La relation entre Donald Trump et Benjamin Netanyahu s’est construite sur une convergence de visions nationalistes et de valeurs politiques. Ces deux figures influentes, controversées et résolument conservatrices ont marqué l’histoire récente des relations américano-israéliennes. L’arrivée de Trump à la Maison-Blanche en 2017 a renforcé une alliance qui allait bien au-delà des simples relations diplomatiques traditionnelles, notamment grâce au rôle essentiel de Jared Kushner, gendre et conseiller de Trump. Il est attendu que Benjamin Netanyahu sort ainsi aujourd’hui renforcé sur le plan international par l’élection de Donald Trump en 2024 à la présidence des Etats-Unis
Dès le début de son mandat, Trump a fait preuve d’un soutien sans précédent pour Israël, en prenant des décisions stratégiques allant dans le sens des intérêts de Netanyahu et du Likoud, le parti politique de ce dernier. Ce soutien a eu des conséquences profondes pour le Moyen-Orient, redéfinissant la politique américaine dans la région. Cet article explore les principaux moments de cette alliance, les décisions marquantes qui ont été prises, ainsi que leur impact sur la stabilité régionale.
Jared Kushner : Stratège clé dans les décisions de Trump pour Israël
Le rôle de Jared Kushner dans la politique américano-israélienne
Jared Kushner, gendre de Trump et conseiller spécial de la Maison-Blanche, a joué un rôle de premier plan dans la conception et la mise en œuvre de la politique étrangère de l’administration Trump envers Israël. Kushner, issu d’une famille pro-israélienne et proche de Netanyahu, a consolidé une relation personnelle et stratégique avec ce dernier, facilitant la communication et renforçant l’influence de l’État hébreu sur les décisions de la Maison-Blanche.
Parmi ses nombreuses initiatives, Kushner a orchestré des décisions emblématiques comme la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël, le déménagement de l’ambassade américaine et le lancement des Accords d’Abraham, qui ont permis la normalisation des relations entre Israël et plusieurs États arabes. Cette proximité entre Kushner et les autorités israéliennes, ajoutée à l’appui de Trump, a ouvert la voie à des décisions sans précédent, souvent perçues comme favorables aux intérêts israéliens, au détriment de la question palestinienne.
La reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël
En décembre 2017, Trump a annoncé la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël, rompant ainsi avec la position diplomatique traditionnelle des États-Unis. Cette décision, encouragée par Kushner et applaudie par Netanyahu, a marqué un tournant dans les relations américano-israéliennes et a eu des répercussions majeures dans le monde arabe. En mai 2018, l’ambassade des États-Unis a officiellement déménagé de Tel Aviv à Jérusalem, scellant ainsi cet engagement.
Pour Netanyahu, ce geste représentait une victoire symbolique, affirmant le soutien inconditionnel des États-Unis. Cependant, cette décision a entraîné une escalade de tensions avec les Palestiniens, notamment dans la bande de Gaza, où des manifestations massives ont eu lieu, réprimées violemment par l’armée israélienne. Les manifestations, qui ont fait des centaines de victimes palestiniennes, ont mis en lumière la complexité de la situation et les risques d’une approche déséquilibrée en faveur d’Israël. La stratégie de Kushner, visant à consolider la paix par des actions symboliques, a montré ici ses limites, en exacerbant les divisions locales au lieu d’apaiser les tensions.
Les Accords d’Abraham : Une percée diplomatique historique orchestrée par Kushner
Un succès diplomatique pour Trump et Netanyahu
L’un des accomplissements les plus significatifs de l’alliance Trump-Netanyahu a été la conclusion des Accords d’Abraham en 2020. Ces accords, négociés et orchestrés par Jared Kushner, ont permis la normalisation des relations entre Israël et plusieurs pays arabes, dont les Émirats arabes unis et Bahreïn, suivis par le Maroc et le Soudan. Pour Trump, les Accords d’Abraham représentaient une avancée diplomatique majeure, une preuve de sa capacité à ramener la paix au Moyen-Orient.
Pour Netanyahu, ces accords représentaient une victoire stratégique en renforçant la position d’Israël dans la région sans avoir à négocier directement avec les Palestiniens. La normalisation avec ces pays arabes a permis à Israël de développer de nouveaux partenariats économiques, commerciaux et militaires, consolidant sa position de puissance régionale. Pour Kushner, les accords étaient un moyen de remodeler la diplomatie régionale autour d’une coopération avec Israël, une idée qui faisait écho à sa vision de stabilisation du Moyen-Orient.
Les limites des Accords d’Abraham et les conséquences pour Gaza
Si les Accords d’Abraham ont été salués par certains comme une avancée vers la paix, leur omission de la question palestinienne a suscité des critiques. Pour de nombreux observateurs, cette approche de normalisation sans concession aux Palestiniens laisse la question de la souveraineté palestinienne en suspens et pourrait renforcer les divisions internes dans le monde arabe. En effet, à Gaza, les accords ont été perçus comme une trahison de la cause palestinienne, ce qui a accru les tensions et préparé le terrain pour une recrudescence de la violence.
En mai 2021, quelques mois après la fin du mandat de Trump, des violences ont éclaté entre Israël et le Hamas dans la bande de Gaza. Ce conflit, qui a duré onze jours, a mis en lumière les limites des Accords d’Abraham en l’absence de résolution du conflit israélo-palestinien. Les tirs de roquettes et les bombardements israéliens ont causé des centaines de victimes, exacerbant les ressentiments des Palestiniens et démontrant l’instabilité persistante dans la région. Les critiques ont souligné que la stratégie de normalisation de Kushner, en négligeant les aspirations palestiniennes, avait contribué à une situation explosive.
Le « Deal of the Century » : une vision controversée de la paix
L’approche unilatérale de Kushner pour la Cisjordanie
Le « Deal of the Century », proposé en 2020, reflétait la vision de Kushner et Trump pour un règlement du conflit israélo-palestinien. Ce plan, largement favorable aux intérêts israéliens, prévoyait la possibilité pour Israël d’annexer certaines zones de la Cisjordanie, tout en imposant des conditions strictes aux Palestiniens pour la création d’un État. Netanyahu a accueilli ce plan favorablement, y voyant une opportunité de renforcer le contrôle israélien sur des territoires stratégiques, tandis que Kushner le présentait comme une solution pragmatique pour la paix.
Toutefois, cette initiative a été perçue comme biaisée et inéquitable par les Palestiniens et la communauté internationale. Les critiques ont reproché à Kushner et Trump d’avoir ignoré les aspirations des Palestiniens et de réduire la question palestinienne à un problème économique, en négligeant les enjeux de souveraineté et de dignité nationale. Ce plan de paix, qui s’est révélé impraticable dans les faits, a néanmoins renforcé les liens entre les États-Unis et Israël tout en accentuant la marginalisation des Palestiniens.
Impact de la défaite de Trump sur l’alliance avec Netanyahu
Le changement d’administration et la poursuite des tensions à Gaza
La défaite de Trump aux élections de 2020 a marqué la fin de l’alliance officielle entre les deux dirigeants, mais l’influence de Jared Kushner se poursuit dans les cercles diplomatiques. L’administration Biden, bien que moins proche de Netanyahu, a hérité des dynamiques mises en place par Trump et continue de faire face aux tensions non résolues. En mai 2021, les violences entre le Hamas et Israël ont de nouveau éclaté, provoquant des affrontements intenses et des destructions massives à Gaza, mettant en lumière l’héritage laissé par la politique de normalisation de l’administration Trump.
Les critiques de cette politique estiment que le manque de solution pour la question palestinienne, malgré les efforts de normalisation, laisse la région vulnérable à de nouvelles flambées de violence. La persistance des tensions montre que l’alliance Trump-Netanyahu, bien que porteuse d’avancées diplomatiques avec les Accords d’Abraham, a également contribué à des déséquilibres qui restent difficiles à gérer pour l’administration américaine actuelle.
Le rôle continu de Kushner dans la région avec l’Institut des Accords d’Abraham
Après la fin de son mandat à la Maison-Blanche, Jared Kushner a fondé l’Institut des Accords d’Abraham, une organisation visant à promouvoir la paix et la normalisation des relations entre Israël et les pays arabes. Kushner, en tant que figure influente, continue de défendre son approche de la diplomatie au Moyen-Orient, bien qu’il soit critiqué pour son manque d’attention à la question palestinienne.
Conclusion : L’héritage complexe de l’alliance Trump-Netanyahu
L’alliance entre Donald Trump et Benjamin Netanyahu, soutenue par Jared Kushner, a marqué un tournant dans les relations américano-israéliennes, laissant un héritage complexe et polarisant. D’un côté, cette relation a permis des avancées diplomatiques sans précédent, comme la reconnaissance de Jérusalem et les Accords d’Abraham. De l’autre, elle a également contribué à un déséquilibre au Moyen-Orient, en ignorant la question palestinienne et en renforçant les tensions à Gaza.
Aujourd’hui, les décisions prises sous cette alliance continuent d’influencer la politique régionale et les relations entre Israël et ses voisins. L’administration Biden se trouve face au défi de gérer cet héritage tout en rétablissant un équilibre dans la région. Quant à Jared Kushner, il poursuit ses efforts pour élargir la normalisation, mais les critiques sur sa gestion de la question palestinienne soulignent que la paix ne pourra être durable sans une solution juste pour les Palestiniens.
Références
- BBC News. (2017). « Trump recognizes Jerusalem as Israel’s capital and orders embassy move. » Disponible sur : https://www.bbc.com/news/world-us-canada-42259443
- Kushner, J. (2020). *Breaking History: A White House Memoir



