Contrairement aux engagements pris par Israël auprès des États-Unis, où des promesses d’une opération limitée ont été faites, la réalité sur le terrain révèle un objectif militaire bien plus large. L’armée israélienne semble viser la destruction complète du Hezbollah, un objectif qui impliquerait une avancée jusqu’à Beyrouth, voire même jusqu’à Baalbeck, dans la plaine de la Békaa, un bastion historique du Hezbollah.

Ce scénario, rappelant fortement l’offensive de 1982 qui, bien qu’annoncée comme limitée, a finalement conduit les forces israéliennes jusqu’à Beyrouth, mérite une analyse approfondie, cela en dépit des promesses faites à l’administration Biden d’une offensive limitée.

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Lors de cette offensive, le ministre de la Défense Ariel Sharon avait convaincu le Premier ministre Menahem Begin de la nécessité d’une invasion pour éliminer la menace palestinienne, avec la complicité tacite de l’administration Reagan, qui espérait une stabilisation rapide de la région (Benny Morris, The 1982 Lebanon War ; Ahron Bregman, Israel’s Wars).

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1. Maroun el Ras : Une porte d’entrée stratégique pour Israël

Maroun el Ras est depuis longtemps un point de passage stratégique pour les forces israéliennes dans leurs opérations contre le Hezbollah. Déjà lors de la guerre de 2006, cette localité, située à proximité immédiate de la frontière israélo-libanaise, avait été le théâtre de combats acharnés, avec Israël cherchant à contrôler les hauteurs pour dominer les zones environnantes. En 2024, Israël rencontre cependant une résistance accrue à Maroun el Ras, où le Hezbollah a renforcé ses défenses avec des tunnels souterrains et des positions fortifiées. Ces difficultés ont contraint Israël à étendre son front pour tenter d’étirer les lignes de défense du Hezbollah et provoquer une rupture. L’objectif initial, de pénétrer profondément via Maroun el Ras, semble pour l’instant freiné par cette forte opposition (The Times of Israel, IDF offensive in southern Lebanon).

La 98e division israélienne, une force d’élite, a été mobilisée pour cette opération. Le contrôle de cette région offrirait à Israël un point d’appui stratégique crucial pour toute progression future vers le nord. Cependant, les frappes aériennes et d’artillerie massives n’ont pas encore permis de neutraliser les capacités de défense du Hezbollah dans cette zone, ce qui ralentit la progression israélienne. Cette situation rappelle celle de 1982, où les forces israéliennes avaient également été confrontées à une résistance inattendue lors de leur progression initiale (Morris, The 1982 Lebanon War).

2. Naqoura : Une zone clé pour les incursions terrestres

Naqoura, situé à la frontière terrestre et maritime entre le Liban et Israël, est un point de passage crucial pour les incursions israéliennes. En 1982, Naqoura avait servi de tête de pont pour les forces israéliennes dans leur avancée vers Saida et Tyr, permettant de contrôler la côte et de couper les lignes de ravitaillement ennemies. En 2024, Israël semble répéter cette stratégie, utilisant Naqoura comme base pour élargir son offensive terrestre et renforcer son contrôle sur les routes côtières puisque la zone israélienne en face a été déclarée zone militaire. Les unités d’élite israéliennes, comme la 36e division, sont déployées pour assurer la sécurisation de cette région et empêcher le Hezbollah de renforcer ses positions via la mer (Jewish Press, IDF expands northern front operations).

Comme en 1982, l’objectif israélien est de neutraliser toute menace dans le sud avant d’envisager une progression plus en profondeur. Naqoura offre un accès direct à des points stratégiques au nord, tout en coupant les routes d’approvisionnement du Hezbollah. En 1982, cette stratégie avait permis à Israël de se diriger rapidement vers Beyrouth, un scénario qui pourrait à nouveau se concrétiser si la situation actuelle évolue dans le même sens. Toutefois, contrairement à l’OLP, le Hezbollah bénéficie aujourd’hui d’un soutien logistique et militaire bien plus sophistiqué, notamment via l’Iran, rendant toute progression plus risquée (The Times of Israel, IDF operations and strategic objectives).

3. Assaut amphibie : Un retour à la tactique maritime

En 1982, Israël avait utilisé des opérations amphibies pour prendre le contrôle des ports libanais et interrompre les approvisionnements ennemis. Cette tactique semble de nouveau mise en œuvre en 2024, avec des manœuvres amphibies le long de la côte libanaise. Les forces navales israéliennes ont mené des frappes ciblées sur des infrastructures côtières près de Saida et Tyr, dans le but de couper les routes maritimes du Hezbollah et d’empêcher le transfert d’armes via la mer. Ces opérations permettent également à Israël de déployer des troupes rapidement derrière les lignes ennemies et de perturber les mouvements du Hezbollah (Jewish Press, Israeli amphibious operations in Lebanon).

En 1982, l’assaut amphibie israélien avait permis une progression rapide le long de la côte, facilitant l’occupation de grandes villes comme Saida et Tyr. En 2024, la situation est plus complexe, car le Hezbollah dispose de capacités navales et de missiles anti-navires, ce qui oblige Israël à adopter une approche plus prudente dans ses opérations maritimes. Cependant, la coordination des forces terrestres et navales israéliennes rappelle les stratégies employées il y a plus de 40 ans (Bregman, Israel’s Wars).

Ce lundi, Israël a également annoncé l’interdiction à la population libanaise de se rendre aux plages et aux pêcheurs d’aller en mer depuis Naqoura au Sud du Liban jusqu’au fleuve Awali au Nord de Saïda. Un autre fait troublant.

4. Les Similarités avec 1982 : Israël pourrait avancer jusqu’à Beyrouth

Comme en 1982, où l’opération « Paix en Galilée » avait initialement été annoncée comme limitée, mais avait finalement conduit les forces israéliennes jusqu’à Beyrouth, la situation actuelle semble évoluer de manière similaire. Les objectifs israéliens de destruction du Hezbollah, combinés à la difficulté de pénétrer efficacement via Maroun el Ras, poussent l’armée israélienne à envisager une extension de l’offensive jusqu’à Beyrouth. En 1982, Ariel Sharon avait convaincu Menahem Begin de la nécessité d’une avancée vers la capitale pour éliminer définitivement la menace palestinienne, avec l’aval tacite de Ronald Reagan, qui espérait une stabilisation rapide de la région (Morris, The 1982 Lebanon War ; Bregman, Israel’s Wars).

Aujourd’hui, certains experts militaires israéliens estiment qu’une progression vers Beyrouth pourrait être nécessaire si le Hezbollah continue de résister. Une telle offensive, cependant, risquerait d’entraîner des pertes humaines massives et une opposition internationale accrue, comme ce fut le cas en 1982, avec les massacres de Sabra et Chatila qui avaient choqué la communauté internationale et mis Israël sous pression diplomatique (The Times of Israel, Military analysis of Lebanon operations).

5. Capacités militaires du Hezbollah : Une résistance accrue

Le Hezbollah, contrairement à l’OLP en 1982, est bien mieux armé et organisé. Depuis la guerre de 2006, l’organisation a considérablement renforcé ses positions dans le sud du Liban, en construisant un réseau de tunnels souterrains et en s’équipant de missiles de longue portée capables de frapper en profondeur en Israël. Ce réseau souterrain complexe complique les opérations israéliennes, obligeant l’armée à mener des frappes aériennes massives avant toute incursion terrestre.

Ces infrastructures, financées et soutenues par l’Iran, offrent au Hezbollah une capacité de résilience bien supérieure à celle de l’OLP en 1982. Les forces israéliennes doivent faire face à des combats asymétriques, avec des embuscades et des attaques de missiles visant à ralentir leur progression. En 1982, l’armée israélienne avait bénéficié d’une supériorité militaire écrasante, ce qui lui avait permis de progresser rapidement vers Beyrouth. En 2024, cette supériorité est moins évidente en raison de l’évolution des capacités défensives du Hezbollah (The Times of Israel, IDF versus Hezbollah capabilities ; Jewish Press, Hezbollah military infrastructure).

6. Objectifs stratégiques israéliens en 2024 : Une zone tampon étendue

L’objectif principal de l’offensive israélienne en 2024 est d’établir une zone tampon sécurisée au sud du Liban, comme cela avait été le cas après l’invasion de 1982. À l’époque, Israël avait occupé une partie du territoire libanais pendant près de deux décennies, maintenant une zone de sécurité avec l’aide des Forces libanaises du Sud (FLS), une milice alliée. Cette zone était destinée à protéger Israël contre les attaques transfrontalières, tout en maintenant une pression militaire sur ses ennemis. Toutefois, la situation actuelle présente des différences notables par rapport à 1982, notamment la nature plus sophistiquée de l’ennemi, à savoir le Hezbollah.

Le Hezbollah aujourd’hui représente un défi bien plus complexe que l’OLP en 1982. Soutenu par l’Iran et équipé d’un arsenal de missiles balistiques, le Hezbollah est capable de riposter directement contre Israël. En 2024, une zone tampon pourrait être plus difficile à établir, surtout si l’objectif israélien reste la destruction complète de la structure militaire du Hezbollah. Dans cette optique, une simple sécurisation du sud du Liban pourrait ne pas suffire, et l’extension des opérations jusqu’à Beyrouth pourrait être envisagée, voire nécessaire selon les responsables militaires israéliens (The Times of Israel, Military perspectives on Lebanon operations).

Les experts militaires soulignent que si Israël se contente de maintenir une zone tampon sans affaiblir le Hezbollah de manière décisive, le groupe pourra reconstituer ses forces et relancer ses attaques contre Israël. C’est pourquoi l’armée israélienne pourrait envisager une progression au-delà du sud du Liban, vers des bastions plus profonds comme Baalbeck, un centre stratégique dans la vallée de la Bekaa, où le Hezbollah maintient des bases d’opérations importantes. Baalbeck, bien qu’éloignée de la frontière, est un lieu symbolique et stratégique dans l’histoire du Hezbollah et pourrait devenir un objectif si l’offensive actuelle s’intensifie (Jewish Press, Hezbollah operations in Baalbeck).

7. Conséquences régionales et internationales d’une extension de l’offensive

Toutefois, une avancée israélienne vers Beyrouth ou Baalbeck aurait des répercussions internationales majeures. En 1982, l’invasion israélienne avait suscité de vives critiques internationales, notamment après les massacres de Sabra et Chatila, qui avaient impliqué des milices libanaises sous la protection des forces israéliennes. L’opinion internationale avait exercé une pression énorme sur Israël, et même les États-Unis, sous l’administration Reagan, qui avaient initialement toléré l’invasion dans l’espoir de stabiliser le Liban, avaient fini par exiger le retrait des troupes israéliennes de Beyrouth après avoir observé l’ampleur des destructions et des pertes civiles (Benny Morris, The 1982 Lebanon War; Bregman, Israel’s Wars).

En 2024, une telle avancée risquerait de provoquer une réaction similaire de la communauté internationale, d’autant plus que la guerre serait menée dans un contexte régional particulièrement instable, marqué par les tensions avec l’Iran et la guerre civile en Syrie. Les États-Unis, qui restent les principaux alliés d’Israël, pourraient être forcés de revoir leur soutien si l’offensive s’étendait à Beyrouth, car cela mettrait en péril les relations de Washington avec d’autres acteurs régionaux et renforcerait les tensions avec l’Iran, déjà en confrontation ouverte avec Israël à travers des proxies comme le Hezbollah (The Times of Israel, US-Israeli Relations and Lebanon).

De plus, une telle extension de l’offensive ouvrirait probablement un nouveau front diplomatique avec des nations européennes et arabes, qui pourraient s’opposer à une invasion plus profonde du Liban, craignant une déstabilisation régionale encore plus grande. En 1982, Israël avait été contraint de se retirer sous la pression diplomatique, et une situation similaire pourrait se reproduire en 2024 si la guerre s’étendait au-delà des zones de sécurité immédiates (Bregman, Israel’s Wars).

8. Implications pour le Liban et le Hezbollah

Pour le Liban, une offensive israélienne prolongée représenterait un désastre humanitaire et économique, exacerbant une situation déjà critique due à l’effondrement économique et à l’instabilité politique. En 1982, l’invasion avait entraîné des destructions massives dans les infrastructures libanaises, notamment à Beyrouth, et avait laissé le pays dans un état de chaos qui avait duré des années. En 2024, le Liban est encore plus vulnérable, avec une économie effondrée et un État incapable de garantir les services de base à sa population (The Daily Star, Lebanon’s economic collapse and war impact).

Le Hezbollah, bien qu’armé et fortifié, pourrait aussi se trouver dans une position délicate. Si Israël parvient à atteindre des zones aussi profondes que Beyrouth ou Baalbeck, l’organisation risquerait de perdre certains de ses bastions stratégiques. Cependant, la stratégie du Hezbollah est souvent d’opérer dans des conditions de guérilla, frappant et se retirant avant que les forces israéliennes ne puissent infliger des dommages décisifs. Cela pourrait entraîner une guerre prolongée et coûteuse pour Israël, similaire à celle de 2006, où les forces israéliennes n’avaient pas réussi à neutraliser le Hezbollah malgré leur supériorité militaire (The Times of Israel, IDF analysis of 2006 and 2024 operations).

Vers une escalade inévitable ?

L’offensive israélienne de 2024 semble suivre un schéma similaire à celui de 1982, avec une progression méthodique à travers des points stratégiques comme Maroun el Ras et Naqoura, et une utilisation accrue d’opérations amphibies le long de la côte. Toutefois, comme en 1982, ce qui était initialement présenté comme une opération limitée pourrait rapidement évoluer vers une invasion plus large du Liban, potentiellement jusqu’à Beyrouth ou Baalbeck. Les objectifs israéliens de destruction du Hezbollah, combinés aux difficultés rencontrées lors des premières incursions, pourraient pousser l’armée israélienne à élargir le front et à prolonger l’offensive au-delà du sud du Liban.

Cependant, cette escalade comporte des risques majeurs, tant pour Israël que pour le Liban. Une extension des combats jusqu’à Beyrouth entraînerait non seulement des pertes humaines massives et une destruction généralisée, mais pourrait également provoquer une réaction internationale violente, comme ce fut le cas en 1982. Israël devra peser soigneusement ses options stratégiques dans les semaines à venir, alors que les combats continuent de s’intensifier au sud du Liban (Benny Morris, The 1982 Lebanon War ; The Times of Israel, IDF operations in Lebanon).

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