Un projet de loi au cœur de la crise: comment combler la «fajwa maliyya»
Annahar, 10 décembre 2025, décrit une pression croissante sur le gouvernement pour qu’il adopte et transmette au Parlement le projet de loi sur la «fajwa maliyya», la loi sur la faille financière, avant la fin de l’année, conformément à ses engagements envers les bailleurs. Le quotidien souligne que la marge de manœuvre est très réduite, avec un délai de quelques semaines seulement avant les législatives de 2026. Le risque, relève Annahar, est que le texte reste une simple «maswada», une neuvième mouture technique sans traduction rapide en loi.
Dans ses pages «vie publique», Annahar, 10 décembre 2025, rappelle que l’enjeu central du projet est la répartition des pertes accumulées depuis 2019 entre l’État, la Banque du Liban, les banques commerciales et les déposants. Le journal cite des sources proches du dossier qui insistent sur un principe: les «moudi‘în char‘iyyîn», les déposants considérés comme légitimes, doivent être exclus de toute ponction directe, car ils sont les véritables victimes de la catastrophe financière. Les pertes doivent d’abord être supportées par l’État, par la Banque du Liban et par les actionnaires des banques, avant d’envisager la moindre contribution involontaire des épargnants.
Ces mêmes sources, citées par Annahar, 10 décembre 2025, détaillent les grands équilibres de la neuvième version du texte, connue sous l’acronyme FSDR. Elles expliquent que la Banque du Liban supporterait environ 60 % du volet de remboursement en cash et 80 % des obligations adossées à des actifs, tandis que les banques contribueraient à hauteur de 40 % du volet cash et de 20 % des titres. Les déposants jusqu’à 100 000 dollars seraient intégralement remboursés en plusieurs annuités, tandis que les montants supérieurs seraient en partie convertis en instruments financiers de long terme émis par la Banque du Liban, avec des maturités pouvant s’étaler sur dix, quinze ou vingt ans.
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Al Akhbar et la «fajwa» chiffrée: qui paie quoi dans le scénario proposé?
Al Akhbar, 10 décembre 2025, propose une lecture plus critique de ces équilibres. Dans un article sur «bat al-fajwa al-maliyya», le quotidien rappelle que la «fajwa haqiqiyya» en devises tourne autour d’un montant qui implique une réduction d’environ 35 milliards de dollars des engagements de la Banque du Liban envers les banques, sur un stock proche de 80 milliards. Ce recalibrage passerait par trois leviers: annulation d’intérêts jugés excessifs, élimination de dépôts dont la provenance est considérée comme douteuse ou non documentée, et conversion forcée d’une partie des dépôts de clients ayant transféré leurs comptes de la livre au dollar après 2019 à des taux préférentiels.
Toujours selon Al Akhbar, 10 décembre 2025, la contribution directe des banques au remboursement des dépôts serait d’environ 12 milliards de dollars répartis sur une période longue, alors que la part de la Banque du Liban dépasserait 16 milliards, pour un montant similaire finalement imputé à l’État. Le quotidien souligne que ces chiffres résultent d’une «khitat» élaborée à la présidence du Conseil avec le concours du cabinet Ankura, et qu’ils réduisent les obligations de la Banque du Liban envers les banques à environ 45 milliards de dollars, par rapport à un niveau estimé à 80 milliards avant la crise.
Al Akhbar, 10 décembre 2025, insiste aussi sur l’idée que toute augmentation de la contribution de l’État au remboursement des dépôts aurait un coût politique lourd. Les scénarios alternatifs évoqués – recours à la privatisation d’actifs publics, vente d’une partie de l’or, monétisation de biens immobiliers – se heurtent à l’absence de consensus national, comme le souligne également Annahar, qui rappelle que de telles options nécessiteraient un accord politique large et des garde-fous juridiques stricts. Faute d’accord sur l’utilisation d’actifs comme l’or, la Banque du Liban reste au centre du dispositif et apparaît, dans les deux journaux, comme l’axe principal autour duquel s’organise la mécanique de comblement de la «fajwa».
Banques sous enquête: la demande de Maher Chaitou et la peur de la responsabilité pénale
Dans ce contexte, la justice financière se rappelle aux banques. Al Akhbar, 10 décembre 2025, rapporte que les établissements ont reçu, par l’intermédiaire de la Banque du Liban, une requête du procureur financier Maher Chaitou les obligeant à transmettre des relevés de comptes détaillés concernant les présidents de conseils d’administration, les membres des conseils, les directeurs généraux, les responsables de succursales, ainsi que leurs conjoints et enfants. Cette demande est interprétée comme un tournant, car elle marque le passage d’un débat essentiellement macroéconomique à un examen individualisé des responsabilités.
Le même article d’Al Akhbar, 10 décembre 2025, explique que les banques y voient un «khatwat tahawwul» dans la gestion du dossier des pertes, car elle remet en cause la narration qu’elles avancent depuis 2019. Cette narration consiste à présenter la crise comme purement «nizâmiyya», le résultat d’un dysfonctionnement entre l’État et la Banque du Liban, dans lequel les banques ne seraient intervenues qu’en exécutants contraints. Or, souligne le journal, la lettre de Maher Chaitou, en soulevant l’hypothèse d’infractions pénales commises par des responsables bancaires, ouvre la voie à une mise en cause directe de certaines décisions prises avant et pendant la crise, y compris les transferts de fonds vers l’étranger pour le compte d’initiés.
Al Akhbar rappelle que la publication quasi simultanée de la nouvelle mouture du projet de loi sur la «fajwa maliyya» et de la requête judiciaire alimente un climat de nervosité au sein des banques. Le quotidien rapporte que le conseil d’administration de l’Association des banques s’est réuni pour examiner les chiffres sur lesquels repose le projet et chercher à obtenir des concessions supplémentaires, notamment sur la durée de la restructuration du capital et sur la portée des clauses de responsabilité. Selon le journal, les banques redoutent que la combinaison de la loi et des enquêtes de la justice financière ne conduise, à terme, à une remise en cause profonde de la propriété dans le secteur, avec un risque de redistribution des parts en faveur de nouveaux investisseurs.
Banque du Liban, gouvernement et ligne de partage des responsabilités
Ad Diyar, 10 décembre 2025, place ce débat dans un cadre plus large, en évoquant la manière dont la Banque du Liban et le gouvernement tentent de redéfinir leurs rôles respectifs. Le journal cite des sources proches de la BDL et du ministre des Finances selon lesquelles l’institution monétaire travaille, en coordination avec les ministères de la Justice et des Finances, à retracer le parcours des dépôts et des fonds de soutien, avec l’aide d’auditeurs externes. L’objectif affiché est de renforcer la transparence et de couper court à l’exploitation politique du dossier des dépôts dans la perspective des élections.
Ad Diyar souligne que les responsables de la BDL rappellent que la loi définit strictement leurs prérogatives, et que la répartition finale des responsabilités dépendra de ce que fixera le Parlement dans la loi sur la «fajwa maliyya». Le journal insiste sur la présence, en toile de fond, du Fonds monétaire international, dont l’avis doit être sollicité avant l’adoption définitive du texte, notamment sur la question de la rétroactivité des ajustements de taux d’intérêt et sur les critères de distinction entre catégories de dépôts. Le texte souligne que l’envoi de la mouture actuelle au FMI, prévu par le gouvernement, sera un moment clé pour mesurer à la fois la faisabilité technique du dispositif et la capacité de la classe politique à assumer le partage des pertes qu’il consacre.
Secteur de l’énergie et finances publiques: les discussions avec la France
Au-delà du seul dossier bancaire, Ad Diyar, 10 décembre 2025, rapporte la visite à Beyrouth d’une délégation du Trésor français conduite par Magali Cesana, venue rencontrer le ministre libanais des Finances. La discussion a porté sur la situation de l’Électricité du Liban et sur les moyens de rétablir la «malâ’a mâliyya» de l’établissement, en liant toute injection de financement supplémentaire à une amélioration du recouvrement des factures et à l’application de règles de transparence budgétaire.
Le ministre des Finances, cité par Ad Diyar, 10 décembre 2025, explique à ses interlocuteurs français que la priorité est de réduire les pertes techniques et non techniques sur le réseau, de moderniser les centres de contrôle et de réduire le gaspillage, plutôt que de multiplier les projets publics de production solaire là où le secteur privé peut investir si des garanties de paiement sont fournies. Le journal note que cette approche vise à rediriger les ressources publiques vers les infrastructures de base, tout en comptant sur des partenariats public-privé pour le développement des capacités de production électrique.
La délégation française et le ministère discutent aussi de l’adoption de normes unifiées de contrôle financier au niveau de l’administration centrale, afin d’aligner les pratiques libanaises sur les exigences des bailleurs européens. Ad Diyar, 10 décembre 2025, indique que ces discussions s’inscrivent dans une stratégie plus large de réforme des finances publiques, où la réhabilitation d’Électricité du Liban et la loi sur la «fajwa maliyya» sont perçues comme deux volets complémentaires d’un même effort de rééquilibrage budgétaire.
Un modèle économique en procès: regard rétrospectif sur le rentierisme libanais
En parallèle de ces débats techniques, certains éditorialistes interrogent les fondements du modèle économique libanais. Dans une chronique d’analyse, Al Akhbar, 10 décembre 2025, rappelle que l’effondrement de 2019 s’inscrit dans une histoire plus longue, marquée par la faillite de la banque Intra dans les années 1960, par l’ancrage durable de la livre au dollar et par l’expansion d’un secteur bancaire hypertrophié. Le journal souligne que la promesse d’un taux de change stable a encouragé un recours massif à l’endettement externe et à la consommation de biens importés, au point de transformer le déficit de la balance des paiements en «fajwa moutarakima» financée par les dépôts des résidents et de la diaspora.
Selon cette lecture, reprise par Al Akhbar, 10 décembre 2025, le maintien artificiel de la parité a permis à la fois une hausse du pouvoir d’achat apparent et une fuite croissante des profits vers l’étranger, via les institutions financières. Le journal en conclut que le débat actuel sur la répartition des pertes ne peut pas être réduit à un arbitrage comptable entre acteurs financiers, mais renvoie à une crise de modèle qui a fragilisé les bases productives du pays. Ce constat traverse l’ensemble des analyses économiques.



