Le gouvernement dirigé par Nawaf Salam fait face à une pression croissante à peine quelques semaines après son investiture. Alors que le pays traverse une crise économique et sociale sans précédent, les attentes envers l’exécutif sont immenses. Mais les premières décisions du cabinet Salam n’ont pas convaincu l’ensemble des acteurs politiques et économiques. Al Bina’ (27 février 2025) rapporte que plusieurs ministres sont déjà sous le feu des critiques, notamment ceux en charge de l’Énergie et des Finances, accusés de lenteurs et d’inefficacité dans la mise en place des réformes promises.
Face à ces tensions, l’hypothèse d’un remaniement ministériel anticipé prend de l’ampleur. Si la contestation continue de s’intensifier, Nawaf Salam pourrait être contraint de réajuster son équipe pour éviter une crise gouvernementale prématurée, un scénario qui affaiblirait encore plus son pouvoir face aux défis qui l’attendent.
Un gouvernement sous pression dès son investiture
Le cabinet de Nawaf Salam a obtenu la confiance du Parlement avec 95 voix en faveur, 12 contre et 4 abstentions. Si ce vote lui a permis de commencer son mandat avec une certaine légitimité, il ne lui garantit pas une stabilité politique à long terme. Les divergences au sein même de la coalition gouvernementale et les attentes pressantes de la population compliquent la mise en œuvre des premières mesures du gouvernement.
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Al Bina’ (27 février 2025) souligne que les critiques s’accumulent notamment contre le ministre de l’Énergie et celui des Finances, deux portefeuilles stratégiques dans un pays où la gestion des ressources et des finances publiques est un sujet brûlant. Lenteurs administratives, blocages politiques et manque de résultats concrets sont les principales accusations portées à leur encontre.
La question de l’Énergie est particulièrement sensible. Avec des coupures d’électricité dépassant les 20 heures par jour et une dette énergétique de plus de 2 milliards de dollars, les retards dans la signature de nouveaux accords d’approvisionnement en fioul sont vivement critiqués. Le ministre de l’Énergie peine à rassurer la population, alors que les solutions proposées, comme l’importation de gaz égyptien ou le développement des énergies renouvelables, tardent à se concrétiser.
Le ministère des Finances, quant à lui, est au cœur de la négociation avec le Fonds monétaire international (FMI). L’application des réformes exigées pour débloquer les financements internationaux est perçue comme trop lente, ce qui alimente la frustration de certains députés et des bailleurs de fonds. La crainte d’un renforcement des mesures d’austérité imposées par le FMI ajoute à la défiance générale.
Un équilibre politique fragile
Nawaf Salam doit également faire face à des tensions internes au sein de la classe politique. Certains partis qui ont soutenu son investiture commencent à exprimer des doutes sur la capacité de son équipe à gérer la crise actuelle. Les divergences entre les blocs parlementaires se font plus visibles, notamment sur les réformes économiques et énergétiques.
Al Bina’ (27 février 2025) souligne que des voix s’élèvent au sein du Parlement pour réclamer des changements au sein du gouvernement, ce qui pourrait forcer le Premier ministre à envisager un remaniement ministériel pour éviter une perte de soutien.
L’enjeu est de taille : tout ajustement de l’équipe gouvernementale pourrait être perçu comme un aveu de faiblesse, mais refuser d’agir pourrait également précipiter une crise politique. Dans un contexte où les manifestations contre l’inflation et l’absence de résultats concrets se multiplient, Nawaf Salam doit rapidement trouver un équilibre entre cohésion politique et nécessité d’action rapide.
Les scénarios possibles
Trois options s’offrent au Premier ministre pour éviter une crise gouvernementale prématurée :
- Maintien du gouvernement en l’état avec un soutien renforcé
Nawaf Salam pourrait décider de garder son équipe intacte tout en mettant une pression accrue sur les ministres concernés pour accélérer les réformes. Cette option serait un signal de stabilité, mais si les résultats ne suivent pas rapidement, la contestation pourrait s’amplifier et fragiliser encore plus son gouvernement. - Un remaniement ciblé pour désamorcer la crise
Une autre possibilité serait de procéder à un remaniement limité, en remplaçant les ministres les plus contestéspar des profils plus consensuels et efficaces. Cette approche permettrait de réaffirmer l’autorité du Premier ministre et de calmer les tensions, mais elle impliquerait des négociations complexes avec les partis politiques qui ont soutenu la composition initiale du gouvernement. - Un remaniement élargi sous pression politique
Si les critiques s’intensifient et que certains partis retirent leur soutien, Nawaf Salam pourrait être contraint de revoir en profondeur son équipe, en redistribuant plusieurs portefeuilles stratégiques. Ce scénario serait le plus risqué, car il pourrait être perçu comme une capitulation face aux pressions politiques et affaiblir son autorité face aux futurs défis.
Quelle issue pour le gouvernement Salam ?
La situation reste extrêmement délicate pour Nawaf Salam, qui doit faire face à un Parlement divisé, une pression sociale croissante et une économie en crise. Un remaniement anticipé pourrait être une solution pour relancer la dynamique du gouvernement, mais il ne règlera pas les problèmes structurels du pays.
Si la contestation politique et populaire continue d’augmenter, le Premier ministre devra prendre des décisions rapides pour éviter une crise de gouvernance qui pourrait paralyser son action. L’avenir du gouvernement Salam dépendra de sa capacité à gérer ces tensions tout en accélérant la mise en place des réformes. Les semaines à venir seront déterminantes pour savoir si le Liban pourra éviter une nouvelle impasse politique ou si, une fois de plus, les divisions internes et les blocages institutionnels freineront toute tentative de redressement.



