jeudi, février 19, 2026

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Hector Hajjar : ‘Le Liban ne peut plus porter seul ce fardeau migratoire

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Hector Hajjar, ministre des Affaires sociales, a récemment déclaré que le Liban accueille actuellement près de 1,8 million de réfugiés syriens, un chiffre qui inclut environ 850 000 réfugiés enregistrés auprès du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) et plusieurs centaines de milliers de non-enregistrés. Cela représente près de 30 % de la population totale du pays, plaçant le Liban au sommet des pays accueillant la plus forte proportion de réfugiés par habitant.

Le ministre a mis en lumière l’impact considérable de cette situation sur les infrastructures du pays, déjà fragilisées par des années de crise économique. Les besoins croissants en services de santé, d’éducation et d’infrastructures de base mettent une pression insoutenable sur les ressources publiques.

L’impact économique des réfugiés

Le coût annuel de l’accueil des réfugiés syriens est estimé à environ 3 milliards de dollars, soit près de 5 % du PIB libanais, selon les estimations officielles. Hector Hajjar a souligné que cette charge économique contribue à l’aggravation des déficits budgétaires et limite la capacité de l’État à répondre aux besoins des citoyens libanais.

Les secteurs les plus touchés sont :

  • Éducation : Les écoles publiques accueillent environ 500 000 enfants syriens, mettant en tension un système éducatif sous-financé. Les enseignants débordés peinent à assurer une qualité d’éducation uniforme.
  • Santé : Les hôpitaux publics doivent prendre en charge un grand nombre de réfugiés syriens, ce qui engendre des délais d’attente prolongés et un accès restreint aux soins pour les Libanais.
  • Services de base : L’afflux massif de réfugiés dans certaines régions, notamment les zones rurales, surcharge les réseaux d’électricité et de distribution d’eau, aggravant les pénuries.

Le ministre a également évoqué la concurrence sur le marché du travail, particulièrement dans les secteurs informels comme l’agriculture et la construction, où la présence de réfugiés a contribué à une baisse des salaires et à une augmentation du chômage chez les Libanais.

Les tensions sociales et politiques

Les tensions entre réfugiés et communautés locales s’intensifient dans certaines régions, où les ressources publiques sont perçues comme insuffisantes pour répondre à tous les besoins. Hector Hajjar a averti que ces tensions, si elles ne sont pas gérées, pourraient alimenter un climat de rejet et de discrimination envers les réfugiés.

Des responsables politiques, notamment dans les municipalités, ont réclamé une régulation stricte de la présence syrienne. Certains élus ont plaidé pour limiter l’accès des réfugiés à certains services publics, ce qui a déclenché des débats houleux dans l’arène politique.

Appels à l’aide internationale

Hector Hajjar a réaffirmé l’urgence d’un soutien international accru. Selon lui, les financements actuels, qui couvrent environ 40 % des besoins des réfugiés, sont loin de suffire pour alléger le fardeau économique du Liban. Il a appelé les pays donateurs à renforcer leur soutien et à garantir une distribution plus transparente des aides.

Bien que le HCR et d’autres organisations internationales soient actifs au Liban, les ressources restent insuffisantes pour couvrir les besoins croissants. Hajjar a insisté sur l’importance d’une coordination étroite entre les institutions locales et internationales pour éviter les doublons et améliorer l’efficacité des programmes.

La question du retour en Syrie

Le ministre a souligné que le retour volontaire des réfugiés syriens en Syrie est une priorité pour le Liban. Cependant, il a reconnu que ces retours sont freinés par les conditions de sécurité précaires en Syrie et par l’absence de garanties pour les rapatriés. À ce jour, environ 15 000 réfugiés ont été rapatriés au cours de l’année écoulée, mais ce chiffre reste marginal comparé au nombre total de réfugiés.

Hector Hajjar a exhorté la communauté internationale à faire pression sur le régime syrien pour créer des conditions favorables à ces retours. Il a également souligné que les pays donateurs doivent investir dans la reconstruction des infrastructures syriennes pour permettre une réintégration durable des réfugiés.

Polémiques sur la gestion des fonds

Le ministre a abordé les critiques récentes sur la gestion des fonds destinés aux réfugiés. Des enquêtes ont révélé des cas de détournement de fonds, impliquant des responsables locaux et des organisations partenaires. Ces scandales, qui alimentent la méfiance des donateurs, risquent de réduire davantage les financements internationaux.

Pour répondre à ces préoccupations, Hector Hajjar a annoncé des réformes visant à renforcer la transparence et à garantir une meilleure supervision des fonds alloués à la crise des réfugiés.

Focus

Le Liban à la 2ème place des pays qui accueillent le plus de réfugiés syriens proportionnellement à la population locale, (Haut Commissariat en charge des réfugiés intitulé Global Trends: Forced Displacement in 2019). Le pays des cèdres compte en plus une importante communauté de réfugiés palestiniens dont la présence a été à l’origine de la guerre civile de 1975 à 1990.

Selon le Haut Commissariat aux Réfugiés, le Liban compterait 916 156 réfugiés syriens sur son sol fin 2019, contre 949 666, un an plus tôt. 910 600 réfugiés seraient d’origine syrienne.

Pour rappel, un rapport préparé par le Ministère des finances et le Programme des Nations Unies pour le développement en 2020 sur l’impact de la crise des réfugiés syriens sur l’économie libanaise entre 2011 et 2018 estimait à 46.5 milliards de dollars le coût de la présence des réfugiés syriens au Liban, impactant tous les secteurs, dont celui de l’éducation ou encore de l’électricité mais également provoquant une chute du Produit Intérieur Brut alors que le Liban était impacté par une grave crise économique apparue au grand jour en 2019 et caractérisée par une détérioration rapide de la parité entre livre libanaise et dollar. Ainsi, la monnaie nationale a perdu plus de 90% de sa valeur face au billet vert. 82% de la population libanaise vivrait désormais sous le seuil de pauvreté et 36% dans un état d’extrême pauvreté, amenant à des tensions avec les réfugiés syriens.

Cependant, certains partis politiques refusent jusqu’à aujourd’hui d’évoquer le retour des réfugiés syriens en refusant de discuter des procédures nécessaires avec Damas, même si les autorités libanaises ont entériné un plan visant à favoriser ce retour en 2020.

Face à la détérioration des conditions sociales et économiques, certains réfugiés syriens mais également palestiniens voire même des ressortissants libanais tentent l’exode vers l’Europe, notamment via des boat people à destination de Chypre. Plusieurs embarcations ont été ainsi interceptées ces derniers mois.

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Newsdesk Libnanews
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