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À Davos, Donald Trump exclut le recours à la force pour le Groenland mais brandit la menace de tarifs douaniers face à l’Europe

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Davos, ce mercredi 21 janvier 2026, a été le théâtre d’une intervention remarquée du président américain Donald Trump lors du Forum économique mondial. Devant un parterre de dirigeants mondiaux, d’entrepreneurs et de décideurs, le locataire de la Maison Blanche a réaffirmé sa détermination à obtenir le transfert du Groenland sous contrôle américain, tout en écartant explicitement l’usage de la force militaire. Cette déclaration, faite dans un discours d’une durée inhabituelle de plus d’une heure, s’inscrit dans un contexte de tensions exacerbées avec les alliés européens, marqués par des menaces de sanctions commerciales. Trump a invoqué l’exemple de la Suisse pour illustrer l’efficacité de ses pressions tarifaires passées, soulignant ainsi sa stratégie de négociation musclée.

Le discours de Trump, prononcé vers 14h30 heure locale, a rapidement capté l’attention des observateurs internationaux. « Je n’ai pas besoin d’utiliser la force. Je ne veux pas utiliser la force. Je n’utiliserai pas la force », a-t-il déclaré avec insistance, dissipant les spéculations sur une possible intervention armée pour s’emparer de ce territoire autonome danois. Cependant, il a nuancé ses propos en ajoutant que les États-Unis seraient « inarrêtables » si une telle option était retenue, une formulation qui n’a pas manqué de susciter des inquiétudes parmi les partenaires atlantiques. Trump a présenté l’acquisition du Groenland comme une nécessité stratégique pour la sécurité nationale américaine et mondiale, évoquant la protection contre les influences russes et chinoises dans l’Arctique.

Cette prise de position intervient alors que les relations transatlantiques sont mises à rude épreuve depuis plusieurs semaines. Le 18 janvier dernier, Trump avait annoncé l’imposition de tarifs douaniers de 10 % sur les importations provenant de huit pays européens, à compter du 1er février, avec une escalade prévue à 25 % en juin si aucun accord n’était conclu sur le transfert du Groenland. Les nations visées incluent le Danemark, bien sûr, mais aussi la Finlande, la France, l’Allemagne, la Norvège, les Pays-Bas, la Suède et le Royaume-Uni. Ces mesures punitives visent à contraindre ces États à soutenir les ambitions américaines sur l’île arctique, riche en ressources minérales et en positions géostratégiques.

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L’exemple suisse au cœur de la rhétorique trumpienne

Pour étayer son approche, Trump a cité en exemple ses négociations passées avec la Suisse, un pays non membre de l’Union européenne mais hôte du Forum de Davos. Il a rappelé avoir initialement imposé un tarif de 30 % sur certains produits suisses avant de le réduire, arguant qu’il ne souhaitait pas « blesser les gens ». « Dans certains cas, comme avec la Suisse, j’ai commencé par 30 % avant de baisser, parce que je ne veux pas faire de mal aux gens », a-t-il expliqué, présentant cette tactique comme un moyen efficace de forcer les concessions sans aller jusqu’au bout des menaces. Cette référence à la Suisse, prononcée sur son sol même, a ajouté une couche d’ironie à son intervention, alors que le pays helvétique, connu pour sa neutralité, se trouve au centre d’un événement censé promouvoir la coopération internationale.

Trump a élargi son récit à d’autres négociations commerciales, évoquant des discussions avec le président français Emmanuel Macron sur les prix des médicaments. Il a relaté avoir menacé la France d’un tarif de 25 % sur l’ensemble de ses exportations et de 100 % sur ses vins et champagnes si elle ne s’alignait pas sur les exigences américaines. « Vous allez le faire, ou le faire vite », aurait-il lancé à Macron, qui aurait répondu : « Non, non Donald, je vais le faire ». Selon Trump, ces échanges se règlent en « trois minutes par pays », soulignant ce qu’il perçoit comme une faiblesse historique des États-Unis dans les négociations internationales, où ils auraient été « escroqués » pendant trente ans.

Ces anecdotes illustrent la doctrine économique de Trump, qui défend les tarifs douaniers comme un outil « juste » et nécessaire. « Les tarifs sont justes, et la plupart d’entre vous le réalisent », a-t-il affirmé, ajoutant que sans eux, il n’aurait pas pu obtenir les résultats escomptés lors de son premier mandat. Cette posture protectionniste, réaffirmée à Davos, contraste avec l’esprit multilatéral du Forum, où les débats portent souvent sur la libéralisation des échanges et la lutte contre les barrières commerciales.

Les réactions européennes face à l’offensive américaine

Les alliés européens n’ont pas tardé à réagir aux déclarations de Trump. Le secrétaire général de l’Otan, Mark Rutte, a mis en garde contre une focalisation excessive sur le Groenland au détriment d’autres priorités, comme le soutien à l’Ukraine. Lors d’un panel à Davos, il a déclaré : « Le risque est que nous nous concentrions bien sûr sur le Groenland, parce que nous devons nous assurer que ce problème soit résolu de manière amicale. Mais le principal problème n’est pas le Groenland. Le principal problème est l’Ukraine. Je suis un peu inquiet que nous puissions lâcher la balle en nous concentrant autant sur ces autres problèmes ». Rutte a insisté sur le fait que l’Ukraine devait rester la « priorité numéro un », avant d’aborder d’autres dossiers, y compris le Groenland.

De son côté, le président polonais Karol Nawrocki, fervent soutien de l’Ukraine au sein de l’Otan, a partagé cette vue. Sur le même panel, il a affirmé que la guerre en Ukraine, à la frontière de la Pologne, restait « le principal problème en Europe aujourd’hui ». « Je n’ai pas peur que la situation autour du Groenland signifie que nous oublions l’Ukraine », a-t-il ajouté, soulignant la nécessité de maintenir l’unité atlantique face aux menaces russes.

Au Royaume-Uni, le Premier ministre Keir Starmer a adopté une ligne ferme lors de sa séance hebdomadaire de questions au Parlement. « Je ne céderai pas », a-t-il déclaré, affirmant que la Grande-Bretagne ne renoncerait pas à ses principes et valeurs concernant l’avenir du Groenland sous la pression des tarifs. « La Grande-Bretagne ne cédera pas sur nos principes et valeurs à propos de l’avenir du Groenland sous les menaces de tarifs, et c’est ma position claire », a-t-il précisé.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a qualifié les tarifs annoncés de « erreur » et a remis en question la fiabilité de Trump. Des discussions au sein de l’Union européenne portent sur des mesures de représailles, incluant l’utilisation de l’instrument anti-coercition, qui pourrait limiter l’accès des entreprises américaines au marché unique européen. Le président français Emmanuel Macron, visé par les anecdotes de Trump, a évoqué la possibilité de déployer un outil économique puissant, qualifié de « bazooka commercial », pour répondre aux pressions américaines.

Contexte historique et stratégique du Groenland

Le Groenland, territoire autonome du Danemark depuis 1979, abrite environ 57 000 habitants sur une superficie de plus de deux millions de kilomètres carrés, en grande partie couverte de glace. Son importance stratégique s’est accrue avec le réchauffement climatique, qui ouvre de nouvelles routes maritimes et révèle des ressources minérales précieuses, telles que les terres rares, essentielles pour les technologies vertes et militaires. Les États-Unis y maintiennent déjà une présence via la base aérienne de Thulé, opérée par la Space Force américaine, héritée d’un accord de 1951 datant de la Guerre froide.

Trump a rappelé ce passé historique dans son discours, affirmant que les États-Unis avaient contrôlé le Groenland pendant la Seconde Guerre mondiale, après l’invasion du Danemark par l’Allemagne nazie, et l’avaient « stupidement » rendu ensuite. « Nous l’avions, mais nous l’avons rendu au Danemark après la guerre. Comme nous étions stupides de faire ça, mais nous l’avons fait », a-t-il dit. Il a présenté l’acquisition comme un moyen de sécuriser cette « masse gigantesque de terre, cette pièce géante de glace », arguant que seul les États-Unis pouvaient la protéger efficacement et la développer.

Des négociations récentes entre des responsables danois et groenlandais avec Washington ont indiqué une ouverture à une augmentation de la présence militaire américaine sur l’île, sans pour autant céder la souveraineté. Trump a insisté sur le fait que le Groenland était « notre territoire » et que son contrôle ne menacerait pas l’Otan, mais le renforcerait. « Cela ne serait pas une menace pour l’Otan », a-t-il déclaré, tout en critiquant les contributions des alliés à l’Alliance : « Nous donnons tellement et nous recevons si peu en retour de l’Otan ».

Impacts économiques des menaces tarifaires

Les annonces de tarifs ont déjà eu des répercussions sur les marchés financiers. Le 20 janvier, l’indice S&P 500 a chuté de 2,06 %, marquant sa pire journée depuis octobre, en raison des tensions liées au Groenland. Les rendements des bons du Trésor américain ont baissé, tandis que les indices boursiers européens ont également reculé. Cependant, après les assurances de Trump sur l’absence de recours à la force, les marchés ont rebondi légèrement le 21 janvier, avec des hausses d’environ 0,3 % pour le S&P 500, le Dow Jones et le Nasdaq.

Le secrétaire au Trésor américain, Scott Bessent, présent à Davos, a tenté de tempérer les craintes. « Calmez l’hystérie. Prenez une grande respiration », a-t-il conseillé aux homologues européens et aux journalistes, invitant à laisser les tensions « se jouer ». Il a réaffirmé l’engagement américain envers l’Otan : « L’adhésion des États-Unis à l’Otan est incontestée. Nous sommes partenaires pour arrêter cette guerre tragique entre la Russie et l’Ukraine, mais cela ne signifie pas que nous ne pouvons pas avoir des désaccords sur l’avenir du Groenland ».

Les pays ciblés par les tarifs exportent vers les États-Unis des biens variés, des produits agricoles aux technologies de pointe. Pour la France, cela inclut les vins, fromages et biens de luxe ; pour l’Allemagne, les automobiles et machines-outils ; pour la Suède et la Finlande, les produits forestiers et électroniques. L’escalade à 25 % pourrait entraîner une hausse des coûts pour les consommateurs américains et des pertes d’emplois en Europe, selon des estimations préliminaires des chambres de commerce européennes.

Dynamiques au sein de l’Otan et perspectives immédiates

Les critiques de Trump envers l’Otan ne sont pas nouvelles, mais elles ont pris une ampleur particulière à Davos. Il a revendiqué avoir renforcé l’Alliance lors de son premier mandat : « Vous n’auriez pas l’Otan si je ne m’étais pas impliqué lors de mon premier mandat ». Il a blâmé l’élection « truquée » de 2020 pour la guerre en Ukraine, affirmant qu’elle n’aurait pas eu lieu sous sa présidence. « La guerre avec l’Ukraine est un exemple… C’est une guerre qui n’aurait jamais dû commencer, et elle n’aurait pas commencé si l’élection présidentielle de 2020 n’avait pas été truquée », a-t-il déclaré.

Trump a annoncé une rencontre avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky le jour même, exprimant sa conviction que tant Zelensky que Vladimir Poutine souhaitaient mettre fin au conflit. Il a prévu des discussions en marge avec Poutine, soulignant le rôle des États-Unis dans la résolution des crises mondiales. Sur le plan domestique, il a vanté ses politiques intérieures, comme la réduction de la criminalité via le déploiement de l’ICE et de la Garde nationale, et une interdiction pour les grands investisseurs institutionnels d’acheter des maisons individuelles.

Les sept pays européens ayant déployé quelques dizaines de soldats au Groenland la semaine précédente – Finlande, France, Allemagne, Norvège, Pays-Bas, Suède et Royaume-Uni – ont justifié cette mesure comme un geste de solidarité avec le Danemark. Cette action symbolique a accentué les frictions, Trump la percevant comme une provocation.

Les implications immédiates des déclarations de Trump se font sentir dans les couloirs de Davos, où des réunions bilatérales se multiplient. Des responsables danois et groenlandais, après des pourparlers à Washington, ont signalé une disposition à accroître la présence américaine sans transfert de souveraineté. Trump a réitéré son appel à des négociations immédiates : « Nous voulons un morceau de glace pour la protection mondiale et ils ne le donnent pas… Ils ont le choix : ils peuvent dire oui, et nous serons très reconnaissants, ou ils peuvent dire non et nous nous en souviendrons ».

Les débats sur l’indépendance européenne en matière de défense et de commerce gagnent en intensité, avec des appels à diversifier les partenariats au-delà des États-Unis. Les tensions actuelles, amplifiées par la quête américaine du Groenland, mettent en lumière les fractures au sein de l’Alliance atlantique, alors que les marchés et les diplomaties attendent les prochaines étapes des négociations tarifaires prévues pour février.

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