Un avertissement sur la fragilisation du tissu social
Walid Joumblatt a mis en garde contre les conséquences politiques et sociales d’une gestion désordonnée de la crise des réfugiés syriens au Liban. Selon lui, « la priorité doit être la préservation du tissu social libanais ». Cette déclaration intervient dans un contexte de tensions croissantes entre populations locales et réfugiés, particulièrement dans les régions du Nord. En soulignant cet enjeu, Joumblatt alerte sur les risques de fracture nationale et de conflits intercommunautaires si le sujet des réfugiés continue d’être traité sur le mode de l’exploitation politique.
Le tissu social libanais repose sur un équilibre délicat entre communautés religieuses, identités régionales et structures sociales. Ce modèle, déjà affaibli par les crises économiques, politiques et institutionnelles, est aujourd’hui mis à l’épreuve par la pression migratoire. Les frictions locales, notamment dans les régions les plus pauvres, révèlent des tensions latentes. La dégradation de la situation économique et la perception d’une concurrence sur les ressources accentuent ces ressentiments. Joumblatt pointe ici une réalité partagée par de nombreux acteurs de la société civile, qui alertent depuis plusieurs mois sur le risque d’implosion sociale.
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Dans plusieurs régions, les habitants expriment leur exaspération face à l’absence d’un cadre de gestion clair. Les autorités locales, souvent livrées à elles-mêmes, tentent d’improviser des réponses, avec des couvre-feux ou des limitations d’accès aux services. Ces mesures non officielles nourrissent la défiance des populations réfugiées et amplifient les tensions. Joumblatt rappelle implicitement que la cohésion sociale ne peut être maintenue que si elle repose sur une gouvernance équitable et un discours politique apaisé.
Rejet de l’instrumentalisation politique de la crise
En affirmant qu’il faut éviter « l’instrumentalisation politique de la question des réfugiés », Joumblatt critique ouvertement les tentatives de récupération du dossier à des fins partisanes ou électorales. Ces derniers mois, plusieurs responsables politiques ont intégré la thématique des réfugiés dans leur stratégie de positionnement, parfois en appelant à des expulsions massives, ou en tenant des discours à tonalité sécuritaire.
Cette instrumentalisation, selon Joumblatt, ne fait qu’exacerber les tensions. Elle réduit une crise humanitaire complexe à une ligne de fracture entre Libanais et Syriens. Elle détourne l’attention des causes profondes, à savoir l’échec de la gouvernance migratoire, l’absence de coordination entre les niveaux de l’État, et le manque de soutien financier international durable. De plus, elle occulte la diversité des situations : parmi les réfugiés, nombreux sont ceux qui vivent depuis plus de dix ans au Liban, qui y travaillent, y scolarisent leurs enfants, et participent à la vie économique locale.
La mise en avant d’un discours sécuritaire autour des réfugiés permet aussi, dans certains cas, de masquer les responsabilités internes dans la crise économique et institutionnelle du pays. En appelant à la prudence, Joumblatt tente de repositionner le débat sur une base rationnelle, où la sécurité des populations libanaises et syriennes ne doit pas être opposée, mais pensée de manière complémentaire.
Vers une coordination internationale pour le retour
Joumblatt plaide pour « une coordination internationale pour leur retour progressif et sécurisé ». Cette formule marque un point d’équilibre entre deux logiques opposées : le rejet immédiat et inconditionnel des réfugiés, et leur intégration prolongée dans un pays déjà en crise. Le chef druze propose ainsi un chemin de sortie fondé sur le dialogue multilatéral et la responsabilité partagée entre les États.
Le retour progressif signifie que chaque dossier doit être traité au cas par cas, selon la situation individuelle, la sécurité sur place, et la capacité d’accueil dans les zones de retour. Le caractère sécurisé suppose l’implication d’acteurs internationaux, notamment les agences de l’ONU, pour garantir la conformité des procédures aux normes de droit humanitaire. Il s’agit aussi de prévenir les représailles et les arrestations arbitraires en Syrie, qui restent une crainte majeure des familles concernées.
Cette proposition s’inscrit dans une série de tentatives menées ces dernières années pour structurer un processus de retour piloté. Mais les obstacles restent nombreux : absence de garanties syriennes fiables, désengagement progressif des bailleurs de fonds, divisions internes au Liban sur le pilotage du dossier. Le manque d’un consensus politique national empêche toute initiative cohérente, laissant le terrain à des actions ponctuelles ou symboliques, sans effet sur les chiffres réels.
La déclaration de Joumblatt vise donc à relancer un débat constructif, centré sur la faisabilité d’un retour dans des conditions respectueuses des droits. Elle interpelle la communauté internationale, jugée passive ou divisée sur le dossier, et renvoie les autorités libanaises à leur obligation de définir une feuille de route crédible.
Un appel à la responsabilité politique partagée
Derrière cette déclaration se profile un appel plus large à la responsabilité partagée. Joumblatt se positionne comme une voix modérée, refusant les discours de rejet comme les postures idéologiques. Il considère que le dossier des réfugiés ne peut être résolu que par une convergence d’intérêts entre acteurs locaux, régionaux et internationaux. Cette posture se veut une alternative aux discours de crise, portés soit par des lignes dures, soit par des positions d’attentisme.
L’enjeu, selon lui, n’est pas seulement humanitaire. Il est stratégique. Le maintien d’une population réfugiée en situation d’illégalité structurelle nourrit des économies parallèles, des tensions sociales, et des dynamiques politiques conflictuelles. À terme, cela peut affecter la stabilité du pays, la cohérence des institutions, et l’unité du corps social.
En insistant sur la préservation du tissu social et la coordination internationale, Joumblatt veut inscrire le dossier dans une logique de planification, au lieu d’une gestion de crise permanente. Il remet ainsi au centre du débat une exigence de clarté, de méthode, et de volonté politique. Le défi est désormais de traduire ces principes en actions concrètes, dans un contexte où les ressources, le consensus et la confiance sont gravement érodés.



