samedi, février 14, 2026

Les derniers articles

Articles liés

Jour pour Jour: l’assassinat de Rafic Hariri, fin de l’occupation syrienne et début des instabilités

- Advertisement -

Le 14 février 2005, Beyrouth fut ébranlée par une explosion d’une violence inouïe qui emporta la vie de l’ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri et de vingt et une autres personnes, marquant un tournant décisif dans l’histoire récente du Liban. Cet attentat, survenu au cœur de la capitale, non seulement plongea le pays dans une crise politique profonde, mais il déclencha également une série d’événements qui remodelèrent les équilibres régionaux. Vingt ans plus tard, alors que le Tribunal spécial pour le Liban (TSL) a officiellement fermé ses portes le 31 décembre 2023, laissant derrière lui un bilan judiciaire contrasté, les échos de cet acte terroriste résonnent encore dans un Liban confronté à des défis persistants. Le verdict final, rendu en appel en 2022, a condamné trois membres présumés du Hezbollah à la réclusion à perpétuité, mais sans impliquer les dirigeants de l’organisation ni le régime syrien, alimentant un sentiment d’inachevé.

Le choc initial : un attentat au cœur de Beyrouth

Le 14 février 2005, vers 12h55, une déflagration massive secouait le front de mer de Beyrouth, près de l’hôtel Saint-Georges. Rafic Hariri, figure emblématique de la reconstruction post-guerre civile et leader sunnite influent, se déplaçait dans un convoi blindé de six véhicules Mercedes, escorté par des gardes du corps hautement entraînés. Malgré des mesures de sécurité draconiennes – incluant des itinéraires secrets, des convois de diversion et des brouilleurs électroniques –, un camion Mitsubishi Canter piégé, chargé d’environ 1 800 kilogrammes d’explosifs militaires de type RDX, TNT et PETN, explosa au passage du convoi. L’engin, dissimulé sous une charge de terre pour masquer son contenu, créa un cratère de dix mètres de diamètre et de deux mètres de profondeur, projetant des débris sur des centaines de mètres.

Les images de la scène, capturées par des caméras de surveillance d’une banque voisine, montraient le camion stationné stratégiquement sur le trajet du convoi. L’explosion, d’une puissance équivalente à celle d’une bombe aérienne, pulvérisa les véhicules blindés, enflamma des dizaines de voitures environnantes et endommagea gravement plusieurs bâtiments, dont l’hôtel Phoenicia et des immeubles résidentiels. Des fenêtres volèrent en éclats jusqu’à un kilomètre à la ronde, et une épaisse fumée noire enveloppa le quartier, semant la panique parmi les passants et les employés des bureaux voisins. Les services d’urgence, débordés, durent faire face à un chaos indescriptible, avec des corps mutilés jonchant la chaussée et des blessés hurlant au milieu des décombres.

Rafic Hariri, âgé de 60 ans, fut tué sur le coup, son corps identifié plus tard parmi les débris. Avec lui périrent sept de ses gardes du corps, dont des vétérans des forces de sécurité libanaises, ainsi que Bassel Fleihan, ancien ministre de l’Économie et proche collaborateur, qui succomba à ses blessures quelques semaines plus tard à Paris. Au total, vingt-deux personnes trouvèrent la mort ce jour-là, et plus de deux cent vingt furent blessées, certaines gravement mutilées. Parmi les victimes figuraient des civils innocents, comme des employés d’hôtels ou des conducteurs pris dans l’embouteillage. L’attentat, qualifié d’acte terroriste par les enquêteurs internationaux, visait manifestement à éliminer une personnalité politique de premier plan, mais ses répercussions immédiates s’étendirent bien au-delà, touchant l’ensemble de la société libanaise.

Un contexte politique explosif : tensions syro-libanaises

Pour comprendre l’assassinat de Rafic Hariri, il faut replonger dans le climat politique tendu qui régnait au Liban au début des années 2000. Depuis la fin de la guerre civile en 1990, la Syrie exerçait une influence dominante sur le pays du Cèdre, maintenant une présence militaire de près de 14 000 soldats et contrôlant de facto les institutions politiques. Rafic Hariri, milliardaire autodidacte ayant fait fortune en Arabie saoudite dans le BTP, avait été Premier ministre de 1992 à 1998, puis de 2000 à 2004. Il s’était imposé comme l’architecte de la reconstruction de Beyrouth, investissant des milliards dans des projets immobiliers et infrastructurels, mais il s’était progressivement distancié du régime syrien.

En 2004, Hariri s’opposa ouvertement à la prolongation du mandat du président Émile Lahoud, un allié fidèle de Damas. Selon des témoignages recueillis par les enquêteurs de l’ONU, une rencontre tendue eut lieu en août 2004 entre Hariri et le président syrien Bachar al-Assad. Lors de cet entretien, Assad aurait proféré des menaces directes : « Lahoud me représente. Si vous et Chirac voulez le faire partir du Liban, je détruirai le Liban. » Des sources proches de Hariri rapportèrent que Assad avait ajouté qu’opposer Lahoud revenait à s’opposer à la Syrie elle-même, et qu’il préférerait « briser le Liban sur la tête de Hariri et de Walid Joumblatt » plutôt que de voir son autorité contestée. Ces allégations, niées par Assad lors d’un entretien avec le magazine allemand Der Spiegel en 2005 – où il affirma : « Je ne l’ai jamais menacé et aucun officier syrien n’a pointé une arme sur sa tête » –, soulignaient les frictions croissantes.

Parallèlement, la résolution 1559 du Conseil de sécurité des Nations unies, adoptée le 2 septembre 2004 sous l’impulsion de la France et des États-Unis, appelait au retrait des troupes étrangères du Liban – visant explicitement la Syrie – et au désarmement des milices, dont le Hezbollah. Hariri, allié à des figures comme le druze Walid Joumblatt et le chrétien Samir Geagea, incarnait l’opposition anti-syrienne, prônant une souveraineté libanaise pleine et entière. Son assassinat apparut ainsi comme une tentative d’éliminer un obstacle majeur à l’hégémonie syrienne, dans un pays déjà marqué par des divisions confessionnelles profondes entre sunnites, chiites, chrétiens et druzes.

Les circonstances précises de l’explosion

Les investigations ultérieures révélèrent la sophistication de l’opération. Le camion piégé, un véhicule utilitaire blanc, avait été volé au Japon en octobre 2004 et acheminé au Liban via les Émirats arabes unis. Des analyses balistiques confirmèrent que l’explosif, un mélange hautement puissant, provenait probablement de stocks militaires. Les brouilleurs du convoi de Hariri, conçus pour neutraliser les détonations à distance, furent contournés par un déclenchement manuel : un kamikaze, identifié plus tard comme un jeune Irakien nommé Ahmed Abu Adass, se serait approché du convoi avant d’actionner la charge.

Une vidéo de revendication, diffusée par Al-Jazeera peu après l’attentat, montrait un homme barbu se présentant comme membre du groupe fictif « Victoire et Jihad en Grande Syrie », affirmant agir en soutien aux moudjahidines saoudiens. Les enquêteurs établirent rapidement qu’il s’agissait d’un leurre : Adass, un Palestinien de 22 ans vivant à Beyrouth, avait été enlevé et contraint d’enregistrer la vidéo avant d’être tué. Son corps ne fut jamais retrouvé, mais des preuves ADN sur le site de l’explosion confirmèrent la présence d’un kamikaze. Cette mise en scène visait à détourner les soupçons vers des groupes islamistes radicaux, masquant les véritables commanditaires.

Impact humain et matériel immédiat

Outre les vingt-deux décès, l’attentat causa des blessures graves à plus de deux cents personnes, dont des amputations, des brûlures et des traumatismes psychologiques durables. Bassel Fleihan, grièvement brûlé, fut évacué vers la France où il mourut le 18 avril 2005 après deux mois d’agonie. Les funérailles de Hariri, le 16 février, rassemblèrent des centaines de milliers de Libanais, transformant la place des Martyrs en un lieu de deuil collectif. Jacques Chirac, ami personnel de Hariri et président français, se rendit sur place pour présenter ses condoléances à la famille, soulignant les liens franco-libanais.

Matériellement, les dommages s’élevèrent à des millions de dollars : l’hôtel Saint-Georges fut partiellement détruit, et la reconstruction du quartier prit des années. Économiquement, la bourse de Beyrouth chuta de 10 % dans les jours suivants, reflétant l’instabilité naissante. Politiquement, l’assassinat déclencha une vague d’indignation qui culmina avec la démission du gouvernement pro-syrien d’Omar Karamé le 28 février 2005, sous la pression populaire.

La révolution du Cèdre : un soulèvement populaire inédit

Surnommée la « révolution du Cèdre » en référence à l’emblème national libanais, cette mobilisation spontanée débuta dès le lendemain de l’attentat. Des dizaines de milliers de manifestants, issus de toutes les communautés, se rassemblèrent place des Martyrs pour dénoncer la tutelle syrienne. Le 14 mars 2005, un mois après l’assassinat, plus d’un million de personnes – soit un quart de la population – défilèrent à Beyrouth, brandissant des drapeaux libanais et scandant « Liberté, souveraineté, indépendance ». Cette alliance hétéroclite, regroupant sunnites, druzes et chrétiens, forma la coalition du 14-Mars, opposée au camp pro-syrien du 8-Mars dominé par le Hezbollah et les chiites.

La pression internationale s’ajouta à celle des rues. Les États-Unis et la France, via la résolution 1559, exigèrent le retrait syrien. Bachar al-Assad, isolé diplomatiquement, annonça le 5 mars 2005 un redéploiement progressif des troupes. Le mouvement, pacifique mais déterminé, força Damas à accélérer : le 26 avril 2005, les derniers soldats syriens quittaient le Liban, mettant fin à vingt-neuf ans d’occupation. Cette victoire symbolique pour l’opposition marqua toutefois le début d’une polarisation accrue, avec des attentats subséquents visant des figures anti-syriennes comme le journaliste Samir Kassir (tué le 2 juin 2005) ou le député Gébrane Tuéni (assassiné le 12 décembre 2005).

Le retrait syrien : fin d’une ère, début des instabilités

Le départ des troupes syriennes, officialisé par une cérémonie à Anjar le 26 avril 2005, fut salué comme une libération par les uns, perçu comme un vide sécuritaire par les autres. La Syrie, qui avait justifié sa présence par la stabilité régionale depuis 1976, laissa derrière elle un réseau d’influence au sein des services de renseignement libanais. Le président Lahoud, prolongé jusqu’en 2007, resta en poste, mais son autorité fut érodée. Les élections législatives de mai-juin 2005 donnèrent la majorité à la coalition du 14-Mars, menée par Saad Hariri, fils de Rafic, qui devint Premier ministre en 2009.

Cependant, ce retrait n’apporta pas la paix escomptée. Le Liban plongea dans une spirale de violence : une guerre avec Israël en juillet 2006, des affrontements internes en 2008, et une instabilité chronique exacerbée par la guerre en Syrie à partir de 2011. L’assassinat de Hariri, en brisant l’équilibre fragile, contribua à approfondir les clivages confessionnels, avec le Hezbollah renforçant son arsenal et son influence, au détriment d’un État central affaibli.

L’ONU entre en scène : création de la commission d’enquête

Face à l’incapacité des autorités libanaises – soupçonnées de complaisance pro-syrienne – à mener une enquête impartiale, le Conseil de sécurité des Nations unies adopta la résolution 1595 le 7 avril 2005, établissant la Commission internationale indépendante d’enquête des Nations unies (CIENU). Dirigée par l’Irlandais Peter FitzGerald, une mission préliminaire conclut dès mars 2005 à une implication probable de services syriens et libanais, recommandant une enquête internationale approfondie.

Le 19 octobre 2005, Detlev Mehlis, procureur allemand nommé chef de la CIENU, remit son premier rapport au secrétaire général Kofi Annan. Celui-ci pointait du doigt des hauts responsables syriens, dont Maher al-Assad (frère de Bachar) et Assef Shawkat (beau-frère et chef des renseignements militaires), ainsi que des officiers libanais comme Jamil al-Sayyed, chef des renseignements généraux. Mehlis affirmait : « Il y a des preuves convergentes pointant vers l’implication de responsables syriens et libanais dans cet assassinat terroriste. » Le rapport soulignait un « réseau criminel » interconnecté, impliquant des surveillances téléphoniques et des faux témoignages.

Les rapports Mehlis et Brammertz : révélations et obstacles

Le second rapport de Mehlis, daté du 10 décembre 2005, renforça ces accusations, notant une coopération syrienne « limitée et tardive ». Il recommanda l’interrogatoire de Bachar al-Assad, qui accepta mais nia toute implication. Mehlis, confronté à des menaces, démissionna en janvier 2006 et fut remplacé par le Belge Serge Brammertz. Sous Brammertz, la CIENU se concentra sur des preuves techniques : analyses ADN confirmant un kamikaze, traçage du camion piégé, et examen de plus de 400 lignes téléphoniques impliquées dans la surveillance de Hariri dès septembre 2004.

Le rapport de Brammertz du 15 juin 2006 identifia six réseaux cellulaires coordonnés, dont un « rouge » utilisé par les exécutants le jour de l’attentat. Un rapport ultérieur, en décembre 2006, lia l’assassinat à quatorze autres attentats contre des anti-syriens entre 2004 et 2008, formant un « réseau Hariri ». Brammertz souligna : « Les preuves indiquent un motif politique lié à l’opposition de Hariri à la prolongation du mandat de Lahoud et à la résolution 1559. » Malgré ces avancées, la coopération syrienne resta inégale, avec des témoins rétractant leurs déclarations sous pression.

Controverses autour des enquêtes initiales

Les enquêtes furent entachées de controverses. Quatre généraux libanais pro-syriens – Mustafa Hamdan, Jamil al-Sayyed, Ali al-Hajj et Raymond Azar – furent arrêtés en août 2005 sur recommandation de Mehlis, mais détenus sans charges formelles pendant près de quatre ans. En 2009, le TSL les libéra pour manque de preuves crédibles, alimentant des accusations de partialité. Des témoins clés, comme Zuhair Ibn Mohamed Said Saddik, se rétractèrent, affirmant avoir été payés pour mentir contre la Syrie.

Le Hezbollah accusa Israël d’être derrière l’attentat, citant des documents internes révélés en 2010 par Hassan Nasrallah, montrant des drones israéliens survolant Beyrouth. Nasrallah déclara : « Nous avons des preuves que Israël surveillait Hariri depuis 1993 pour créer le chaos au Liban. » Saad Hariri appela à enquêter sur ces allégations, mais le TSL les écarta pour manque de pertinence. La Syrie, quant à elle, dénonça une « politisation » de l’enquête, avec Abdel Halim Khaddam, ancien vice-président syrien en exil, accusant Assad en décembre 2005 : « Bachar a menacé Hariri personnellement. »

La genèse du Tribunal spécial pour le Liban

Devant l’impasse, le gouvernement libanais demanda en décembre 2005 la création d’un tribunal international. La résolution 1664 du Conseil de sécurité, adoptée le 29 mars 2006, chargea Kofi Annan de négocier un accord. Signé le 23 janvier 2007 par l’ONU et le 6 février par le Liban, l’accord fut bloqué par le président Lahoud et le Parlement pro-syrien. Le 30 mai 2007, la résolution 1757 imposa sa mise en œuvre, créant le TSL, premier tribunal hybride pour juger des actes de terrorisme.

Basé à Leidschendam, aux Pays-Bas, pour des raisons de sécurité, le TSL ouvrit le 1er mars 2009. Financé à 49 % par le Liban et 51 % par des dons internationaux, son budget dépassa le milliard de dollars sur quinze ans. Le procureur Daniel Bellemare, succédant à Brammertz, présenta des actes d’accusation en 2011 contre quatre membres présumés du Hezbollah : Salim Jamil Ayyash, Mustafa Badreddine, Hussein Hassan Oneissi et Hassan Habib Merhi. Un cinquième, Assad Hassan Sabra, fut ajouté en 2013. Badreddine, cerveau présumé, mourut en Syrie en 2016, suspendant les poursuites contre lui.

Les accusés face à la justice internationale

Les accusés, jugés par contumace car le Hezbollah refusa de les livrer, étaient décrits comme des opérateurs de l’unité d’assassinats du parti chiite. Ayyash, 57 ans en 2020, coordonna l’équipe d’exécution ; Merhi, 54 ans, supervisa la préparation ; Oneissi et Sabra, plus jeunes, créèrent la fausse revendication avec Adass. Les preuves reposaient sur des analyses télécoms : des réseaux de téléphones « verts » (stratégiques), « bleus » (surveillance) et « rouges » (opérationnels), liant les accusés au site de l’attentat. Plus de 297 témoins et 3 131 pièces à conviction furent examinés lors du procès, ouvert le 16 janvier 2014.

Le Hezbollah rejeta le TSL comme un « outil américain-israélien », Nasrallah déclarant en juillet 2011 : « Nous ne coopérerons jamais avec ce tribunal. » Des fuites de documents en 2010, publiées par New TV, mirent en cause des témoins, entraînant des poursuites pour outrage contre des journalistes, acquittés en 2015.

Le verdict de première instance : une culpabilité partielle

Après quatre ans de débats et une interruption due à la pandémie de Covid-19, le jugement fut rendu le 18 août 2020. La chambre de première instance, présidée par le juge David Re, reconnut Salim Ayyash coupable de complot en vue de commettre un acte terroriste, homicide intentionnel et tentative d’homicide. Les juges affirmèrent : « Les preuves télécoms démontrent que Ayyash a utilisé un téléphone rouge pour coordonner l’attentat. » Merhi, Oneissi et Sabra furent acquittés pour insuffisance de preuves directes.

Aucune implication du leadership du Hezbollah ou de la Syrie ne fut établie, les juges notant : « Il n’y a pas de preuves directes de l’implication de la direction du Hezbollah ou du gouvernement syrien. » Ayyash fut condamné à cinq peines de réclusion à perpétuité le 11 décembre 2020, à purger concurremment. Le verdict, reporté après l’explosion du port de Beyrouth le 4 août 2020 qui tua plus de 200 personnes, déçut les partisans de Hariri, qui y virent une justice incomplète.

L’appel de 2022 : renversement partiel et condamnations supplémentaires

Le procureur Norman Farrell interjeta appel contre les acquittements, arguant d’erreurs dans l’évaluation des preuves. Le 10 mars 2022, la chambre d’appel, présidée par Ivana Hrdličková, annula les acquittements de Merhi et Oneissi, les déclarant coupables de complot et d’homicide. Les juges rectifièrent : « Les preuves télécoms et vidéo montrent que Oneissi et Sabra ont recruté Adass pour la fausse revendication, et Merhi a coordonné l’opération. » Sabra resta acquitté.

Le 16 juin 2022, Merhi et Oneissi furent condamnés à la perpétuité, alignés sur Ayyash. Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, salua le verdict : « Cette décision renforce la confiance dans la justice internationale. » La France, via son ministère des Affaires étrangères, déclara : « Nous saluons l’action du TSL, qui a condamné les accusés Merhi et Oneissi en appel dans l’affaire de l’assassinat de Rafiq Hariri. » Cependant, les condamnés restant en fuite, protégés par le Hezbollah, l’exécution des peines semble improbable.

Persistantes controverses et lacunes judiciaires

Le TSL fut critiqué pour son coût exorbitant – plus d’un milliard de dollars – et sa lenteur, avec un procès de six ans pour un verdict partiel. Des voix libanaises, dont des alliés du Hezbollah, le qualifièrent d’« escroquerie politique », arguant que les preuves télécoms étaient manipulables. En 2021, le tribunal abandonna les poursuites contre Ayyash pour d’autres assassinats (comme celui de George Hawi) faute de fonds. Des allégations de corruption touchèrent des témoins, et la libération des généraux libanais en 2009 renforça les doutes sur l’impartialité initiale.

Le Hezbollah maintint son déni, Nasrallah affirmant en 2020 : « Ce verdict est politique et n’a aucune valeur. » Des théories alternatives, comme l’implication israélienne via des agents infiltrés, persistèrent sans preuves concluantes. L’absence de poursuites contre des commanditaires de haut niveau – malgré les soupçons sur Badreddine et des officiers syriens comme Rustom Ghazaleh (mort en 2015) – laissa un vide, les juges concluant à un motif politique sans identifier les instigateurs ultimes.

Conséquences politiques durables : un Liban divisé

L’assassinat accentua les fractures libanaises, avec la coalition du 14-Mars dominant jusqu’en 2011, puis perdant du terrain face au 8-Mars. Saad Hariri, Premier ministre à plusieurs reprises, affronta des crises successives : guerre de 2006, blocus qatari en 2008, et effondrement économique dès 2019. L’attentat inspira une série d’assassinats ciblés – Pierre Gemayel en 2006, Walid Eido en 2007 – affaiblissant l’opposition anti-syrienne.

Régionalement, il isola la Syrie, contribuant à son ostracisme international jusqu’à la guerre civile de 2011. Le Hezbollah, renforcé par son rôle en Syrie, devint un État dans l’État, avec un arsenal estimé à 150 000 missiles en 2025. Économiquement, l’instabilité post-2005 aggrava la dette libanaise, culminant à 92 milliards de dollars en 2020, menant au défaut de paiement et à l’hyperinflation.

La fermeture du tribunal en 2023 : un chapitre clos dans l’indifférence

Le 31 décembre 2023, le TSL cessa ses opérations, faute de financement, après avoir épuisé son mandat. António Guterres nota : « Le tribunal a servi la justice, mais sa fermeture marque la fin d’une ère pour la responsabilité au Liban. » Les dossiers furent transférés à un mécanisme résiduel à La Haye pour gérer les appels potentiels ou les extraditions.

Bilan vingt ans après : persistance des questions ouvertes

En février 2025, marquant le vingtième anniversaire, des commémorations discrètes à Beyrouth rappelèrent l’impact persistant de l’attentat. Un rapport de l’ONU réitéra l’importance des preuves télécoms, mais souligna les défis d’exécution des verdicts. Au Liban, où la crise économique sévit avec une inflation à 200 % et une pauvreté touchant 80 % de la population, les familles des victimes continuent d’exiger justice pleine, tandis que les condamnés restent introuvables, illustrant les limites de la juridiction internationale face aux réalités locales. Les implications immédiates de cette fermeture incluent un transfert de compétences aux tribunaux libanais pour d’éventuelles enquêtes connexes, bien que leur impartialité soit contestée dans un contexte de paralysie gouvernementale persistante.

- Advertisement -
Newsdesk Libnanews
Newsdesk Libnanewshttps://libnanews.com
Libnanews est un site d'informations en français sur le Liban né d'une initiative citoyenne et présent sur la toile depuis 2006. Notre site est un média citoyen basé à l’étranger, et formé uniquement de jeunes bénévoles de divers horizons politiques, œuvrant ensemble pour la promotion d’une information factuelle neutre, refusant tout financement d’un parti quelconque, pour préserver sa crédibilité dans le secteur de l’information.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

A lire aussi