samedi, janvier 24, 2026

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Détournements et blanchiment d’argent : L’Europe exige l’extradition de Riad Salamé

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Un ex-gouverneur de la Banque du Liban au cœur d’un scandale international

L’ancien gouverneur de la Banque du Liban (BDL)Riad Salamé, est aujourd’hui l’un des principaux visés par des enquêtes judiciaires pour corruption financière, blanchiment d’argent et détournement de fonds publics. Pendant ses près de trois décennies à la tête de l’institution monétaire libanaise, il a construit un système opaque qui lui aurait permis d’accumuler une fortune colossale, tout en affaiblissant progressivement les réserves monétaires du pays.

Les accusations portées contre lui reposent sur des investigations menées par plusieurs pays européens, qui ont détecté d’importants transferts financiers suspects vers des comptes offshore et des sociétés écrans. Selon les rapports d’enquête, des centaines de millions de dollars auraient été détournés entre 2002 et 2015 via des commissions frauduleuses et des montages financiers complexes.

Un réseau international de blanchiment d’argent

Les documents financiers révélés par les enquêteurs montrent que Salamé aurait exploité un réseau de sociétés offshore pour dissimuler des sommes astronomiques en dehors du Liban. Parmi ces entités figurent des structures immatriculées dans des juridictions connues pour leur opacité financière, telles que :

  • La Suisse, où plusieurs comptes bancaires liés à Salamé et ses proches ont été identifiés.
  • Le Luxembourg, où certaines sociétés-écrans ont servi de canal pour investir les fonds détournés.
  • Les îles Vierges britanniques, qui abritaient Forry Associates Ltd, une société détenue par Raja Salamé, le frère de Riad Salamé, et qui aurait joué un rôle central dans le détournement des fonds publics libanais.

Ce schéma de blanchiment d’argent repose sur un circuit bien rodé : les fonds étaient extraits du système bancaire libanais sous couvert de frais de gestion et de commissions fictives, avant d’être redistribués dans des investissements immobiliers et financiers en Europe.

330 millions de dollars évaporés : le mécanisme de détournement

Entre 2002 et 2015, Salamé aurait siphonné près de 330 millions de dollars en exploitant les obligations d’État libanaises et les placements financiers de la BDL.

  • Une grande partie de cette somme provenait des transactions sur les obligations libanaises, où Salamé utilisait des frais de courtage artificiellement gonflés pour détourner des montants importants.
  • Des commissions excessives étaient facturées par Forry Associates Ltd, alors même qu’aucune prestation réelle de courtage n’était fournie.
  • Ces fonds étaient ensuite transférés vers des comptes offshore et réinvestis dans l’immobilier de luxe en France et en Suisse.

Ce mécanisme a non seulement permis à Salamé et à son entourage d’amasser une fortune, mais il a également contribué à l’assèchement progressif des réserves en devises de la Banque du Liban, affaiblissant encore plus la stabilité financière du pays.

Une enquête judiciaire bloquée par des intérêts politiques et bancaires

L’un des principaux obstacles à l’avancement de l’enquête judiciaire contre Riad Salamé réside dans les protections politiques dont il continue de bénéficier. Depuis des décennies, le gouverneur de la Banque du Liban a tissé un réseau d’alliances puissantes avec les partis politiques et les élites économiques du pays.

  • Des liens avec la classe politique traditionnelle : Pendant son mandat, Salamé a entretenu des relations privilégiées avec plusieurs chefs de partis et figures gouvernementales, qui ont profité des politiques monétaires de la BDL pour financer leurs propres réseaux.
  • Une collusion entre la Banque du Liban et les grandes banques privées : L’ancien gouverneur a longtemps servi d’intermédiaire clé entre l’État et les banques commerciales, garantissant à ces institutions des profits massifs via des placements en bons du Trésor libanais.
  • Un risque de révélations compromettantes : Beaucoup de politiciens craignent que si Salamé est jugé, il ne révèle à son tour les responsabilités d’autres acteurs dans la crise financière.

Ces relations lui permettent d’échapper aux poursuites locales, car tout procès pourrait ébranler l’ensemble du système politico-financier libanais, où de nombreux responsables ont eux-mêmes bénéficié des pratiques contestées de la BDL.

Un système judiciaire paralysé par des manœuvres administratives

Même lorsque des juges tentent d’avancer dans l’instruction, le système judiciaire libanais est systématiquement bloqué par des recours, contestations et obstructions légales :

  • Multiplication des appels et des vices de procédure : Les avocats de Salamé déposent des requêtes incessantes pour contester la légalité des accusations, demandant le dessaisissement de certains juges ou la suspension des audiences.
  • Des conflits internes au sein de l’appareil judiciaire : Certains magistrats, sous pression politique ou médiatique, hésitent à aller jusqu’au bout de l’enquête, ce qui ralentit toute prise de décision.
  • Un manque de coordination entre les institutions judiciaires : La justice libanaise souffre d’un manque de moyens et d’une absence de procédures claires pour traiter les affaires de corruption financière de grande ampleur.

L’ensemble de ces manœuvres dilatoires permet à Salamé de gagner du temps, retardant ainsi tout éventuel procès.

Une coopération internationale entravée par des enjeux diplomatiques

Plusieurs pays européens, dont la France, la Suisse et l’Allemagne, ont gelé les avoirs de Riad Salamé et lancé des procédures judiciaires contre lui. Pourtant, le Liban tarde à répondre aux demandes d’extradition et aux mandats d’arrêt internationaux.

Les raisons de cette inertie sont multiples :

  • La crainte d’un isolement diplomatique : Extraditer Salamé pourrait mettre en péril certaines alliances politiques et économiques, notamment avec des acteurs influents du secteur bancaire international.
  • Une volonté de garder le contrôle du dossier : Les autorités libanaises redoutent que si Salamé est jugé à l’étranger, le Liban perde la main sur l’enquête et que de nouvelles révélations impliquant d’autres personnalités émergent.
  • Des divergences entre les juridictions locales et internationales : Bien que des preuves aient été fournies par les enquêteurs européens, certaines institutions libanaises contestent la légalité des accusations, compliquant encore plus les échanges judiciaires entre Beyrouth et les capitales européennes.

Un refus systématique de se présenter devant la justice

Le juge d’instruction chargé du dossier a émis plusieurs mandats de comparution, mais Salamé refuse de se présenter devant la justice, prétextant des vices de procédure et dénonçant une chasse aux sorcières politiqueorchestrée par ses opposants.

  • Une stratégie de victimisation : L’ancien gouverneur affirme être la cible d’un règlement de comptes politique, mettant en avant sa gestion de la BDL comme un bouc émissaire pour détourner l’attention des autres responsables de la crise économique.
  • Une influence encore forte dans les cercles du pouvoir : Tant qu’il dispose de soutiens influents au sein de l’État et des milieux financiers, il peut continuer à se soustraire aux convocations judiciaires sans craindre d’être arrêté.

Les preuves accablantes des enquêteurs européens

Les premières véritables avancées judiciaires dans l’affaire Riad Salamé ne sont pas venues du Liban, mais de plusieurs pays européens. Dès 2023, la France, la Suisse et le Luxembourg ont pris des mesures concrètes en gelant plus de 130 millions de dollars d’avoirs appartenant à Salamé et à ses proches.

Cette décision marque un tournant dans l’enquête, car elle repose sur des preuves solides mettant en lumière un vaste réseau de blanchiment d’argent impliquant des transactions transfrontalières complexes.

« Forry Associates » : La société écran au cœur du détournement

Les investigations ont révélé que les fonds détournés ont transité par une société offshore opaque, « Forry Associates », détenue par Raja Salamé, frère de l’ancien gouverneur. Cette société, enregistrée aux îles Vierges britanniques, a servi de véhicule de blanchiment pour des centaines de millions de dollars.

  • Officiellement, « Forry Associates » était censée gérer des commissions sur des obligations d’État libanaises, un service censé être destiné à optimiser les placements de la Banque du Liban.
  • En réalité, aucun service réel n’a été fourni, et ces commissions exorbitantes ont permis de siphonner des montants considérables hors du Liban.
  • Les 330 millions de dollars transférés via cette société auraient été réinjectés dans des circuits financiers offshore et utilisés pour des investissements privés.

L’utilisation des fonds détournés : L’empire immobilier caché de Salamé

L’argent issu de ces détournements n’est pas resté bloqué dans des comptes offshore. Les enquêtes européennes ont permis de cartographier la destination finale des fonds, révélant un empire immobilier luxueux construit grâce à l’argent issu de la corruption.

En France : 90 millions d’euros investis dans l’immobilier de luxe

Les enquêtes du Parquet national financier (PNF) ont mis en lumière une série de transactions immobilières suspectes réalisées en France, pour une valeur totale dépassant 90 millions d’euros. Ces acquisitions, effectuées sur une période de plusieurs années, concernent des biens haut de gamme situés dans les quartiers les plus prisés de Paris et sur la Côte d’Azur.

  • À Paris, les propriétés identifiées incluent des appartements dans des immeubles haussmanniens et des hôtels particuliers dans les arrondissements les plus exclusifs, notamment autour du Triangle d’Or (8e arrondissement), du 16e arrondissement et du 7e arrondissement près des Invalides.
  • Sur la Côte d’Azur, plusieurs villas et résidences luxueuses ont été achetées dans des zones prestigieuses, comme Saint-Tropez, Cannes et Nice, connues pour attirer les grandes fortunes et les investisseurs internationaux.

Ces achats posent de nombreuses questions sur l’origine des fonds utilisés, d’autant plus que les enquêteurs ont constaté un recours systématique à des montages financiers opaques pour dissimuler l’identité du véritable propriétaire.

En Suisse : Des comptes bancaires cachés révélés

Les autorités suisses ont découvert que Salamé possédait plusieurs comptes bancaires contenant des sommes importantes non déclarées.

  • Ces comptes, ouverts dans des établissements bancaires de Genève et Zurich, sont soupçonnés d’avoir reçu directement des fonds détournés de la Banque du Liban.
  • Plusieurs transactions n’ont pas été justifiées par des sources de revenus officielles, renforçant les soupçons de blanchiment d’argent.
En Allemagne : Des traces de transactions vers les îles Vierges britanniques

Les enquêtes allemandes ont mis en évidence des flux financiers suspects, reliant directement les comptes bancaires suisses aux îles Vierges britanniques, où étaient enregistrées les sociétés offshore utilisées par Salamé et son entourage.

  • Ces fonds ont transité par des banques allemandes avant d’être redirigés vers des destinations opaques, rendant leur traçabilité difficile.
  • L’objectif semble avoir été de diversifier les placements et d’échapper aux radars des régulateurs financiers européens.

Un réseau financier tentaculaire difficile à démanteler

L’ampleur de ces découvertes montre que Riad Salamé n’a pas agi seul, mais a bénéficié d’un réseau de complicité et d’expertise financière sophistiqué.

  • Les montages financiers utilisés impliquent des cabinets de conseil spécialisés dans l’optimisation fiscale et des experts en gestion d’actifs offshore.
  • Certains établissements bancaires suisses et européens auraient fermé les yeux sur ces transactions suspectesavant que les régulateurs n’interviennent.
  • Le système mis en place reposait sur une séparation en plusieurs couches, compliquant le travail des enquêteurs et ralentissant la restitution des fonds gelés.

L’utilisation de sociétés écrans pour masquer les transactions

Pour réaliser ces investissements sans attirer l’attention des autorités financières, Salamé et son entourage auraient eu recours à des sociétés écrans immatriculées à l’étranger.

  • Les structures impliquées ont été enregistrées dans des paradis fiscaux, notamment les îles Vierges britanniques, le Luxembourg et la Suisse, des juridictions connues pour leur opacité bancaire et leur faible coopération judiciaire.
  • Ces sociétés servaient d’intermédiaires, achetant les biens immobiliers au nom de holdings fictives pour éviter que le nom de Salamé ou de ses proches n’apparaisse dans les registres français.
  • Plusieurs de ces entités ont été créées peu avant les transactions immobilières, un indicateur souvent utilisé par les enquêteurs pour détecter des opérations de blanchiment d’argent.

Ce schéma financier permettait non seulement de masquer l’origine des fonds, mais aussi de bénéficier d’un régime fiscal avantageux pour réduire les impôts sur la fortune et les transactions immobilières.

Un mécanisme de blanchiment via la revente et la rénovation de propriétés

Les enquêteurs du PNF ont également découvert que l’argent issu des détournements n’a pas seulement été utilisé pour acheter ces biens, mais aussi pour les rénover et les revendre avec une importante plus-value.

  • Plusieurs résidences auraient été luxueusement rénovées avant d’être revendues, générant des profits qui étaient réinjectés dans le circuit financier international.
  • Des transactions impliquant des entreprises du bâtiment et des architectes affiliés à des proches de Salaméont été recensées, suggérant un système bien organisé de blanchiment d’argent via l’immobilier.
  • Certains biens ont été acquis, puis revendus en quelques années seulement, une technique souvent utilisée pour « laver » des capitaux d’origine douteuse en leur donnant une apparence légale.

L’enquête du Parquet national financier et les premières mesures prises

Face à ces éléments, le PNF a lancé une enquête approfondie et plusieurs mesures judiciaires ont été mises en place :

  • Gel des avoirs immobiliers suspects : Plusieurs biens appartenant à Salamé et à des proches ont été bloqués par la justice française, empêchant leur revente ou leur exploitation commerciale.
  • Saisie d’actifs bancaires liés aux transactions : Les enquêteurs ont identifié des comptes bancaires en France ayant servi à financer certaines acquisitions, et une partie de ces fonds a été saisie dans l’attente d’un jugement.
  • Ouverture d’une procédure d’extradition : La France a demandé la coopération des autorités libanaises, mais Beyrouth tarde à répondre, ce qui ralentit les avancées judiciaires.

L’impact des sanctions et les prochaines étapes de l’enquête

Avec le gel des 130 millions de dollars et la mise au jour de 330 millions de dollars de transactions frauduleuses, la pression s’intensifie sur le Liban pour qu’il collabore à l’enquête.

Cependant, les autorités libanaises tardent à répondre aux demandes de coopération, ce qui pourrait prolonger les blocages judiciaires et empêcher une restitution rapide des fonds volés.

Le Liban sous pression : vers une extradition de Riad Salamé ?

Face à l’inaction des autorités libanaises, plusieurs pays européens envisagent une extradition de Riad Salamé. La France a émis un mandat d’arrêt international, mais le Liban refuse toujours de coopérer, invoquant la souveraineté judiciaire nationale.

Cette affaire place Beyrouth dans une situation délicate :

  • Si le Liban refuse d’extrader Salamé, il risque des sanctions diplomatiques et financières de la part des pays européens.
  • Si le Liban collabore avec la justice internationale, cela pourrait exposer d’autres personnalités politiques et bancaires impliquées dans le système de corruption.

L’Union européenne pèse de plus en plus dans l’affaire, menaçant de sanctionner les banques libanaises ayant facilité ces transactions et d’interdire aux institutions financières européennes de traiter avec elles.

Un symbole de la faillite du système bancaire libanais

L’affaire Salamé est devenue le symbole du naufrage financier du Liban. En manipulant le système bancaire et en détournant des fonds publics, Salamé a incarné l’effondrement de la Banque du Liban et la perte totale de confiance des citoyens envers leurs institutions financières.

  • Son maintien à la tête de la BDL pendant près de 30 ans a permis la mise en place d’un système opaque, où les grandes banques, les politiciens et les investisseurs privilégiés ont bénéficié d’un accès illimité aux capitaux, au détriment des épargnants libanais.
  • Sa politique monétaire a contribué à l’explosion de la dette publique, qui dépasse aujourd’hui 100 milliards de dollars, et à la fuite des capitaux, laissant le Liban exsangue.

Alors que la pression judiciaire s’intensifie, Salamé continue de se retrancher derrière des protections politiques, espérant échapper à toute condamnation. Mais avec l’effondrement continu du système bancaire et les sanctions internationales qui se multiplient, le temps semble compté pour l’ancien gouverneur.

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