Le Liban, souvent célébré pour sa diversité religieuse et ethnique, possède également une richesse culturelle exceptionnelle qui a contribué à son rayonnement régional et international. Depuis son indépendance en 1943, la culture libanaise a joué un rôle crucial dans la construction de l’identité nationale et dans la résistance face aux multiples crises que le pays a traversées. Pourtant, les défis actuels, qu’ils soient économiques, politiques ou sécuritaires, menacent cet héritage culturel unique.
Une culture au carrefour des civilisations
Le Liban a toujours été un carrefour de civilisations, marqué par des influences arabes, phéniciennes, européennes et ottomanes. Ce mélange a donné naissance à une culture riche et éclectique, visible dans la musique, la littérature, la gastronomie, et même dans l’architecture.
Dans les années 1960 et 1970, le Liban était surnommé la « Suisse du Moyen-Orient » et attirait des artistes et intellectuels du monde entier. Des figures emblématiques comme Fairouz, Sabah ou Khalil Gibran ont contribué à forger une identité nationale transcendant les divisions confessionnelles. Cette richesse culturelle n’est cependant pas uniquement une source de fierté, elle est aussi devenue une cible dans le contexte des tensions régionales.
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Les menaces sur le patrimoine culturel : bombardements et révisionnisme historique
Sites archéologiques ciblés par les bombardements
Les récentes tensions avec Israël ont directement affecté le patrimoine culturel libanais. Depuis le début de l’opération militaire israélienne dans le sud du Liban en septembre 2024, plusieurs sites archéologiques majeurs ont été endommagés. À Baalbek, des frappes israéliennes ont détruit un bâtiment ottoman adjacent aux temples romains inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO. Bien que les temples eux-mêmes aient été épargnés, les destructions dans la zone environnante compromettent la préservation globale du site.
De même, la ville de Tyr, autre joyau archéologique et port phénicien historique, a subi des dommages collatéraux lors des bombardements, affectant à la fois des infrastructures modernes et des sites anciens. Ces destructions, en plus de leurs répercussions culturelles, aggravent les conditions de vie des habitants, déjà fragilisées par la crise économique.
En réaction, l’UNESCO a annoncé le 18 novembre 2024 la mise sous « protection renforcée provisoire » de 34 sites culturels libanais, dont Tyr, Baalbek, Byblos, et Aanjar, pour éviter de nouvelles attaques et mobiliser des fonds pour leur préservation. Le Premier ministre libanais, Najib Mikati, a salué cette initiative, soulignant que toute attaque contre ces sites doit être considérée comme un crime de guerre.
Révisionnisme historique et ambitions territoriales
Outre les attaques physiques, le patrimoine culturel libanais fait face à des menaces idéologiques. Les factions sionistes messianiques en Israël mènent depuis des décennies une campagne de révisionnisme historique visant à nier l’existence des Phéniciens en tant que civilisation distincte. Ce narratif, motivé par des ambitions territoriales, cherche à intégrer les territoires historiquement phéniciens, comme Saïda et Tyr, dans une vision biblique de la « Terre d’Israël ».
Ce révisionnisme va de pair avec des actions sur le terrain. Hier encore, un archéologue israélien connu pour ses positions ultranationalistes a été tué lors d’une opération militaire dans le sud du Liban. Cet archéologue était impliqué dans des fouilles controversées visant à justifier les revendications israéliennes sur des sites libanais en s’appuyant sur des interprétations biaisées des vestiges historiques. Ces actions, qui instrumentalisent l’archéologie à des fins politiques, ajoutent une couche supplémentaire de complexité aux tensions entre les deux pays.
Une culture menacée par les crises internes et externes
Crise économique et exode des talents
Depuis 2019, la crise économique a gravement affecté le secteur culturel libanais. Le financement des arts, qu’il s’agisse de musique, de théâtre ou de cinéma, a été drastiquement réduit en raison de l’effondrement des institutions publiques. Les artistes, incapables de survivre dans ce contexte, quittent massivement le pays. Selon une étude de l’Université américaine de Beyrouth (AUB), environ 50 % des professionnels des arts et de la culture ont émigré depuis 2020.
L’impact de la guerre et des ingérences étrangères
Le contexte sécuritaire limite également le rayonnement régional du Liban. Les festivals culturels, autrefois des vecteurs de la diplomatie culturelle libanaise, sont annulés ou suspendus. De plus, l’influence croissante de puissances comme l’Iran et l’Arabie saoudite politise la production culturelle, entravant la diversité des expressions artistiques.
La culture comme vecteur de résistance
Malgré ces défis, la culture libanaise reste un vecteur puissant de résistance. Les artistes, écrivains et musiciens continuent de produire des œuvres qui reflètent les préoccupations et les espoirs de la société libanaise.
Une nouvelle génération engagée
Une nouvelle génération d’artistes libanais émerge, utilisant les arts visuels, le théâtre et les médias numériques pour dénoncer la corruption, les inégalités sociales et les ingérences étrangères. Par exemple, des cinéastes comme Nadine Labaki mettent en lumière les luttes quotidiennes des Libanais.
La diaspora comme levier de préservation
La diaspora joue un rôle crucial dans la préservation de l’indépendance culturelle libanaise. Elle contribue à hauteur de 30 % au financement des projets culturels, permettant de maintenir une production artistique malgré les crises.
Le patrimoine en péril
Le patrimoine historique du Liban, notamment ses sites archéologiques, est en danger. Outre les dégâts causés par les bombardements, la corruption endémique et l’absence de gouvernance menacent leur préservation. Les explosions de 2020 au port de Beyrouth, qui ont endommagé de nombreux bâtiments historiques, illustrent cette situation critique.
La mise sous protection de l’UNESCO est une étape importante, mais elle reste insuffisante sans un engagement sérieux des autorités libanaises et une mobilisation internationale accrue.
Vers une renaissance culturelle ?
Comment le Liban peut-il préserver son patrimoine dans un contexte de crises multiples ? Quels mécanismes peuvent être mis en place pour contrer les attaques idéologiques et physiques contre sa culture ? Ces questions restent ouvertes, mais elles mettent en lumière l’importance de la culture comme pilier de la résistance nationale et de l’identité libanaise.



