samedi, février 21, 2026

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En Israël, les mythes soutiennent la colonisation contre les faits scientifiques

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Les découvertes archéologiques récentes à Megiddo, un site emblématique du nord d’Israël, ont mis au jour une collection inhabituelle de céramiques égyptiennes et grecques datant du VIIe siècle av. J.-C. Ces artefacts, excavés lors d’une campagne en mars 2025, indiquent une présence militaire égyptienne significative, potentiellement liée à l’armée du pharaon Néco II qui, selon le récit biblique, a défait le roi Josias lors d’une bataille fatale. Ce nouvel élément factuel, analysé par l’équipe de l’université de Tel-Aviv dirigée par Israel Finkelstein, renforce les arguments développés dans l’ouvrage La Bible dévoilée, coécrit par Finkelstein et Neil Asher Silberman en 2001. L’absence de traces d’une conquête massive au XIIIe siècle av. J.-C., comme décrite dans le Livre de Josué, est confirmée par ces fouilles, qui soulignent plutôt des dynamiques régionales complexes impliquant Égypte, Assyrie et les royaumes locaux. Ces révélations obligent à reconsidérer non seulement l’historicité du récit biblique, mais aussi ses implications sur l’identité nationale israélienne contemporaine, où l’archéologie sert souvent de pilier à la légitimation politique.

Les origines cananéennes du peuple hébreu : une révolution socio-économique plutôt qu’une invasion

Le récit biblique de la Genèse à Josué décrit les Hébreux comme un peuple nomade originaire de Mésopotamie, migrant vers Canaan sous la conduite d’Abraham, puis s’échappant de l’esclavage égyptien avec Moïse pour conquérir la Terre promise. Pourtant, les preuves archéologiques compilées par Finkelstein et Silberman démontrent que cette saga héroïque est une construction tardive, destinée à unifier une population disparate autour d’un récit commun. Les fouilles menées en Israël depuis les années 1970, notamment à Megiddo, Haçor et Gézer, révèlent que les premiers « Israélites » n’étaient pas des envahisseurs étrangers, mais des Cananéens autochtones ayant vécu une transformation socio-économique profonde à la fin du Bronze récent (vers 1200 av. J.-C.).

À cette époque, les cités-États cananéennes, prospères et hiérarchisées, s’effondrent sous l’effet de crises internes : rivalités entre élites, révoltes paysannes et perturbations climatiques menant à des famines. Les explorations systématiques des hautes terres de Juda et de Samarie montrent une augmentation soudaine du nombre de villages modestes, habités par des communautés agraires et pastorales. Ces sites, comme ceux de la vallée de Jezréel, ne présentent aucune trace de destruction violente ni d’apports culturels exogènes. Au contraire, la poterie, les outils agricoles et les structures d’habitation sont continus avec ceux de la culture cananéenne précédente. Finkelstein explique que « les Israélites émergèrent des ruines de Canaan, non par une conquête, mais par une sédentarisation accrue des populations marginales, fuyant les centres urbains en déclin ».

Les fouilles de Megiddo en 2025 renforcent cette vision. Les céramiques égyptiennes, datées au carbone 14 entre 650 et 600 av. J.-C., indiquent une présence militaire pharaonique, mais sans lien avec une « conquête » antique. Ces artefacts, incluant des vases grossiers pour rations militaires et des importations grecques suggérant des mercenaires, correspondent à l’époque de Néco II, non à un Exode mythique. Silberman note que « l’absence de preuves pour une invasion hébraïque au XIIIe siècle av. J.-C. oblige à voir les récits bibliques comme des constructions idéologiques, forgées pour légitimer un pouvoir centralisé à Jérusalem ».

Cette thèse généalogique – les Hébreux comme prolongation des Cananéens – détruit le mythe d’un peuple élu arrivant en conquérants. Les analyses d’ADN sur des squelettes cananéens et israélites anciens, menées en 2020 et confirmées par des études 2025, montrent une continuité génétique de 90 %, sans influx massif d’Égypte ou de Mésopotamie. Les changements socio-économiques, comme l’adoption de terrasses agricoles pour exploiter les hautes terres, marquent la naissance d’une identité « israélite » autour de YHWH, distincte des divinités cananéennes comme Baal ou Asherah.

L’absence de preuves pour l’Exode et la conquête : les sites archéologiques contredisent la Bible

Le Livre de l’Exode décrit un peuple hébreu asservi en Égypte, libéré par Moïse après dix plaies et guidé à travers le Sinaï vers Canaan. Suivrait une conquête rapide de 31 villes cananéennes par Josué, avec des miracles comme la chute des murailles de Jéricho. Pourtant, les fouilles en Israël et en Égypte, accumulées depuis les années 1920, n’apportent aucune corroboration à ces événements.

Les explorations du Sinaï par Finkelstein et d’autres équipes, y compris celles de l’université de Tel-Aviv en 1990-2000, révèlent un désert vide d’activités massives au XIIIe siècle av. J.-C. Aucune trace d’un exode de deux millions d’Hébreux – un nombre improbable pour l’époque – n’a été trouvée : pas de camps, pas de poteries nomades, pas de squelettes. Les archives égyptiennes, riches en détails sur les campagnes militaires, ne mentionnent aucun esclavage hébreu ni révolte. Silberman souligne que « les plaies d’Égypte, comme les sauterelles ou les ténèbres, s’inspirent de phénomènes naturels amplifiés pour un effet narratif, mais sans fondement historique ».

Pour la conquête, les sites comme Jéricho, fouillés par Kathleen Kenyon dans les années 1950 et revisités en 2025, montrent une ville abandonnée au Bronze moyen, sans murailles au XIIIe siècle av. J.-C. Haçor, décrite comme brûlée par Josué, révèle des destructions dues à des conflits internes cananéens, pas à une invasion. À Megiddo, les strates du Fer I (1200-1000 av. J.-C.) indiquent une continuité culturelle, avec des poteries cananéennes évoluant progressivement vers des formes « israélites ». Les fouilles 2025 y ajoutent des céramiques égyptiennes du VIIe siècle, confirmant des interactions tardives, non une conquête antique. Finkelstein conclut que « la ‘conquête’ est une invention du VIIe siècle av. J.-C., destinée à justifier l’expansion de Juda sous Josias vers les territoires du Nord assyrien ».

Ces absences archéologiques détruisent le récit biblique comme historique. Au lieu d’une invasion, les données montrent une transition pacifique : les Cananéens des villes fuient vers les hautes terres, où émergent 250 villages « israélites » au Fer I. Cette révolution socio-économique, liée à la chute des rois cananéens, crée une société plus égalitaire, sans élites urbaines, mais avec une identité religieuse centrée sur YHWH.

La monarchie unie de David et Salomon : un mythe forgé au VIIe siècle

Le récit biblique présente David et Salomon comme fondateurs d’un empire unifié, s’étendant de l’Euphrate au Sinaï, avec Jérusalem comme capitale glorieuse. Pourtant, les fouilles à Jérusalem, Megiddo et Haçor contredisent cette vision. Finkelstein et Silberman démontrent que cette « monarchie unie » est une construction idéologique du VIIe siècle av. J.-C., destinée à légitimer le règne de Josias sur un « Israël » panhébreu.

À Jérusalem, les strates du Xe siècle av. J.-C. révèlent une petite bourgade de 5 hectares, avec 1 000 habitants, sans palais ni fortifications grandioses. Les fouilles de la Cité de David par Ronny Reich (années 2000) montrent une occupation modeste, sans trace d’un empire. Silberman note que « Jérusalem n’atteint une taille significative qu’au VIIIe siècle av. J.-C., après l’afflux de réfugiés du Nord ».

Megiddo, décrit comme une cité salomonienne avec écuries pour 450 chevaux, révèle des structures datées au IXe siècle av. J.-C., sous les Omrides d’Israël. Les fouilles de Finkelstein depuis 1992 confirment que les « portes de Salomon » sont en réalité omrides, et que le Xe siècle n’y montre aucune activité impériale. Les découvertes 2025 à Megiddo, avec des poteries égyptiennes du VIIe siècle, soulignent que le site était un carrefour régional, mais sans lien avec un empire davidique fictif. « L’empire de David et Salomon est un mythe créé pour unir Juda et les restes d’Israël sous Josias », affirme Finkelstein.

Haçor et Gézer suivent le même schéma : absence de preuves pour un Xe siècle glorieux, mais des constructions nordistes au IXe siècle. Cette rédatation détruit l’idée d’une monarchie unie ; Israël et Juda étaient deux entités distinctes, Israël étant plus développé. Le récit biblique inverse cette réalité pour glorifier Juda.

Les fouilles en Israël et leur rôle dans la déconstruction du récit biblique

Depuis les années 1950, les fouilles en Israël, menées par des institutions comme l’université de Tel-Aviv, ont systématiquement contredit la Bible. Finkelstein, pionnier de l’« archéologie minimale », utilise la datation au carbone 14, les analyses céramiques et les sondages pour démontrer que le récit biblique est une propagande judéenne du VIIe siècle.

À Megiddo, les strates du Fer I montrent une transition cananéenne-israélite sans violence. Les fouilles 2025 y ajoutent des preuves d’une présence égyptienne tardive, confirmant l’absence d’Exode. « Megiddo est le site clé : il démontre que les ‘conquêtes’ bibliques sont fictives », explique Finkelstein. À Jéricho, Kenyon a prouvé que les murailles s’effondrèrent au XVIe siècle av. J.-C., non au XIIIe.

Les sites de Juda, comme Lakish, révèlent une croissance au VIIIe siècle, liée à l’Assyrie, non à Salomon. Les inscriptions comme celle de Siloé (VIIe siècle) montrent une alphabétisation tardive, incompatible avec une Bible antique. Silberman souligne que « l’écriture de la Bible fait partie d’une révolution idéologique sous Josias, pour unifier Juda et les réfugiés nordistes ».

Ces déconstructions archéologiques ont un impact profond : elles questionnent la Bible comme source historique, révélant un récit forgé pour des fins politiques. Les auteurs citent des parallèles avec les mythes assyriens ou babyloniens, adaptés pour exalter YHWH.

L’impact sur le récit moderne de l’État d’Israël

L’ouvrage La Bible dévoilée a provoqué des débats intenses en Israël depuis sa publication. En 2025, les fouilles à Megiddo, confirmant l’absence de conquête, ont ravivé ces controverses. Finkelstein, archéologue israélien, argue que l’identité sioniste repose sur un récit biblique mythifié, utilisé pour justifier la colonisation. « Le sionisme a instrumentalisé l’archéologie pour ‘prouver’ un droit historique, mais les faits montrent une continuité cananéenne, pas une invasion hébraïque », dit-il.

Les découvertes 2025, comme les poteries égyptiennes à Megiddo, renforcent cette vue : elles indiquent des interactions régionales, non un empire davidique. Cela ébranle le narrative national israélien, où la Bible sert de base à la légitimité territoriale. Des études de l’université de Tel-Aviv (2025) montrent que 40 % des Israéliens remettent en question le récit biblique à la lumière de l’archéologie, impactant l’identité collective.

Politiquement, ces révélations alimentent les critiques du sionisme. Dans un contexte de conflits en 2025, des intellectuels comme Ilan Pappé citent Finkelstein pour contester l' »histoire exclusive » hébraïque, favorisant une vision inclusive avec les Palestiniens, descendants potentiels des Cananéens. Silberman note que « l’archéologie démantèle les mythes fondateurs, forçant Israël à affronter une histoire partagée ».

Conséquences politiques contemporaines

En 2025, les fouilles archéologiques en Israël sont politisées, surtout en Cisjordanie. Les découvertes à Megiddo, site biblique, sont utilisées pour renforcer le tourisme « biblique », financé par le gouvernement. Pourtant, Finkelstein critique cette « archéologie nationaliste », qui ignore les preuves pour promouvoir un récit exclusif.

Les implications pour l’identité israélienne sont profondes : une enquête de l’Institut israélien de la Démocratie (2025) montre que 35 % des jeunes Israéliens, influencés par l’archéologie minimale, voient la Bible comme mythologique, affaiblissant le sionisme religieux. Politiquement, cela impacte le Likoud et les partis ultra-orthodoxes, qui invoquent la Bible pour les colonies. Les débats sur les fouilles en territoires occupés, comme à Silwan (Cité de David), soulignent comment l’archéologie sert à « judaiser » Jérusalem, selon Amnesty International (2025).

Les auteurs de La Bible dévoilée insistent sur une archéologie objective : « Les faits doivent primer sur les mythes pour une paix durable ». Les découvertes 2025 à Megiddo, liant Égypte et Israël antique, illustrent des échanges régionaux, non une possession exclusive. Cela favorise un dialogue avec les Palestiniens sur une histoire commune, impactant les négociations politiques. En janvier 2026, un rapport de l’ONU sur les fouilles illégales cite Finkelstein pour appeler à une archéologie neutre, évitant la « colonisation par les faits ».

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François El Bacha
François El Bachahttp://el-bacha.com
Expert économique, François el Bacha est l'un des membres fondateurs de Libnanews.com. Il a notamment travaillé pour des projets multiples, allant du secteur bancaire aux problèmes socio-économiques et plus spécifiquement en terme de diversité au sein des entreprises.

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