Au sixième jour du conflit qui oppose les États-Unis et Israël à l’Iran, des frappes aériennes ont visé mercredi des positions militaires et policières iraniennes le long de la frontière avec l’Irak, selon des sources concordantes relayées par plusieurs médias internationaux. Ces opérations, menées dans le cadre d’une préparation logistique plus large, coïncident avec l’intensification des pourparlers entre Washington et des groupes kurdes iraniens basés dans la Région du Kurdistan d’Irak. La CIA, selon des informations publiées mercredi par CNN et confirmées par Reuters, travaille activement à l’armement de ces forces dans l’objectif déclaré de provoquer un soulèvement populaire ou d’ouvrir un front terrestre à l’ouest de l’Iran. Cette évolution, qui intervient alors que les bombardements américains et israéliens se poursuivent sur le territoire iranien, place l’Irak au cœur d’un risque majeur d’embrasement interne.
Les discussions, décrites comme « actives » par plusieurs sources proches des négociations, impliquent directement les autorités kurdes irakiennes et des dirigeants de partis kurdes iraniens réfugiés dans la zone semi-autonome d’Erbil et de Sulaymaniyah. Le président américain Donald Trump aurait personnellement appelé, dimanche dernier, Masoud Barzani et Bafel Talabani, figures historiques du Kurdistan irakien. Des échanges similaires ont eu lieu avec Mustafa Hijri, président du Parti démocratique du Kurdistan d’Iran (PDKI), dont les camps ont récemment été ciblés par des drones iraniens. L’objectif américain est clair : étirer les forces de sécurité iraniennes, notamment les Gardiens de la révolution, en les obligeant à faire face à une menace terrestre venue de l’ouest, tout en favorisant des manifestations populaires dans les régions kurdes d’Iran.
Une coalition kurde iranienne en ordre de bataille depuis le Kurdistan irakien
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Les groupes concernés forment une coalition récente, annoncée fin février, regroupant au moins six partis kurdes iraniens, dont le PDKI, le Komala et le Parti pour une vie libre au Kurdistan (PJAK). Ces formations, implantées depuis des décennies dans les zones frontalières irano-irakiennes, ont intensifié leur entraînement ces dernières semaines. Des sources kurdes citées par l’Associated Press indiquent que des unités armées se préparent à une possible incursion transfrontalière, avec l’appui logistique et aérien américain promis en cas de franchissement de la frontière. Des armes légères auraient déjà été acheminées dans le cadre d’un programme clandestin initié avant le déclenchement actuel des hostilités.
Israël, de son côté, a multiplié les frappes ciblées sur des avant-postes iraniens le long de la frontière irakienne, précisément pour dégager des corridors logistiques. Ces opérations, rapportées par The Guardian et confirmées par des responsables irakiens, visent à faciliter le mouvement potentiel de combattants kurdes. Un responsable américain anonyme a indiqué que Washington était prêt à fournir un soutien aérien si les peshmergas iraniens basés en Irak passaient à l’action. Cette stratégie rappelle, par son ampleur, les soutiens passés aux forces kurdes contre Daech en 2014-2017, mais elle intervient cette fois dans un contexte de guerre ouverte contre Téhéran.
Bagdad sous tension : les milices chiites répliquent déjà dans le Kurdistan irakien
Le gouvernement irakien, dirigé par le Premier ministre Mohammed Shia al-Sudani, se retrouve dans une position particulièrement délicate. Le territoire irakien sert de base arrière à ces préparatifs, ce qui expose directement l’Irak aux représailles. Mercredi, des drones attribués aux milices chiites pro-iraniennes de la Mobilisation populaire (Hashd al-Chaabi), notamment Kataib Hezbollah et Saraya Awliya al-Dam, ont visé des positions près de l’aéroport d’Erbil, siège de la présence militaire américaine dans le Kurdistan irakien. Des interceptions ont été signalées au-dessus de la capitale kurde, et des explosions ont retenti dans la périphérie.
Ces attaques s’inscrivent dans une logique de solidarité avec Téhéran. Les milices, intégrées formellement aux forces de sécurité irakiennes depuis 2016, considèrent les Kurdes irakiens comme des alliés privilégiés de Washington. Qasim al-Araji, conseiller à la sécurité nationale irakien, a publiquement mis en garde contre toute utilisation du sol irakien comme tremplin pour des opérations contre l’Iran. Le Premier ministre al-Sudani, qui maintient un équilibre fragile entre ses relations avec Washington et ses liens historiques avec Téhéran, a réitéré l’attachement de Bagdad à la neutralité, tout en rappelant que toute violation de la souveraineté irakienne serait inacceptable.
Les tensions internes s’exacerbent. Les milices chiites, fortes de plusieurs dizaines de milliers d’hommes, perçoivent tout renforcement kurde comme une menace existentielle à leur influence politique et militaire. Des sources locales à Bagdad rapportent une mobilisation accrue dans les zones chiites du sud et de la capitale, avec des discours appelant à défendre l’intégrité territoriale irakienne contre toute « ingérence kurde » perçue comme téléguidée par les États-Unis et Israël.
Ankara sur le pied de guerre : la Turquie ne tolérera pas un renforcement kurde
La Turquie observe ces développements avec une inquiétude croissante. Le ministre des Affaires étrangères turc Hakan Fidan a déclaré jeudi que le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et sa branche iranienne, le PJAK, constituaient une menace directe pour la stabilité régionale. Ankara a signalé la possibilité d’une « opération militaire simple » dans la région de Sinjar, au nord de l’Irak, pour neutraliser des positions du PKK. Des bases turques existent déjà dans le nord irakien depuis des années, et des frappes aériennes régulières ont visé ces dernières semaines des positions suspectées d’abriter des militants.
Le président Recep Tayyip Erdogan, par la voix de ses proches, a fait savoir que toute autonomie accrue des Kurdes iraniens ou irakiens représenterait un casus belli. Barbara Leaf, ancienne responsable du Département d’État américain jusqu’en 2025, a averti que le soutien à des groupes kurdes risquait d’« ouvrir une boîte de Pandore » avec des réactions fortes d’Ankara et de Bagdad. La Turquie craint qu’un effondrement du régime iranien ne crée un vide propice à l’émergence d’une entité kurde transfrontalière, reliant les populations kurdes d’Iran, d’Irak, de Syrie et de Turquie elle-même.
Entre milices chiites et forces kurdes : le spectre d’un affrontement direct sur le sol irakien
L’Irak, déjà marqué par des décennies de fractures confessionnelles, se trouve au bord d’une nouvelle escalade interne. Les forces peshmergas kurdes, déployées dans la Région autonome, entretiennent des relations tendues avec les milices chiites depuis les événements de 2017, lorsque Bagdad avait repris le contrôle de Kirkouk après le référendum d’indépendance kurde. Toute implication des Kurdes irakiens dans les opérations contre l’Iran pourrait être interprétée par les milices comme une trahison, déclenchant des affrontements directs.
Des analystes basés à Washington, cités par plusieurs médias, soulignent que les milices chiites irakiennes ont déjà rejoint le conflit en lançant des attaques de drones contre des intérêts américains et israéliens. Kataib Hezbollah a menacé d’une « guerre d’usure prolongée » si la présence américaine persistait dans le Kurdistan irakien. Des explosions non revendiquées ont également été rapportées près de bases américaines à Erbil ces derniers jours, illustrant la fragilité du dispositif sécuritaire irakien.
Le Premier ministre al-Sudani, qui cumule depuis janvier les fonctions de ministre de la Défense par intérim, tente de maintenir le contrôle de l’armée régulière et des forces de police. Mais les milices de la Mobilisation populaire, fortes de leur intégration institutionnelle, disposent d’une autonomie de fait qui complique toute tentative de neutralisation. Des sources gouvernementales irakiennes confirment que des réunions d’urgence ont eu lieu cette semaine à Bagdad pour coordonner une réponse face à la double pression américaine et iranienne.
Les implications logistiques et humanitaires immédiates sur le terrain irakien
Sur le plan logistique, le Kurdistan irakien voit affluer des combattants kurdes iraniens depuis plusieurs mois. Des camps d’entraînement ont été signalés près de la frontière, avec un renforcement des mesures de sécurité autour d’Erbil et de Sulaymaniyah. Les autorités kurdes irakiennes ont demandé un soutien américain accru, y compris en matière de défense aérienne, pour protéger leur territoire des représailles iraniennes. Des milliers de civils kurdes iraniens ont déjà franchi la frontière ces dernières semaines, fuyant les frappes iraniennes sur leurs villages.
Les conséquences économiques se font déjà sentir. Les exportations de pétrole du Kurdistan irakien, vitales pour le budget régional, sont perturbées par les incertitudes sécuritaires. Les compagnies étrangères opérant à Erbil ont renforcé leurs protocoles d’évacuation. À Bagdad, les prix des carburants et des produits de première nécessité ont commencé à augmenter, tandis que les réserves stratégiques sont placées sous surveillance renforcée.
Les organisations humanitaires internationales, présentes dans le nord de l’Irak, alertent sur le risque d’un afflux massif de réfugiés si les opérations terrestres kurdes se concrétisent. Les camps existants, déjà saturés par les déplacés des conflits précédents, risquent de ne pas suffire. L’ONU a demandé à toutes les parties de respecter le droit international humanitaire et d’éviter toute action qui pourrait transformer l’Irak en champ de bataille secondaire.
La position officielle de Bagdad face à la double ingérence
Le gouvernement irakien a multiplié les déclarations ces dernières 48 heures pour réaffirmer sa souveraineté. Le ministre de l’Intérieur Abdul Amir al-Shammari a coordonné des patrouilles renforcées le long de la frontière irano-irakienne. Le ministère des Affaires étrangères a convoqué les ambassadeurs américain et iranien pour des mises en garde formelles. Mohammed Shia al-Sudani, dans une allocution mercredi soir, a insisté sur le fait que l’Irak ne saurait devenir une base arrière pour aucune partie au conflit.
Pourtant, la réalité du terrain contredit en partie ces affirmations. La présence américaine à Erbil, maintenue après le retrait partiel de janvier 2026 du reste du territoire irakien, sert précisément de point d’appui aux discussions avec les Kurdes. Les milices chiites, quant à elles, continuent de contrôler de vastes zones dans le sud et l’ouest, où elles exercent une influence de fait sur les décisions locales.
Les dynamiques internes kurdes et les divisions chiites
Au sein même du Kurdistan irakien, les partis historiques – Parti démocratique du Kurdistan (PDK) de Barzani et Union patriotique du Kurdistan (UPK) de Talabani – doivent gérer des pressions contradictoires. D’un côté, la perspective d’un affaiblissement de l’Iran, ennemi historique, les attire ; de l’autre, le risque d’une confrontation directe avec Bagdad et Ankara les inquiète. Des réunions d’urgence du Parlement kurde ont eu lieu cette semaine à Erbil pour harmoniser les positions.
Du côté chiite, les divisions internes au sein de la Coordination du cadre (principale alliance politique) se creusent. Les factions les plus proches de l’Iran, comme celles liées à Nouri al-Maliki, poussent à une mobilisation totale aux côtés de Téhéran. Les courants plus nationalistes, regroupés autour d’al-Sudani, tentent de préserver une marge de manœuvre. Cette fracture pourrait se traduire par des affrontements armés entre milices rivales sur le sol irakien si la pression extérieure s’accentue.
Les opérations turques en cours et les risques d’extension
La Turquie, qui maintient une présence militaire permanente dans le nord de l’Irak depuis plus de vingt-cinq ans, a intensifié ses survols et ses frappes ces derniers jours. Le ministre Hakan Fidan a évoqué une opération limitée à Sinjar, zone stratégique où le PKK et des groupes affiliés ont trouvé refuge après leur retrait de Turquie en 2025. Des routes militaires turques ont été renforcées, et des convois ont été observés près de la frontière.
Ankara redoute particulièrement que le PJAK, bras armé kurde iranien, ne profite du chaos pour gagner en puissance. Toute autonomie kurde accrue en Iran pourrait, selon les responsables turcs, inspirer les populations kurdes de Turquie et d’Irak. Les discussions entre Ankara et Bagdad se poursuivent, avec un accent mis sur la lutte commune contre le terrorisme.
Les préparatifs américains et israéliens sur le terrain irakien
Du côté américain, la CIA coordonne les livraisons d’armes légères et le renseignement. Des responsables israéliens ont confirmé que des frappes ciblées continueraient sur la frontière pour « préparer le terrain ». Le Pentagone n’a pas commenté officiellement, mais des sources au sein de l’administration Trump ont indiqué que le soutien aux Kurdes s’inscrivait dans une stratégie plus large visant à affaiblir durablement les capacités militaires iraniennes.
Ces préparatifs interviennent alors que les forces américaines restantes en Irak – environ 2 500 hommes concentrés à Erbil – se trouvent en première ligne. Les milices chiites ont explicitement menacé de reprendre les attaques contre ces positions si les États-Unis franchissaient une ligne rouge.
Ce jeudi 5 mars, au sixième jour du conflit, les discussions entre Washington et les responsables kurdes se poursuivent à Erbil, tandis que des frappes aériennes sporadiques continuent de viser la zone frontalière irano-irakienne. Les milices chiites irakiennes maintiennent une posture offensive avec de nouveaux tirs de drones signalés près de positions kurdes, et Ankara a confirmé le renforcement de ses dispositifs dans le nord de l’Irak. Les autorités irakiennes à Bagdad et à Erbil multiplient les contacts diplomatiques pour tenter de contenir l’escalade, sans que les mouvements de troupes et les préparatifs logistiques ne montrent pour l’instant de signe d’apaisement.



