dimanche, janvier 25, 2026

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Ce que révèle l’absence de session parlementaire en pleine crise

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Alors que le Liban traverse une phase aiguë de tension depuis la reprise des frappes israéliennes post-cessez-le-feu, le Parlement est resté silencieux. Aucune session plénière n’a été convoquée, aucun débat officiel n’a été ouvert au sein de l’Assemblée nationale, malgré les appels publics de certains députés. Cette inaction parlementaire n’est pas un simple retard de procédure : elle révèle les blocages systémiques d’une institution en perte de fonction, les limites structurelles de la représentativité actuelle, et le rétrécissement des espaces délibératifs dans un contexte de crise nationale.

Un silence institutionnalisé : le Parlement en retrait

Depuis la fin du cessez-le-feu, les institutions de sécurité et l’exécutif ont multiplié les réunions et les communications. Le président de la République a convoqué plusieurs fois le Conseil supérieur de défense. Le Premier ministre a rencontré les principaux chefs de missions diplomatiques. En revanche, le Parlement n’a pas tenu la moindre session, ni même annoncé un ordre du jour lié à la situation sécuritaire.

Ce silence s’explique en partie par les blocages internes : l’absence de majorité stable, les divisions confessionnelles, les rivalités entre groupes parlementaires empêchent toute initiative unifiée. Mais il traduit aussi une forme de désinstitutionnalisation du rôle législatif en temps de crise. L’Assemblée devient une chambre d’enregistrement des urgences plutôt qu’un espace de délibération stratégique.

Ce retrait fragilise encore davantage la perception d’un pouvoir représentatif en capacité de répondre aux exigences de la population dans les moments décisifs.

Une responsabilité diluée : entre manœuvres politiques et déconnexion

Plusieurs blocs parlementaires se renvoient la responsabilité de cette paralysie. Certains députés affirment qu’une session n’aurait pu se tenir faute de quorum garanti, d’autres dénoncent un refus des présidences de commissions d’inscrire à l’agenda une discussion spécifique sur les conséquences des frappes.

Cette dilution des responsabilités permet à chacun d’éviter l’exposition directe, mais elle entretient une impression de déconnexion radicale. Le Parlement apparaît non pas comme une institution de gestion de crise, mais comme une structure figée dans les calculs internes.

Ce comportement accentue la défiance populaire déjà largement exprimée à l’égard des élites politiques depuis les mobilisations de 2019. L’inaction dans un moment critique renforce le sentiment que les représentants ne répondent plus aux urgences nationales.

L’effacement du rôle de contrôle et d’interpellation

Le Parlement, dans tout régime semi-parlementaire, doit exercer un pouvoir de contrôle sur l’exécutif, interroger les ministres, exiger des comptes sur les décisions prises. Dans la situation actuelle, cette fonction est totalement mise en sommeil.

Aucune commission n’a interpellé le gouvernement sur les mesures de sécurité prises, sur la coordination avec les forces armées, ou sur les décisions du Conseil supérieur de défense. Cette absence d’interpellation transforme le pouvoir exécutif en acteur solitaire, non encadré, et potentiellement hors du champ démocratique.

Ce recul s’apparente à une suspension tacite des mécanismes de responsabilité mutuelle. Il ouvre la voie à une gestion technocratique ou militaro-sécuritaire du pays sans garde-fou parlementaire.

Des députés en campagne de communication plutôt qu’en législatif

Dans les jours qui ont suivi la reprise des frappes, plusieurs députés se sont exprimés dans les médias ou sur les réseaux sociaux. Ils ont publié des communiqués, donné des interviews, pris position. Mais ces interventions sont restées individuelles, parfois contradictoires, souvent orientées vers leur base électorale.

Cette fragmentation du discours politique renforce l’impression d’un Parlement éclaté en plateformes concurrentes, où chaque député agit comme un micro-pouvoir sans cohérence d’ensemble. L’institution n’est plus porteuse d’une parole collective, elle se dissout dans une somme de prises de position personnelles.

En l’absence de session formelle, ces prises de parole ne trouvent aucun débouché institutionnel. Elles deviennent un simple prolongement de la communication partisane, sans effet législatif ou délibératif.

Un symptôme du dysfonctionnement structurel du système

L’inactivité du Parlement n’est pas seulement liée à la conjoncture actuelle. Elle renvoie à un problème plus profond : la structure même du système politique libanais, fondé sur le consensus intercommunautaire, rend toute décision parlementaire dépendante d’un équilibre souvent introuvable.

Le blocage du renouvellement des lois, la paralysie budgétaire, l’impossibilité de réformer les institutions électorales ou de défense sont les symptômes d’une institution devenue dysfonctionnelle. La crise actuelle ne fait que révéler avec plus d’acuité l’ampleur du malaise.

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Newsdesk Libnanews
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