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Conflit: 37 836 logements touchés au Liban

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La dernière mise à jour du CNRS-L resserre brutalement la focale. Entre le 2 mars et le 7 avril 2026, 37 836 unités de logement ont été recensées comme détruites ou endommagées au Liban. Ce chiffre, diffusé dans le cadre du dispositif de suivi du CNRS-L et du NCNE, éclaire une accélération nette de la destruction résidentielle.

Une accélération en 35 jours

La dernière mise à jour du CNRS-L resserre brutalement la focale. Entre le 2 mars et le 7 avril 2026, 37 836 unités de logement ont été recensées comme détruites ou endommagées au Liban. Ce chiffre ne vient ni d’un bilan politique ni d’un décompte improvisé. Il apparaît dans la série de publications institutionnelles diffusées par le Conseil national de la recherche scientifique au Liban, d’abord avec le lancement d’une plateforme interactive sur la guerre au Liban le 6 mars, puis avec la présentation, le 31 mars, d’une plateforme nationale de suivi quasi temps réel des dommages et des besoins, enfin avec la publication du 7 avril documentant un mois d’attaques entre le 2 mars et le 2 avril, complétée par la carte détaillée du secteur du logement. Le dernier relevé ne raconte donc pas seulement une poursuite de la guerre. Il montre une accélération assez forte pour déplacer le centre de gravité du dossier libanais vers l’habitat, le relogement et la reconstruction.  

Le total de 37 836 unités touchées frappe d’abord par sa vitesse d’accumulation. Dans sa communication de synthèse, le CNRS-L évoque environ 40 000 logements totalement détruits ou lourdement endommagés en 35 jours et précise que cette séquence représente près de 16 % des dommages enregistrés pendant les phases précédentes de la guerre. La formule est lourde de sens. Elle dit qu’en un peu plus d’un mois, une part significative des destructions déjà accumulées a été reproduite à nouveau. Pour le Liban, qui sortait à peine de la phase documentée jusqu’au cessez-le-feu du 27 novembre 2024, cela change la nature même du problème. Il ne s’agit plus seulement de réparer des dégâts anciens, ni de consolider un retour déjà fragile. Il faut désormais penser une nouvelle vague de destruction résidentielle sur un parc immobilier déjà largement entamé, dans un pays dont les capacités financières et administratives demeurent très affaiblies.  

Une géographie très concentrée

Le dernier relevé permet aussi de voir où se concentre la violence. Baabda arrive en tête avec 7 536 logements détruits ou endommagés. Viennent ensuite Nabatiyeh avec 7 065 unités, Bint Jbeil avec 6 939, Sour avec 6 363 et Marjaayoun avec 4 716. À un niveau nettement inférieur figurent Saïda avec 1 485, Baalbek avec 1 188, Jezzine avec 999, la Békaa-Ouest avec 783 et Hasbaya avec 252. Puis viennent Beyrouth avec 192, Aley avec 162, Zahlé avec 54, le Metn avec 48, Hermel avec 45 et le Chouf avec 9. Cette hiérarchie territoriale est essentielle. La destruction ne se diffuse pas uniformément sur le pays. Elle suit un axe très identifiable, allant de la banlieue sud de Beyrouth au Sud-Liban, avec un prolongement vers certaines zones de la Békaa. Elle désigne déjà les espaces où se concentreront les besoins les plus lourds en abris, en déblaiement, en expertise technique, en indemnisation et en réhabilitation des réseaux.  

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CazaLogements touchés
Baabda7 536
Nabatiyeh7 065
Bint Jbeil6 939
Sour6 363
Marjaayoun4 716
Saïda1 485
Baalbek1 188
Jezzine999
Békaa-Ouest783
Hasbaya252

Données CNRS-L/NCNE issues de la dernière mise à jour sur le logement.  

Derrière ce tableau, deux crises du logement apparaissent déjà. La première est urbaine et métropolitaine. Elle se lit à Baabda, c’est-à-dire en grande partie dans la banlieue sud de Beyrouth, où un seul immeuble frappé peut déplacer de nombreuses familles, interrompre l’activité commerciale d’un quartier et fragiliser à la fois les écoles, les transports et les services de proximité. La seconde est territoriale et diffuse. Elle se voit dans le Sud, à Bint Jbeil, Sour, Nabatiyeh ou Marjaayoun, où les logements touchés s’inscrivent dans des bourgs, des villages et des petites centralités locales. Là, la destruction d’une maison ou d’un immeuble n’est jamais isolée. Elle se répercute sur la route d’accès, sur l’épicerie voisine, sur l’exploitation agricole, sur l’école de quartier, sur la continuité même de la vie locale. Le chiffre national agrège ces réalités, mais le dernier relevé les remet brutalement à nu. Cette lecture est une déduction fondée sur la concentration spatiale des dégâts relevés par le CNRS-L.  

C’est ce qui explique la place du logement dans la lecture actuelle du conflit. Une habitation détruite n’est pas un dommage abstrait. Elle concentre la perte patrimoniale, l’épargne du ménage, les biens de première nécessité, parfois une activité économique, et surtout la possibilité du retour. Tant que le logement n’est pas réparable, ou tant que son environnement immédiat reste impraticable, le retour demeure théorique. C’est aussi pour cela que le CNRS-L présente son travail comme un outil destiné à la planification du relèvement fondée sur les preuves, aux rapports nationaux et internationaux, à l’évaluation rapide des dommages et à la documentation scientifique pour l’accountability. Le dernier relevé n’est pas seulement une image forte. C’est une base de décision publique. Dans un pays où les marges budgétaires sont faibles et les urgences multiples, la qualité de la donnée conditionne la qualité de la reconstruction.  

Ce que le rapport 2023-2024 ajoute à la lecture

La méthode employée donne d’ailleurs à cette mise à jour une portée qui dépasse la simple communication institutionnelle. Le CNRS-L explique que ses données sont produites par ses plateformes nationales de suivi en combinant télédétection, intelligence artificielle, contribution du public, vérification de terrain et analyse avancée des données. Le 31 mars, lors d’une réunion de coordination au ministère des Finances consacrée au Rapid Damage and Needs Assessment, l’institution a présenté une plateforme nationale intégrée de suivi quasi temps réel des dommages et des besoins, pensée comme un système continu allant du suivi des destructions pendant la guerre jusqu’au relèvement, puis à la reconstruction et à l’évaluation de l’impact. Le dernier relevé sur le logement prend tout son sens dans ce cadre. Il ne s’agit pas d’un instantané isolé. Il s’insère dans un dispositif conçu pour suivre les dégâts, hiérarchiser les priorités et maintenir une chaîne de preuve à mesure que le conflit évolue.  

Le rapport de 2023-2024 reste indispensable pour mesurer cette accélération, mais il vient ici en arrière-plan. Publié par le CNRS-L le 23 décembre 2024, ce document couvre la période allant du 8 octobre 2023 au 27 novembre 2024. Le conseil le présente comme une référence complète destinée aux autorités libanaises. Sur la page officielle des publications, il est décrit comme un rapport de synthèse couvrant l’ensemble de cette période. C’est ce document qui a fixé le premier grand cadre de lecture de l’offensive, de son extension spatiale et de ses effets sur les infrastructures civiles. Le dernier relevé, lui, ne refait pas ce travail de fond. Il montre ce qui se passe après, lorsque la destruction du parc résidentiel repart à un rythme assez soutenu pour alourdir d’un seul coup un bilan déjà considérable.  

La comparaison est éclairante. Le rapport de 2023-2024 décrivait déjà une guerre marquée par la destruction des maisons et des unités résidentielles, notamment dans le Sud. Les évaluations internationales réalisées ensuite ont confirmé ce diagnostic. Dans son évaluation intermédiaire publiée le 7 novembre 2024, la Banque mondiale estimait que 99 209 unités de logement avaient été endommagées au 27 octobre 2024, avec 2,8 milliards de dollars de dommages pour le seul secteur de l’habitat. Quatre mois plus tard, dans le RDNA publié le 7 mars 2025, la même institution évaluait à 11 milliards de dollars les besoins de reconstruction et de relèvement liés au conflit couvrant la période du 8 octobre 2023 au 20 décembre 2024. Le logement y apparaissait comme le secteur le plus durement touché, avec 4,6 milliards de dollars de dommages et 6,3 milliards de dollars de besoins, soit 57 % du total estimé. La nouvelle mise à jour du CNRS-L intervient donc sur un terrain déjà profondément endommagé.  

C’est là que le dernier relevé change d’échelle. Ajouter 37 836 unités touchées en cinq semaines à un stock de destructions déjà mesuré à plusieurs dizaines de milliers de logements revient à déplacer l’enjeu du logement du registre du bilan vers celui de la soutenabilité. Le Liban n’affronte plus seulement une facture lourde. Il affronte la répétition rapide d’un dommage qui sape, à chaque vague, les capacités mêmes de réparation. Le pays doit en même temps documenter, reloger, sécuriser, déblayer, évaluer, financer et préparer la reconstruction. Or chacune de ces tâches devient plus difficile quand le nombre de logements atteints continue de croître alors que les dispositifs d’aide, eux, restent lents, fragmentés et dépendants des arbitrages politiques et financiers. La nouveauté du dernier relevé est donc moins dans la seule taille du chiffre que dans la vitesse à laquelle il s’ajoute au reste. Cette appréciation est une inférence appuyée sur les données du CNRS-L et de la Banque mondiale.  

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Newsdesk Libnanews
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