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Hausse des carburants au Liban : le pétrole fait du yoyo

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La hausse des carburants au Liban remet ce matin une vieille angoisse au premier plan : celle d’un choc qui part de la pompe, mais qui finit toujours par déborder sur le transport, l’électricité privée, les livraisons, les prix alimentaires et le budget quotidien des ménages. Le nouveau barème annonce une hausse de 25 000 livres pour l’essence 95 octane et l’essence 98 octane, de 72 000 livres pour le mazout et de 37 000 livres pour la bouteille de gaz. Les nouveaux prix s’établissent ainsi à 2 314 000 livres pour la 95 octane, 2 355 000 livres pour la 98 octane, 2 194 000 livres pour le mazout et 1 840 000 livres pour le gaz. Pris isolément, ces montants peuvent sembler n’être qu’une nouvelle mise à jour de plus dans une longue série. Mais leur effet est immédiat, car ils touchent en même temps les automobilistes, les abonnés aux générateurs privés, les artisans, les restaurateurs, les transporteurs et les foyers qui utilisent encore largement le gaz pour les usages les plus courants. Dans un pays où l’énergie reste chère, morcelée et étroitement dépendante de l’extérieur, chaque révision de ce type agit comme un multiplicateur de tensions sociales et économiques.

Ce mouvement intervient dans un contexte qui mérite d’être précisé plus nettement. Oui, la tendance de fond des marchés reste dominée par le risque géopolitique. Mais non, les cours mondiaux n’ont pas évolué en ligne droite. Ils ont, au contraire, fait du yoyo en l’espace de deux séances. Lundi 23 mars, le pétrole a brutalement décroché après des déclarations de Donald Trump affirmant qu’il reportait de cinq jours des frappes américaines contre des installations énergétiques iraniennes, tout en évoquant des discussions « productives » avec Téhéran. Le Brent a terminé la séance à 99,94 dollars le baril, en baisse de 10,9 %, et le WTI à 88,13 dollars, en recul de 10,3 %, après avoir chuté encore davantage en cours de journée. Mardi 24 mars, le marché est reparti dans l’autre sens après le démenti iranien sur l’existence de tels contacts : le Brent remontait à 102,83 dollars et le WTI à 90,62 dollars. Cette séquence est essentielle pour comprendre la hausse locale du jour. Le marché mondial n’envoie pas un signal simple de hausse ou de baisse. Il envoie un signal d’instabilité extrême, où une phrase politique, un démenti diplomatique ou une menace sur le détroit d’Ormuz suffisent à faire vaciller les cours de plusieurs dollars en quelques heures.

Des prix en hausse sur tous les produits pétroliers

La hausse des carburants ne se répartit pas de façon uniforme. L’augmentation de 25 000 livres sur l’essence reste visible. Mais c’est surtout le bond du mazout, à hauteur de 72 000 livres, qui retient l’attention. Le diesel occupe en effet une place particulière dans l’économie libanaise. Il ne sert pas seulement à faire rouler des véhicules. Il alimente une part considérable de la production électrique privée, des groupes électrogènes de quartier aux installations d’appoint utilisées par les entreprises, les magasins, les ateliers ou certains établissements de santé. Lorsqu’il grimpe plus vite que l’essence, l’effet ne s’arrête pas à la station-service. Il se transmet au coût du kilowattheure privé, donc à la facture mensuelle des ménages et aux charges fixes des commerces. À cela s’ajoute la progression du gaz, qui pèse directement sur les cuisines domestiques, mais aussi sur la restauration, les boulangeries et de nombreuses activités de proximité. La révision du jour n’est donc pas une simple hausse énergétique parmi d’autres. Elle touche en même temps la mobilité, l’électricité de substitution et la consommation courante, ce qui lui donne une portée plus large que celle d’un ajustement technique. Cette lecture découle directement du rôle central du diesel et du gaz dans la vie économique libanaise.

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Les nouveaux tarifs doivent aussi être replacés dans le vécu concret des ménages. Dans une grande partie du pays, la voiture reste indispensable pour aller travailler, déposer les enfants à l’école, rejoindre un hôpital, accomplir des livraisons ou maintenir une activité professionnelle. Le renchérissement de l’essence agit donc immédiatement sur le coût de déplacement. Pour les foyers modestes ou pour les salariés qui effectuent de longs trajets, l’arbitrage budgétaire se tend encore davantage. L’effet s’étend ensuite aux transports collectifs et aux services de mobilité. Le secteur du transport routier a d’ailleurs averti qu’une nouvelle grille tarifaire du transport public devait être présentée dans la semaine, avec un risque de désordre si la hausse des carburants se poursuit. Ce signal est important, car il montre que la révision du jour pourrait ne pas rester confinée aux stations. Elle pourrait rapidement se refléter dans le prix des courses, des trajets interurbains et des frais logistiques du quotidien. Ce point ne suffit pas à lui seul à prédire un nouveau tarif généralisé, mais il indique clairement que les professionnels du secteur se préparent déjà à répercuter une partie de leurs coûts.

Le marché mondial a fait du yoyo après les propos de Trump

C’est ici que le point sur les marchés mondiaux devient indispensable. La baisse de lundi n’était pas un simple mouvement technique. Elle a été déclenchée par une séquence politique très précise. Donald Trump a annoncé qu’il reportait pendant cinq jours d’éventuelles frappes contre des centrales et infrastructures énergétiques iraniennes, en assurant que des contacts avec Téhéran avaient permis d’aboutir à des « points majeurs d’accord ». Le marché a aussitôt retiré une partie de la prime de guerre accumulée au fil des semaines précédentes. Le Brent, qui avait atteint vendredi son niveau de clôture le plus élevé depuis juillet 2022, a fini lundi sous les 100 dollars, tandis que les contrats sur l’essence et le diesel américains ont eux aussi cédé autour de 10 %. La chute a été encore plus profonde en séance, avant un léger redressement lié au démenti iranien et à la reprise des attaques régionales. Ce détail compte, car il montre que le marché a d’abord voulu croire à une accalmie, puis a aussitôt retrouvé ses réflexes de prudence face aux risques persistants sur l’approvisionnement.

Mardi, ce même marché a corrigé une partie de sa détente. Téhéran a rejeté les affirmations américaines sur l’existence de discussions directes, les qualifiant de tentative de manipulation des marchés financiers. Dans le même temps, le risque sur le détroit d’Ormuz est resté central. Environ un cinquième des flux mondiaux de pétrole et de gaz naturel liquéfié transitent par ce passage maritime, dont le trafic demeure très perturbé. Le Brent est ainsi remonté à 102,83 dollars le baril et le WTI à 90,62 dollars. Les analystes soulignent que ce rebond ne signifie pas que la panique est revenue intégralement. Il indique surtout que le plancher de risque reste élevé. Même lorsque les missiles sont suspendus ou que les déclarations américaines semblent promettre une désescalade, la perspective d’un blocage prolongé d’Ormuz continue d’imposer une forte prime géopolitique aux cours. En d’autres termes, le pétrole a fait du yoyo, mais au-dessus d’un socle de tension toujours très lourd.

Une volatilité mondiale qui pèse directement sur le Liban

Pour le Liban, cette instabilité est plus importante qu’une simple photographie du Brent à un instant donné. Le pays ne dispose pas d’un amortisseur énergétique assez solide pour absorber sereinement les chocs extérieurs. Il importe ses produits pétroliers et reste fortement dépendant des fluctuations internationales. Quand le marché monte, la facture augmente vite. Quand le marché baisse, le soulagement peut être bref si la détente se renverse dès le lendemain. C’est exactement ce que montre la séquence des 23 et 24 mars. Une baisse spectaculaire, liée aux propos de Trump, a laissé place à un rebond marqué dès que l’illusion d’une désescalade rapide a vacillé. Pour le consommateur libanais, cette nervosité se traduit par un sentiment d’instabilité chronique : les prix peuvent se tendre de nouveau avant même que l’effet de la détente précédente n’ait réellement été ressenti. Le problème n’est donc pas seulement le niveau des cours. C’est aussi l’absence de lisibilité à court terme. Cette conclusion analytique repose sur la volatilité constatée des marchés pétroliers et sur la forte dépendance du Liban aux importations énergétiques.

Cette dépendance devient encore plus lourde dans un système énergétique déjà fragmenté. L’électricité publique ne couvre pas l’ensemble des besoins. Les générateurs privés restent une solution de substitution essentielle pour les ménages comme pour les entreprises. Dans un tel modèle, chaque hausse du mazout agit comme une hausse indirecte de l’électricité. Même si la répercussion dépend des volumes consommés, du taux de change, des modalités de facturation et de la structure de coût de chaque exploitant, la direction du mouvement est claire : un diesel plus cher tend à produire une électricité privée plus chère. Le renchérissement du carburant devient alors un renchérissement de la vie urbaine elle-même. Il touche les commerces, les immeubles, les bureaux, les ateliers et les foyers qui dépendent de cette énergie d’appoint pour maintenir un minimum d’activité normale. Le choc de ce matin ne doit donc pas être lu seulement comme une nouvelle hausse à la pompe. Il s’inscrit dans une chaîne de coûts beaucoup plus large, qui englobe la circulation, la production, la conservation des produits, le fonctionnement des services et les dépenses contraintes des ménages. La dernière phrase constitue une inférence économique fondée sur la structure du système énergétique libanais.

Ce que disent les autres marchés

Le pétrole n’a pas été le seul marché à réagir. En Asie, les places boursières ont fortement ressenti le choc énergétique et géopolitique tout au long du mois de mars. Des investisseurs étrangers ont retiré 50,45 milliards de dollars nets des actions régionales, un niveau inédit depuis au moins 2008 selon les données citées mardi. Ce mouvement traduit une peur plus large qu’un simple choc sur le brut. Les investisseurs redoutent à la fois une hausse persistante des prix de l’énergie, un ralentissement économique et une poussée inflationniste, c’est-à-dire un cocktail proche d’un risque de stagflation pour les économies importatrices de pétrole. Les marchés émergents d’Asie sont particulièrement exposés à ce type de scénario, car beaucoup d’entre eux dépendent fortement des importations énergétiques. Même lorsque certaines Bourses ont rebondi mardi après le report des frappes américaines, ce rebond est resté fragile. Il s’appuie davantage sur un soulagement tactique que sur un retour réel à la normale.

Cette nervosité financière éclaire la situation libanaise sous un autre angle. Lorsque les marchés mondiaux hésitent entre détente et nouveau choc, les économies déjà fragiles n’obtiennent aucun répit durable. Le coût de l’énergie reste élevé, les anticipations d’inflation demeurent tendues et les investisseurs restent prudents. Pour le Liban, cela signifie que la hausse des carburants du jour ne peut pas être interprétée comme un accident local isolé. Elle s’inscrit dans un environnement international où les flux financiers se replient, où les importateurs d’énergie sont pénalisés et où la volatilité des matières premières rend toute prévision plus hasardeuse. Même sans exposition directe aux grands marchés actions asiatiques, le pays subit les mêmes forces de fond : énergie chère, visibilité réduite, transmission rapide des tensions extérieures aux coûts intérieurs. La dernière phrase relève d’une synthèse économique fondée sur le comportement des marchés régionaux et la nature importatrice de l’économie libanaise.

Un choc qui dépasse la pompe

L’un des risques les plus importants, après une hausse comme celle d’aujourd’hui, est son effet de second tour. Le carburant entre dans presque tout : transport de personnes, transport de marchandises, fonctionnement des groupes électrogènes, cuisson au gaz, livraisons à domicile, chaînes du froid, petits métiers de service et logistique de proximité. Cela signifie qu’un ajustement sur l’essence, le diesel ou le gaz peut finir par peser sur des secteurs sans lien apparent avec la station-service. Une hausse du diesel, par exemple, ne frappe pas seulement un camionneur ou un abonné de générateur. Elle peut aussi renchérir le transport de produits alimentaires, le fonctionnement d’un commerce, la distribution de médicaments ou la facture finale d’un restaurant. Dans une économie où les marges sont souvent faibles et la demande déjà comprimée, les professionnels cherchent tôt ou tard à récupérer une partie de ce surcoût. Le consommateur paie alors deux fois : d’abord lorsqu’il remplit son réservoir ou remplace sa bouteille de gaz, ensuite lorsqu’il achète des biens et services qui ont intégré l’énergie plus chère dans leur prix de revient. Cette mécanique économique est classique, mais elle devient plus brutale dans un pays fragilisé par des années de crise monétaire et de pouvoir d’achat dégradé.

Il faut ajouter que la volatilité elle-même produit un coût. Un marché qui monte régulièrement est déjà difficile à gérer. Un marché qui chute un jour puis rebondit le lendemain complique encore davantage les décisions des importateurs, des distributeurs, des transporteurs et des ménages. Chacun ajuste ses anticipations dans un brouillard quasi permanent. Les entreprises retardent certaines décisions, les consommateurs craignent d’acheter au plus haut, puis découvrent que la baisse n’a été que passagère. C’est cette absence de repère stable qui rend le yoyo du pétrole particulièrement nocif. Le signal envoyé par lundi n’était pas celui d’un véritable apaisement installé. Celui de mardi n’est pas non plus celui d’une flambée hors de contrôle. Les deux séances mises ensemble racontent autre chose : un marché hypersensible aux annonces politiques, toujours suspendu au risque d’Ormuz et toujours incapable d’offrir une trajectoire lisible aux pays importateurs. Pour le Liban, c’est sans doute la donnée la plus importante du jour. L’analyse sur le coût de l’incertitude découle de la chronologie des cours observée sur les deux dernières séances.

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