Le Moyen-Orient s’achève, à 18 heures ce mercredi 25 mars, sur une contradiction de plus en plus nette : la diplomatie s’agite, mais la guerre continue d’aller plus vite. Au Liban, le ministère de la Santé, dans un bilan relayé par l’Agence nationale d’information, fait désormais état de 1 094 morts et 3 119 blessés depuis le 2 mars, dont 121 enfants et 81 femmes. Dans le même temps, Beyrouth a durci le ton contre Téhéran en expulsant l’ambassadeur iranien, pendant que le Hezbollah refuse toute négociation “sous le feu”. Sur le front israélo-iranien, l’un des faits les plus marquants de ces dernières heures reste la pression exercée par les missiles iraniens sur le sud d’Israël, notamment autour de Dimona et Arad, où les frappes ont nourri de nouvelles interrogations sur la résilience du bouclier antimissile israélien. Et au-dessus de tout cela, le plan américain en 15 points transmis à l’Iran via le Pakistan demeure un objet diplomatique bien réel, mais toujours très loin d’un arrêt des combats.
Liban : un bilan qui franchit un nouveau seuil
Le chiffre publié dans l’après-midi fixe le cadre humain de la journée libanaise. Avec 1 094 morts et 3 119 blessés depuis le début de l’offensive élargie du 2 mars, la guerre n’apparaît plus comme une séquence ponctuelle d’échanges militaires, mais comme une crise installée, profonde, cumulative. Le détail du bilan accentue encore la gravité de la situation : la présence de 121 enfants et de 81 femmes parmi les morts montre que les effets de la guerre dépassent largement les seuls combattants et s’enracinent dans les zones de vie civile.
Sur le terrain, la journée a confirmé que le Sud reste l’épicentre du coût humain. Les dépêches de la NNA font état de trois morts à Mieh Mieh, à l’est de Saïda, et de deux morts entre Adloun et Abou al-Aswad après des frappes israéliennes. L’agence a aussi signalé un raid sur un bâtiment à Tyr et une attaque de drone contre une moto à Maaraké ; pour ces deux derniers épisodes, les bilans détaillés n’étaient pas encore précisés dans la dépêche consultable au moment de la publication. La veille encore, une frappe sur un appartement à Hazmieh avait fait un mort, selon le ministère de la Santé relayé par la NNA. Ces lieux dessinent une carte de la guerre qui déborde les seuls villages frontaliers et maintient une pression diffuse du Sud jusqu’aux abords de Beyrouth.
Cette réalité s’inscrit dans un cadre plus lourd encore. Israël maintient son objectif de créer une zone tampon au sud du Litani, accompagnée de destructions d’infrastructures, notamment de ponts, qui compliquent les évacuations, les secours et la circulation civile. Cette stratégie change la nature du bilan humain : elle ne produit pas seulement des morts et des blessés, elle isole aussi les localités, fragilise l’accès aux soins et transforme la guerre en épreuve prolongée pour tout le tissu civil du Sud-Liban.
Jounieh : l’armée libanaise ferme la porte à deux récits concurrents
La journée a aussi continué d’être dominée, dans le débat intérieur, par l’épisode de Jounieh et du Kesrouan. L’armée libanaise a confirmé qu’après récupération et analyse des fragments tombés sur une large zone, il s’agissait d’un missile balistique guidé iranien de type Qadr-110, d’environ 16 mètres de long et d’une portée proche de 2 000 kilomètres. Surtout, le commandement a jugé plus probable une cible située hors du Liban, le missile ayant explosé à haute altitude. Il a aussi précisé qu’aucune plateforme de missiles intercepteurs n’existe sur le territoire libanais. Cette évaluation invalide à la fois l’idée d’une frappe destinée au Liban et celle d’une interception tirée depuis le Liban lui-même.
Ce point est important pour comprendre le climat de la journée. Une partie des commentaires politiques et médiatiques avait tenté de transformer l’incident en preuve d’un ciblage iranien direct contre le territoire libanais, voire contre l’ambassade américaine, dans le contexte du durcissement de Beyrouth contre Téhéran. L’armée a refermé cette brèche narrative. Elle ne dit pas que le Liban n’a pas été affecté ; elle dit qu’il a subi la retombée d’un événement balistique régional, pas qu’il en constituait la cible probable. Dans le contexte actuel, cette distinction est décisive.
L’autre enseignement de l’affaire de Jounieh concerne la logique des interceptions. Les défenses israéliennes cherchent à neutraliser les missiles iraniens le plus tôt et le plus haut possible, en particulier lorsqu’ils emportent des charges multiples ou des sous-munitions, car une fois l’ogive ouverte, l’interception devient bien plus difficile. Si l’hypothèse de l’intercepteur est confirmée dans le cas de Jounieh, cela signifie qu’il faut s’attendre à d’autres incidents de ce type au-dessus de territoires tiers situés sur les trajectoires régionales, y compris le Liban.
Le front diplomatique libanais : rupture avec Téhéran, fracture avec le Hezbollah
La scène libanaise ne se résume plus aux bombardements. Elle traverse aussi une rupture diplomatique majeure. Beyrouth a ordonné le départ de l’ambassadeur iranien Mohammad Reza Shibani, déclaré persona non grata avec échéance fixée au 29 mars, tout en soulignant qu’il ne s’agissait pas d’une rupture complète des relations diplomatiques. Le gouvernement de Nawaf Salam accuse désormais plus frontalement l’Iran et les Gardiens de la révolution d’avoir entraîné le Liban dans une guerre qu’il n’a pas autorisée. Cette décision s’inscrit dans un durcissement plus large contre l’influence iranienne : criminalisation des activités militaires du Hezbollah, exigence de désarmement et fin de l’exemption de visa pour les Iraniens.
Ce tournant a aussitôt nourri les controverses internes. Pour les partisans de cette ligne, il s’agit d’un geste de souveraineté enfin assumé. Pour le Hezbollah et ses alliés, c’est une faute politique qui risque de servir le projet israélien au moment même où les bombardements se poursuivent. Dans son communiqué de ce mercredi, Naïm Qassem a rejeté toute négociation avec Israël “sous le feu”, défendu les tirs de roquettes comme une nécessité défensive et demandé au gouvernement de revenir sur la criminalisation de la résistance. La fracture n’oppose donc plus seulement Israël au Hezbollah ; elle traverse désormais l’intérieur du Liban, entre un État qui tente de reprendre la main et un mouvement armé qui refuse de céder sur son autonomie militaire.
Israël-Iran : Dimona, symbole d’une nouvelle pression militaire
Sur le front israélo-iranien, l’un des faits les plus sensibles reste ce qui s’est joué autour de Dimona. Ces derniers jours, des missiles iraniens ont frappé les environs de Dimona et Arad, dans le sud d’Israël, faisant plus de 115 blessés selon le Washington Post, et près de 200 blessés selon le Guardian sur la séquence d’attaque la plus marquante. Les deux journaux soulignent que ces frappes ont mis en lumière les limites, même relatives, du système antimissile israélien. Dimona abrite le principal centre nucléaire israélien, ce qui donne à ces tirs une portée symbolique et stratégique considérable, même en l’absence de dommage signalé sur l’installation elle-même.
Le sujet dépasse le seul bilan. D’après le Washington Post, ces frappes ont relancé les interrogations sur les stocks d’intercepteurs israéliens, sur les arbitrages opérés en temps réel par la défense multicouche et sur la capacité de l’Iran à saturer, au moins ponctuellement, le dispositif israélien. Le Guardian note de son côté que l’AIEA n’a signalé ni dommage ni anomalie radiologique près du centre nucléaire du Néguev, mais que l’épisode a suffi à replacer Dimona au centre de la guerre actuelle. Autrement dit, Dimona n’est pas seulement un lieu ; c’est désormais un signal. Il montre que l’Iran cherche à projeter l’idée qu’aucun point névralgique israélien n’est totalement hors de portée.
À 18 heures, la guerre entre Israël et l’Iran reste donc pleinement active. Israël poursuit ses frappes sur l’Iran et maintient sa pression militaire régionale. L’Iran continue ses tirs de missiles et de drones contre Israël et contre plusieurs cibles dans le Golfe. La guerre n’est pas gelée par les discussions ; elle continue en parallèle d’elles.
Diplomatie régionale : un plan américain en 15 points, mais toujours pas de désescalade
Sur le front diplomatique, le grand dossier du jour reste la proposition américaine en 15 points transmise à Téhéran via le Pakistan. Les grandes lignes connues du plan portent sur un cessez-le-feu, une levée graduelle de sanctions, des restrictions sur le nucléaire iranien, des limites sur les missiles, la question du détroit d’Ormuz et l’arrêt du soutien à plusieurs alliés régionaux de Téhéran. L’Iran a publiquement rejeté cette proposition, la télévision d’État et les responsables militaires affirmant que les États-Unis “négocient avec eux-mêmes”, même si d’autres signaux indiquent qu’aucune réponse formelle définitive n’a encore clos le canal.
Le Pakistan s’est imposé comme l’intermédiaire central du moment, avec d’autres relais régionaux évoqués, notamment l’Égypte et la Turquie. Mais l’écart reste immense entre ce que Washington présente comme une porte de sortie et ce que Téhéran considère comme acceptable. La diplomatie existe, le canal existe, les intermédiaires existent ; pourtant, l’arrêt du feu n’existe toujours pas. C’est cette contradiction qui domine la fin de journée : tout le monde parle, mais personne ne désarme.
Le récapitulatif à 18 heures
À 18 heures, le tableau général est le suivant. Au Liban, le bilan humain monte à 1 094 morts et 3 119 blessés ; des frappes meurtrières ont touché Mieh Mieh, Adloun, Abou al-Aswad, tandis que Tyr, Maaraké et Hazmieh restent dans la séquence des bombardements récents. À Jounieh, l’armée libanaise a fermé la porte à plusieurs lectures trompeuses en affirmant que le missile n’était probablement pas destiné au Liban. Sur le front intérieur, Beyrouth a ouvert une crise diplomatique majeure avec Téhéran, pendant que le Hezbollah refuse toute négociation sous la pression.
Entre Israël et l’Iran, la guerre continue, et Dimona est devenue l’un des symboles les plus sensibles de cette nouvelle phase, après les frappes iraniennes sur le sud d’Israël et les interrogations qu’elles ont ravivées sur la défense antimissile israélienne. Sur le front diplomatique, enfin, le plan américain en 15 points reste sur la table, mais il avance moins vite que l’escalade. À cette heure, le Moyen-Orient n’est pas entré dans la désescalade ; il est entré dans une phase où la guerre, la politique intérieure et la diplomatie s’entrechoquent en permanence.
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