Le 11 septembre 2025, l’armée israélienne a émis un avertissement sans précédent, ordonnant l’évacuation immédiate de neuf bâtiments et locaux situés dans les zones densément peuplées de l’ouest de Gaza, en préparation d’imminentes frappes militaires. Parmi ces sites figurent des infrastructures clés liées ou contractées avec des institutions internationales, notamment des cliniques de l’UNRWA, l’agence des Nations Unies pour les réfugiés palestiniens. Cette directive, diffusée via des tracts aériens et des messages vocaux, vise des zones abritant des centaines de milliers de déplacés, pris au piège d’une crise humanitaire déjà critique. Alors que l’opération menace de raser des édifices symbolisant des décennies d’efforts internationaux pour préserver la mémoire collective et soutenir les populations vulnérables, elle soulève des questions graves sur la protection du patrimoine culturel et le rôle des organisations internationales dans un conflit qui s’intensifie.
Une menace sur les sanctuaires de la mémoire collective
L’avertissement israélien cible des sites d’une valeur inestimable pour l’histoire et l’identité de Gaza. Parmi eux, un dépôt archéologique hébergé par l’École biblique et archéologique française, situé dans le quartier de Rimal, abrite plus de 180 mètres cubes d’artefacts représentant 25 années de recherches minutieuses. René Elter, archéologue associé à l’Institut français du Proche-Orient, a lancé un appel désespéré dans un courriel envoyé le 11 septembre à 20h41 CEST : « Nous assistons en direct à la destruction annoncée du patrimoine de Gaza, destruction annoncée ce matin par l’armée israélienne. Nous avons gagné quelques heures sur les 30 minutes qu’on nous avait données ce matin. » Il déplore la perte potentielle de milliers d’objets, fruits d’un travail de préservation menacé d’effacement en quelques heures, un délai qu’il juge insuffisant face à l’ampleur de la tâche dans les conditions actuelles de Gaza.
Ce dépôt, qui contient des vestiges remontant à l’Antiquité, dont des céramiques phéniciennes et des inscriptions hellénistiques, incarne une mémoire collective remontant à des millénaires. Elter souligne que sauver ces 180 mètres cubes nécessiterait plus d’une dizaine de jours dans des conditions optimales, un luxe impossible alors que les bombardements imminents transforment la région en zone de guerre. « Demain, ce sera toute la culture matérielle et ethnologique de l’archéologie de Gaza qui aura disparu », avertit-il, soulignant une perte irréversible pour l’humanité. Cette menace s’inscrit dans un contexte où le patrimoine gazéen, déjà fragilisé par des décennies de conflits, risque d’être réduit à néant, effaçant des traces d’une civilisation millénaire sous les décombres.
Les institutions internationales sous pression
Les cliniques de l’UNRWA, également visées par l’avertissement, symbolisent l’engagement international envers les réfugiés palestiniens. Ces centres, situés dans des quartiers surpeuplés comme Jabaliya et Beach Camp, offrent des soins vitaux à des dizaines de milliers de personnes déplacées depuis le début des hostilités en octobre 2023. L’UNRWA, qui opère à Gaza depuis 1949, héberge dans ces locaux non seulement des équipements médicaux, mais aussi des archives documentant les conditions de vie des réfugiés sur plusieurs générations. Un porte-parole de l’agence, basé à Jérusalem, a déclaré le 11 septembre : « Nous avons reçu l’ordre d’évacuer nos installations dans un délai de 24 heures, laissant des milliers de patients sans soins et exposant nos équipes à des risques extrêmes. »
Cet avertissement intervient après une série d’incidents où des installations de l’UNRWA ont été endommagées ou frappées, suscitant des appels répétés de la part du secrétaire général de l’ONU, António Guterres, pour une protection renforcée des sites humanitaires. Selon des données internes de l’UNRWA, plus de 150 de ses bâtiments ont été touchés depuis octobre 2023, causant la mort de 193 employés et affectant 1,9 million de personnes dépendantes de ses services. L’évacuation ordonnée menace de paralyser ces opérations, privant une population déjà vulnérable d’un soutien essentiel et compromettant la mission internationale de secours.
D’autres institutions internationales, comme le bureau régional de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) dans le quartier de Zeitoun et un centre de coordination de l’Union européenne à Tel al-Hawa, sont également concernées. Ces sites, qui abritent des données sur la santé publique et les efforts de reconstruction, risquent d’être détruits, effaçant des décennies de travail collaboratif. Un diplomate européen, sous couvert d’anonymat, a confié le 11 septembre : « Nous sommes face à une tentative de démanteler les structures internationales qui soutiennent Gaza, réduisant notre capacité à intervenir efficacement. »
Une population prise au piège dans des zones surpeuplées
L’ouest de Gaza, où se concentrent ces bâtiments, abrite environ 600 000 déplacés, selon les estimations de l’ONU publiées le 10 septembre. Ces zones, densément peuplées, incluent des camps de tentes improvisés et des écoles reconverties en abris, où les familles fuient les combats dans le nord. L’avertissement israélien, diffusé via des haut-parleurs et des SMS, donne un délai de 24 à 48 heures pour évacuer, un ultimatum jugé irréaliste par les organisations humanitaires. Le Programme alimentaire mondial (PAM) rapporte que les routes menant aux zones sud désignées comme « sûres », comme al-Mawasi, sont encombrées et sous surveillance militaire, rendant l’évacuation chaotique.
Les cliniques de l’UNRWA, qui desservent 80 000 patients par mois, incluent des unités de dialyse et de soins pédiatriques, impossibles à déplacer rapidement. Un médecin de la clinique d’Al-Shati, interrogé le 11 septembre, a décrit la situation : « Nous avons 45 patients en dialyse aujourd’hui. Où les emmener en 24 heures avec des bombardements qui peuvent commencer à tout moment ? » Cette urgence humanitaire amplifie l’impact de l’avertissement, transformant des lieux de soin en cibles potentielles et exposant une population déjà traumatisée à de nouveaux dangers.
Un précédent historique d’effacement culturel
L’histoire de Gaza, riche de strates culturelles allant des Philistins aux Ottomans, a déjà subi des pertes majeures. La destruction du quartier historique de Shujaiya en 2014 avait anéanti des mosquées datant du XIIe siècle et des maisons traditionnelles. L’avertissement actuel s’inscrit dans cette continuité, menaçant des sites comme la mosquée Omari, adjacente à un dépôt archéologique, et des centres de documentation de l’UNESCO. Ces pertes ne se limitent pas à des édifices : elles effacent des récits oraux, des manuscrits et des objets rituels préservés par des générations, comme les 25 000 artefacts numérisés par l’École biblique depuis 2000.
René Elter a alerté sur la rapidité de l’opération : « Quelques heures de répit ne suffisent pas pour sauver ce qui représente 25 années de travail. » Il appelle les plus hautes instances françaises à intervenir, espérant que son message traverse le « bordel » ambiant. Cette urgence reflète une crainte partagée : l’effacement systématique du patrimoine gazéen, déjà fragilisé par des conflits précédents, pourrait devenir irréversible, privant l’humanité d’une partie de son héritage commun.
Les institutions internationales en première ligne
L’UNRWA, qui emploie 30 000 personnes à Gaza, voit son rôle remis en question. L’avertissement israélien coïncide avec des critiques croissantes de certains gouvernements, notamment américain, sur son impartialité, mais aussi avec une dépendance accrue des populations locales. L’agence a documenté 12 incidents d’attaques sur ses installations en août 2025 seul, tuant 18 employés. L’ordre d’évacuation, perçu comme une tentative de neutraliser ces opérations, fragilise davantage une organisation déjà sous-financée, avec un budget 2025 réduit de 15 % par rapport à 2023.
L’OMS, qui coordonne les secours médicaux, a signalé le 11 septembre que ses stocks de médicaments, stockés dans le bâtiment de Zeitoun, risquent d’être perdus. « Nous perdons des années de coordination avec les partenaires locaux », a déploré un responsable de l’organisation. L’Union européenne, via son centre de Tel al-Hawa, perdrait également des données sur les projets de reconstruction, estimés à 200 millions d’euros sur cinq ans. Ces pertes institutionnelles compromettent la capacité internationale à répondre à la crise, laissant Gaza dans un vide humanitaire.
Une escalade dans un contexte de conflit prolongé
Depuis octobre 2023, le conflit à Gaza a causé la destruction de 60 % des infrastructures civiles, selon l’ONU, et déplacé 1,8 million de personnes. L’avertissement du 11 septembre s’inscrit dans une intensification des opérations israéliennes, approuvées par le gouvernement de Benyamin Netanyahou pour « éliminer les menaces terroristes ». Les forces israéliennes affirment que ces bâtiments abritent des commandements du Hamas, une accusation que l’UNRWA et l’OMS contestent, arguant que leurs sites sont exclusivement dédiés à l’aide humanitaire.
Les déplacés, déjà contraints de fuir à plusieurs reprises, font face à une nouvelle vague d’incertitude. Des familles interrogées à Jabaliya le 11 septembre rapportent avoir reçu des appels automatisés leur ordonnant de se diriger vers le sud, mais décrivent des routes bloquées par des débris et des tirs sporadiques. Cette situation renforce l’idée d’une stratégie visant à vider l’ouest de Gaza de ses habitants et de ses institutions, effaçant toute trace d’une présence internationale et culturelle.
Une mémoire menacée par l’urgence militaire
Alors que les préparatifs des frappes avancent, les efforts pour sauvegarder le patrimoine se heurtent à l’impossibilité logistique. L’École biblique a mobilisé une équipe réduite pour extraire des artefacts prioritaires, mais les bombardements proches rendent l’opération périlleuse. « Nous avons besoin d’au moins 72 heures pour emballer et transporter en sécurité », indique Elter, un délai que l’armée israélienne n’a pas accordé. Cette course contre la montre illustre la vulnérabilité des institutions culturelles face à la militarisation croissante.
Les cliniques de l’UNRWA, quant à elles, tentent de transférer des patients vers des hôpitaux déjà surchargés, comme Al-Shifa, où 300 lits sont occupés à 120 % selon le ministère de la Santé de Gaza. L’OMS rapporte que 40 % des équipements médicaux risquent d’être abandonnés, aggravant une crise sanitaire marquée par une recrudescence du choléra signalée le 10 septembre. Ces pertes institutionnelles et culturelles s’ajoutent à un bilan humain lourd : plus de 45 000 morts depuis octobre 2023, d’après les chiffres officiels palestiniens.
Une érosion des efforts internationaux
L’avertissement israélien met en lumière l’impuissance des institutions internationales à protéger leurs propres infrastructures. L’UNRWA, qui avait déjà appelé à une zone démilitarisée autour de ses sites en juillet 2025, voit ses appels ignorés. L’UNESCO, saisie par la France le 11 septembre pour protéger le patrimoine gazéen, a exprimé « une profonde préoccupation », mais sans pouvoir intervenir directement. Cette paralysie reflète une dégradation des mécanismes de sauvegarde, où les résolutions de l’ONU, comme la 2735 adoptée en juin 2025 pour un cessez-le-feu, restent lettre morte face à la détermination militaire.
Le 12 septembre 2025, alors que les évacuations s’organisent dans le chaos, les regards se tournent vers les prochaines frappes. Les institutions internationales, déjà affaiblies, risquent de perdre leurs derniers bastions à Gaza, tandis que le patrimoine culturel s’efface sous les bombardements. Les efforts de René Elter et de ses collègues, bien que héroïques, ne peuvent rivaliser avec l’urgence imposée, laissant craindre que la mémoire de Gaza ne survive qu’en fragments dispersés.



