Le Liban est une nouvelle fois endeuillé par la perte d’une figure liée à son patrimoine culturel. Hali Rahbani, fils cadet de la légendaire chanteuse Fairuz et du compositeur Assi Rahbani, s’est éteint ce jeudi 8 janvier 2026, à l’âge de 68 ans. Cette disparition survient moins de six mois après celle de son frère aîné, Ziad Rahbani, décédé en juillet 2025. Hali, qui vivait depuis des décennies avec les séquelles d’une méningite contractée dans l’enfance, a passé une existence discrète, loin des projecteurs qui illuminaient la carrière de sa famille. Son départ marque un chapitre supplémentaire dans les épreuves traversées par Fairuz, icône nationale dont la voix a accompagné des générations de Libanais à travers les crises et les joies du pays.
Les circonstances exactes du décès n’ont pas été immédiatement précisées par la famille, mais des sources proches indiquent que Hali a succombé aux complications liées à ses problèmes de santé chroniques. Né en 1958, il avait été frappé par une méningite sévère dès son plus jeune âge, entraînant des handicaps physiques et intellectuels permanents. Fairuz, âgée aujourd’hui de 91 ans, assumait personnellement une grande partie de sa prise en charge, veillant sur lui avec une discrétion exemplaire. Cette proximité mère-fils était connue de longue date, bien que rarement exposée publiquement. En 2022, lors d’une rare sortie familiale, Hali avait été aperçu aux côtés de sa mère, illustrant le lien indéfectible qui les unissait malgré les défis quotidiens.
Un deuil familial dans un contexte national fragile
Cette perte intervient alors que le Liban continue de naviguer dans une période de turbulences économiques et politiques, où les figures culturelles comme Fairuz représentent un ancrage identitaire essentiel. Hali Rahbani, bien qu’éloigné de la scène artistique, faisait partie intégrante de l’héritage des Rahbani, une dynastie qui a façonné la musique arabe moderne. Son existence, marquée par la résilience face à la maladie, résonne avec les luttes collectives du peuple libanais, confronté à des crises récurrentes depuis la guerre civile jusqu’à l’effondrement financier de 2019-2020. Les autorités libanaises n’ont pas encore réagi officiellement, mais des messages de condoléances ont commencé à affluer de divers horizons, soulignant l’impact émotionnel de cette nouvelle sur la société.
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Le président de la République libanaise, par l’intermédiaire de son bureau, a exprimé sa tristesse, rappelant que « la famille Rahbani incarne l’âme du Liban, et chaque perte nous touche au plus profond ». Des personnalités du monde culturel, telles que des compositeurs et des chanteurs arabes, ont également partagé leur peine sur les réseaux sociaux, évoquant la discrétion et la dignité de Hali. Parmi eux, un musicien égyptien a noté que « Hali représentait la face cachée de la gloire, un rappel que derrière les lumières, il y a des vies ordinaires marquées par le courage ». Ces hommages, bien que spontanés, reflètent la place unique occupée par les Rahbani dans le paysage culturel régional.
La trajectoire discrète d’un fils dans l’ombre des géants
Hali Rahbani est né le 3 juin 1958, au sein d’une famille déjà illustre. Ses parents, Fairuz (de son vrai nom Nouhad Haddad) et Assi Rahbani, formaient avec l’oncle Mansour Rahbani un trio créatif qui a révolutionné la musique libanaise dans les années 1950 et 1960. Les frères Rahbani, originaires du village d’Antélias, ont composé des œuvres emblématiques mêlant folklore libanais, influences occidentales et thèmes patriotiques, souvent interprétées par Fairuz lors des festivals de Baalbek. Hali, deuxième fils après Ziad, a grandi dans cet environnement artistique effervescent, mais sa santé fragile l’a rapidement écarté de toute ambition publique.
Dès l’âge de deux ans, la méningite a altéré son développement, le rendant dépendant pour de nombreuses activités quotidiennes. Il ne parlait pas, n’entendait pas et ne marchait pas sans assistance, selon des descriptions familiales antérieures. Malgré ces contraintes, Hali participait occasionnellement à des événements privés, et sa sœur Rima Rahbani, réalisatrice et productrice, a parfois évoqué son rôle dans la cohésion familiale. En 2018, lors d’un documentaire sur la famille, Rima avait déclaré que « Hali est le cœur silencieux de notre maison, il nous enseigne la patience et l’amour inconditionnel ». Cette vie recluse contrastait avec celle de son frère Ziad, pianiste et dramaturge controversé, connu pour ses positions politiques tranchées et ses critiques de la société libanaise.
Les Rahbani, une saga marquée par les tragédies
La famille Rahbani n’en est pas à sa première épreuve. Assi Rahbani, le père, est décédé le 21 juin 1986, des suites d’un coma prolongé après une hémorragie cérébrale en 1972 qui l’avait déjà affaibli. Sa mort avait plongé le Liban dans un deuil national, tant son œuvre était ancrée dans l’identité collective. Deux ans plus tard, en 1988, la fille Layal Rahbani succombait à une hémorragie cérébrale à l’âge de 27 ans, laissant un vide immense. Layal, mariée et mère d’un enfant, représentait la génération suivante, et son départ prématuré avait profondément affecté Fairuz, qui s’était alors retirée temporairement de la scène.
Plus récemment, le 25 juillet 2025, Ziad Rahbani s’éteignait à 69 ans d’une crise cardiaque, après une carrière prolifique mais tumultueuse. Compositeur de génie, il avait hérité du talent paternel tout en y infusant un esprit satirique et engagé. Son décès avait suscité une vague d’hommages, avec des funérailles à l’église de la Dormition de la Vierge Marie à Bikfaya, où des milliers de fans s’étaient rassemblés. Fairuz, dans une rare apparition publique, avait assisté à la cérémonie, entourée de sa fille Rima et de Hali, alors encore en vie. Cette succession de pertes – Assi, Layal, Ziad et maintenant Hali – illustre la fragilité derrière la légende, dans un pays où la culture sert souvent de refuge face aux instabilités.
Réactions immédiates et organisation des obsèques
Dès l’annonce du décès ce jeudi matin, les réactions n’ont pas tardé. Le ministre libanais de la Culture a publié un communiqué officiel, affirmant que « le Liban pleure un membre de sa plus grande famille artistique, et nous nous inclinons devant la force de Fairuz ». Des stations de radio libanaises ont interrompu leurs programmes pour diffuser des chansons de Fairuz, rendant hommage indirect à Hali à travers l’œuvre maternelle. Sur la scène internationale, des artistes arabes comme la chanteuse tunisienne Latifa ont exprimé leur solidarité, notant que « Fairuz a donné tant au monde, et aujourd’hui, elle endure seule ces chagrins ».
Les détails des funérailles n’ont pas encore été communiqués par la famille, qui privilégie traditionnellement la sobriété. Selon des informations relayées par des proches, elles pourraient se tenir dans les prochains jours à Bikfaya, lieu de repos de Ziad et d’autres membres de la famille. Rima Rahbani, dernière enfant survivante, gère les aspects logistiques, tout en veillant sur sa mère. Fairuz, recluse depuis des années dans sa résidence beyrouthine, n’a pas fait de déclaration publique, fidèle à son habitude de préserver son intimité. Cette discrétion renforce son aura mystique, alors que le Liban, en pleine reconstruction après les explosions du port de Beyrouth en 2020 et les tensions frontalières persistantes, trouve dans sa musique un écho à ses aspirations de paix.
L’héritage culturel au cœur des épreuves actuelles
Au-delà du deuil personnel, la disparition de Hali Rahbani met en lumière le rôle persistant de Fairuz comme symbole de continuité culturelle. À 91 ans, elle reste une référence pour les nouvelles générations d’artistes libanais, qui revisitent ses classiques dans un contexte de diaspora croissante. Les festivals comme celui de Baalbek, interrompus par les conflits mais repris en 2025, continuent d’honorer l’héritage Rahbani. En septembre 2025, une rétrospective avait été organisée à Beyrouth, célébrant les 70 ans de carrière de Fairuz, avec des projections incluant des archives familiales où Hali apparaissait brièvement. Ces événements soulignent comment la famille transcende les tragédies, influençant toujours la scène musicale arabe.
Les implications immédiates de ce décès se font sentir dans les cercles culturels libanais, où des appels à préserver l’œuvre des Rahbani émergent. Des associations artistiques préparent déjà des hommages, tandis que les médias diffusent des reportages sur la vie de Hali, rappelant ses rares interactions avec le public.



