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Fuite des capitaux et tensions bancaires : les dépôts en devises poursuivent leur érosion

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Des dépôts en chute libre dans un contexte de défiance persistante

Selon les données du dernier rapport de la Commission de supervision bancaire cité le 14 juillet 2025, les dépôts en devises ont diminué de 4 % au cours du dernier trimestre. Cette baisse confirme une tendance déjà amorcée depuis plusieurs mois, traduisant une défiance structurelle des déposants envers les établissements bancaires libanais. Cette contraction s’observe de manière plus marquée dans les comptes en dollars, alors que les comptes en livres libanaises stagnent.

Les causes de ce retrait sont multiples. Les restrictions imposées par les banques, qui limitent les retraits à des montants très faibles – parfois inférieurs à 100 dollars par semaine – incitent les épargnants à transférer leurs avoirs vers des circuits alternatifs. Le rapport souligne également un ralentissement significatif de la domiciliation de nouveaux dépôts, y compris pour les transferts familiaux venant de l’étranger. Ce phénomène fragilise davantage la base de liquidité des banques locales.

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Des données supplémentaires font état d’une dé-dollarisation forcée. Certaines institutions financières imposent désormais un paiement des intérêts en livres libanaises, même sur des comptes initialement libellés en devises. Cette pratique, décriée par les associations de consommateurs, est interprétée comme une forme déguisée de ponction sur les épargnants, en raison de l’écart croissant entre le taux de change officiel et le marché parallèle.

Un exode financier par des canaux parallèles

Malgré l’encadrement réglementaire, les transferts sortants persistent. Plusieurs articles du 14 juillet rapportent que des entreprises libanaises enregistrées à Dubaï et à Istanbul servent d’intermédiaires pour faire transiter des fonds vers l’étranger. Ces circuits, souvent constitués de structures commerciales ou de holdings familiales, permettent d’échapper aux restrictions imposées aux établissements locaux.

Ce phénomène touche aussi bien les grandes fortunes que les classes moyennes ayant conservé une épargne en devises. Les transferts prennent la forme de facturations fictives, de prêts inter-entreprises ou d’achats de biens immobiliers dans des juridictions offshore. Le rôle croissant de sociétés écrans rend difficile la traçabilité de ces flux, échappant à la surveillance de la Banque du Liban et aux mécanismes classiques de contrôle fiscal.

Les autorités nient toute déréglementation. Mais plusieurs sources confirment que les contrôles sont en réalité très partiels, en raison d’un manque de moyens humains et techniques. Le système de compensation interbancaire n’intègre pas certains transferts réalisés par des sociétés opérant à partir de comptes à l’étranger. Cette situation aggrave le tarissement des liquidités disponibles pour le crédit domestique, déjà en chute libre.

Des banques en mode survie : horaires réduits et restrictions renforcées

Le climat général de défiance a provoqué une série de tensions entre les banques et leurs clients. Plusieurs agences, notamment à Beyrouth, Zahlé et Tyr, ont réduit leurs horaires d’ouverture. Des cas de fermeture temporaire ont été signalés dans le Nord et dans la Békaa. Cette réduction des services est souvent liée à des incidents impliquant des déposants mécontents.

Les files d’attente devant les guichets s’allongent, dans un contexte d’accès restreint aux devises. Selon les informations rapportées, certains établissements ont imposé une limite hebdomadaire de retrait en dollars, plafonnée à 100 USD, quel que soit le montant du solde disponible. Cette mesure, jugée arbitraire par les usagers, provoque une colère croissante, notamment chez les retraités, les fonctionnaires et les familles dépendantes des transferts de l’étranger.

Les associations de consommateurs dénoncent une forme de ségrégation bancaire. Elles rappellent que ces restrictions sont appliquées sans base juridique claire, en l’absence de capital control législatif voté par le Parlement. Cette zone grise permet aux banques de moduler leurs politiques au cas par cas, alimentant une inégalité d’accès aux services bancaires. Certains clients privilégiés, notamment issus du milieu politique ou économique, bénéficieraient de conditions plus favorables.

Le retour des tensions dans les agences

Des scènes de tension ont été rapportées dans plusieurs succursales à Tripoli, Saïda et Jounieh. Dans certains cas, des clients ont protesté vigoureusement contre les refus de retrait ou les reports inexpliqués d’opérations. Les syndicats du personnel bancaire alertent sur les risques de violence verbale et physique, et appellent à des dispositifs de sécurité renforcés.

Face à ces tensions, certaines banques renforcent leur communication. Elles invoquent des contraintes de liquidité, la nécessité de préserver la stabilité du système financier, et leur volonté de maintenir un minimum de service universel. Mais ces explications peinent à convaincre. Le discours officiel, perçu comme technocratique et déconnecté du vécu quotidien, est de plus en plus rejeté par l’opinion publique.

La méfiance est renforcée par le flou entourant les chiffres réels des réserves bancaires. Les derniers états financiers publiés sont incomplets, et les audits commandés par la Banque centrale n’ont toujours pas été rendus publics. Cette opacité nourrit les soupçons de mauvaise gestion, voire de dissimulation de pertes.

Une crise de confiance sans précédent

La contraction des dépôts et la fuite des capitaux participent d’un phénomène plus large : l’effondrement du lien de confiance entre les citoyens et leur système bancaire. La promesse implicite de sécurité, qui fondait historiquement le rapport à la banque, est rompue. Les libanais, longtemps habitués à une forte bancarisation, se tournent vers des formes alternatives de conservation de l’épargne : devises détenues à domicile, or, cryptoactifs, comptes ouverts à l’étranger.

Cette mutation est visible dans les comportements quotidiens. Les paiements en espèces se multiplient, même pour des montants importants. Les contrats commerciaux stipulent des clauses en devises, souvent indexées sur le taux parallèle. L’usage des services bancaires se limite au strict nécessaire, souvent imposé par les exigences administratives ou fiscales. Le retrait de la population du système bancaire conventionnel constitue une forme de désengagement qui menace la stabilité économique à moyen terme.

La question du contrôle des capitaux, non encore formalisée par une législation, reste l’un des points de blocage. Sans cadre légal, les restrictions en vigueur sont perçues comme arbitraires et inéquitables. Elles alimentent une culture du contournement, encouragent l’opacité, et creusent les inégalités d’accès. Plusieurs observateurs estiment que l’absence de réforme crédible du secteur bancaire prolonge une crise de liquidité structurelle, désormais enracinée.

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