lundi, février 23, 2026

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Fouad Abou Nader à Lebanon Files dans 7aki Net : « Le Hezbollah entraîne le Liban vers l’abîme, et nous persistons à répéter les mêmes erreurs »

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Ancien commandant des Forces libanaises, acteur central de l’histoire politique et militaire des années de guerre, Fouad Abou Nader livre dans cette interview une lecture sans concession de la situation libanaise. À travers une analyse large et structurée, il aborde les élections législatives à venir, l’effondrement du système politique, la responsabilité des partis chrétiens, le rôle du Hezbollah et de l’Iran, les fractures internes au sein du camp chiite, ainsi que les pistes de sortie de crise qu’il estime encore possibles. Son propos, souvent sévère, se veut avant tout un appel à une refondation du projet libanais.

Les élections législatives : un impératif constitutionnel dans un paysage politique figé

Pour Fouad Abou Nader, la tenue des élections législatives dans les délais constitutionnels n’est pas un simple détail procédural. Elle constitue l’un des derniers marqueurs de l’existence de l’État libanais en tant que démocratie fonctionnelle. Le Liban, rappelle-t-il, demeure le seul pays arabe doté d’un système démocratique pluraliste ancien, fondé sur la liberté politique, l’alternance et le respect, au moins formel, des échéances constitutionnelles.

Cette singularité démocratique, aussi imparfaite soit-elle, représente selon lui un capital politique essentiel. Elle explique en grande partie pourquoi le Liban conserve encore une forme de reconnaissance internationale, malgré l’accumulation des crises économiques, financières, sociales et sécuritaires.

Cependant, Abou Nader ne se fait aucune illusion quant à l’issue du scrutin. En l’absence de projets politiques clairs, de programmes structurés et de visions à long terme, il estime que les élections reproduiront globalement les mêmes équilibres. Les changements attendus resteront marginaux, cosmétiques, sans remise en cause fondamentale du système en place.

Une classe politique enfermée dans le court terme

Le diagnostic posé est sévère : la classe politique libanaise, et en particulier les partis chrétiens, fonctionne sans vision stratégique. Selon Fouad Abou Nader, aucun acteur majeur n’est aujourd’hui capable de répondre à des questions pourtant fondamentales : comment relancer l’économie ? Comment freiner l’exode massif des jeunes ? Comment lutter contre le chômage, la paupérisation, la vente forcée des terres ? Quel modèle de développement proposer aux régions marginalisées ?

Il dénonce une pratique politique réduite à des slogans, à des rivalités personnelles et à des calculs électoraux étroits. Les partis cherchent avant tout à maximiser leur nombre de voix ou de sièges, sans jamais proposer une lecture globale de la crise ni une perspective crédible pour l’avenir du pays.

Cette absence de projet est, selon lui, l’une des causes majeures du découragement populaire et du désengagement politique croissant.

Le parti des Forces libanaises et Courant patriotique libre : une rivalité destructrice

Abou Nader revient longuement sur les tensions entre le parti des Forces libanaises et le Courant patriotique libre, qu’il qualifie de répétition tragique des erreurs du passé. Pour lui, ces affrontements rappellent les divisions internes chrétiennes qui ont conduit à la défaite politique et militaire des années 1990.

Il affirme sans détour : les Libanais ont perdu la guerre à cause de ces divisions, et aujourd’hui, ils sont en train de perdre le pays pour les mêmes raisons. Les échanges violents par médias interposés, les accusations mutuelles et les mises en scène politiques ne produisent rien de constructif. Elles détournent l’attention des véritables enjeux et affaiblissent encore davantage la position chrétienne au sein de l’équation nationale.

Le mythe du changement et la désillusion populaire

Concernant les forces dites du changement, Fouad Abou Nader constate une profonde déception. Une partie importante des Libanais avait placé des espoirs dans ces nouveaux acteurs, perçus comme une alternative au système traditionnel. Or, selon lui, ces forces n’ont pas été en mesure de transformer leurs discours en résultats concrets.

Face à cet échec, deux dynamiques se dessinent : un retour vers les partis traditionnels, par habitude ou par défaut, et une abstention croissante. Il redoute une participation électorale faible, symptôme d’un désespoir politique profond.

Donner une chance au nouveau pouvoir exécutif

Malgré son regard critique, Abou Nader appelle à une certaine responsabilité collective. Il estime que le président de la République et le Premier ministre Nawaf Salam doivent bénéficier d’un minimum de temps et de soutien politique pour tenter d’agir.

Il juge leurs positions initiales sérieuses et prometteuses, notamment en ce qui concerne la souveraineté de l’État, la primauté des institutions et la restauration du rôle de l’armée. Pour lui, les attaquer prématurément reviendrait à saboter l’une des rares opportunités de redressement institutionnel.

Le « prince imaginaire » : symptôme d’un effondrement intellectuel

L’affaire du « prince imaginaire » est interprétée comme un révélateur brutal du vide politique et intellectuel libanais. Selon Abou Nader, le fait qu’un tel personnage ait pu susciter de l’attention et mobiliser des ressources financières illustre le niveau de dégradation du débat public.

Il y voit le signe d’un esprit politique malade, dominé par l’illusion, l’argent facile et l’absence totale de discernement.

Le financement étranger : une illusion désormais dissipée

Abou Nader estime que de nombreux pays arabes ont tiré les leçons de leurs interventions passées au Liban. Des milliards de dollars ont été injectés dans le système politique libanais, sans produire les résultats escomptés, souvent détournés par la corruption et les clientélismes locaux.

Aujourd’hui, il ne perçoit pas de volonté claire de réinvestissement politique massif, même si des retours ponctuels restent possibles. Le Liban n’est plus considéré comme un terrain stratégique prioritaire.

Les partis chrétiens : entre histoire, responsabilité et faillite politique

Sur les Kataëb, Abou Nader parle avec une charge émotionnelle forte. Il rappelle y avoir été formé, y avoir grandi politiquement et humainement, et lui avoir tout donné, jusqu’à sacrifier son avenir personnel. Mais il affirme ne plus s’y reconnaître aujourd’hui, en raison d’objectifs et de priorités devenus incompatibles avec sa vision.

Le parti des Forces libanaises : un leadership attendu, mais absent

S’agissant du parti des Forces libanaises, Fouad Abou Nader adopte un ton à la fois critique et exigeant. Il rappelle qu’il fait partie de ceux qui ont contribué à bâtir les Forces libanaises avant même qu’elle ne devienne un parti structuré. Il insiste sur le fait que le parti des Forces libanaises a aujourd’hui atteint un niveau de puissance politique inédit dans l’histoire chrétienne récente : base populaire large, représentation parlementaire solide, présence institutionnelle et capacité de mobilisation.

À ce titre, il considère que leur responsabilité est immense. Être le premier parti chrétien ne devrait pas se limiter à une posture d’opposition permanente ou à une logique de confrontation. Cela impose, selon lui, un devoir de leadership intellectuel et politique.

Il reproche au parti des Forces libanaises de ne pas proposer un projet national cohérent, articulé autour de réformes structurelles, d’une vision claire de l’État et d’un modèle économique et social crédible. Il estime qu’elles devraient être à l’avant-garde de la réflexion sur l’avenir du Liban, capables de rassembler au-delà de leur base confessionnelle.

Pour Abou Nader, cette absence de vision constitue une occasion manquée historique, dans un contexte où le Liban a plus que jamais besoin d’un leadership chrétien porteur d’idées et de solutions.

Concernant le Courant patriotique libre, son jugement est encore plus tranché. Il rappelle que ce parti a exercé le pouvoir pendant six ans, sans résultats positifs, laissant derrière lui un bilan qu’il qualifie de négatif, voire destructeur. Il lui reproche surtout l’absence totale de vision sur le Liban de demain.

Le Hezbollah : un projet incompatible avec l’État libanais

Fouad Abou Nader affirme maintenir un dialogue avec le tandem chiite, convaincu que la connaissance de l’adversaire permet de déconstruire les mythes. Toutefois, ce dialogue ne signifie en rien une adhésion.

Il affirme que le Hezbollah porte un projet fondamentalement incompatible avec l’idée même du Liban. Son objectif n’est pas un État civil pluraliste, mais un modèle idéologique inscrit dans l’orbite iranienne. Sa logique n’est pas nationale, mais religieuse et stratégique, dictée par des considérations extérieures.

L’Iran, véritable centre de décision

Pour Abou Nader, le blocage libanais est indissociable du dossier iranien. Les négociations entre l’Iran et les États-Unis sur le nucléaire, les missiles balistiques et le financement des milices régionales détermineront directement l’évolution de la situation au Liban.

Un accord affaiblirait progressivement le Hezbollah et faciliterait son intégration dans l’État. Un échec prolongerait l’instabilité et maintiendrait le pays dans un état de tension permanente.

Une fracture croissante entre Amal et le Hezbollah

Abou Nader observe une divergence de plus en plus visible entre le mouvement Amal et le Hezbollah. Nabih Berry chercherait à préserver les acquis institutionnels de la communauté chiite et à maintenir son ancrage dans l’État, tandis que le Hezbollah serait prêt à sacrifier ces acquis au nom de sa stratégie régionale.

Cette fracture, selon lui, est désormais perceptible à travers des prises de position publiques, des tensions internes et des désaccords stratégiques.

L’armée libanaise et la question de la souveraineté

Il rappelle que l’armée libanaise ne peut agir sans décision politique. Le gouvernement a réaffirmé que la guerre et la paix relèvent exclusivement de l’État, mais l’application de cette décision reste progressive et délicate.

Abou Nader estime toutefois que l’État dispose de marges d’action pour restreindre progressivement l’influence du Hezbollah, en attendant une solution globale.

Israël et la crainte d’un embrasement interne

Il rejette fermement l’idée d’une guerre civile imminente. Selon lui, ni Israël ni le Hezbollah n’ont intérêt à un élargissement du conflit. Le Hezbollah, en particulier, est trop affaibli et trop exposé pour ouvrir un front interne, ce qui provoquerait une réaction nationale massive contre lui.

Les chrétiens et la refondation du projet libanais

Abou Nader rappelle que les chrétiens ont été à l’origine de la création du Liban moderne, fondé sur la liberté, l’éducation et le pluralisme. Il insiste sur le fait que toutes les communautés libanaises sont aujourd’hui des minorités, et que la survie du pays passe par un nouveau contrat national.

Il propose trois piliers fondamentaux :

  • la neutralité du Liban,
  • une décentralisation administrative, financière et de développement élargie,
  • l’unification du statut personnel, garantissant les libertés individuelles.

Nawraj : reconstruire le Liban par le terrain

Enfin, il détaille longuement l’action de l’association Nawraj, qu’il a fondée pour permettre aux populations de rester sur leurs terres. Présente dans les régions marginalisées, Nawraj agit dans les domaines de l’éducation, de la santé et de la création d’emplois, en développant des projets agricoles, industriels et touristiques.

Selon Abou Nader, le développement économique local permet de recréer des intérêts communs et de retisser les liens entre les communautés. C’est par ce travail concret, loin des slogans, que le Liban peut espérer se reconstruire.

Conclusion

Pour Fouad Abou Nader, le Liban n’est pas un acteur central de la géopolitique mondiale. Mais s’il retrouve la paix, la souveraineté et un projet national clair, son impact peut redevenir considérable. Le monde n’attend pas du Liban qu’il soit un champ de bataille, mais qu’il redevienne un État.

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