L’Agence nationale d’information (ANI) a annoncé ce matin une nouvelle augmentation des prix des produits pétroliers au Liban. Selon la dépêche officielle, le prix des feuilles de benzine 95 et 98 octane a progressé de 90 000 livres libanaises chacune, celui du mazout de 218 000 livres et celui de la bouteille de gaz domestique de 184 000 livres. Ces ajustements, qui entrent en vigueur sans délai, portent les tarifs à des niveaux qui accentuent encore la pression sur les ménages libanais déjà éprouvés par des années de crise économique.
Les nouveaux tarifs publiés sont les suivants : la feuille de benzine 95 octane s’établit désormais à deux millions quatre mille livres, la feuille de benzine 98 octane à deux millions quarante-sept mille livres, le mazout à un million huit cent soixante-neuf mille livres et la bouteille de gaz à un million six cent un mille livres. Cette hausse hebdomadaire intervient dans un contexte particulièrement tendu sur les marchés énergétiques mondiaux.
Une flambée mondiale du pétrole qui pèse sur les importations libanaises
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Cette augmentation locale ne peut être dissociée de la forte remontée des cours du pétrole brut observée ces dernières semaines à l’échelle internationale. En ce début mars 2026, les prix du baril ont connu une hausse spectaculaire, poussés par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient. Le conflit impliquant l’Iran, Israël et les États-Unis a provoqué des perturbations significatives dans le détroit d’Ormuz, l’un des principaux points de passage du commerce pétrolier mondial par lequel transite près de 20 à 30 % de l’approvisionnement mondial en brut.
Les analystes rapportent que les cours du West Texas Intermediate (WTI) ont dépassé les 92 dollars le baril, atteignant des niveaux inédits depuis 2022, tandis que certaines séances ont enregistré des hausses journalières allant jusqu’à 29 %. Ces mouvements sont amplifiés par les décisions de l’OPEP+ de maintenir des coupes de production importantes, estimées à plusieurs millions de barils par jour. Le renchérissement du fret maritime et les primes d’assurance élevées pour les tankers naviguant dans la région ont également contribué à faire grimper les coûts d’importation pour les pays comme le Liban, entièrement dépendant des approvisionnements extérieurs.
Pour Beyrouth, ces évolutions internationales se traduisent directement dans la formule de calcul des prix locaux appliquée par la Direction générale du pétrole. Cette formule intègre les cotations Platts de référence, les frais de transport, les coûts de déchargement dans les ports de Beyrouth et de Tripoli, ainsi que les taxes et marges fixes. Dans un pays qui ne produit pas de pétrole, la volatilité des marchés mondiaux se répercute avec une rapidité particulière sur le portefeuille des consommateurs.
La taxe de 25 % imposée en février et ses répercussions persistantes
La hausse annoncée aujourd’hui s’inscrit également dans le prolongement des mesures fiscales décidées par le gouvernement au mois de février 2026. À cette date, le cabinet de Nawaf Salam avait approuvé une taxe supplémentaire de 300 000 livres libanaises par bidon de 20 litres d’essence, une décision qui avait équivalu à une augmentation d’environ 25 % du prix de l’essence à la pompe. Cette mesure, couplée à un relèvement de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) de 11 % à 12 %, visait à financer une enveloppe d’environ 800 millions de dollars destinée aux revalorisations salariales du secteur public et aux militaires.
Le ministre des Finances, Yassine Jaber, avait alors défendu ces ajustements comme nécessaires pour préserver l’équilibre budgétaire et éviter un nouveau dérapage des finances publiques. Le premier ministre Nawaf Salam avait pour sa part insisté sur le caractère ciblé de ces mesures, affirmant qu’elles permettaient de soutenir les fonctionnaires sans compromettre la stabilité macroéconomique globale. Malgré ces arguments, la décision avait déclenché des protestations importantes, notamment des blocages de routes à Beyrouth et à Tripoli par les syndicats de transport et les chauffeurs de taxi.
L’impact cumulatif de cette taxe structurelle de février et de la hausse actuelle liée aux cours mondiaux rend l’énergie encore plus onéreuse pour la population. Le benzine, qui sert à la fois aux véhicules particuliers et aux taxis, devient un poste de dépense majeur dans un pays où les transports publics restent limités et où le taux de change parallèle de la livre libanaise continue de peser sur le pouvoir d’achat.
Le rôle du ministère de l’Énergie dans la régulation des tarifs
Sous la supervision du ministre de l’Énergie et de l’Eau, Joe Saddi, la Direction générale du pétrole procède chaque semaine à ces mises à jour tarifaires avec une rigueur méthodique. Joe Saddi, nommé dans le gouvernement formé en février 2025, a déjà dû gérer plusieurs cycles de hausses depuis sa prise de fonctions. Le ministère veille non seulement au calcul précis des prix mais aussi à la continuité des approvisionnements, notamment à travers le maintien des contrats avec différents fournisseurs internationaux.
Dans le cadre de sa politique, l’exécutif maintient un mécanisme transparent qui permet d’aligner les prix intérieurs sur les réalités du marché mondial tout en intégrant les composantes fiscales nationales. Le projet de budget 2026, approuvé par le Conseil des ministres à l’automne 2025, intègre ces dynamiques fiscales et vise à renforcer les recettes de l’État sans toutefois alourdir excessivement la charge sur les catégories les plus vulnérables.
Des répercussions concrètes sur l’ensemble de l’économie libanaise
L’augmentation simultanée des prix de l’essence, du mazout et du gaz domestique touche pratiquement tous les secteurs de la vie quotidienne. Les propriétaires de véhicules, qu’il s’agisse de particuliers ou de professionnels du transport, font face à une charge supplémentaire immédiate. À Beyrouth, à Tripoli ou dans le Sud, les taxis et les services de livraison ont déjà commencé à répercuter une partie de ces coûts sur leurs clients, accentuant l’inflation ressentie par les ménages.
Le mazout, dont le prix a bondi de 218 000 livres cette semaine, occupe une place particulièrement stratégique. Dans un pays où les coupures d’électricité du réseau public restent fréquentes, des milliers de générateurs privés fonctionnent encore au mazout. Les immeubles résidentiels, les petites et moyennes entreprises ainsi que les établissements de santé voient ainsi leurs factures d’électricité de secours augmenter sensiblement. Cette réalité pèse lourdement sur les budgets familiaux et sur la compétitivité des entreprises dans un contexte de reprise économique encore fragile.
Quant au gaz domestique, dont le tarif a progressé de 184 000 livres, il constitue un élément essentiel de la cuisine quotidienne pour la grande majorité des Libanais. Dans les régions rurales de la Bekaa ou du Sud-Liban, où les alternatives sont limitées, cette hausse s’ajoute aux difficultés d’accès à d’autres biens de première nécessité.
Un contexte économique national marqué par une longue crise
Le Liban poursuit sa lente sortie de la crise financière sans précédent qui a débuté en 2019. Si certains indicateurs montrent une stabilisation relative – avec une croissance réelle estimée autour de 3,5 % pour 2025 et une certaine reprise du secteur touristique –, la vulnérabilité aux chocs externes reste élevée. Le taux de change de la livre libanaise sur le marché parallèle, stabilisé autour de 89 500 livres pour un dollar, rend particulièrement coûteuses toutes les importations, et en premier lieu les hydrocarbures.
L’inflation, bien qu’en ralentissement, demeure un facteur de préoccupation. Les ajustements répétés des prix des carburants contribuent à entretenir cette pression sur les prix à la consommation. Le gouvernement de Nawaf Salam, composé de vingt-quatre ministres et formé dans un souci d’équilibre politique, s’efforce de concilier impératifs budgétaires et protection sociale. Le ministre des Finances Yassine Jaber a souligné à plusieurs reprises la nécessité d’une gestion rigoureuse des finances publiques pour éviter tout retour à l’instabilité monétaire.
Les stations-service face à la nouvelle grille tarifaire
Dès la publication de la dépêche de l’Agence nationale d’information, les stations-service à travers le territoire ont procédé à la mise à jour de leurs tarifs. Les services de contrôle du ministère de l’Énergie et de l’Eau ont été mobilisés pour veiller au respect strict de la nouvelle grille et prévenir toute spéculation. Les consommateurs disposent par ailleurs de canaux officiels pour signaler d’éventuelles irrégularités dans l’application des prix.
Le ministère de l’Énergie, dirigé par Joe Saddi, a confirmé que les stocks nationaux restent suffisants pour répondre à la demande dans les prochaines semaines, malgré la hausse des coûts d’importation liée à la situation régionale. Les distributeurs maintiennent leurs marges fixes afin d’assurer une certaine stabilité dans la chaîne d’approvisionnement.
Les autorités continuent de suivre de près l’évolution des cours internationaux du pétrole et leurs répercussions locales. La Direction générale du pétrole publiera comme à l’accoutumée la prochaine grille tarifaire dans les jours à venir, en fonction des données Platts actualisées et des paramètres locaux. Cette surveillance constante s’inscrit dans un effort plus large du gouvernement pour atténuer les effets de la volatilité énergétique sur l’économie nationale et sur le quotidien des Libanais.



