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Armée libanaise : Ghada Ayoub cible l’exécutif

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La députée Ghada Ayoub a replacé, vendredi matin, le débat sur la chaîne de commandement au cœur de la crise libanaise. Dans une déclaration relayée par l’Agence nationale d’information, l’élue a affirmé que la décision d’écarter le commandant de l’armée relevait, en droit et en pratique, de la seule autorité politique, c’est-à-dire du président de la République et du gouvernement. Elle a toutefois ajouté que cette hypothèse n’avait pas été mise sur la table au Conseil des ministres. La formule est importante. Elle ne signifie pas qu’une procédure de renvoi est engagée. Elle signifie plutôt que la responsabilité politique, selon elle, ne peut être transférée sur l’institution militaire seule au moment où l’État affiche un objectif de monopole des armes sans parvenir à l’imposer pleinement.  

L’intervention de Ghada Ayoub s’inscrit dans une ligne politique claire. La députée appartient au bloc parlementaire République forte, formation d’opposition liée aux Forces libanaises et engagée depuis des années sur le thème de la souveraineté de l’État et de l’exclusivité des armes entre les mains des institutions officielles. Dans sa lecture, la question n’est donc pas seulement militaire. Elle est d’abord politique : quand l’exécutif adopte une décision aussi sensible que l’interdiction des activités militaires et sécuritaires du Hezbollah, il lui revient ensuite d’assumer le coût, le calendrier et les moyens de son application.  

Ce que Ghada Ayoub a réellement dit

Le point central de sa déclaration est double. D’un côté, Ghada Ayoub rappelle que l’autorité politique dispose du pouvoir de décider, si elle le souhaite, du sort du commandement de l’armée. De l’autre, elle insiste sur le fait que cette question n’a pas été débattue formellement par le gouvernement. Autrement dit, elle ne décrit pas une procédure en cours, mais elle refuse que l’on laisse croire que l’impasse actuelle relèverait uniquement d’un blocage technique ou opérationnel au niveau militaire. Son propos vise à remonter la responsabilité jusqu’au sommet de l’État.  

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La députée développe aussi un second axe : si des décisions existent, encore faut-il qu’elles soient politiquement assumées et matériellement exécutables. Elle souligne le décalage possible entre la proclamation d’une ligne de fermeté et la réalité du terrain. Son raisonnement est limpide : lorsqu’un pouvoir civil prend une décision de sécurité majeure, il doit ensuite fournir à l’armée le cadre politique, la couverture institutionnelle et les moyens logistiques nécessaires. Faute de quoi, le décalage entre l’annonce et l’application nourrit les doutes sur l’existence d’une volonté exécutive cohérente.  

Sur ce point, Ghada Ayoub prend soin de ne pas faire du commandant de l’armée le responsable exclusif de la situation. Elle explique au contraire être en contact avec le général Rodolphe Haykal et considère qu’il n’est pas éloigné, dans son principe, de l’exécution des décisions prises. Mais elle décrit un commandement pris entre plusieurs feux : la pression du Hezbollah, la confrontation avec Israël, la souffrance des populations civiles, ainsi que la dégradation matérielle et psychologique des militaires. Le cœur de son message consiste donc moins à réclamer un départ immédiat qu’à dire que le véritable centre de décision se trouve au palais présidentiel et au sein du gouvernement.  

Un commandant nommé il y a un an, dans une phase de bascule

Le commandant de l’armée libanaise, le général Rodolphe Haykal, a été nommé le 13 mars 2025 lors d’un Conseil des ministres réuni à Baabda, après l’accession de Joseph Aoun à la présidence de la République. Cette nomination s’inscrivait alors dans une tentative de remise en ordre des institutions sécuritaires, sur fond de vacance politique refermée et d’attente internationale élevée autour du nouveau pouvoir. Le chef de l’État, ancien commandant en chef de l’armée, restait de ce fait étroitement associé à la trajectoire de l’institution militaire, ce qui donne aujourd’hui une portée particulière aux critiques qui visent l’exécutif plutôt que l’état-major seul.  

Depuis cette nomination, le rôle assigné à l’armée n’a cessé de s’élargir. Dans le sud, l’institution a revendiqué début janvier 2026 un contrôle opérationnel effectif de la zone au sud du Litani, à l’exception des positions encore tenues par les forces israéliennes. Le gouvernement a, dans le même mouvement, demandé à l’armée de poursuivre le travail vers un monopole étatique des armes dans le reste du pays aussi rapidement que possible. Cette trajectoire a placé l’état-major au centre d’une équation presque impossible : montrer des résultats, éviter l’affrontement intérieur généralisé, tout en faisant face aux critiques d’Israël et aux attentes de ses partenaires occidentaux et arabes.  

Le tournant du 2 mars et la question du Hezbollah

Le contexte a brutalement changé le 2 mars 2026. Ce jour-là, le gouvernement libanais a interdit les activités militaires du Hezbollah après une reprise des tirs contre Israël qui a entraîné une nouvelle phase de guerre. Cette décision a été présentée comme historique, car elle consacre au niveau gouvernemental une ligne de principe souvent invoquée mais rarement formulée aussi clairement : l’usage de la force armée doit revenir à l’État seul. Dans le débat intérieur, ce basculement a renforcé les formations qui plaident depuis longtemps pour l’exclusivité des armes publiques. Il a aussi augmenté, en retour, la pression sur les autorités chargées de faire appliquer cette orientation.  

C’est à l’intérieur de cette séquence que l’intervention de Ghada Ayoub prend tout son sens. La députée soutient le principe de cette ligne de fermeté, mais elle s’interroge sur les raisons pour lesquelles elle n’est pas intégralement exécutée. Elle refuse également l’argument selon lequel toute action de l’État contre un groupe armé entraînerait mécaniquement une fracture de l’institution militaire. Selon elle, dès lors qu’une décision a été adoptée par des ministres de plusieurs sensibilités, dont des ministres soutenus par le mouvement Amal, l’argument de la paralysie par crainte de la division ne peut plus servir de justification générale à l’inaction. Là encore, son tir vise d’abord la volonté politique au sommet.  

Les pressions américaines et israéliennes se sont durcies

Le débat intérieur libanais ne se déroule pas dans le vide. Il est traversé par une pression extérieure beaucoup plus forte qu’auparavant. Ces derniers mois, Israël a répété que les mesures engagées par Beyrouth et par l’armée restaient insuffisantes, en estimant que le désarmement du Hezbollah demeurait incomplet et que la reconstruction de capacités armées se poursuivait. Des responsables israéliens ont explicitement demandé que les sites de lancement de roquettes et de drones soient démantelés et que les armes du mouvement soient saisies. Cette pression sécuritaire s’accompagne de frappes continues et d’une menace claire : le retard du Liban dans le rétablissement de l’autorité de l’État pourrait se payer par de nouvelles opérations militaires et par une aggravation des dommages infligés au pays.  

Du côté américain, le message rapporté ces derniers jours est tout aussi sévère. Selon plusieurs sources diplomatiques citées par des médias internationaux, Washington considère que la fenêtre ouverte en 2025 pour contenir ou neutraliser plus fermement l’arsenal du Hezbollah n’a pas été utilisée à temps par Beyrouth. Toujours selon ces mêmes sources, les responsables américains auraient désormais moins de disponibilité politique pour gérer le dossier libanais, dans un contexte dominé par la guerre avec l’Iran, et laisseraient une marge de manœuvre plus large à Israël sur le front libanais. Cette évolution ne signifie pas un retrait complet des États-Unis du dossier, mais elle réduit fortement l’espace d’ambiguïté pour les autorités libanaises : les promesses politiques ne suffisent plus, les partenaires extérieurs réclament des résultats vérifiables.  

Joseph Aoun et Nawaf Salam sous une pression directe

Cette accumulation de pressions explique pourquoi Ghada Ayoub a choisi de nommer clairement le président de la République et le gouvernement. Joseph Aoun, en tant que chef de l’État, et Nawaf Salam, à la tête du gouvernement depuis février 2025, se retrouvent au centre d’une contradiction. D’un côté, ils ont porté une ligne de restauration de l’autorité de l’État, marquée par un discours plus net sur l’exclusivité des armes. De l’autre, leur capacité à transformer cette ligne en actes reste limitée par le rapport de force interne, le risque d’embrasement confessionnel et la fragilité d’un appareil d’État encore affaibli par la crise financière et la guerre.  

Dans ce cadre, la sortie de Ghada Ayoub peut être lue comme une tentative de clarification politique. Elle affirme en substance que le commandement militaire n’est pas souverain dans la définition de la stratégie nationale. Si le chef de l’État soutient le commandant de l’armée, ce soutien vaut aussi appropriation des résultats comme des insuffisances. Si le gouvernement adopte des résolutions de principe sans créer les conditions de leur mise en œuvre, il doit alors dire où se situe le blocage réel : dans l’absence de moyens, dans la peur de l’escalade intérieure, dans les divergences entre institutions, ou dans le refus assumé d’aller jusqu’au bout de la logique engagée.  

Le poids du terrain et la crainte d’une fracture intérieure

Le dossier reste explosif parce que l’armée libanaise demeure l’une des rares institutions nationales à conserver une légitimité transversale. Plusieurs analyses soulignent que l’état-major a jusqu’ici évité une confrontation frontale avec le Hezbollah, précisément par crainte d’alimenter les tensions avec une partie importante de la communauté chiite et d’exposer l’institution à une crise interne. Cette prudence ne relève pas seulement d’un calcul politique. Elle renvoie aussi à la mémoire libanaise de la guerre civile et aux précédents où les appareils sécuritaires ont payé un prix très lourd lorsqu’ils ont été happés par les fractures nationales.  

Ghada Ayoub rejette cependant la théorie selon laquelle toute tentative sérieuse de faire appliquer les décisions gouvernementales provoquerait automatiquement une scission. Sa position est plus volontariste : un État qui renonce à agir au nom de cette crainte finit par entériner sa propre paralysie. Mais cette ligne plus offensive se heurte à une réalité matérielle que la députée elle-même reconnaît. Les militaires évoluent aujourd’hui dans un environnement d’extrême tension, avec des moyens contraints, une situation sociale dégradée et un front sud toujours sous pression. La revendication d’une décision plus nette à Beyrouth ne résout donc pas, à elle seule, la question de la faisabilité opérationnelle.  

Une sortie qui parle aussi à l’opinion de l’opposition

Sur le plan intérieur, l’intervention de Ghada Ayoub répond aussi à une attente de son camp. Le bloc République forte cherche à installer l’idée que l’État dispose désormais d’une légitimité politique suffisante pour reprendre la main sur la question des armes, mais qu’il lui manque encore la décision exécutive pleine et entière. En renvoyant explicitement la responsabilité au sommet de l’État, la députée évite de transformer le commandant de l’armée en fusible commode, tout en maintenant une pression maximale sur la présidence et sur le cabinet. C’est une manière de dire : soit l’exécutif assume ses décisions, soit il doit admettre publiquement son incapacité à les mettre en œuvre.  

Cette ligne trouve un écho dans une partie de l’opinion, d’autant que le Liban traverse une nouvelle phase de guerre et de déplacement massif. Les agences onusiennes ont lancé un appel d’urgence pour faire face à l’ampleur de la crise humanitaire, alors que plus de 800 000 personnes ont été déplacées dans le pays selon les derniers bilans, et que les ordres d’évacuation israéliens couvrent désormais une part significative du territoire. Dans un tel contexte, le débat sur le commandement de l’armée ne relève pas seulement d’un affrontement partisan. Il touche à la capacité réelle de l’État à éviter que la guerre régionale ne se traduise, au Liban, par une nouvelle désagrégation des institutions.  

Ce que dit, en creux, la controverse actuelle

À ce stade, rien n’indique qu’une procédure d’éviction du commandant de l’armée soit engagée. C’est d’ailleurs l’un des points explicites de la déclaration de Ghada Ayoub. En revanche, sa prise de parole marque une étape supplémentaire dans la personnalisation du débat autour des responsabilités de l’exécutif. Elle pose trois questions que le pouvoir ne pourra pas éluder longtemps : qui décide réellement du rythme d’application du monopole des armes ; jusqu’où l’armée est-elle mandatée pour aller ; et que fera l’État si l’écart continue de se creuser entre les décisions annoncées et leur mise en œuvre sur le terrain.  

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