vendredi, février 20, 2026

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Financer l’augmentation du secteur public: 800 millions de dollars à trouver, et une facture qui revient par la consommation

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Une hausse de salaires étalée sur six mois, et une enveloppe annoncée à 800 millions

Le gouvernement a acté une augmentation des rémunérations dans la fonction publique sur une base présentée comme calculée sur six mois, avec un coût global estimé à 800 millions de dollars.  La décision répond à une pression forte des employés du secteur public, des retraités et des corps militaires, qui réclament une correction rapide après des années d’érosion du pouvoir d’achat.

Dans les discussions décrites autour de la mesure, l’exécutif admet surtout une contrainte de départ: l’État ne dispose pas, en trésorerie, des ressources nécessaires pour couvrir durablement ce surcoût.  La recherche de financement devient donc le vrai sujet, parce qu’elle conditionne la capacité à payer, mais aussi l’onde de choc sur les prix et la consommation.

La voie choisie: essence, mazout et taxe sur la valeur ajoutée comme levier principal

Le schéma de financement présenté repose sur des prélèvements qui touchent directement la consommation. Une hausse des prix des carburants est intégrée dans le paquet, de même qu’un relèvement de la taxe sur la valeur ajoutée, avec un objectif affiché de porter cette taxe à 12%.  Cette architecture associe donc un effort social sur les salaires publics à une hausse de ressources reposant sur des achats quotidiens, transport, logistique, biens de première nécessité et services.

Dans les réactions économiques, l’argument le plus fréquemment avancé tient à l’effet de propagation. L’essence est décrite comme un produit pivot. Une hausse sur le carburant se transmet vite aux coûts de transport, puis aux prix de détail.  La taxe sur la valeur ajoutée, elle, élargit l’impact en touchant presque toutes les transactions formelles.  L’équation devient alors sensible: augmenter les salaires pour corriger un déséquilibre social, mais financer cette hausse par des mesures susceptibles d’alimenter l’inflation, ce qui réduit une partie du gain réel.

Une hausse de revenus publics qui risque d’être rattrapée par l’inflation

Le débat se concentre sur un point: une augmentation nominale des salaires peut perdre sa valeur si les prix montent rapidement. Dans les analyses reprises dans la presse, les hausses fiscales envisagées sont décrites comme un facteur de nouvelle vague inflationniste, avec un ordre de grandeur avancé pouvant atteindre 15% dans un scénario de répercussion large.  

Un autre argument revient: le relèvement du carburant et de la taxe sur la valeur ajoutée aurait été décidé sans s’appuyer sur une analyse détaillée de l’inflation, ni sur une base de données consolidée sur les prix et les marges, alors que les mécanismes de contrôle sont jugés faibles.  Ce point pèse, car il renvoie à un problème ancien: quand les prix montent, la correction est rarement immédiate, et les ménages absorbent d’abord le choc.

Un compromis salarial présenté comme « graduel » et indexé sur l’avant-crise

Dans le même paquet, la hausse de rémunération est décrite comme pensée de manière progressive, avec un objectif de reconstitution partielle du pouvoir d’achat en ramenant les salaires, d’ici le début de l’année prochaine, vers un niveau équivalant à environ 50% de leur valeur en dollars avant la crise.  Ce calibrage vise à montrer que l’État ne promet pas un retour complet au niveau d’avant 2019, mais cherche une remontée mesurée.

Ce détail est central, car il explique la logique du gouvernement: concéder une hausse assez visible pour calmer la pression sociale, mais la lier à des recettes « sûres » et immédiates, donc faciles à collecter. La contrepartie, c’est la charge sur la consommation, qui touche aussi les mêmes ménages, y compris ceux qui ne bénéficieront pas de l’augmentation.

Les employeurs s’inquiètent, les syndicats du transport se mobilisent

La contestation ne s’est pas limitée aux débats politiques. Le secteur des transports a annoncé une mobilisation, en plaçant au premier rang le refus d’une hausse de charges qui se répercuterait directement sur les tarifs et sur la vie quotidienne.  

Les arguments mis en avant dans ces milieux reposent sur un enchaînement simple: si le carburant augmente, le coût du transport augmente, puis le prix des produits augmente.  Dans une économie déjà fragilisée, cette chaîne de répercussion est considérée comme rapide, car beaucoup d’acteurs travaillent avec peu de marge et ajustent leurs tarifs en temps réel. L’augmentation du secteur public, financée par la consommation, risque donc d’être perçue comme une redistribution qui revient en partie au même endroit, mais sous forme de hausse de prix.

Un dialogue direct avec les milieux économiques, centré sur les « nouvelles taxes »

Les organisations patronales se sont, elles aussi, positionnées dans la séquence. Une réunion de plus de deux heures a été tenue entre des représentants des milieux économiques et les ministres des Finances et de l’Économie, avec, au centre des discussions, les nouvelles taxes destinées à financer l’augmentation des salaires du secteur public.  Les échanges ont également abordé le projet de loi sur la « fracture financière » et un dossier technique, mais explosif, celui des régularisations liées aux indemnités de fin de service à la Caisse nationale de sécurité sociale.  

Cette réunion montre deux choses. D’abord, la mesure salariale n’est pas isolée. Elle est connectée à un ensemble de chantiers, dette implicite, pertes du système, contentieux sociaux. Ensuite, le financement par l’impôt devient une négociation politique et économique, car il touche la compétitivité, la consommation et la confiance.

Des pistes de collecte renforcée mises en avant, mais sans remplacer l’option « taxes »

Dans la même période, des décisions administratives ont été présentées comme visant à améliorer la collecte, notamment sur des activités jugées génératrices d’assiette fiscale. Des instructions strictes ont été adressées aux services concernés pour suivre et taxer correctement l’activité liée à l’organisation de spectacles et à l’accueil d’artistes étrangers, en mettant l’accent sur la lutte contre l’évasion.  

Ce type de mesure sert de contrepoint politique: montrer que l’État ne se contente pas d’augmenter les taxes, mais cherche aussi des recettes dans la meilleure application des lois existantes. Toutefois, à ce stade, ce levier apparaît comme un complément, pas comme le moteur principal. Le moteur principal, pour financer l’enveloppe de 800 millions, reste le paquet fondé sur carburant et taxe sur la valeur ajoutée.

Un précédent dans les mémoires: payer aujourd’hui une décision dont le coût apparaît demain

Dans le débat, un rappel revient, celui d’une expérience antérieure où l’ajustement des salaires publics avait été financé par des mesures fiscales et des compromis politiques, avec des conséquences lourdes sur les équilibres budgétaires.  L’argument ne porte pas sur l’idée d’augmenter ou non, mais sur la manière de le faire, et sur le risque de répéter une séquence où la décision sociale est prise sans sécuriser l’assiette, puis se transforme en crise plus large.

C’est précisément pour cela que le financement est scruté. Une hausse salariale, en elle-même, peut être défendue comme un rattrapage. Mais si elle est financée par des taxes qui alimentent l’inflation, l’effet net peut être réduit, et la pression reviendra rapidement. Le gouvernement se retrouve alors face à une dynamique de rattrapage permanent, où chaque correction appelle une nouvelle correction.

Le nœud politique: aider un groupe sans aggraver le coût de la vie pour tous

Le paquet fiscal pose un dilemme politique évident. Il cible la consommation parce que c’est le moyen le plus rapide de collecter. Mais la consommation est aussi le canal le plus direct de transmission de la hausse des prix. L’essence augmente les coûts logistiques. La taxe sur la valeur ajoutée élargit la hausse à de nombreux produits.

Dans les critiques relayées, l’État est accusé de choisir « la solution la plus facile », celle qui prélève dans les poches des ménages, plutôt que de traiter les sources structurelles du déficit et du gaspillage.  Le reproche est d’autant plus sensible que la capacité de contrôle des prix est décrite comme insuffisante, ce qui augmente le risque de répercussions au-delà de ce que la hausse fiscale justifie.  

Ce qui est attendu dans les prochains jours: arbitrages fiscaux et pression sociale

La suite immédiate de ce dossier dépend de deux lignes de force. La première est la capacité du gouvernement à justifier clairement le montage financier, en montrant comment l’enveloppe estimée à 800 millions sera couverte et à quel rythme.  La seconde est la réaction sociale, déjà visible dans les mobilisations annoncées et dans les avertissements sur le coût de la vie.  

En l’état, l’augmentation du secteur public n’est pas seulement une mesure salariale. Elle est devenue un test de politique économique: trouver de l’argent vite, sans provoquer une hausse de prix qui annule l’effet de la hausse, et sans déclencher une contestation qui transforme un rattrapage social en crise de pouvoir d’achat plus large.

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