Dans la nuit du 12 au 13 juin 2025, Israël a lancé une série de frappes aériennes d’envergure contre des cibles stratégiques en Iran, marquant une escalade majeure dans un conflit régional déjà volatile. Cette opération, baptisée « Lion dressé », visait des installations militaires et nucléaires iraniennes, notamment les sites d’enrichissement d’uranium de Natanz et de Fordow, dans une tentative de neutraliser la menace nucléaire iranienne et de limiter ses capacités militaires. Alors que les tensions étaient palpables depuis des mois, les signes avant-coureurs d’une telle escalade s’étaient multipliés, plongeant le Moyen-Orient, et particulièrement le Liban, dans une situation de crise aux conséquences potentiellement dévastatrices. Voici un compte rendu exhaustif des événements, de leurs impacts régionaux et des répercussions spécifiques au Liban, intégrant les dernières informations disponibles.
Une opération militaire d’ampleur aux objectifs stratégiques
L’opération israélienne, qualifiée de « préventive » par l’armée israélienne, a mobilisé plus de 200 avions de combat, dont des F-35 furtifs, qui ont largué environ 330 munitions sur une centaine de cibles à travers l’Iran, incluant Téhéran, Tabriz, Kermanshah, Qom, Isfahan, Piranshahr, Borujerd, Islamshahr, Arak, Urmia, Maragheh, Ahvaz et Qasr-e Shirin. Selon le porte-parole de l’armée israélienne, le général Effie Defrin, les frappes ont visé des sites nucléaires, des bases militaires comme celle de Najaf à Kermanshah, des usines de missiles balistiques et des résidences de hauts commandants. Les sites de Natanz et de Fordow, clés du programme nucléaire iranien, ont subi plusieurs explosions, bien que l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) ait indiqué qu’aucune contamination nucléaire n’a été détectée. Le camp des Gardiens de la révolution à Borujerd, ainsi que des zones résidentielles abritant des officiers, comme Shahrak-e Mahallati, Farahzad et la tour One Holding à Téhéran, ont également été touchés.
Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a déclaré que l’opération visait à « frapper au cœur du programme d’enrichissement nucléaire iranien et des efforts d’armement nucléaire », ainsi qu’à neutraliser les capacités balistiques de l’Iran. Il a affirmé que l’Iran était « à quelques jours » d’atteindre une capacité nucléaire militaire, une accusation appuyée par l’armée israélienne, qui a déclaré que des scientifiques iraniens menaient des expériences pour fabriquer une bombe nucléaire. Parmi les cibles figuraient des scientifiques nucléaires de premier plan, dont Fereydoun Abbasi, ancien chef de l’Organisation de l’énergie atomique iranienne, et Mohammad Mehdi Tehranchi, président de l’Université islamique Azad de Téhéran, tous deux tués dans les frappes. Ali Shamkhani, conseiller principal du Guide suprême et figure clé de la diplomatie nucléaire iranienne, a également été tué, un acte perçu par l’Iran comme une tentative de saboter les négociations avec les États-Unis.
Les frappes ont décimé la chaîne de commandement iranienne, avec la mort confirmée de plusieurs hauts responsables militaires : le général Mohammad Bagheri, chef d’état-major des forces armées (bien qu’une source iranienne ait ultérieurement nié son décès, affirmant qu’il était dans la salle des opérations), le général Hossein Salami, commandant en chef des Gardiens de la révolution (IRGC), et le général Gholam Ali Rashid, commandant du quartier général central Khatam-al Anbiya. Le Guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, a rapidement nommé le général Ahmad Vahidi comme nouveau commandant des Gardiens de la révolution et l’amiral Habibollah Sayyari comme chef d’état-major. Les médias iraniens ont rapporté cinq civils tués et 20 blessés dans un raid sur un quartier résidentiel de Téhéran, notamment à Narmak, Chitgar et Nobonyad Square, où des immeubles ont été détruits. Des explosions près de l’aéroport international Imam Khomeini ont entraîné la suspension de tous les vols et la fermeture de l’espace aérien iranien.
Une escalade prévisible après des mois de tensions
Les signes d’une escalade majeure étaient évidents depuis plusieurs mois. Dès avril 2024, l’attaque israélienne contre l’annexe du consulat iranien à Damas, qui avait tué le général Mohammad Reza Zahedi, avait provoqué une riposte iranienne directe le 13 avril, baptisée « Opération Promesse honnête », avec plus de 300 drones et missiles lancés contre Israël. Bien que largement interceptés, ces tirs avaient marqué la première attaque directe de l’Iran contre le territoire israélien. Les tensions se sont intensifiées avec les assassinats attribués à Israël de figures majeures : Ismaïl Haniyeh, chef politique du Hamas, tué à Téhéran en juillet 2024, et Hassan Nasrallah, secrétaire général du Hezbollah, éliminé à Beyrouth en septembre 2024. En réponse, l’Iran a lancé environ 200 missiles balistiques contre Israël le 1er octobre 2024, dans une opération nommée « Promesse honnête 2 ». Israël a riposté le 26 octobre 2024 par des frappes limitées sur des sites militaires iraniens, évitant les installations nucléaires et pétrolières.
Les violations répétées du cessez-le-feu au Liban, notamment les frappes israéliennes sur Nabatieh en mai 2025 et sur la banlieue sud de Beyrouth le 5 juin 2025, ont exacerbé les tensions. Ces attaques, dénoncées par le Premier ministre libanais Nawaf Salam comme des violations de la résolution 1701 de l’ONU, ont renforcé la conviction iranienne qu’Israël cherchait à affaiblir l’« Axe de la résistance » (Iran, Hezbollah, Hamas, Houthis). La résolution de l’AIEA du 12 juin 2025, condamnant l’Iran pour l’accélération de son programme nucléaire, et l’annonce par Téhéran d’une production accrue d’uranium enrichi à Fordow ont servi de catalyseurs immédiats pour l’opération israélienne. Des sources israéliennes ont indiqué que le Mossad a mené des opérations de sabotage en Iran en parallèle des frappes, ciblant des figures politiques et militaires, renforçant l’efficacité de l’opération.
Réactions internationales : prudence et appels à la désescalade
Les réactions internationales reflètent l’inquiétude face à une possible guerre régionale. Les États-Unis, principal allié d’Israël, ont déclaré ne pas avoir participé aux frappes mais avoir été informés à l’avance. Le président Donald Trump, qui a convoqué une réunion du Conseil de sécurité nationale à 11h00 le 13 juin, a appelé à une résolution diplomatique, tout en affirmant que les États-Unis défendraient Israël en cas de représailles iraniennes. Le secrétaire d’État Marco Rubio a souligné que l’opération était une initiative israélienne motivée par des impératifs de sécurité. La France, le Royaume-Uni et l’Allemagne, qui avaient appelé à la retenue après les frappes d’octobre 2024, devraient réitérer leurs préoccupations. L’Arabie saoudite et le Sultanat d’Oman ont condamné les frappes, les qualifiant de violation de la souveraineté iranienne et de menace à la stabilité régionale. La Jordanie a fermé son espace aérien par précaution face à une potentielle riposte iranienne, affirmant qu’elle ne permettra pas que son territoire devienne un champ de bataille.
L’Iran, par la voix de son ministère des Affaires étrangères, a dénoncé une « violation flagrante » de l’article 2, paragraphe 4, de la Charte des Nations unies, tenant les États-Unis responsables en tant que principal soutien d’Israël. Le Guide suprême Ali Khamenei, qui a survécu aux frappes, a accusé Israël d’avoir ciblé des zones résidentielles et a promis une « punition sévère ». Les Gardiens de la révolution et l’état-major iranien ont annoncé une réponse « dévastatrice », avec des drones iraniens signalés en route vers Israël et des combats aériens en cours dans le ciel iranien. Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a appelé à une « retenue maximale » pour éviter un conflit régional.
Conséquences régionales : un risque d’embrasement
Les frappes israéliennes risquent d’entraîner une riposte iranienne, potentiellement par des attaques directes ou via ses alliés, tels que le Hezbollah au Liban, les milices pro-iraniennes en Irak ou les Houthis au Yémen. Des drones iraniens seraient déjà en route vers Israël, et les défenses aériennes israéliennes sont en alerte maximale, avec des milliers de réservistes mobilisés, notamment dans l’armée de l’air et le commandement du front intérieur. Netanyahou a averti les Israéliens qu’ils pourraient devoir rester dans des abris pendant une période prolongée. La Jordanie, anticipant une réponse iranienne, a fermé son espace aérien, tandis que des vols à destination de Tel-Aviv ont été redirigés vers Larnaca, à Chypre.
La région, déjà fragilisée par la guerre à Gaza et les tensions au Liban, risque un embrasement généralisé. Les perturbations de l’espace aérien et les craintes d’une escalade militaire affectent les marchés pétroliers, l’Iran étant un acteur clé de l’OPEP. Une guerre prolongée pourrait entraîner une flambée des prix de l’énergie, avec des répercussions économiques mondiales. Les frappes, qui ont visé des infrastructures stratégiques et des figures clés, pourraient également déstabiliser le régime iranien, provoquant des luttes internes au sein des Gardiens de la révolution, tout en galvanisant le soutien populaire face à une « agression extérieure ».
Impact spécifique sur le Liban : un pays au bord du gouffre
Le Liban, déjà en proie à une crise économique et politique sans précédent, est particulièrement vulnérable aux retombées de cette escalade. Le Hezbollah, principal allié de l’Iran dans la région, a été affaibli par la perte de son leader Hassan Nasrallah en septembre 2024 et par les frappes israéliennes répétées sur ses positions dans la banlieue sud de Beyrouth et au Liban-Sud. Les frappes de juin 2025 contre l’Iran pourraient inciter le Hezbollah à lancer des attaques de représailles contre Israël, notamment depuis le sud du Liban, où il dispose d’un arsenal de roquettes et de missiles. Une telle réponse risquerait de déclencher une nouvelle guerre ouverte, similaire au conflit de 2006, mais dans un contexte bien plus précaire.
Le Liban, où 80 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, ne peut supporter un conflit supplémentaire. Les infrastructures, déjà dévastées par la crise économique et l’explosion du port de Beyrouth en 2020, sont incapables de répondre à une nouvelle vague de destructions. Les violations répétées du cessez-le-feu de novembre 2024 par Israël, notamment les frappes sur Nabatieh et Beyrouth, ont alimenté la colère populaire et les tensions sectaires. Le Premier ministre Nawaf Salam a appelé la communauté internationale à protéger la souveraineté libanaise, mais la faiblesse de l’État libanais limite sa capacité à gérer la crise. Une escalade impliquant le Hezbollah pourrait également aggraver les divisions internes, menaçant la fragile coexistence entre les communautés confessionnelles.
Perspectives : un avenir incertain
Les frappes de cette nuit marquent un tournant dans le conflit israélo-iranien, avec des implications graves pour le Liban et l’ensemble du Moyen-Orient. En Israël, l’opération renforce la position de Netanyahou face à ses critiques internes, mais expose le pays à des représailles imminentes. L’armée israélienne, qui a annoncé avoir complété la « première phase » de l’opération, se prépare à d’autres vagues de frappes, tandis que des plans à long terme pour affaiblir l’Iran sont évoqués. En Iran, la perte de figures clés et les dégâts infligés aux infrastructures stratégiques pourraient provoquer des luttes de pouvoir internes, tout en renforçant la rhétorique anti-israélienne du régime.
Au Liban, le risque d’un nouveau conflit met en péril un pays déjà au bord de l’effondrement. La communauté internationale, divisée sur la question iranienne, peine à proposer une médiation efficace. Les prochains jours seront cruciaux pour évaluer la réponse iranienne, l’ampleur des dégâts à Natanz et Fordow, et la capacité des acteurs régionaux à éviter une guerre totale. Alors que des drones iraniens approchent d’Israël et que les défenses aériennes des deux pays sont pleinement mobilisées, le Moyen-Orient se trouve à un carrefour dangereux, où chaque décision pourrait déterminer l’ampleur de la crise à venir.



