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UNESCO : l’analphabétisme coûte des milliards au Liban

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Le 8 septembre 2025, un rapport publié par l’UNESCO, relayé par le quotidien libanais Nahar, a mis en lumière une réalité alarmante : l’analphabétisme et le déficit éducatif au Liban entraînent des pertes économiques chiffrées en milliards de dollars, plombant la productivité et la croissance du pays. Dans un contexte de crise économique sans précédent, ce document met en exergue les conséquences dévastatrices de l’inaction dans le domaine de l’éducation, tout en plaidant pour un changement de paradigme : considérer l’éducation non comme une dépense, mais comme un investissement stratégique pour l’avenir du Liban.

Un coût économique colossal

Selon le rapport de l’UNESCO publié le 8 septembre 2025, l’analphabétisme et les lacunes du système éducatif libanais entraînent des pertes économiques annuelles estimées à plusieurs milliards de dollars. Ces pertes découlent principalement d’une productivité réduite, d’un chômage élevé et d’une incapacité à répondre aux besoins d’un marché du travail de plus en plus exigeant en compétences. Le document souligne que près de 15 % de la population adulte libanaise reste analphabète, un taux bien supérieur à celui de pays voisins comme la Jordanie (5 %) ou les Émirats arabes unis (moins de 2 %). Chez les jeunes, les lacunes en lecture, écriture et calcul de base aggravent la situation, limitant leur accès à des emplois qualifiés.

Le rapport met en évidence un cercle vicieux : l’analphabétisme réduit les opportunités d’emploi, ce qui freine la croissance économique, diminue les recettes fiscales et limite les ressources disponibles pour investir dans l’éducation. « L’inaction dans le secteur éducatif n’est pas seulement un échec social, c’est un désastre économique », a déclaré un représentant de l’UNESCO lors de la présentation du rapport. Cette affirmation résonne particulièrement dans un Liban où la crise économique, amorcée en 2019, a poussé plus de 80 % de la population sous le seuil de pauvreté, selon les estimations des Nations unies.

Les chiffres avancés par l’UNESCO sont éloquents. Le déficit éducatif aurait coûté au Liban environ 7 % de son produit intérieur brut (PIB) potentiel en 2024, soit plusieurs milliards de dollars. Cette perte est d’autant plus criante que le pays, déjà fragilisé par l’effondrement de sa monnaie et l’inflation galopante, ne peut se permettre de gaspiller son capital humain. Le rapport insiste sur le fait que chaque année d’éducation supplémentaire pour un individu peut augmenter son revenu potentiel de 10 à 15 %, un levier crucial pour relancer l’économie libanaise.

Une comparaison régionale révélatrice

Pour situer le Liban dans son environnement régional, le rapport de l’UNESCO compare ses performances éducatives à celles d’autres pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord (MENA). Alors que le Liban était autrefois considéré comme un pôle éducatif régional, grâce à ses universités prestigieuses et son système scolaire diversifié, il a été dépassé par plusieurs voisins. La Jordanie, par exemple, affiche un taux de scolarisation dans l’enseignement secondaire proche de 90 %, contre seulement 65 % au Liban en 2024. Les Émirats arabes unis et le Qatar investissent massivement dans l’éducation numérique et la formation professionnelle, avec des budgets éducatifs représentant respectivement 20 % et 12 % de leurs dépenses publiques, contre moins de 8 % au Liban.

Le rapport souligne également les disparités en matière de qualité de l’éducation. Les résultats des tests internationaux, comme le Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA), montrent que les élèves libanais accusent un retard significatif en mathématiques et en sciences par rapport à leurs homologues de la région. Par exemple, les élèves jordaniens obtiennent en moyenne des scores de 20 % supérieurs à ceux des Libanais dans ces disciplines. Ces écarts reflètent non seulement un manque d’investissement, mais aussi une gouvernance défaillante du système éducatif libanais, marquée par des grèves récurrentes des enseignants, des infrastructures délabrées et une dépendance excessive au secteur privé.

En comparaison avec des pays comme la Tunisie, qui a réussi à réduire son taux d’analphabétisme à moins de 10 % grâce à des programmes ciblés, le Liban souffre d’un manque de coordination et de vision stratégique. Le rapport note que les pays ayant investi dans l’éducation de base et la formation continue ont vu leur PIB par habitant augmenter de manière significative au cours des deux dernières décennies, un modèle que le Liban pourrait suivre pour inverser la tendance.

L’éducation comme investissement stratégique

L’un des messages centraux du rapport de l’UNESCO est que l’éducation ne doit pas être perçue comme une charge budgétaire, mais comme un investissement stratégique capable de générer des rendements économiques et sociaux à long terme. « Chaque dollar investi dans l’éducation rapporte entre 10 et 15 dollars en bénéfices économiques sur la durée de vie d’un individu », indique le document, citant des études internationales. Au Liban, où les ressources publiques sont limitées, cette approche pourrait guider les priorités budgétaires dans un contexte de reconstruction économique.

Le rapport propose plusieurs axes d’action pour maximiser l’impact des investissements éducatifs. Premièrement, il recommande d’augmenter les dépenses publiques allouées à l’éducation, actuellement parmi les plus faibles de la région. En 2024, le budget de l’éducation représentait moins de 2 % du PIB libanais, contre une moyenne régionale de 4 %. Deuxièmement, il insiste sur la nécessité de réformer le système éducatif pour le rendre plus inclusif et adapté aux besoins du marché du travail, notamment en développant la formation professionnelle et les compétences numériques.

Un autre point clé est l’accent mis sur l’éducation des filles et des populations vulnérables, notamment les réfugiés syriens, qui représentent environ 25 % de la population scolaire au Liban. Le rapport note que l’accès limité à l’éducation pour ces groupes aggrave les inégalités sociales et économiques, freinant le potentiel de croissance du pays. « Investir dans l’éducation des filles peut multiplier par deux les bénéfices économiques à long terme », souligne le document, s’appuyant sur des données de la Banque mondiale.

Les défis du système éducatif libanais

Le système éducatif libanais est confronté à des défis structurels aggravés par la crise économique. Depuis 2019, les écoles publiques ont été paralysées par des grèves d’enseignants, qui dénoncent des salaires dérisoires face à l’inflation. Selon le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, plus de 30 % des enseignants du secteur public ont quitté leur poste entre 2020 et 2024, obligeant de nombreuses écoles à fermer ou à réduire leurs heures d’enseignement. Les écoles privées, qui scolarisent environ 70 % des élèves libanais, sont également sous pression, avec des frais de scolarité devenus inabordables pour de nombreuses familles.

Le rapport de l’UNESCO met en lumière l’impact de la crise sur les infrastructures éducatives. De nombreuses écoles publiques manquent d’électricité, d’eau courante et de matériel pédagogique de base. En 2024, près de 20 % des écoles publiques étaient partiellement ou totalement inopérationnelles, selon une étude menée par le Centre de recherche et de développement pédagogique (CRDP). Cette situation a conduit à une augmentation du décrochage scolaire, avec environ 200 000 enfants en âge scolaire non scolarisés en 2024, un chiffre en hausse de 30 % par rapport à 2019.

La crise des réfugiés syriens ajoute une pression supplémentaire. Environ 500 000 enfants syriens vivent au Liban, dont seulement la moitié est scolarisée, selon l’UNICEF. Le manque de financement pour les programmes éducatifs destinés aux réfugiés, combiné à la surcharge des écoles publiques, limite l’accès à l’éducation pour cette population vulnérable, perpetuant un cycle de pauvreté et d’exclusion.

Les implications pour les priorités budgétaires

Le rapport de l’UNESCO intervient à un moment où le Liban tente de redéfinir ses priorités budgétaires dans un contexte de ressources limitées. Avec un budget national sous pression, le gouvernement fait face à des choix difficiles entre les dépenses de fonctionnement, les subventions énergétiques et les investissements dans les secteurs sociaux. Le document plaide pour une réallocation des ressources vers l’éducation, arguant que les bénéfices à long terme surpassent les coûts initiaux.

Cette proposition s’inscrit dans un débat plus large sur la reconstruction économique du Liban. Le plan quinquennal du ministère de l’Éducation (2021-2025), bien que partiellement mis en œuvre, vise à améliorer l’équité, les résultats scolaires et la gouvernance du secteur éducatif. Cependant, son financement reste insuffisant, avec seulement 30 % des fonds promis par les donateurs internationaux effectivement déboursés en 2024, selon un rapport du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD).

Le rapport de l’UNESCO appelle à une mobilisation accrue des partenaires internationaux, notamment les pays du Golfe, l’Union européenne et les institutions financières internationales. Lors d’une réunion récente avec des partenaires à Beyrouth, la directrice régionale de l’UNESCO, Costanza Farina, a souligné « le rôle crucial des partenariats pour faire progresser l’éducation de qualité au Liban ». Elle a appelé à une collaboration stratégique pour surmonter les défis du secteur, un message repris par plusieurs donateurs, dont la France et les États-Unis, qui ont exprimé leur soutien à la réforme éducative.

Les dynamiques régionales et sécuritaires

Les conclusions du rapport de l’UNESCO doivent également être replacées dans le contexte des tensions régionales et sécuritaires qui affectent le Liban. Le 8 septembre 2025, jour de la publication du rapport, des frappes aériennes israéliennes ont visé des zones de la Bekaa, ciblant des infrastructures présumées du Hezbollah. Ces actions, qualifiées par Israël de réponse à des « menaces » contre sa sécurité, compliquent les efforts du Liban pour stabiliser son économie et investir dans des secteurs comme l’éducation. Les violations répétées du cessez-le-feu de novembre 2024 par Israël, notamment la présence de troupes dans cinq zones stratégiques du sud, drainent les ressources du gouvernement, qui doit jongler entre la sécurité et les besoins sociaux.

Le ministre de l’Information, Paul Morcos, a récemment lié les défis éducatifs aux contraintes imposées par les « attaques israéliennes », soulignant que la mise en œuvre du plan de désarmement de l’armée libanaise, approuvé le 5 septembre 2025, est entravée par ces violations. Ce plan, qui vise à désarmer les groupes armés, y compris le Hezbollah, nécessite des ressources financières et humaines importantes, qui pourraient concurrencer les investissements dans l’éducation. Cette situation illustre la complexité des priorités budgétaires dans un pays où les impératifs sécur

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