Ibrahim Kanaan démissionne du cadre organisationnel du Courant Patriotique Libre en raison du manque de réceptivité à son initiative de rassemblement : « L’engagement aux principes avant tout »
Le 26 août 2024, Ibrahim Kanaan, figure éminente du Courant Patriotique Libre (CPL) et président de la commission parlementaire des finances et du budget, en pleine polémique quant à son rôle joué dans l’échec du Plan Lazard, a annoncé sa démission du cadre organisationnel du parti. Dans une lettre adressée à ses compagnions, Kanaan a exprimé sa profonde déception face au manque de réceptivité de la direction du parti à son appel à l’unité, lancé lors d’une conférence de presse tenue le 14 août 2024.
Un appel à l’unité ignoré
Dans son discours, Kanaan avait proposé un plan de rassemblement visant à réunir les diverses factions du CPL, une initiative qu’il avait soigneusement préparée après avoir consulté la base militante du parti. Cette démarche, selon ses dires, avait pour but de maintenir la cohésion du parti à un moment crucial de son histoire, alors que des divisions internes menaçaient sa stabilité.
Cependant, malgré une semaine d’attente pour obtenir une réponse, Kanaan n’a pas observé de volonté de collaboration de la part de la direction du parti. Pire encore, il a été personnellement attaqué et critiqué pour son initiative avant même la tenue de la conférence de presse. « L’attaque contre ma personne et mon initiative a pris une tournure personnelle qui a atteint le niveau de l’insulte à la dignité », a-t-il déclaré dans sa lettre de démission.
Six mois d’efforts sans résultat
Avant de lancer cet appel public à l’unité, Kanaan avait discrètement entamé des pourparlers en coulisses. Dès le mois d’avril 2024, il avait écrit au président du parti, Gebran Bassil, pour lui proposer une série de mesures visant à renforcer l’unité interne. Ces efforts, menés à huis clos pendant plus de six mois, n’ont jamais reçu de réponse concrète.
Face à ce manque de réceptivité, Kanaan s’est vu contraint de prendre la décision ultime : quitter le cadre organisationnel du CPL. « Mes tentatives pour préserver la force du groupe par l’unité n’ont trouvé aucune oreille attentive », a-t-il déploré.
Fidèle à ses convictions, Kanaan a rappelé dans sa lettre une citation emblématique du fondateur du CPL, le président Michel Aoun : « Lorsque l’on me dit que quelque chose est impossible, je réponds qu’il me reste l’honneur d’avoir essayé ». Cet engagement à défendre les principes d’unité et de solidarité a guidé toute la carrière de Kanaan au sein du parti, et c’est dans cet esprit qu’il a pris la décision de se retirer.
« Mon esprit, ma pensée, et mes actions ont toujours été tournés vers le rassemblement et contre la division, que ce soit sur le plan national, politique ou partisan », a-t-il affirmé. Pour Kanaan, la cohésion interne du CPL est essentielle pour faire face aux défis auxquels le Liban est confronté, tant sur le plan politique que social.
Malgré sa démission, Ibrahim Kanaan a réaffirmé son engagement envers ses principes et envers les citoyens du Metn, région qu’il représente. « Je resterai fidèle aux principes sur lesquels nous avons grandi, et je continuerai à porter les préoccupations et les aspirations des Libanais », a-t-il conclu.
Cette démission pourrait marquer un tournant dans la carrière politique de Kanaan, qui, selon certains observateurs, pourrait envisager de se présenter à la présidence de la République. Des rumeurs circulent sur ses ambitions présidentielles, particulièrement dans le contexte de ses désaccords avec Gebran Bassil sur la question de l’application du plan Lazard, un plan qui visait à redresser l’économie libanaise en cinq ans. Certains suggèrent que sa résistance à ce plan pourrait être liée à ses ambitions politiques.
Le CPL face à de nouveaux défis
La démission d’Ibrahim Kanaan, ancien président de la Commission des Finances et du Budget, constitue un coup dur pour le CPL, qui traverse une période de turbulences internes depuis plusieurs mois. La division entre les partisans de Bassil et ceux prônant une ligne plus unitaire, incarnée par Kanaan, ne cesse de s’aggraver. Cette situation survient à un moment où le Liban fait face à des défis politiques et économiques sans précédent, rendant l’unité au sein des partis politiques cruciale.
Les rumeurs autour de la présidence de la République
En parallèle, des rumeurs circulent selon lesquelles Kanaan pourrait se positionner comme un candidat potentiel à la présidence de la République. Plusieurs observateurs estiment que son opposition à certaines réformes économiques, notamment le plan Lazard, pourrait être motivée par des promesses en coulisses concernant ce poste tant convoité.
Le plan Lazard, qui visait à redresser l’économie libanaise sur une période de cinq ans, a été abandonné sous la pression de divers acteurs politiques et financiers. Kanaan a souvent été accusé, de manière indirecte, d’avoir œuvré pour le saboter. Certains soutiennent que cette manœuvre aurait pour but de préserver les intérêts bancaires et financiers, mais également de favoriser ses ambitions présidentielles. Les discussions autour de la réforme bancaire et des mesures anticorruption sont ainsi devenues un terrain d’affrontement entre Bassil et Kanaan, ce dernier étant accusé d’avoir cherché à préserver l’ancien système au détriment d’un redressement rapide du pays.



