ministre des transports

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Le ministre libanais des Travaux publics et des Transports, Fayez Rasamny, a annoncé que les autorités ont mis en place « toutes les mesures nécessaires » à l’aéroport international de Beyrouth pour garantir la sécurité des opérations. Cette déclaration, faite lors d’une interview accordée à la chaîne al-Hurra, intervient dans un contexte marqué par une saisie de 2,5 millions de dollars en espèces, la suspension des vols en provenance et à destination de l’Iran, et des allégations israéliennes de contrebande impliquant le Hezbollah. Le Liban, confronté à une crise économique persistante depuis 2019 et aux séquelles d’un conflit avec Israël en 2023-2024, cherche à renforcer la surveillance de son unique aéroport international, un point stratégique dans un environnement régional tendu. Cette initiative, décrite comme « ferme » par le ministre, vise à « protéger les voyageurs », mais soulève des interrogations sur ses implications politiques et diplomatiques.

Une inspection ministérielle sous surveillance accrue

Le samedi 1er mars 2025, Fayez Rasamny, accompagné des ministres des Finances et de l’Intérieur, a effectué une visite d’inspection à l’aéroport international de Beyrouth. Cette démarche, loin d’être une formalité administrative, intervient quelques jours après la découverte de 2,5 millions de dollars en espèces dans les bagages d’un passager libanais en provenance de Turquie. Selon les autorités douanières, l’individu, dont l’identité n’a pas été révélée, fait l’objet d’une enquête pour déterminer la provenance et la destination de ces fonds. Aucune conclusion officielle n’a été rendue publique à ce jour, bien que des spéculations circulent sur un possible lien avec le Hezbollah, des allégations qui restent pour l’instant non confirmées.

Cette saisie reflète une réalité plus large au Liban : un système financier en déroute depuis 2019 a conduit à une dépendance accrue au cash. Avec une dette publique atteignant 105 milliards de dollars, soit 150 % du PIB en 2024 (Banque mondiale), et des dépôts bancaires de 170 milliards gelés avant la crise, les transactions en espèces dominent, du commerce quotidien aux opérations plus opaques. Le taux de change au marché noir – 89 000 livres libanaises pour un dollar au 3 mars – illustre cette désintégration économique, rendant l’aéroport un point de passage privilégié pour des flux financiers hors des circuits officiels.

La visite ministérielle de samedi s’inscrit dans une séquence de mesures sécuritaires déclenchées par cet incident. « Nous avons pris des mesures fermes pour protéger les voyageurs, » a déclaré Rasamny à al-Hurra, soulignant l’installation de dispositifs de contrôle avancés, similaires à ceux déployés au port de Beyrouth. Cette opération intervient également dans un climat de tension régionale, exacerbé par des accusations israéliennes selon lesquelles des envoyés iraniens et des citoyens turcs utiliseraient l’aéroport pour transférer des fonds de Téhéran et d’Istanbul à des destinataires libanais, une piste que les autorités n’ont ni confirmée ni infirmée.

Contexte d’une décision sous pression internationale

L’annonce de ces mesures ne peut être dissociée d’un événement antérieur notable : la suspension indéfinie des vols en provenance et à destination de l’Iran, décidée en février 2025. Cette résolution a suivi un avertissement des États-Unis, qui ont joué un rôle clé dans la négociation du cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah le 27 novembre 2024. Selon des sources diplomatiques citées par Reuters en janvier 2025, Washington a informé Beyrouth que la poursuite de ces vols risquait de provoquer une intervention militaire israélienne, mettant en danger la sécurité aérienne. Confrontées à cette menace, les autorités libanaises ont opté pour la suspension des liaisons avec Téhéran, interrompant les opérations des compagnies Mahan Air et Iran Air.

Cette décision a immédiatement suscité une vive réaction du Hezbollah, dont les partisans ont bloqué la route menant à l’aéroport international de Beyrouth dans les jours suivants. Les manifestations, marquées par des barricades et des affrontements avec les forces de l’ordre, ont dégénéré, entraînant une attaque contre un convoi de l’UNIFIL qui a blessé deux Casques bleus (UNIFIL, février 2025). Sheikh Naim Qassem, qui dirige le mouvement depuis la mort de Hassan Nasrallah en 2024, a qualifié cette suspension d’ »exécution d’un ordre israélien », accusant le gouvernement de céder aux pressions extérieures au détriment des intérêts libanais. Pour le Hezbollah, ces vols représentaient une artère vitale reliant Beyrouth à Téhéran, un lien que cette mesure a coupé net.

Le conflit de 2023-2024 a fragilisé le Hezbollah, avec 3 400 morts et 1,4 million de déplacés (Ministère libanais de la Santé, 6 novembre 2024), mais il conserve une influence significative. La suspension des vols iraniens, combinée à la saisie des 2,5 millions de dollars, semble répondre à une exigence explicite des États-Unis et d’Israël, qui accusent depuis des mois l’aéroport de servir de plaque tournante pour le transfert de fonds et de matériel au profit du mouvement chiite. Ces allégations, bien que non étayées par des preuves publiques, ont pris une résonance particulière après la chute de Bachar el-Assad en Syrie en décembre 2024, privant le Hezbollah d’un autre canal d’approvisionnement.

L’aéroport international de Beyrouth : un point stratégique sous tension

L’aéroport international de Beyrouth a toujours été plus qu’un simple hub de transport ; il est un baromètre des crises qui traversent le Liban. Avant la crise économique de 2019, il accueillait 8 millions de passagers par an, incarnant un pays tourné vers l’extérieur. Aujourd’hui, avec un PIB réduit à 22 milliards de dollars en 2024 contre 54 milliards en 2018 (Banque mondiale), et un sud ravagé par la guerre récente, son activité s’est considérablement réduite. Pourtant, son importance stratégique n’a jamais été aussi cruciale.

Les déclarations de Rasamny sur al-Hurra mettent en lumière cet enjeu : « Nous avons des machines de scanning et d’inspection très modernes au port de Beyrouth, » une référence qui s’étend implicitement à l’aéroport. Ces équipements, destinés à renforcer les contrôles, répondent à une pression croissante des partenaires internationaux, notamment les États-Unis, qui ont insisté sur une vigilance accrue depuis le cessez-le-feu de novembre 2024. Ce fragile accord, mettant fin à deux mois de guerre intense entre Israël et le Hezbollah, a été suivi d’une exigence claire : empêcher l’aéroport de devenir une plateforme pour les activités du mouvement chiite.

La saisie des 2,5 millions de dollars illustre cette dynamique. Bien que l’enquête n’ait pas encore établi la destination exacte de ces fonds, leur découverte dans un contexte de système financier défaillant – où les transactions en espèces dominent face à une crise bancaire paralysante – renforce les soupçons d’opérations clandestines. Israël a intensifié ses accusations après la guerre, affirmant que des vols iraniens et des intermédiaires turcs servaient à acheminer des ressources au Hezbollah. La chute d’Assad en Syrie a accentué cette focalisation sur Beyrouth, désormais perçue comme un point de passage clé dans un réseau régional bouleversé.

Une décision aux répercussions internes

La suspension des vols iraniens, bien que motivée par des considérations de sécurité, a des implications politiques profondes au Liban. La réaction du Hezbollah traduit une fracture persistante dans un pays où les équilibres confessionnels et politiques restent fragiles. Les manifestations qui ont suivi ont perturbé l’accès à l’aéroport, soulignant la capacité du mouvement à mobiliser ses partisans malgré ses pertes récentes. Sheikh Naim Qassem a dénoncé une « capitulation » face à des pressions extérieures, une position qui trouve un écho parmi les communautés chiites, où le Hezbollah conserve une base solide avec 35 sièges alliés au Parlement (élections de 2022).

Pour le gouvernement dirigé par le président Joseph Aoun, élu le 9 janvier 2025 avec le soutien de Washington et de l’Arabie saoudite, cette situation représente un défi majeur. Aoun a promis un « monopole des armes » pour l’État – une critique implicite du Hezbollah – et une « neutralité positive » dans les relations avec les pays arabes. Cependant, ces mesures sécuritaires, perçues comme un alignement sur les exigences américaines et israéliennes, risquent de compromettre cette neutralité. « Le Liban doit naviguer entre la sécurité et la stabilité interne, » explique un analyste politique basé à Beyrouth. « Ces décisions protègent l’aéroport aujourd’hui, mais elles pourraient rallumer des tensions demain. »

Le système financier défaillant joue également un rôle dans cette équation. Avec des banques incapables de fonctionner pleinement depuis 2019, le cash est devenu la norme, facilitant des transactions hors contrôle. La saisie de 2,5 millions de dollars pourrait n’être que la pointe de l’iceberg dans un pays où les flux illicites sont difficiles à tracer, un problème que les autorités tentent d’adresser avec ces nouvelles mesures.

Un équilibre précaire face aux pressions régionales

L’aéroport international de Beyrouth est devenu un symbole des dilemmes auxquels le Liban est confronté. Les États-Unis, qui ont orchestré le cessez-le-feu de novembre 2024, maintiennent une vigilance stricte, exigeant que Beyrouth empêche toute utilisation de l’aéroport par le Hezbollah. « Nous ne tolérerons pas qu’il serve de conduit pour des activités illicites, » a averti un responsable américain à Reuters en janvier 2025, une position renforcée par la saisie récente et la suspension des vols iraniens. Israël, de son côté, continue de considérer l’aéroport comme une menace potentielle, amplifiant la pression sur un Liban déjà fragilisé.

Rasamny a également évoqué une ambition à plus long terme : la construction d’un second aéroport, inscrite dans le plan du gouvernement. Cette proposition, visant à réduire la dépendance à un seul hub, reste toutefois irréaliste dans un contexte financier où la dette publique atteint des sommets (Banque mondiale, 2024). Pour l’heure, les efforts se concentrent sur le renforcement des contrôles existants, une réponse immédiate aux exigences internationales.

Pourtant, ces mesures ne sont pas sans conséquences internes. Le Hezbollah, bien que diminué par la guerre – qui a coûté des milliers de vies et détruit des pans de son infrastructure – conserve une influence significative au Parlement et dans les régions chiites. La saisie des fonds et la coupure des vols iraniens touchent directement ses capacités logistiques, mais sa capacité à mobiliser des manifestations montre qu’il reste un acteur incontournable. « Le Hezbollah est affaibli, mais pas neutralisé, » observe un expert régional. « L’aéroport devient un terrain de confrontation indirecte. »

Dans un pays où le cash a remplacé un système bancaire en ruine, où chaque décision est scrutée par des puissances régionales et internationales, l’aéroport international de Beyrouth est un microcosme des défis libanais. Ces mesures renforceront-elles la stabilité ou précipiteront-elles une nouvelle crise ? Pour l’instant, chaque avion qui décolle ou atterrit porte une part de cette réponse incertaine, dans un Liban qui cherche encore son souffle.

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Newsdesk Libnanews
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