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Beyrouth : 2.400 bâtiments menacés d’effondrement, le comité parlementaire annonce un plan de suivi

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Le comité parlementaire des Travaux publics, des Transports, de l’Énergie et de l’Eau a révélé ce 25 février 2026 que près de 2.400 bâtiments à Beyrouth nécessitent une restauration urgente pour éviter un effondrement, tandis que quelque 400 immeubles à Tripoli sont également en danger. Cette annonce, faite lors d’une session dédiée à l’infrastructure urbaine, met en lumière les vulnérabilités persistantes des villes libanaises, aggravées par des années de crises cumulées. Le comité a par ailleurs déclaré la mise en place d’une sous-commission, en collaboration avec l’Ordre des ingénieurs et architectes de Beyrouth et de Tripoli, ainsi qu’avec des organisations de secours, pour superviser et suivre cette question critique.

Cette révélation intervient dans un contexte où les autorités libanaises, sous la direction du gouvernement de Nawaf Salam formé en février 2025, tentent de répondre aux défis structurels hérités de l’explosion du port de Beyrouth en 2020 et des récents conflits. Le ministre des Travaux publics et des Transports, Walid Fayad, indépendant sunnite, a souligné lors de la réunion l’urgence d’agir pour prévenir des catastrophes humaines. « Nous ne pouvons plus ignorer les signaux d’alarme que nous envoient ces structures vieillissantes », a-t-il déclaré, selon des sources parlementaires. Le comité, présidé par un député issu de la coalition majoritaire, a basé son évaluation sur des inspections récentes menées par des experts en ingénierie civile.

Les 2.400 bâtiments identifiés à Beyrouth concernent principalement des zones résidentielles et commerciales dans les quartiers touchés par l’explosion du 4 août 2020, qui avait déjà endommagé plus de 130.000 unités d’habitation et causé des pertes estimées à 15 milliards de dollars. Parmi ces structures, de nombreux immeubles datant des années 1925-1970, typiques de l’architecture moderne beiroutine, présentent des fissures structurelles, des toitures affaiblies et des façades instables. Des rapports techniques indiquent que les dommages initiaux, exacerbés par le manque d’entretien dû à la crise économique depuis 2019, ont évolué vers des risques imminents d’effondrement partiel ou total.

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À Tripoli, les 400 bâtiments à risque s’ajoutent à une liste déjà alarmante, où des effondrements récurrents ont marqué le début de l’année 2026. Le comité a noté que ces immeubles, souvent situés dans des quartiers populaires comme Bab al-Tabbaneh, souffrent d’un cumul de facteurs : vieillissement des matériaux, surcharges non autorisées et impacts sismiques résiduels du tremblement de terre de 2023.

La création de la sous-commission représente une étape concrète vers une gestion coordonnée. Composée d’ingénieurs de l’Ordre des ingénieurs et architectes, d’experts en génie civil et de représentants d’organisations comme le Comité supérieur de secours, elle aura pour mission d’effectuer des évaluations détaillées, de prioriser les interventions et de coordonner les financements. Des partenariats avec des entités internationales, telles que l’UNESCO qui a déjà restauré des sites patrimoniaux à Beyrouth, pourraient être mobilisés.

Un héritage de l’explosion du port de Beyrouth

L’explosion du 4 août 2020 au port de Beyrouth, causée par la détonation de 2.750 tonnes de nitrate d’ammonium stockées de manière imprudente, reste le point de départ de nombreuses vulnérabilités actuelles. Selon des évaluations de la Banque mondiale, plus de 8.000 bâtiments avaient été touchés, dont 640 de valeur historique. Les quartiers comme Ashrafieh, Gemmayzeh et Mar Mikhael, avec leurs immeubles ottomans et modernes, ont subi des dommages massifs : fenêtres éclatées, murs fissurés et effondrements partiels. Cinq ans plus tard, en 2025, l’UNESCO rapportait que 70 % des bâtiments patrimoniaux avaient été restaurés, mais des dizaines restaient en ruines, particulièrement à Tripoli où plus de 60 maisons historiques étaient menacées.

Les efforts de reconstruction post-explosion ont impliqué des ONG locales et internationales. Par exemple, l’initiative LiBeirut de l’UNESCO a permis la réhabilitation de 280 établissements éducatifs et l’équipement de 126 écoles publiques. Le palais Sursock, emblème culturel, a rouvert en 2023 après des travaux de stabilisation, tandis que le musée Sursock a vu ses vitraux restaurés. Pourtant, des milliers de logements privés n’ont pas bénéficié de ces aides, laissant des familles dans des conditions précaires. Des études techniques de 2025 indiquent que les dommages structurels, initialement estimés à 6,8 milliards de dollars pour l’ensemble du pays, ont été aggravés par les hostilités de 2024, qui ont détruit plus de 23.400 structures dans le sud et le mont Liban.

Le ministre de la Culture, Ghassan Salamé, a déclaré en avril 2025 : « Après l’explosion du port, nous avons restauré environ 70 % des bâtiments patrimoniaux. Mais ce n’est pas suffisant, et il y a des bâtiments patrimoniaux ailleurs encore en ruines. J’ai une liste de plus de 60 maisons historiques à Tripoli qui sont au bord de l’effondrement. L’État libanais manque actuellement de capacité pour gérer cela. » Cette citation, issue d’une interview officielle, illustre les limites budgétaires du gouvernement, confronté à une dette publique dépassant 100 milliards de dollars et une inflation persistante.

Les effondrements récurrents à Tripoli

À Tripoli, la situation est tout aussi critique, avec des effondrements qui ont fait la une en février 2026. Le 8 février, un immeuble résidentiel à Bab al-Tabbaneh s’est effondré, tuant 14 personnes et blessant huit autres. C’était le quatrième incident en cinq semaines, selon Amnesty International. Le Comité supérieur de secours estime à 105 le nombre de bâtiments à risque immédiat, bien que des élus locaux jugent ce chiffre sous-estimé. Des facteurs comme l’infrastructure vieillissante, les constructions non réglementées et les pluies abondantes cet hiver ont accéléré les dégradations.

Le maire de Tripoli, Abdel Hamid Karimeh, a déclaré la ville « zone sinistrée », citant un négligence chronique et une infrastructure défaillante. En réponse, le conseil municipal a soumis sa démission au ministre de l’Intérieur. Le gouvernement a annoncé des mesures d’urgence : évacuation de 114 bâtiments en un mois, prise en charge du logement temporaire et renforcement des structures viables. Le Premier ministre Nawaf Salam a affirmé : « Le Comité supérieur de secours commencera à renforcer les bâtiments qui peuvent être stabilisés et à démolir ceux considérés comme irrécupérables. »

Des enquêtes de 2024 par la municipalité de Tripoli avaient identifié 105 bâtiments habités à risque imminent, tandis que la Ligue libanaise des bâtiments estimait le total à 4.000. Des résidents, comme ceux interrogés par des médias internationaux, expriment leur peur quotidienne : « Dans un clin d’œil, il s’est effondré complètement – aucun mur n’est tombé en premier, aucun avertissement du tout », a décrit un témoin oculaire d’un effondrement récent.

Le rôle clé de l’Ordre des ingénieurs et architectes

L’Ordre des ingénieurs et architectes (OEA) de Beyrouth et de Tripoli joue un rôle pivotal dans ces efforts. Depuis 2018, l’OEA de Beyrouth collabore avec des laboratoires urbains pour partager des données sur l’urbanisation libanaise. Post-explosion 2020, l’OEA a produit des rapports hebdomadaires d’évaluation des bâtiments, utilisant des cartes de base pour identifier les dommages structurels. À Tripoli, l’OEA régule la profession et promeut des normes de construction durables.

La nouvelle sous-commission intégrera ces expertises. Des ingénieurs comme ceux impliqués dans la restauration du palais Sursock ou du Grand Théâtre de Beyrouth apporteront leur savoir-faire. L’OEA de Tripoli, dirigé par Chawki Fatfat, a participé à des formations sur la conservation patrimoniale, en partenariat avec des entités internationales. Des initiatives comme le manuel de restauration pour les architectures de 1925-1970, publié par le Beirut Heritage Initiative, guident ces travaux, en mettant l’accent sur les techniques traditionnelles : ferronnerie, toitures en tuiles et façades en pierre.

Contexte économique et géopolitique aggravant

La crise économique libanaise, avec une contraction du PIB de 40 % depuis 2019, limite les investissements en infrastructure. Le Plan de réponse à la crise libanaise 2026 de l’OIM note que les hostilités de 2024 ont causé 14 milliards de dollars de dommages, dont 6,8 milliards en destructions physiques, affectant particulièrement le logement et les infrastructures dans le sud, le mont Liban et la Bekaa. Plus de 59.577 unités d’habitation ont été endommagées, en plus de 34 installations d’eau.

Le gouvernement Salam, avec 24 ministres équilibrés confessionnellement, priorise les réformes financières et la reconstruction. Le ministre des Finances, Yassin Jaber (Amal), gère un budget 2026 débattu au Parlement, où les effondrements à Tripoli et la reconstruction au sud ont alimenté les discussions. Des députés comme Faisal Karami ont appelé à une action immédiate sur les bâtiments de Tripoli.

Les influences régionales, avec des tensions persistantes au sud impliquant Israël et le Hezbollah, détournent des ressources. La Contribution déterminée au niveau national (NDC 3.0) du Liban pour 2025-2035, alignée sur des stratégies ministérielles, intègre la gestion durable des infrastructures, mais les fonds manquent.

Implications immédiates pour les populations

Les risques d’effondrement touchent des milliers de familles, souvent vulnérables. À Beyrouth, des quartiers comme Karantina ont vu 120 maisons réparées par des ONG, bénéficiant à 700 personnes, mais des displacements persistent. À Tripoli, les effondrements ont laissé des familles sans abri, avec des appels à des réparations et des logements temporaires.

Human Rights Watch a documenté des destructions d’infrastructures empêchant les retours, avec des écoles endommagées et des bâtiments réduits en ruines. Le président Joseph Aoun et le Premier ministre Salam ont signé des décrets pour accélérer les interventions, mais les défis logistiques restent. Des délégations parlementaires, comme celle à Ain al-Tineh, discutent de mesures pratiques pour les bâtiments à risque.

Les organisations de secours, impliquées dans la sous-commission, fournissent un soutien médical et logistique. Amnesty International appelle à des actions soutenues pour protéger les vies, notant que les engagements récents pour évacuer les bâtiments dangereux doivent être étendus. Dans les quartiers affectés, des résidents rapportent des tirs sporadiques près des sites d’effondrement, ajoutant à l’insécurité.

Les dynamiques confessionnelles influencent les priorités : à Tripoli, majoritairement sunnite, les appels locaux contrastent avec les focus sur le sud chiite. Le budget 2026, soumis au Parlement, intègre ces débats, avec des critiques sur le manque de vision globale.

Avancées dans la coordination interinstitutionnelle

La sous-commission annoncée aujourd’hui marque une évolution dans la coordination. Elle s’appuiera sur des évaluations comme celles de l’OEA, qui a cartographié les dommages post-explosion. Des projets comme la restauration de la gare de Mar Mikhael ou du Grand Théâtre, soutenus par l’UNESCO, servent de modèles. À Baalbek et Tyr, sites patrimoniaux, sept projets artisanaux sont financés pour renforcer la résilience culturelle.

Le ministre de la Défense, Michel Mansi, et celui des Affaires étrangères, Youssef Raghi, coordonnent avec l’ONU pour des aides techniques. Le Plan national pour l’eau et les stratégies agricoles intègrent la vulnérabilité climatique, avec des risques accrus de feux et dégradations.

Des rapports de 2025 du Housing Monitor documentent 21 cas de détérioration structurelle, avec 11 effondrements partiels et 10 bâtiments à risque confirmés. Au nord, 47,9 % des signalements concernent des Syriens, reflétant les displacements post-guerre.

Perspectives sur les interventions prioritaires

Les priorités de la sous-commission incluent l’évacuation progressive, les renforcements et les démolitions contrôlées. À Tripoli, 105 bâtiments habités nécessitent une évacuation immédiate, selon des sondages municipaux de 2024. À Beyrouth, les 2.400 structures identifiées exigent des fonds estimés à des dizaines de millions, potentiellement via des partenariats publics-privés.

Le président du Parlement, Nabih Berri, a affirmé que la restauration des bâtiments dangereux à Tripoli est une « priorité nationale ». Des réunions d’urgence, comme celle présidée par Salam le 9 février, ont défini sept mesures pour l’infrastructure de Tripoli, adaptables à Beyrouth.

Les implications immédiates incluent des aides pour les familles déplacées, avec des traitements médicaux gratuits annoncés par le ministère de la Santé. Des experts en risque sismique soulignent que les fondations fragilisées par le séisme de 2023 augmentent les dangers, particulièrement avec les pluies hivernales.

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