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Films interdits, livres bannis : la censure culturelle dans le monde arabe

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Une liberté d’expression sous surveillance

Dans le monde arabe, la question de la liberté d’expression dans le domaine artistique est de plus en plus controversée. Si certains pays revendiquent une ouverture culturelle et une liberté de création, la réalité est bien différente : les cinéastes, écrivains et intellectuels sont confrontés à des formes de censure multiples, qu’elles soient institutionnelles, religieuses ou sociales. Cette restriction touche aussi bien le cinéma que la littérature, rendant difficile l’expression d’idées critiques, notamment sur des sujets considérés comme sensibles tels que la politique, la religion, la sexualité et les inégalités sociales.

Dans plusieurs pays du monde arabe, la censure s’exerce sous différentes formes. Elle peut être directe et légale, lorsqu’un organisme gouvernemental interdit la publication ou la diffusion d’une œuvre, ou plus insidieuse, via la pression sociale et l’autocensure qui pousse les artistes à s’autocensurer avant même que leurs œuvres ne soient soumises aux autorités compétentes. L’autocensure est particulièrement répandue en Égypte, au Maroc et au Liban, où des créateurs préfèrent éviter les thèmes controversés pour ne pas voir leur travail bloqué ou dénaturé par des coupes imposées.

Le cinéma est l’un des domaines les plus touchés par cette surveillance. Plusieurs films ont été interdits ces dernières années pour des motifs politiques ou moraux. L’un des exemples les plus marquants est celui du film égyptien Bintayn min Misr (Deux filles d’Égypte, 2010), qui abordait la question de la solitude et des pressions liées au mariage forcé dans la société égyptienne. Bien que le film n’ait pas été explicitement interdit, il a été fortement critiqué par les cercles conservateurs, et plusieurs cinémas ont refusé de le projeter sous la pression de groupes religieux.

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En Arabie saoudite, où le cinéma a longtemps été interdit, l’ouverture progressive amorcée sous le règne du prince héritier Mohammed ben Salmane a permis la diffusion de films internationaux, mais les films locaux restent sous un contrôle strictLes productions traitant des droits des femmes, de la corruption ou de la liberté religieuse sont systématiquement censurées. Même dans des pays plus libéraux comme le Liban, certains films sont interdits s’ils sont jugés trop critiques envers le gouvernement ou les institutions religieuses.

La littérature n’échappe pas non plus à cette répression. De nombreux auteurs arabes ont vu leurs œuvres bannies des foires du livre ou retirées des librairies sous prétexte qu’elles portaient atteinte aux valeurs morales. Un exemple emblématique est celui du romancier algérien Kamel Daoud, dont les ouvrages, bien que salués à l’international, ont fait l’objet d’attaques virulentes de la part de groupes religieux qui l’accusent de porter atteinte à l’islam. En Égypte, plusieurs romans abordant la question de l’homosexualité ou du féminisme ont été interdits, sous la pression de courants conservateurs.

L’une des grandes particularités de la censure dans le monde arabe est qu’elle ne se limite pas aux institutions étatiques : les pressions sociales jouent un rôle tout aussi important. Les artistes, qu’ils soient cinéastes ou écrivains, doivent faire face à une opposition venue de la société elle-même, où certains groupes considèrent qu’ils dépassent les limites de la décence ou qu’ils attaquent des valeurs fondamentales. Ce phénomène est amplifié par les réseaux sociaux, qui servent souvent de plateforme pour organiser des campagnes contre des œuvres jugées offensantes.

Dans plusieurs cas, ces campagnes en ligne ont conduit à la suppression ou à la censure de films et de livres. Par exemple, en Jordanie, une intense mobilisation sur Twitter et Facebook a poussé le gouvernement à interdire un film jugé trop audacieux sur la question de la mixité dans les écoles. Au Maroc, un écrivain a été menacé après la publication d’un roman explorant la question du désir féminin et des interdits religieux.

L’autocensure devient ainsi un réflexe de survie pour de nombreux créateurs. Plutôt que de risquer une interdiction officielle ou une campagne de dénigrement, certains réalisateurs et écrivains choisissent d’adoucir leur message ou d’évoquer les sujets sensibles de manière allégorique. Cette stratégie leur permet d’échapper à la censure directe, mais elle limite leur capacité à exprimer librement des critiques sur leur société.

Malgré ces restrictions, certains artistes et écrivains tentent de contourner les interdictions en publiant leurs œuvres à l’étranger ou en utilisant des plateformes numériques indépendantes. De nombreux écrivains arabes choisissent de publier leurs livres en Europe, où la liberté d’édition est plus grande, tandis que des cinéastes utilisent les festivals internationaux pour présenter des films interdits dans leur propre pays.

Le débat sur la censure et la liberté d’expression dans le monde arabe reste ouvert, et les tensions entre les partisans d’une plus grande ouverture culturelle et les défenseurs des valeurs traditionnelles ne cessent de croître. Les artistes et écrivains arabes doivent donc naviguer entre les interdictions officielles, les tabous sociaux et les menaces directes, ce qui complique encore davantage leur travail et leur influence sur la société.

Une censure qui prend plusieurs formes

La censure dans le monde arabe ne se manifeste pas de manière uniforme. Elle varie en fonction des contextes politiques, culturels et sociaux de chaque pays, mais repose souvent sur une combinaison de mesures gouvernementales, de pressions religieuses et de pressions sociales. Cette diversité de mécanismes de contrôle limite la liberté d’expression des artistes et intellectuels, tout en complexifiant leur capacité à contourner ces restrictions.

Dans certains pays du Golfe, comme l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis ou le Koweït, la censure est officiellement encadrée par des institutions gouvernementales. Des commissions de surveillance des médias sont chargées d’examiner chaque production avant sa diffusion. Les critères de censure sont souvent vagues et interprétés de manière arbitraire, ce qui laisse aux autorités un pouvoir discrétionnaire immense. Les films traitant de sujets comme les libertés individuelles, la critique du pouvoir ou les questions de genre sont souvent les premiers visés.

Par exemple, en 2022, le film « Lightyear » de Disney a été interdit dans plusieurs pays du Golfe en raison d’une scène représentant un baiser entre deux femmes. Cette interdiction s’inscrit dans une logique de censure préventive, où tout contenu jugé non conforme aux normes conservatrices est immédiatement supprimé des circuits de diffusion. Les plateformes de streaming elles-mêmes, telles que Netflix et Amazon Prime, ont été contraintes de retirer certains contenus pour se conformer aux réglementations locales.

Dans d’autres pays, comme l’Égypte et le Liban, où les industries cinématographique et littéraire sont plus développées, la censure est plus subtile. Elle repose sur un mélange d’interdictions légales, de pressions politiques et d’autocensure. Les autorités égyptiennes, par exemple, ont mis en place un comité de contrôle des productions audiovisuelles, qui a le pouvoir d’interdire un film ou d’exiger des coupes importantes avant sa sortie. Cette pratique a conduit à la mutilation de nombreuses œuvres artistiques, dont le film Clash de Mohamed Diab, qui abordait les violences policières en Égypte et a été partiellement censuré avant d’être projeté.

Au Liban, la censure est parfois dictée par des pressions diplomatiques et confessionnelles. Un film peut être interdit s’il est perçu comme hostile à un pays étranger ou s’il aborde des sujets sensibles liés aux tensions confessionnelles internes. Par exemple, plusieurs films libanais ont été bannis en raison de leur représentation du conflit avec Israël, tandis que des œuvres évoquant les divisions entre chrétiens et musulmans ont été censurées pour éviter des tensions locales.

La censure ne concerne pas uniquement les films et les livres, elle s’étend également aux médias et aux réseaux sociaux, qui jouent un rôle croissant dans la diffusion de la culture et des idées critiques. De nombreux journalistes et blogueurs ont été arrêtés ou poursuivis pour avoir publié du contenu perçu comme une menace pour les régimes en place. L’un des cas les plus emblématiques est celui de Jamal Khashoggi, journaliste saoudien assassiné en 2018, dont les écrits dénonçaient la répression politique en Arabie saoudite.

Outre la censure institutionnelle, un autre phénomène préoccupant est la pression des groupes conservateurs et religieux, qui jouent un rôle clé dans l’interdiction de certains contenus culturels. Dans plusieurs pays arabes, des campagnes organisées sur les réseaux sociaux ont poussé les autorités à interdire des films et des livres jugés « immoraux » ou « blasphématoires ». Ces campagnes sont souvent orchestrées par des figures religieuses influentes, qui mobilisent leurs partisans pour exiger le retrait d’une œuvre du marché.

Un exemple récent est celui du roman Guapa de Saleem Haddad, qui traite de l’homosexualité et de la répression sociale dans le monde arabe. Malgré un succès international, le livre a été interdit dans plusieurs pays du Moyen-Orient, sous la pression de groupes religieux. Cette situation montre à quel point la censure ne repose pas seulement sur des décisions officielles, mais aussi sur des dynamiques sociales qui limitent la liberté d’expression.

L’autocensure est une conséquence directe de ces pressions. De nombreux artistes et écrivains arabes préfèrent éviter certains sujets plutôt que de risquer une interdiction, une campagne de diffamation ou même des poursuites judiciaires. Ce phénomène est particulièrement répandu en Égypte, où les réalisateurs doivent négocier en permanence avec les autorités pour s’assurer que leurs films pourront être diffusés. Certains choisissent d’utiliser des métaphores ou des allégories pour aborder des sujets sensibles, afin d’échapper à la censure explicite.

Enfin, une forme de censure plus discrète mais tout aussi efficace est le blocage administratif des œuvres culturelles. Dans certains pays, les autorités n’interdisent pas officiellement un livre ou un film, mais elles en rendent l’accès difficile en retardant les autorisations de tournage, en refusant des licences de distribution ou en imposant des taxes élevées aux éditeurs et aux producteurs. Ce type de censure « bureaucratique » empêche de nombreuses œuvres d’atteindre leur public, sans pour autant donner lieu à une interdiction officielle qui pourrait susciter des critiques internationales.

Malgré ces nombreuses restrictions, certains artistes et écrivains arabes parviennent à contourner la censure en publiant leurs œuvres à l’étranger ou en utilisant des plateformes numériques indépendantes. Le développement des réseaux sociaux et des services de streaming a permis à certaines productions de toucher un public plus large, même si ces outils restent sous surveillance dans plusieurs pays.

Les formes de censure dans le monde arabe sont donc multiples et souvent interdépendantes. Elles ne reposent pas uniquement sur des interdictions officielles, mais aussi sur des pressions religieuses, sociales et économiques, qui compliquent encore davantage la liberté d’expression. Dans ce contexte, les artistes et les intellectuels doivent faire preuve de créativité et de résilience pour continuer à produire des œuvres critiques et engagées.

Les conséquences de la censure sur la créativité et l’innovation artistique dans le monde arabe

La censure, sous ses multiples formes, a des effets profonds et souvent dévastateurs sur la créativité et l’innovation artistique dans le monde arabe. En limitant les sujets abordés et en instaurant un climat de peur et de contrôle, elle empêche les cinéastes, écrivains, dramaturges et artistes visuels d’explorer librement des idées nouvelles, de remettre en question les normes établies et de refléter les réalités sociales et politiques de leurs sociétés.

L’un des impacts les plus immédiats de la censure est la normalisation de l’autocensure. Face aux restrictions imposées par les États et aux pressions sociales et religieuses, de nombreux créateurs préfèrent éviter les sujets polémiques, au risque de voir leur travail banni, censuré ou boycotté. Cette situation entraîne une forme d’appauvrissement intellectuel et culturel, où les œuvres deviennent plus conformistes, plus prudentes et moins critiques.

Dans le domaine du cinéma, cette autocensure se traduit par une standardisation des thématiques et des narrations. Les producteurs hésitent à financer des films abordant des sujets sensibles comme la corruption, l’oppression des minorités ou la sexualité, de peur qu’ils ne soient interdits ou qu’ils ne trouvent pas de distributeur. Résultat : les œuvres qui osent défier les tabous sont de plus en plus rares, et les réalisateurs doivent souvent diluer leurs messages ou recourir à des métaphores et des allusions pour contourner la censure.

Un exemple frappant est celui du réalisateur égyptien Yousry Nasrallah, dont le film Après la bataille (2012) traite des tensions sociales et politiques après la révolution de 2011. Bien qu’il ait été projeté au Festival de Cannes, le film a été mal accueilli par les autorités égyptiennes et a connu des difficultés pour être diffusé dans son propre pays. Les obstacles à la distribution locale de films critiques poussent de nombreux cinéastes arabes à chercher une reconnaissance internationale, souvent au détriment de leur propre public national.

Dans la littérature, la censure et l’autocensure freinent le renouvellement des formes d’écriture et des thématiques abordées. Plusieurs écrivains se retrouvent contraints d’adopter des styles plus neutres, évitant tout affrontement direct avec les autorités ou les institutions religieuses. Cette situation limite l’émergence de nouvelles voix et de nouveaux courants littéraires, en réduisant les possibilités d’expérimentation narrative et stylistique.

L’écrivain marocain Abdellah Taïa, connu pour ses romans abordant l’homosexualité et les tabous sociaux dans le monde arabe, a dû s’exiler en France pour poursuivre son travail. Son œuvre, largement saluée en Europe, reste quasiment introuvable dans les librairies marocaines, illustrant la marginalisation des écrivains qui osent s’attaquer aux normes établies.

L’absence de liberté d’expression freine également le développement du théâtre et des arts de la scène, qui reposent souvent sur une critique sociale et politique forte. Dans plusieurs pays arabes, les pièces de théâtre doivent être soumisses à une commission de censure avant d’être mises en scène. Cette procédure entraîne souvent des coupes drastiques dans les dialogues et les scénarios, voire le refus pur et simple d’autoriser certaines représentations.

Au Liban, où la scène artistique est plus libre que dans d’autres pays arabes, des spectacles ont néanmoins été annulés sous la pression de groupes politiques ou religieux. En 2018, la pièce Toukous al-Isharat wal-Tahawwulat du dramaturge syrien Saadallah Wannous a été interdite de représentation, car elle abordait des thèmes jugés trop subversifs sur la religion et le pouvoir.

L’impact de la censure sur la musique et les arts visuels est tout aussi préoccupant. Les musiciens et les artistes plasticiens sont confrontés à des restrictions de plus en plus sévères, notamment lorsqu’ils s’attaquent aux normes sociales ou aux figures politiques.

En Arabie saoudite, où la musique a longtemps été strictement encadrée par des règles religieuses, plusieurs artistes ont vu leurs concerts annulés ou leurs chansons retirées des plateformes locales. Les paroles jugées offensantes pour la morale islamique ou critiques envers le gouvernement sont systématiquement censurées.

Dans les arts visuels, les expositions artistiques font également l’objet de contrôles stricts. Au Qatar, une exposition d’art contemporain qui devait inclure des œuvres explorant la sexualité et les rôles de genre a été suspendue après des protestations publiques. En Égypte, plusieurs galeries ont été fermées après avoir présenté des œuvres critiquant la situation politique et sociale du pays.

La censure a aussi un impact économique sur les industries culturelles. Les films, les livres et les œuvres artistiques censurés voient leur diffusion limitée, ce qui réduit les opportunités de revenus pour les créateurs. Les maisons d’édition et les distributeurs hésitent à investir dans des œuvres risquant d’être interdites, ce qui freine l’émergence de nouveaux talents et la diversification de la production culturelle.

L’industrie cinématographique, en particulier, souffre d’un manque de financement local, car les investisseurs privilégient des productions conformes aux normes de censure. Cette situation explique pourquoi de nombreux films arabes sont aujourd’hui coproduits avec des partenaires européens, ce qui peut entraîner une certaine déconnexion entre les œuvres et leur public local.

Pour contrer ces restrictions, de nouveaux canaux de diffusion émergent. Les plateformes numériques comme YouTube, Netflix ou Amazon Prime offrent une alternative aux circuits traditionnels, permettant à certains films et séries de contourner les interdictions locales. Mais ces solutions restent fragiles, car les gouvernements renforcent également leur contrôle sur le contenu en ligne.

En 2021, plusieurs pays du Golfe ont exigé de Netflix qu’il retire des séries et des films contenant des scènes jugées offensantes. De même, les gouvernements arabes exercent une surveillance croissante sur les créateurs de contenu indépendants, notamment les blogueurs et vidéastes qui abordent des questions de société jugées sensibles.

La censure et l’autocensure créent donc un climat d’insécurité pour les artistes et les intellectuels, qui doivent sans cesse jongler entre créativité et prudence. Cette situation entraîne un appauvrissement du paysage culturel arabe, où les œuvres audacieuses sont de plus en plus rares et les voix dissidentes de plus en plus marginalisées.

s stratégies de contournement et les résistances face à la censure dans le monde arabe

Face aux restrictions imposées par les États, les pressions sociales et l’autocensure, les artistes, écrivains et intellectuels du monde arabe développent des stratégies ingénieuses pour contourner la censure et faire entendre leur voix. Ces résistances prennent différentes formes, allant de l’exil artistique à l’utilisation de plateformes numériques indépendantes, en passant par la création de réseaux clandestins de diffusion et la mobilisation internationale pour la défense de la liberté d’expression.

L’une des méthodes les plus répandues pour échapper à la censure officielle est la publication ou la production à l’étranger. De nombreux écrivains arabes, confrontés à l’interdiction de leurs œuvres dans leur propre pays, choisissent d’être édités en Europe ou aux États-Unis. Cette stratégie leur permet de diffuser leurs idées sans subir les restrictions locales, mais elle a l’inconvénient de limiter l’accès de leur public national à leurs œuvres.

C’est le cas de Kamel Daoud, écrivain algérien, dont les livres sont publiés en France, lui permettant ainsi d’aborder des sujets sensibles comme l’oppression religieuse, la sexualité et la place des femmes sans être soumis aux restrictions imposées en Algérie. Cependant, ses œuvres sont difficilement accessibles dans son pays natal, où elles sont souvent bannies des salons du livre et absentes des bibliothèques publiques.

Le cinéma utilise également cette stratégie. De nombreux réalisateurs arabes choisissent de tourner leurs films en Europe ou d’y organiser leurs premières projections, avant d’essayer de négocier une diffusion restreinte dans leur pays d’origine. Le réalisateur tunisien Abdellatif Kechiche, bien que peu reconnu dans le monde arabe, est un exemple frappant de cette dynamique : il aborde des sujets controversés comme les tabous sexuels et la répression sociale, mais ses films ne peuvent généralement être diffusés que dans des festivals internationaux.

Un autre moyen de résistance consiste à utiliser des langages codés et des métaphores dans les œuvres artistiques. Lorsque la critique politique ou sociale ne peut pas être exprimée directement, elle est dissimulée à travers des récits symboliques, des allégories et des histoires détournées.

Dans la littérature, le roman dystopique est devenu un outil puissant pour dénoncer les abus des régimes autoritaires. Plusieurs écrivains arabes utilisent des mondes fictifs et des récits futuristes pour évoquer des réalités politiques contemporaines. Le roman Frankenstein à Bagdad d’Ahmed Saadawi, par exemple, traite des horreurs de la guerre en Irak sous la forme d’un récit fantastique, évitant ainsi une censure directe tout en transmettant un message critique fort.

Dans le cinéma, des réalisateurs adoptent une approche similaire. Plutôt que d’attaquer frontalement un régime politique, ils choisissent de raconter des histoires personnelles et intimes, qui portent en elles des critiques plus larges de la sociétéMustang (2015), réalisé par Deniz Gamze Ergüven, bien que réalisé en Turquie, illustre cette tendance : à travers le récit de jeunes filles confrontées aux restrictions imposées par une société patriarcale, le film dénonce de manière subtile mais efficace l’oppression des femmes dans plusieurs sociétés du Moyen-Orient.

L’essor des plateformes numériques et des médias alternatifs a également offert aux artistes de nouvelles opportunités pour contourner la censure. Des plateformes comme Netflix, YouTube et les réseaux sociaux permettent de diffuser des contenus qui seraient autrement interdits dans les circuits traditionnels.

Cependant, les gouvernements arabes ont rapidement réagi en renforçant la surveillance et la censure du numérique. En 2022, plusieurs pays du Golfe ont interdit des séries et films diffusés sur Netflix, sous prétexte qu’ils « ne respectaient pas les valeurs islamiques ». De même, en Égypte, plusieurs créateurs de contenu sur YouTube ont été arrêtés pour avoir diffusé des vidéos jugées offensantes.

Face à ces restrictions, certains artistes ont recours à des sites indépendants et des VPN pour contourner les blocagesLe développement de plateformes de streaming spécialisées dans le cinéma indépendant et la littérature critique a également permis de maintenir un accès à la culture malgré la censure.

Une autre stratégie clé de résistance est la solidarité et la mobilisation internationale. Plusieurs organisations de défense des droits humains et de la liberté d’expression, comme PEN International, Reporters sans Frontières ou la Fédération internationale des journalistes, travaillent à dénoncer la répression des artistes et écrivains arabes et à leur offrir des plateformes pour s’exprimer librement.

De plus en plus, les festivals de cinéma et les événements culturels internationaux jouent un rôle crucial dans la protection et la diffusion des œuvres censurées. Le Festival de Cannes, la Berlinale et le Festival international du film de Marrakech sont devenus des refuges pour les films interdits dans leur pays d’origine. Certains réalisateurs arabes comptent uniquement sur ces festivals pour faire connaître leurs œuvres, en espérant qu’une reconnaissance internationale leur permettra ensuite de négocier une diffusion locale.

Les écrivains arabes, eux, bénéficient souvent du soutien des maisons d’édition européennes, qui leur permettent de contourner les interdictions nationales. Des prix littéraires internationaux, comme le Prix Goncourt ou le Booker Prize arabe, ont également contribué à mettre en lumière des auteurs censurés dans leur propre pays.

Enfin, les artistes eux-mêmes s’organisent pour résister collectivement à la censure. Au Liban, des coalitions de cinéastes et d’écrivains militent pour l’assouplissement des restrictions sur la production culturelle. En Tunisie, des associations d’artistes se battent pour garantir une véritable liberté d’expression, profitant du climat plus ouvert qui s’est instauré après la révolution de 2011.

La résistance à la censure est donc multiforme : elle passe par l’exil, la métaphore, les plateformes numériques, la solidarité internationale et l’engagement collectif. Malgré les nombreux obstacles, les artistes et intellectuels arabes continuent de trouver des moyens d’exprimer leurs idées et de repousser les limites imposées par les régimes en place.

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