Dans un entretien accordé à la chaîne Al-Jadeed le 30 janvier 2026, le député Gebran Bassil, président du Courant patriotique libre (CPL), a lancé une série dâaccusations contre le gouvernement de Nawaf Salam, en place depuis le 8 février 2025. Il a affirmé quâune intention claire existait de reporter les élections législatives prévues pour mai 2026, pour une durée dâun ou deux ans, avec une décision finale venant de lâextérieur. Cette déclaration intervient alors que le président Joseph Aoun a réaffirmé, lors dâune intervention télévisée le 21 janvier 2026, que les scrutins devaient se tenir dans les délais, malgré les débats sur le vote des expatriés et les tensions sécuritaires au sud du pays. Bassil, figure clé de lâopposition chrétienne, a ainsi mis en lumière les fractures persistantes au sein de la classe politique libanaise, à un moment où le pays tente de stabiliser son économie et de faire appliquer lâaccord de cessez-le-feu avec Israël signé en novembre 2024.
Les allégations de Bassil sur les négociations avec Israël
Au cÅur de lâintervention de Gebran Bassil figure une critique virulente des pourparlers en cours avec Israël. Il a qualifié ces négociations de « tenazli estslaami », câest-à -dire capitulardes et de nature à céder du terrain, sans obtenir de garanties pour les droits du Liban. Selon lui, Israël reste un ennemi en raison de son occupation de territoires libanais, mais la position du CPL diffère de celle du Hezbollah, qui adopte une approche idéologique et religieuse. « Nous sommes pour une paix juste et réelle qui apporte des droits au Liban », a-t-il déclaré, insistant sur la nécessité de protéger la souveraineté, de défendre les terres et de rapatrier les prisonniers libanais détenus en Israël. Cette prise de position survient alors que des discussions directes entre représentants civils libanais et israéliens ont eu lieu pour la première fois depuis 1983, à Naqoura, sous lâégide du mécanisme de surveillance du cessez-le-feu piloté par les Ãtats-Unis et la France, en décembre 2025. Ces échanges, destinés à gérer les risques dâescalade plutôt quâà résoudre le conflit, ont été marqués par des violations récurrentes de lâaccord, avec plus de 2 036 incursions israéliennes documentées par le gouvernement libanais au cours des trois derniers mois de 2025.
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Bassil a également pointé du doigt lâéquipe de négociation libanaise, appelant à ce quâelle se défasse de toute accusation de trahison. Il a souligné que le Hezbollah perçoit son arsenal comme lié à son existence et à son honneur, une perception quâil faut briser en démontrant un engagement ferme pour les intérêts nationaux. « Le Hezbollah est une communauté et un peuple, on ne peut pas les déraciner ni au sud ni au nord du Litani. Même si on leur enlève tout, on ne peut pas leur enlever leur capacité à se battre pour exister », a-t-il ajouté, rejetant toute incitation à la discorde sectaire. Ces propos interviennent dans un contexte où lâArmée libanaise (AL) a annoncé, le 8 janvier 2026, avoir achevé la première phase de son plan de désarmement au sud du Litani, affirmant un contrôle opérationnel sur la zone, à lâexception des territoires encore occupés par les forces israéliennes. Cependant, des frappes israéliennes ont continué, avec une vague dâattaques aériennes le 30 janvier 2026 contre des infrastructures du Hezbollah dans le sud, qualifiées par lâarmée israélienne de réponses à des violations du cessez-le-feu.
Les tensions internes autour du gouvernement Salam
Gebran Bassil nâa pas épargné le Premier ministre Nawaf Salam, ancien président de la Cour internationale de justice, nommé le 13 janvier 2025 et dont le cabinet de 24 ministres a été formé le 8 février suivant. Bien que reconnaissant une relation personnelle positive, Bassil a décrit les liens politiques comme tendus, affirmant que le CPL représente la seule opposition réelle à ce gouvernement. « Salam est en dehors du système, mais obligé de coexister avec lui. Jâattendais plus de lui sur le plan des réformes », a-t-il dit, citant comme exemple lâéchec de la nomination du gouverneur de la Banque du Liban, où Salam aurait capitulé. Le cabinet, composé notamment de Tarek Mitri comme vice-Premier ministre, Yassine Jaber aux Finances (proche du président du Parlement Nabih Berri), Youssef Raji aux Affaires étrangères et Joseph Saddi à lâÃnergie (tous deux issus des Forces libanaises), ainsi que Ghassan Salamé à la Culture, a été présenté comme un mélange de technocrates et de figures politiques, avec dix ministres nommés directement par le duo Aoun-Salam, incluant ceux de lâIntérieur et de la Défense.
Bassil a reproché à Salam de ne pas avoir respecté des accords sur des dossiers sensibles, comme la gestion de la communauté chiite, le désarmement, les réfugiés syriens et la composition technocratique du gouvernement. Il a insisté sur lâabsence dâavancées en matière de stratégie de défense nationale, affirmant que si le Hezbollah la refusait, cela signifierait « la fin des chiites ». Cette critique sâinscrit dans un paysage où le Hezbollah, affaibli par la perte de son ancien secrétaire général Hassan Nasrallah en 2024, refuse un désarmement complet, tandis que la phase deux du plan de lâAL, prévue pour février 2026, vise à étendre le désarmement jusquâà la rivière Awali. Une conférence internationale à Paris est programmée pour le 5 mars 2026 afin de soutenir lâAL dans ces efforts.
Le rôle de lâArmée libanaise et les dynamiques sécuritaires
Dans son entretien, Bassil a qualifié lâArmée libanaise de « sacrée », insistant sur le fait quâelle ne devait pas être sollicitée au-delà de ses capacités ni placée au service dâune partie. « Lâarmée agit comme elle doit agir », a-t-il déclaré, rappelant que lors de lâentente de février 2006 avec le Hezbollah, le CPL sâétait positionné en dehors des blocs du 8 et du 14 Mars, cherchant des relations avec tous sans adhérer à un axe interne ou externe. Cette référence historique souligne les évolutions récentes : le mémorandum dâentente de 2006 avec le Hezbollah a été déclaré caduc par Bassil le 29 janvier 2026, suite à un discours de Naïm Qassem, actuel leader du Hezbollah, évoquant une possible implication dans un conflit impliquant lâIran.
Les relations internationales et les sanctions
Bassil a évoqué sa récente rencontre avec lâenvoyé saoudien Yazeed bin Farhan, la qualifiant de positive et non isolée. Il a nié toute demande saoudienne, précisant que le président Aoun lâavait invité au palais de Baabda, bien que leurs relations restent tièdes. « Je suis ouvert à une amélioration », a-t-il dit. Cette entrevue sâinscrit dans un contexte de rééquilibrage diplomatique, avec lâArabie saoudite observant de près les évolutions libanaises, notamment le rôle du Hezbollah. Bassil a révélé que le Qatar avait été le premier à lui proposer dâélire Joseph Aoun président, plus dâun an et demi avant son accession en 2024, proposition quâil avait refusée, affirmant lâindépendance de son bloc.
Concernant les sanctions américaines à son encontre, imposées en 2020 pour corruption présumée et liens avec le Hezbollah, Bassil sâest présenté comme une victime dâinjustice. « Je suis propriétaire de mon droit, pas un mendiant. Les sanctions seront levées tôt ou tard », a-t-il affirmé, sans envisager de payer un prix pour leur levée. Cette position reflète les tensions persistantes avec Washington, qui pousse pour un renforcement de lâAL et un désarmement progressif, comme lâa rappelé lâenvoyé américain Tom Barrack en octobre 2025, avertissant contre un report des élections qui pourrait causer un chaos majeur.
Les regrets politiques et les alliances passées
Bassil nâa exprimé aucun regret pour nâavoir pas soutenu Sleiman Frangieh à la présidence en 2022, malgré des promesses alléchantes de Nabih Berri, incluant la présidence pour lui-même après six ans. « Sur le plan personnel, câétait mieux pour moi, mais je savais que Frangieh ne réussirait pas », a-t-il expliqué, soulignant sa clarté avec Nasrallah. Il a accusé Samir Geagea, leader des Forces libanaises, dâavoir trahi lâesprit de lâaccord de Maarab de 2016, jurant de ne plus y mettre les pieds. « Il y a une différence entre un accord avec Geagea et un avec les Forces libanaises », a-t-il précisé, rappelant un historique de revirements chez Geagea, du Taëf à Hariri.
Bassil a aussi commenté lâassassinat de Hassan Nasrallah en 2024, affirmant que « lâaxe entier est tombé avec lui » et que lâunité des fronts nâa pas prouvé son efficacité. « Jâaime le sayyed Nasrallah, jâai été le premier à le pleurer », a-t-il dit, justifiant son absence aux funérailles par des divergences politiques et des risques sécuritaires. Ces déclarations soulignent un éloignement progressif du CPL vis-à -vis du Hezbollah, accentué par les pressions internationales pour un Liban post-guerre.
Les perspectives électorales et les défis économiques
Le débat sur le report des élections, évoqué par Bassil, gagne en intensité. Le député Adib Abdel Massih a proposé un ajournement dâun an, citant des problèmes de sécurité et de loi électorale. Le Parlement, qui doit amender la loi pour permettre un vote des expatriés sur les 128 sièges au lieu de six, reste clé. Sans session, les scrutins ne peuvent se tenir en mai, selon des analyses. Le Hezbollah pourrait favoriser un délai pour se reconstruire, tandis que les forces réformistes, affaiblies, peinent à mobiliser.



