L’impasse stratégique face à Gaza malgré une supériorité militaire persistante
Israël continue d’exercer une domination militaire dans la bande de Gaza, marquée par des campagnes terrestres et aériennes intensives. Cette puissance opérationnelle, néanmoins, ne parvient pas à se traduire en succès diplomatique, comme le souligne Dalia Dassa Kaye, chercheuse à l’Université de Californie à Los Angeles. Selon elle, cette guerre rappelle les mécanismes observés après le conflit de 1967 : une victoire tactique, mais sans solution politique viable. Elle note cependant une différence majeure. Alors qu’en 1967 Israël avait acquis un avantage stratégique durable, le conflit actuel s’enlise dans une logique de confrontation ouverte sans horizon défini.
Dans cette configuration, la doctrine militaire israélienne reste enfermée dans une séquence de ripostes successives, incapables de produire un effet stabilisateur. La prolongation des hostilités génère une multiplication de crises humanitaires, réduisant les marges de manœuvre diplomatiques du gouvernement israélien. L’écart entre les objectifs militaires et les leviers politiques disponibles devient de plus en plus difficile à combler.
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Une gestion conflictuelle de l’asymétrie politique
L’absence de relais politiques crédibles à Gaza rend inopérante toute projection d’un ordre post-Hamas. En ciblant exclusivement les structures militaires du mouvement islamiste, Israël néglige la nécessité de construire une gouvernance alternative dans l’enclave. Le pouvoir israélien se trouve dès lors dans une double contradiction : réduire l’influence du Hamas tout en évitant un effondrement administratif total de la bande de Gaza.
Cette ambiguïté structurelle mine toute tentative de réengagement diplomatique avec les États arabes ou les instances internationales. La communauté internationale, tout en condamnant les actions du Hamas, appelle à une réponse proportionnée, à une trêve humanitaire, voire à la mise en place d’un corridor de sécurité pour l’aide médicale. Ces appels répétés ne débouchent sur aucune solution, laissant Israël exposé à une pression diplomatique croissante, sans alliés prêts à valider une reconquête durable.
Une guerre aux résonances historiques pesantes
Le parallèle établi avec 1967 est significatif. À l’époque, Israël avait transformé sa victoire militaire en modifications géopolitiques profondes. Aujourd’hui, la situation est inversée. Les succès tactiques dans les combats ne modifient pas l’équation stratégique. Pire encore, ils renforcent une perception d’impasse et d’usure prolongée. Dalia Dassa Kaye indique que la stratégie israélienne donne l’impression d’une victoire sans fin, sans horizon politique.
La difficulté réside dans l’absence d’un projet de sortie de crise crédible. L’option d’un retour de l’Autorité palestinienne, discréditée dans la bande de Gaza, semble improbable. Quant à l’idée d’une administration internationale temporaire, elle demeure théorique et ne bénéficie d’aucun appui solide au Conseil de sécurité.
Une analogie avec le modèle du Hezbollah au Liban
Dans une autre lecture, certains analystes établissent un parallèle entre la politique israélienne à Gaza et celle de l’Iran envers le Hezbollah au Liban. Israël aurait laissé se développer, de manière indirecte, un pouvoir autonome dirigé par un acteur non étatique armé, sur un territoire où les institutions formelles ont été marginalisées. Cette dynamique rappelle celle observée au Liban avec la montée en puissance du Hezbollah sous l’égide de Téhéran.
Ce schéma crée un espace de gouvernance hybride, dans lequel les États n’exercent plus le monopole de la force légitime. En entretenant cette zone grise, Israël a accepté de facto l’existence d’un pouvoir parallèle à Gaza. Cette logique devient intenable dès lors qu’un affrontement militaire s’installe durablement. Le modèle du Hezbollah, fondé sur une cohabitation ambivalente avec l’État libanais, ne peut être transposé dans un territoire comme Gaza où aucune instance reconnue ne peut prétendre à une gouvernance partagée.
Une occupation directe comme scénario extrême
En l’absence d’une solution politique à court terme, plusieurs experts avertissent que l’État hébreu pourrait être conduit, par contrainte plus que par choix, à assumer une forme d’occupation directe de Gaza. Ce scénario, à haut risque, impliquerait une gestion civile et sécuritaire de plus de deux millions de personnes dans un territoire exsangue. Il renverrait Israël à des configurations que ses gouvernements successifs ont toujours cherché à éviter depuis le désengagement de 2005.
Une telle perspective est redoutée à Tel-Aviv, non seulement en raison du coût humain et logistique, mais aussi à cause de ses implications internationales. Une reprise de contrôle sur Gaza impliquerait des violations possibles du droit humanitaire, une surveillance accrue des ONG, et des tensions diplomatiques avec des partenaires historiques.
Érosion du soutien international
Les tensions diplomatiques s’amplifient au fil des semaines. Plusieurs chancelleries européennes, tout en affirmant le droit d’Israël à se défendre, multiplient les mises en garde sur la disproportion de l’usage de la force. La balance des perceptions glisse peu à peu vers une critique du gouvernement israélien, accusé d’enlisement et de manque de vision politique.
Les États-Unis, traditionnellement alliés solides d’Israël, peinent à justifier l’orientation actuelle du conflit. Des voix s’élèvent au sein du Congrès pour réclamer des conditionnalités à l’aide militaire. Le Département d’État, tout en renouvelant son soutien sécuritaire, insiste désormais sur la nécessité d’un calendrier de sortie de crise.
Gaza, un piège stratégique à ciel ouvert
Sur le terrain, la bande de Gaza est devenue un théâtre d’affrontements ininterrompus. Les incursions militaires israéliennes se heurtent à une résistance déterminée, sans produire de changement majeur sur la cartographie politique. Le Hamas, bien qu’affaibli, conserve une capacité de nuisance et un pouvoir de mobilisation, notamment grâce aux réseaux de tunnels et à un enracinement communautaire.
Cette réalité transforme Gaza en piège stratégique. Plus Israël avance militairement, plus les conséquences humanitaires deviennent lourdes, nourrissant un cycle de violence difficile à interrompre. L’option d’un cessez-le-feu, souhaitée par plusieurs médiateurs régionaux, n’a pas encore rencontré les conditions politiques minimales pour aboutir.
Un affrontement asymétrique sans horizon politique
En définitive, l’affrontement entre Israël et Gaza se distingue par son asymétrie structurelle. D’un côté, une puissance militaire conventionnelle, dotée d’une armée régulière et d’une technologie de pointe. De l’autre, un groupe armé aux ressources limitées mais aux motivations radicales. Cette dissymétrie, loin de faciliter la victoire israélienne, en complexifie les mécanismes d’issue.
L’absence d’un horizon politique bloque toute issue négociée. Le maintien d’un statu quo violent se substitue à une stratégie de long terme. Israël semble ainsi enfermé dans une logique de confrontation permanente, sans capacité à transformer son avance militaire en projet de stabilisation.
La question de l’occupation et du précédent libanais
Enfin, certains observateurs évoquent le précédent libanais pour alerter sur les dangers d’une réoccupation directe de Gaza. L’ancienne présence israélienne au Sud-Liban, de 1982 à 2000, avait abouti à une impasse sécuritaire, un isolement diplomatique et un enlisement humain. Ce souvenir reste vif dans les cercles décisionnels israéliens.
L’expérience libanaise a démontré les limites d’une stratégie fondée uniquement sur la force. L’incapacité à structurer une alternative politique crédible avait alors favorisé l’émergence du Hezbollah. Une répétition du même schéma à Gaza renforcerait les dynamiques de radicalisation au lieu de les contenir.



