vendredi, février 20, 2026

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Tourisme en panne : l’espoir d’un rebond s’évanouit

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Un rebond estival en trompe-l’œil

Le secteur touristique libanais, historiquement moteur de devises et d’activité économique, peine à retrouver son niveau d’avant-crise. Malgré une fréquentation en hausse en provenance de certains marchés régionaux comme la Turquie et la Jordanie, les recettes enregistrées depuis le début de l’été 2025 restent en net recul par rapport aux niveaux d’avant 2019. D’après les chiffres rapportés le 24 juillet 2025, les revenus touristiques sont inférieurs de 35 % à ceux enregistrés en 2018, dernier repère avant l’effondrement économique.

Cette baisse s’explique par plusieurs facteurs structurels. En premier lieu, la dégradation des infrastructures hôtelières : de nombreux établissements ont fermé ou fonctionnent à capacité réduite, faute d’investissements dans la maintenance, le personnel qualifié ou les services. Les hôtels encore en activité peinent à maintenir des standards internationaux, ce qui pèse sur la capacité du Liban à attirer des visiteurs à fort pouvoir d’achat.

L’absence de coordination institutionnelle ajoute à cette fragilité. Le ministère du Tourisme, confronté à des budgets réduits et à une instabilité administrative chronique, n’a pas été en mesure de lancer des campagnes de promotion structurées ni de coordonner les acteurs du secteur. Les syndicats professionnels du tourisme dénoncent un désengagement de l’État, alors même que les initiatives privées se multiplient pour relancer l’offre locale.

Plans de relance fantômes et effets d’annonce

Depuis 2022, plusieurs responsables politiques ont multiplié les déclarations sur la nécessité de relancer le tourisme libanais comme levier prioritaire de redressement économique. Des plans d’investissement ont été évoqués à plusieurs reprises, notamment à travers des partenariats public-privé pour restaurer les infrastructures hôtelières, améliorer les connexions internes ou créer des circuits touristiques dans les régions périphériques. Pourtant, la grande majorité de ces initiatives sont restées à l’état de promesses.

Aucun budget spécifique n’a été débloqué par le gouvernement pour soutenir le secteur. Le projet de loi sur la fiscalité des entreprises touristiques, censé alléger les charges pour les opérateurs en difficulté, n’a jamais été inscrit à l’ordre du jour parlementaire. De même, la ligne de crédit annoncée en 2023 en partenariat avec la Banque arabe pour le développement économique n’a jamais été activée, faute de garanties offertes par l’État.

Les fédérations du tourisme dénoncent une absence totale de suivi institutionnel. Selon leurs responsables, les annonces se succèdent à chaque saison estivale, sans qu’aucune mesure concrète ne vienne corriger les déséquilibres structurels. Les acteurs de terrain, hôteliers, restaurateurs et agences de voyages, sont livrés à eux-mêmes dans un environnement fiscal incertain, sans soutien à l’investissement ni mécanismes d’assurance contre les risques politiques.

Tourisme international : la désaffection des visiteurs à fort pouvoir d’achat

Si le Liban continue d’attirer certains flux touristiques régionaux, notamment en provenance de Turquie, de Jordanie ou d’Irak, il peine à reconquérir les marchés traditionnels à plus fort pouvoir d’achat, comme l’Europe occidentale, les pays du Golfe ou l’Amérique du Nord. Cette désaffection s’explique par une combinaison de facteurs sécuritaires, économiques et logistiques.

Les agences de voyages étrangères, autrefois partenaires stratégiques du Liban, ont largement réduit leur offre. La perception d’instabilité politique, nourrie par les blocages institutionnels récurrents et les tensions avec Israël, dissuade une clientèle haut de gamme soucieuse de sécurité et de confort. De nombreuses compagnies d’assurance ont également retiré le Liban de leurs listes de destinations couvertes, aggravant les freins au déplacement.

Sur le terrain, les infrastructures ne répondent plus aux standards attendus par les visiteurs exigeants. L’aéroport de Beyrouth connaît régulièrement des pannes techniques, les routes d’accès aux zones touristiques sont en mauvais état, et le manque d’électricité dans plusieurs régions affecte l’expérience des visiteurs. Même dans les zones les plus réputées comme Byblos, le Chouf ou la corniche de Beyrouth, le niveau de service s’est considérablement dégradé.

Cette situation freine tout effet d’entraînement sur le reste de l’économie. Le tourisme, censé irriguer les secteurs de l’artisanat, des transports, de la restauration et de l’hébergement, ne parvient pas à générer de dynamique de croissance. Les professionnels du secteur plaident pour un plan de réhabilitation coordonné, sans succès jusqu’à présent.

Tourisme intérieur : un filet de secours limité

Face à la faiblesse des arrivées internationales, une partie des professionnels du secteur s’est tournée vers le marché local pour tenter de compenser les pertes. Le tourisme intérieur, stimulé par des offres promotionnelles et des initiatives locales, a connu une légère hausse pendant les périodes de congés scolaires ou les week-ends prolongés. Des familles libanaises issues des zones urbaines se rendent dans des régions comme Ehden, Deir el-Qamar ou Jezzine pour de courts séjours.

Mais ce rebond ponctuel ne suffit pas à stabiliser le secteur. Le pouvoir d’achat des ménages a fortement chuté depuis la crise financière de 2019, et même les classes moyennes urbaines limitent leurs dépenses de loisirs. Les hôtels de moyenne gamme enregistrent des taux d’occupation irréguliers, les restaurants touristiques réduisent leurs horaires d’ouverture, et les activités culturelles saisonnières se raréfient.

En outre, cette dynamique reste géographiquement déséquilibrée. Certaines zones profitent d’une affluence relative, tandis que d’autres régions historiquement touristiques, comme Tyr ou Akkar, peinent à attirer des visiteurs libanais, en raison du manque d’accessibilité ou d’offres attractives. Ce déséquilibre freine l’intégration économique des régions et accentue la concentration des revenus dans quelques pôles déjà surreprésentés.

Un avenir touristique incertain : entre potentiel et inertie

Le Liban conserve un potentiel touristique important, grâce à son patrimoine naturel, historique et culturel, mais ce capital reste inexploité. Les initiatives de relance peinent à dépasser le stade des déclarations d’intention, et aucune stratégie nationale de développement touristique n’a été mise en œuvre depuis 2018. Le manque de coordination entre les ministères, les municipalités et les acteurs privés empêche toute forme de planification à moyen terme.

La formation professionnelle dans le domaine de l’accueil et des services est à l’arrêt. Les écoles hôtelières publiques manquent de ressources, les partenariats avec les institutions étrangères ont été suspendus, et les jeunes diplômés du secteur fuient le pays. Ce déficit de compétences compromet la qualité des services offerts, un élément-clé pour attirer une clientèle étrangère durable.

Enfin, l’absence d’un cadre légal stable empêche les investissements structurants. Les opérateurs étrangers restent frileux face à un système judiciaire perçu comme instable, et les tentatives de création de zones franches touristiques, comme à Batroun ou Tannourine, sont restées lettre morte. Sans cadre incitatif, ni politique publique de soutien, le Liban ne parvient pas à se positionner comme une destination compétitive face à ses voisins.

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Newsdesk Libnanews
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