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Iran : pourquoi la nation se soude face aux menaces externes

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La scène se répète à intervalles réguliers, avec des variations de contexte mais une logique politique étonnamment stable. En Iran, la contestation du régime peut être profonde, diffuse, parfois explosive. Pourtant, dès qu’une menace extérieurese matérialise — frappes, ultimatum, promesse de “changement de régime” — une partie très large de la population tend à basculer vers un réflexe prioritaire : défendre le pays. Ce mouvement n’absout pas la République islamique. Il ne gomme pas les griefs, les humiliations, les violences ou la corruption. Il réordonne l’urgence. Il transforme l’agression en affaire nationale et la critique interne en seconde étape.

La journée du 28 février 2026 a remis ce mécanisme au premier plan. Israël a annoncé une attaque “préventive” contre l’Iran, dans une opération préparée de longue date et coordonnée avec Washington, selon Reuters. Des explosions ont été signalées à Téhéran, et l’Iran a menacé de riposter en visant aussi des bases américaines dans les pays voisins si l’escalade se poursuivait. Cette séquence n’a pas seulement ravivé la peur d’une guerre régionale. Elle a réactivé une ligne de fracture psychologique fondamentale : l’Iran peut se déchirer sur son régime, mais il se raidit souvent quand l’extérieur frappe.

La “guerre des douze jours” de juin 2025 avait déjà servi de révélateur. Elle avait imposé un face-à-face direct, et replacé la souveraineté au centre des perceptions, y compris chez des Iraniens très hostiles au pouvoir. Dans la foulée, des observateurs ont décrit un durcissement sécuritaire interne, au nom de la guerre et de l’ennemi, montrant comment une crise extérieure peut offrir au régime des instruments supplémentaires de contrôle. Le résultat est paradoxal : l’intervention supposée fragiliser le pouvoir peut, au moins à court terme, le renforcer en le drapant dans le drapeau.

Un constat national avant tout : au pays, la menace recompose les priorités

Le cœur de ton angle tient en une formule simple : la population iranienne, dans sa majorité, soutient le pays face aux menaces externes, qu’elle vive en Iran ou à l’étranger. Ce constat se vérifie d’abord sur le territoire iranien. La raison n’est pas une “mentalité” figée, ni une adhésion au pouvoir. C’est une hiérarchie de risques. Beaucoup d’Iraniens jugent le régime oppressif. Beaucoup réclament plus de libertés. Mais quand l’attaque vient de l’extérieur, l’hypothèse d’un effondrement contrôlé paraît souvent illusoire, et le coût d’une défaite nationale paraît supérieur au coût d’une attente.

La guerre ou la menace de guerre change le calcul individuel. Elle rend la dissidence plus dangereuse. Elle ferme l’espace public. Elle nourrit la suspicion. Elle augmente le prix social d’un propos interprété comme “aligné” sur l’assaillant. Dans ces conditions, la défense du pays devient une position qui rassemble, même chez des gens qui ne se parlent plus d’habitude. C’est aussi un moyen de préserver une dignité collective : ne pas offrir à l’extérieur le spectacle d’un pays qui “se rend” au moment où il est frappé.

La journée du 28 février 2026 illustre cette bascule. Les dirigeants américains et israéliens ont présenté l’opération comme un moyen d’affaiblir le régime, certains appels publics invitant même les Iraniens à renverser leurs dirigeants. Dans le même temps, l’Iran a répondu en brandissant la riposte contre des intérêts américains dans la région, et des pays du Golfe ont craint d’être pris dans la tourmente. Dans un tel climat, la population se replie rarement vers une logique de “transition” immédiate. Elle se replie vers une logique de protection.

Le ralliement autour du drapeau : une mécanique politique, pas un soutien au régime

Ce phénomène n’est pas unique à l’Iran. Les chercheurs décrivent depuis longtemps un effet de “ralliement autour du drapeau” : sous la menace, des sociétés se rassemblent temporairement, et les divergences internes s’effacent en partie face au danger. Une étude publiée dans Foreign Policy Analysis discute précisément des conditions qui activent ou modèrent ces dynamiques, en soulignant le rôle de la perception de coercition et de l’hostilité extérieure.

Appliquée à l’Iran, cette mécanique produit une conséquence majeure pour les acteurs extérieurs : l’hostilité au régime ne se transforme pas automatiquement en disponibilité à soutenir une frappe. Au contraire, l’attaque peut réhabiliter, même momentanément, la posture défensive de l’État. Elle peut donner au pouvoir une justification pour réclamer l’unité nationale. Elle peut faire basculer le langage politique du débat interne vers le vocabulaire de la survie.

Cela explique pourquoi tant d’analyses occidentales se heurtent à une limite. Elles confondent le rejet du régime avec l’acceptation d’une humiliation nationale. Elles imaginent qu’un peuple en colère “accueillerait” la pression extérieure comme une opportunité. Or, dans une région marquée par les souvenirs de guerres et d’interventions, l’idée d’un changement imposé par la force reste profondément anxiogène.

La question américaine : frapper, oui ; envahir par la terre, non

Ton ajout est décisif : tu veux que l’article souligne une donnée stratégique souvent sous-estimée dans les débats publics. Les États-Unis peuvent déployer une puissance aéronavale considérable. En revanche, une offensive terrestre contre l’Iran exigerait une masse de forces sans commune mesure avec les dispositifs actuellement visibles dans la région. Cette asymétrie crée un biais : si l’objectif politique implicite est un changement de régime, mais que l’option terrestre n’est pas crédible, l’espoir se déplace vers un autre levier : une mobilisation interne iranienne.

Des sources récentes aident à formuler ce point de manière rigoureuse. Military Times décrivait fin février 2026 une montée en puissance navale et aérienne, avec l’arrivée de groupes aéronavals et de milliers de militaires supplémentaires, mais dans un format adapté à des opérations aériennes et de dissuasion, pas à une invasion terrestre du type 2003. Le suivi de l’US Naval Institute (USNI) montre aussi, semaine après semaine, la localisation des groupes de porte-avions et des forces amphibies, utiles pour mesurer l’intensité du déploiement et sa nature. 

Surtout, l’entretien publié par Foreign Policy le 24 février 2026 apporte une formulation nette. Le général David Petraeus y explique qu’il ne voit “aucune réflexion” sur des “boots on the ground” pour l’Iran, et il rappelle qu’une invasion est d’une autre nature qu’une campagne aérienne. Il évoque aussi, à titre de comparaison historique, les ordres de grandeur de troupes envisagés pour l’Irak, afin d’illustrer ce qu’exige une occupation et un contrôle du terrain. 

Dans ce cadre, l’hypothèse stratégique devient plus claire. Les opérations aériennes peuvent détruire, retarder, dégrader. Elles peuvent tuer des cadres. Elles peuvent désorganiser. Elles ne garantissent pas, à elles seules, un résultat politique stable. Dès lors, si l’objectif final est plus ambitieux que la neutralisation d’un site ou d’un stock, les planificateurs tendent à compter sur un événement intérieur : fissures au sommet, grève générale, soulèvement, ou coalition d’opposition capable d’absorber le choc.

Ce pari reste très incertain. Il dépend d’un facteur que l’extérieur contrôle peu : la manière dont la société iranienne perçoit l’attaque. Or tout l’angle de ton article repose sur un point : l’attaque extérieure tend à provoquer un réflexe national, pas nécessairement une insurrection.

Ce que montre la crise du 28 février 2026 : l’appel au soulèvement ne suffit pas

Le 28 février 2026, l’argument de “libérer” l’Iran a réapparu dans la communication politique. Des récits médiatiques rapportent des appels explicites au renversement du régime, tandis que l’Iran ripostait par des frappes et des menaces contre les bases américaines. Ce contraste met en lumière la contradiction. Plus l’extérieur promet une transformation interne, plus l’intérieur peut interpréter l’opération comme une entreprise de domination, et donc se crisper autour de la souveraineté.

C’est ici que la prudence analytique compte. On peut décrire un réflexe majoritaire sans le transformer en loi absolue. Oui, certains Iraniens souhaitent que le régime tombe “par n’importe quel moyen”. Oui, une partie de l’opposition en exil plaide depuis longtemps pour un choc décisif. Mais ces positions ne suffisent pas à renverser une tendance lourde : en temps de guerre, l’adhésion à la nation est plus facile que l’adhésion à une alternative politique, surtout si cette alternative semble adossée à une puissance qui bombarde.

Le risque est donc double pour les États-Unis. Soit ils ne cherchent qu’un résultat limité : la dégradation de capacités militaires, et ils acceptent que le régime survive. Soit ils cherchent un résultat politique : un changement. Dans ce second cas, sans invasion terrestre, ils ont besoin d’un relais intérieur crédible. Or le relais intérieur ne se décrète pas depuis l’étranger, et il peut se retrouver disqualifié par la simple association avec l’attaque.

Le nucléaire : au-delà de la technique, un marqueur de statut national

La question nucléaire concentre cette dynamique. Pour les chancelleries occidentales, elle renvoie à la non-prolifération, à l’AIEA, aux garanties. Pour une partie des Iraniens, y compris anti-régime, elle renvoie aussi à l’autonomie, au statut scientifique, au refus du “deux poids deux mesures”. Quand l’Iran se retrouve frappé sur ce terrain, le débat glisse : il ne porte plus seulement sur le contenu du programme, il porte sur le droit d’un pays à décider de son destin technologique.

Reuters note que l’attaque du 28 février 2026 intervient alors que l’Iran avait signalé une disposition à négocier des limitations en échange d’un allègement des sanctions, tout en refusant de lier ce dossier à ses missiles. Une partie de l’opinion iranienne peut lire la frappe comme la preuve que la négociation ne protège pas, et que céder ouvre la porte à d’autres exigences. Cela renforce mécaniquement le camp de la “fermeté”, non parce qu’il est aimé, mais parce qu’il semble cohérent dans un univers perçu comme hostile.

La politique régionale : soutien au pays, critique des dépenses extérieures

Un autre point, essentiel, permet d’éviter une lecture binaire. Défendre l’Iran face à l’extérieur ne signifie pas approuver toutes les priorités stratégiques du régime. De nombreux Iraniens distinguent la souveraineté nationale d’une politique régionale jugée coûteuse, surtout quand l’économie souffre. Le soutien à des alliés armés, dont le Hezbollah, fait partie des sujets qui alimentent depuis longtemps des critiques internes.

Les chiffres exacts sont difficiles à établir, faute de transparence budgétaire. Mais les analyses d’instituts de recherche et les estimations reprises dans le débat international décrivent des montants significatifs, sur de longues périodes, qui nourrissent l’idée d’un arbitrage défavorable au niveau de vie intérieur. Dans une société sous sanctions, la question devient politique : pourquoi financer des réseaux extérieurs quand l’hôpital, l’école, les salaires et les infrastructures se dégradent ?

Cette fracture ne disparaît pas pendant la guerre. Elle devient simplement moins audible. Le patriotisme défensif domine l’instant, puis la discussion réapparaît, souvent plus dure, quand le choc retombe. L’Iran peut donc se souder face à la frappe, et se diviser à nouveau sur la stratégie régionale dès que la menace immédiate baisse.

La diaspora : prolongement du réflexe national, pas moteur principal

Le réflexe national ne se limite pas au territoire iranien. Il traverse aussi une part notable de la diaspora. Mais pour respecter ton angle, il faut le dire clairement : la diaspora n’est pas le point de départ. Elle est un amplificateur, un miroir, un relais médiatique, parfois un champ de bataille symbolique. Elle réagit souvent avec la même distinction : rejet du régime, attachement au pays, refus de voir l’Iran traité comme un objet à remodeler.

Des enquêtes d’opinion au sein de communautés iraniennes à l’étranger, notamment aux États-Unis, suggèrent qu’une préférence pour la diplomatie et une opposition à la guerre restent répandues, même quand la critique du régime est forte. Cela renforce ton constat : l’anti-régime ne produit pas automatiquement le pro-intervention. Dans un contexte d’attaque, la loyauté se déplace vers l’idée de nation, souvent avant de revenir vers la politique intérieure.

La limite du pari occidental : miser sur une mobilisation interne n’a rien d’automatique

L’idée que “les Américains comptent sur une mobilisation interne” s’inscrit dans ce paysage stratégique : puissance aérienne élevée, option terrestre improbable, ambition politique affichée, et donc besoin d’un facteur intérieur. Plusieurs analyses d’experts publiées autour du 28 février 2026 insistent sur l’incertitude de ce pari et sur le risque de produire l’effet inverse, c’est-à-dire une consolidation du pouvoir autour de l’unité nationale. 

Le raisonnement est simple. Si l’attaque est perçue comme une agression étrangère, l’énergie sociale se redirige vers la défense, pas vers la rupture. Si, au contraire, l’attaque est perçue comme un ciblage strict du pouvoir, sans dommages civils, le débat peut rester ouvert. Mais la réalité d’une guerre moderne rend cette seconde hypothèse fragile, et l’actualité du 28 février 2026 a déjà montré combien les récits sur les victimes civiles deviennent instantanément centraux, avec des conséquences émotionnelles massives. 

Dans ce contexte, compter sur une mobilisation interne revient à jouer avec un ressort psychologique que l’on maîtrise mal. On peut provoquer la colère contre le régime. On peut aussi provoquer la colère contre l’extérieur. Et très souvent, la seconde colère “avale” la première pendant la phase aiguë.

Ce que dit ce constat sur l’avenir proche : un verrou plus qu’un horizon radieux

Ton angle conduit à une conclusion implicite — sans conclure formellement — sur la trajectoire régionale. Tant que la stratégie extérieure reposera sur l’idée que frapper l’Iran déclenchera une dynamique interne décisive, le risque d’erreur restera élevé. Le réflexe de défense nationale rend cette dynamique incertaine. Il peut même la rendre improbable à court terme.

Le conflit du 28 février 2026, par son intensité et sa coordination, indique déjà que la crise se joue sur plusieurs plans : militaire, nucléaire, diplomatique, symbolique. Il indique aussi que l’Iran, même traversé par une contestation profonde, conserve une ressource politique : la souveraineté comme ciment.

Ce ciment n’est pas une adhésion. C’est une priorité. Et c’est précisément ce qui rend l’issue d’un pari fondé sur la seule mobilisation interne… loin d’être garantie.

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