Les incendies de décharges sauvages au Liban, comme celui qui brûle actuellement à Bourj Hammoud, représentent une menace sérieuse pour la santé publique et l’environnement. Ces feux, souvent alimentés par des déchets mal gérés, libèrent des substances toxiques dans l’air, ce qui expose la population locale à des risques considérables, notamment en termes d’intoxication respiratoire, de cancer et de contamination de l’écosystème. Face à ces dangers, des mesures peuvent être prises, tant à l’échelle individuelle que collective, pour limiter l’impact de ces feux sur la santé et l’environnement.

Risques pour la santé

Les feux de décharge libèrent des composés organiques volatils, des particules fines (PM2.5 et PM10), ainsi que des dioxines et des furanes, des substances hautement toxiques. Ces particules sont responsables de nombreuses maladies respiratoires, telles que l’asthme et les bronchites chroniques, en particulier chez les populations vulnérables, comme les enfants, les personnes âgées et les individus souffrant déjà de problèmes de santé. Les intoxications respiratoires liées à ces feux sont fréquentes, car la fumée inhalée contient des composés cancérigènes qui, à long terme, augmentent le risque de cancer des poumons.

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Un rapport de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a confirmé que l’exposition prolongée à la pollution de l’air causée par les incendies de décharge accroît également les risques cardiovasculaires et peut entraîner des hospitalisations ou des décès prématurés. Les dioxines, notamment, sont des polluants environnementaux reconnus pour leur rôle dans l’apparition de cancers. Une exposition prolongée peut également provoquer des maladies du foie et de la peau.

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Impact environnemental

Outre les risques sanitaires, ces incendies contribuent à la dégradation de l’environnement. Les feux de décharge émettent de grandes quantités de gaz à effet de serre, tels que le méthane, qui est 25 fois plus puissant que le dioxyde de carbone en termes de réchauffement climatique. Les sols et les nappes phréatiques sont également affectés par la lixiviation des déchets brûlés, ce qui contamine les sources d’eau potable et affecte les cultures agricoles, aggravant ainsi l’insécurité alimentaire dans certaines régions.

Les décharges au Liban, souvent saturées et mal réglementées, sont des lieux propices à ces incendies. Baj Hammoud, située en bord de mer, est particulièrement vulnérable, car la décomposition des déchets libère du méthane, un gaz hautement inflammable. Le manque d’infrastructures adéquates pour traiter ces déchets conduit régulièrement à des situations critiques comme celle que l’on observe ce soir.

Rapports des ONG sur les décharges et la santé

Des organisations non gouvernementales (ONG) comme Human Rights Watch (HRW) et Greenpeace ont régulièrement dénoncé l’impact des incendies de décharges sauvages sur la santé publique au Liban. Dans un rapport publié en 2017, HRW mettait en lumière l’incapacité du gouvernement libanais à protéger ses citoyens contre les risques associés à la mauvaise gestion des déchets. Le rapport soulignait que des milliers de personnes vivant à proximité de décharges sauvages souffrent d’exposition chronique à des substances toxiques, en particulier lorsque ces feux se déclenchent.

En 2018, Greenpeace a alerté sur l’augmentation des cas de maladies respiratoires dans les régions entourant les décharges sauvages, notant une prévalence accrue de l’asthme, des bronchites chroniques et des allergies respiratoires. Les habitants, particulièrement les enfants et les personnes âgées, sont les plus affectés. Greenpeace et d’autres ONG ont également mis en garde contre le fait que les populations exposées à ces incendies voient leur risque de cancer augmenter considérablement, notamment des cancers du poumon et du foie.

Liens avérés avec le cancer et autres maladies graves

La combustion de déchets plastiques, électroniques, et médicaux lors de ces incendies est responsable de la libération de métaux lourds tels que le plomb, le mercure et le cadmium, qui ont des effets toxiques sur le système nerveux et le développement des enfants. Ces substances sont reconnues pour leur impact direct sur le développement de cancers. Selon une étude de l’Université Américaine de Beyrouth (AUB) en 2019, les personnes vivant à proximité des décharges ont un risque accru de développer des troubles respiratoires et cardiovasculaires ainsi que des cancers par rapport aux zones non affectées.

Un article publié par The Lancet en 2020 a également montré que la combustion de déchets dans des décharges non contrôlées est une des principales sources de pollution dans des pays comme le Liban, où la régulation environnementale est souvent insuffisante. Les métaux lourds et les produits chimiques libérés lors de ces incendies ont des effets à long terme sur la santé humaine, entraînant des maladies chroniques.

Mesures de protection personnelle lors d’incendies de décharges

Face à ces risques, il est important de prendre des mesures de protection individuelle lorsque des incendies de décharges se produisent :

  1. Limiter l’exposition à l’air extérieur : Lors d’un incendie de décharge, il est conseillé de rester à l’intérieur autant que possible pour éviter d’inhaler la fumée toxique. Si l’exposition est inévitable, porter un masque de qualité (N95 ou FFP2) peut filtrer les particules les plus fines.
  2. Fermer les fenêtres et utiliser un purificateur d’air : Garder les fenêtres fermées empêche la fumée de pénétrer à l’intérieur. L’utilisation de purificateurs d’air équipés de filtres HEPA peut réduire la concentration de toxines dans l’air intérieur.
  3. Éviter les activités physiques en extérieur : Toute activité physique qui augmente la respiration, comme le sport ou les travaux extérieurs, doit être évitée lors de feux de décharges. Cela réduit l’inhalation de particules toxiques.
  4. S’informer sur la qualité de l’air : Les bulletins météorologiques et les applications fournissant des indices de qualité de l’air (IQA) permettent de savoir quand les conditions deviennent dangereuses et d’adapter les comportements en conséquence.
  5. Hydratation et soins de la peau : L’exposition à la fumée peut irriter les yeux, la gorge et la peau. Boire de l’eau fréquemment et se laver régulièrement le visage et les mains peut aider à réduire l’exposition aux toxines.
  6. Utiliser des plantes purificatrices d’air : Certaines plantes d’intérieur peuvent contribuer à purifier l’air à l’intérieur des habitations en absorbant les polluants.

Mesures préventives à long terme

En plus de ces mesures personnelles, il est essentiel de contribuer à la prévention des incendies de décharges en réduisant la production de déchets, en soutenant les initiatives locales de gestion des déchets, et en adoptant des comportements respectueux de l’environnement. Par exemple, trier les déchets, recycler et composter peut réduire la quantité de déchets envoyée dans les décharges, diminuant ainsi le risque d’incendie.

Les incendies de décharges sauvages au Liban, comme celui de Bourj Hammoud, mettent en lumière l’urgence d’une réforme de la gestion des déchets dans le pays. Outre les réformes institutionnelles, il est essentiel que chaque citoyen prenne des mesures pour se protéger et réduire son impact sur l’environnement. Les autorités doivent prendre des mesures immédiates pour prévenir ces feux récurrents, protéger la santé publique et sauvegarder l’environnement pour les générations futures.


Sources :

  • Human Rights Watch, “As If You’re Inhaling Your Death”: The Health Risks of Burning Waste in Lebanon (2017)
  • Greenpeace, Rapport sur la gestion des déchets et les incendies de décharges au Liban (2018)
  • Organisation mondiale de la santé (OMS), Dangers des dioxines et furanes (2019)
  • Université Américaine de Beyrouth (AUB), Études sur l’impact sanitaire des décharges sauvages au Liban (2019)
  • The Lancet, Air Pollution and Health (2020)

Newsdesk Libnanews
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