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Un toast à l’oubli : le Liban et sa mémoire effacée

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Cinq ans. Cinq ans depuis que le port de Beyrouth s’est éventré dans une explosion qui a secoué la terre, brisé les cœurs et réduit des vies en cendres. Cinq ans, et que faisons-nous pour honorer les 218 âmes arrachées ce 4 août 2020 ? Nous allons à la plage. Nous débouchons du champagne, les bulles pétillant comme si de rien n’était, comme si le fracas du nitrate d’ammonium n’avait été qu’un mauvais rêve. Un toast à l’oubli, mesdames et messieurs, car au Liban, la mémoire est un luxe que nous ne pouvons apparemment pas nous permettre.

Regardez-nous, champions de l’amnésie collective. Les 10 000 morts de la Covid ? Une statistique floue, noyée dans les vagues de la Méditerranée où nous bronzons aujourd’hui. Les 6 000 vies fauchées par la dernière guerre ? Un vague écho, couvert par le bruit des vagues et des rires. Les 100 000 victimes de la guerre civile, ces ombres d’un passé que nous refusons de regarder en face ? Elles s’effacent dans le sable, là où nous plantons nos parasols. Et les 200 000 morts de faim de la Première Guerre mondiale ? Des fantômes trop lointains pour troubler nos apéritifs.Le Liban, ce pays qui danse sur ses cicatrices, n’a jamais appris à s’arrêter pour pleurer.

Un devoir de mémoire ? Quelle idée saugrenue. Ici, on ne commémore pas, on célèbre. On ne se souvient pas, on survit. Les ruines du port sont toujours là, les coupables toujours libres, les blessures toujours ouvertes, mais qu’importe : le champagne est frais, la mer est bleue, et l’oubli est si doux.

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Pourquoi s’encombrer de la douleur quand on peut lever un verre à l’indifférence ?

Et pourtant, sous ce soleil insolent, sous ces éclats de rire forcés, le Liban saigne encore. Chaque gorgée de champagne est un aveu d’impuissance, chaque pas sur le sable un pas de plus loin de la vérité. Nous trinquons à notre résilience, disent certains. Moi, je vois un pays qui a appris à se noyer dans l’oubli pour ne pas sombrer dans la rage.

Et dans cette valse de l’oubli, il y a pire : une culture d’impunité solidement ancrée, qui offre une virginité immaculée aux responsables irresponsables de ces catastrophes.

Les coupables, jamais jugés, jamais nommés, renaissent de leurs cendres, absous par notre silence. La Justice est un gros mot aux oreilles de certains, banquiers, politiciens, députés, hommes d’affaires, tous ses profiteurs d’un peuple exsangue.

Après tout, errare humanum est, perseverare diabolicum. Mais au Liban, nous avons fait de la persévérance dans l’erreur un art national. À la santé des intouchables, donc, et à celle d’un pays qui, en oubliant ses morts, oublie aussi sa dignité.

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François El Bacha
François El Bachahttp://el-bacha.com
Expert économique, François el Bacha est l'un des membres fondateurs de Libnanews.com. Il a notamment travaillé pour des projets multiples, allant du secteur bancaire aux problèmes socio-économiques et plus spécifiquement en terme de diversité au sein des entreprises.

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