lundi, février 23, 2026

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Jour pour Jour: L’attentat d’Achrafieh, la mort de Maya Gemayel dans l’explosion d’une bombe

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Le 23 février 1980, à 11 heures du matin, une explosion violente secoue le quartier chrétien d’Achrafieh, à Beyrouth-Est. Une bombe placée dans une voiture garée explose au passage d’une Mercedes appartenant à Bachir Gemayel, leader des Forces libanaises et commandant de la milice phalangiste. À bord du véhicule se trouvent sa fille Maya, âgée de 18 mois, le chauffeur et un garde du corps. L’attentat, actionné à distance par télécommande, fait au moins huit morts et une vingtaine de blessés, parmi lesquels des passants innocents. Maya Gemayel, petite fille aux cheveux blonds et au sourire innocent, est tuée sur le coup, devenant l’une des victimes les plus symboliques de la guerre civile qui ravage le Liban depuis cinq ans. Bachir Gemayel, cible présumée de l’opération, échappe à la mort car il n’est pas dans la voiture ce jour-là, retenu chez lui par une indisposition. Cet événement s’inscrit dans une spirale de violence sectaire qui oppose milices chrétiennes, factions musulmanes, forces palestiniennes et interventions étrangères, transformant Beyrouth en un champ de bataille permanent.

Les circonstances exactes de l’explosion révèlent la sophistication des méthodes employées. La bombe, dissimulée dans un véhicule stationné à une centaine de mètres de la résidence familiale des Gemayel, dans la descente d’Accaoui, est déclenchée au moment précis où la Mercedes passe à proximité. L’onde de choc dévaste les environs, projetant des débris sur plusieurs dizaines de mètres et endommageant des bâtiments adjacents. Selon les rapports diffusés par la radio de l’État libanais, l’explosion équivaut à une charge importante d’explosifs, suffisante pour causer des dégâts massifs dans un quartier densément peuplé. La radio de la milice phalangiste, voix officielle du parti Kataeb, confirme rapidement le bilan : huit morts, dont la petite Maya, le chauffeur, un garde du corps et plusieurs civils pris dans le blast. Vingt autres personnes sont blessées, certaines grièvement, avec des éclats de métal et des brûlures graves. Les secours, composés de volontaires des milices chrétiennes et de la Croix-Rouge libanaise, interviennent dans un chaos total, évacuant les victimes vers les hôpitaux voisins comme l’Hôtel-Dieu de France.

Bachir Gemayel, informé immédiatement de la tragédie, se rend sur les lieux. Son absence dans la voiture ce matin-là est attribuée à une maladie passagère, un détail qui souligne la vulnérabilité des leaders dans ce conflit où les attentats personnels sont légion. La petite Maya, née en 1978, était la première enfant de Bachir et de son épouse Solange Tutunji, mariés depuis 1977. Sa mort, à un âge si tendre, incarne la brutalité indiscriminée de la guerre, où même les familles des commandants ne sont pas épargnées. Les gardes du corps, chargés de la protection quotidienne, périssent dans l’exercice de leurs fonctions, illustrant les risques constants pesant sur l’entourage des figures politiques et militaires.

Le contexte de la guerre civile libanaise en février 1980

Pour comprendre cet attentat, il faut replonger dans le tourbillon de la guerre civile libanaise, déclenchée en 1975 et qui, en 1980, a déjà fait des dizaines de milliers de victimes. Le Liban, pays multiconfessionnel où cohabitent chrétiens maronites, musulmans sunnites et chiites, druzes et autres communautés, est miné par des déséquilibres politiques hérités du pacte national de 1943. Ce pacte attribue la présidence à un maronite, le poste de Premier ministre à un sunnite et la présidence du Parlement à un chiite, mais il ne reflète plus la démographie réelle, marquée par une croissance de la population musulmane et l’afflux de réfugiés palestiniens après 1948 et 1967. Les camps palestiniens, armés par l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) dirigée par Yasser Arafat, deviennent des bastions militaires, exacerbant les tensions avec les milices chrétiennes qui craignent une perte de leur influence historique.

En 1975, les affrontements éclatent à Aïn el-Remmaneh, un quartier mixte de Beyrouth, entre phalangistes et fedayins palestiniens. Les phalangistes, ou parti Kataeb, fondé en 1936 par Pierre Gemayel – père de Bachir – sur un modèle paramilitaire inspiré des mouvements européens d’avant-guerre, se positionnent comme défenseurs des intérêts chrétiens. Leur milice, les Forces régulatrices du Kataeb, commandée initialement par William Hawi jusqu’à sa mort en 1976, mène des opérations contre les forces progressistes et palestiniennes regroupées au sein du Mouvement national libanais (MNL), alliance de gauche incluant le Parti socialiste progressiste druze de Kamal Joumblatt. Les massacres s’enchaînent : le samedi noir de décembre 1975, où des miliciens chrétiens tuent des centaines de musulmans et de Palestiniens en représailles à des attaques ; le siège de Karantina en janvier 1976, où plus de mille Palestiniens périssent ; et la prise de Tel al-Zaatar en août 1976, un camp palestinien assiégé pendant 52 jours par les forces chrétiennes, avec des milliers de morts civils.

En 1980, la guerre est entrée dans une phase d’impasse, avec Beyrouth divisée par la ligne verte séparant l’Est chrétien de l’Ouest musulman. Les interventions étrangères compliquent le tableau : la Syrie, sous Hafez al-Assad, envahit le Liban en 1976 pour contrer l’OLP et soutenir les factions musulmanes, tout en évitant une victoire totale des chrétiens qui pourrait favoriser Israël. Israël, de son côté, bombarde les positions palestiniennes au Sud et arme discrètement les milices chrétiennes pour créer une zone tampon. Les Forces libanaises, coalition chrétienne naissante sous la houlette de Bachir Gemayel, mènent une guerre de positions contre les Syriens et les Palestiniens, avec des batailles acharnées comme celle des Cent Jours en 1978, où les quartiers est de Beyrouth résistent à un pilonnage syrien intensif, forçant un retrait partiel des troupes d’Assad.

Les rivalités internes au camp chrétien ajoutent à la complexité. Bachir Gemayel, ambitieux et charismatique, cherche à unifier les milices dispersées – phalangistes, Tigres de Dany Chamoun, Gardiens des Cèdres – pour former un front cohérent. Mais des frictions éclatent, comme le massacre d’Ehden en 1978, où les forces de Bachir éliminent Tony Frangié, leader rival, et sa famille, en représailles à des assassinats de phalangistes. En février 1980, ces tensions culminent avec des tentatives d’unification forcée, où Bachir impose son autorité par la violence, éliminant les dissidents. L’attentat contre sa famille s’inscrit dans ce climat de vendettas internes et de guerre par procuration, où chaque faction vise les leaders adverses pour affaiblir l’ennemi.

Bachir Gemayel, un commandant en ascension

Bachir Pierre Gemayel, né le 10 novembre 1947 à Achrafieh, est le plus jeune des six enfants de Pierre Gemayel, fondateur du Kataeb. Issu d’une famille maronite influente de Bikfaya, dans le district du Metn, il grandit dans un environnement politique marqué par l’engagement de son père, qui a servi comme ministre et a échappé à plusieurs attentats. Bachir suit ses études au Collège Notre-Dame de Jamhour, puis à l’Institut moderne du Liban, avant d’obtenir un diplôme en droit et sciences politiques à l’Université Saint-Joseph en 1971 et 1973. Il exerce brièvement comme avocat à Hamra, mais sa véritable vocation est militaire et politique. Dès l’âge de 12 ans, il rejoint la section jeunesse du Kataeb, devenant président du cercle universitaire de 1965 à 1971. Il suit des entraînements paramilitaires dans les années 1960, formant l’escouade de Bikfaya au sein des Forces régulatrices du Kataeb.

En 1969, il est brièvement enlevé par des militants palestiniens, libéré grâce à la médiation de Kamal Joumblatt. Il crée l’escouade BG, une unité d’élite incluant des figures comme Fouad Abou Nader et Élie Hobeika, opérant indépendamment du parti. En 1976, après la mort de William Hawi lors de la bataille de Tel al-Zaatar, Bachir prend le commandement des Forces régulatrices et devient le chef militaire de la coalition chrétienne. Il démissionne temporairement du Kataeb pour protester contre l’acceptation de l’intervention syrienne, qu’il voit comme une annexion, mais sa démission est rejetée. Sous sa direction, les Forces libanaises se structurent, recevant un soutien logistique d’Israël pour contrer les Palestiniens et les Syriens.

Bachir est une figure controversée : admiré par les chrétiens pour sa défense acharnée de leurs cantons, il est accusé par les adversaires d’atrocités, comme lors du samedi noir ou de Tel al-Zaatar. Son charisme attire les jeunes recrues, mais ses méthodes impitoyables, incluant l’élimination de rivaux internes, lui valent des ennemis. En 1980, il accélère l’unification du « fusil chrétien », massacrant les Tigres à Safra en juillet pour absorber leurs forces. L’attentat du 23 février vise clairement à le déstabiliser, frappant au cœur de sa vie privée pour miner son autorité morale.

Les détails de l’attentat et les réactions immédiates

L’explosion du 23 février 1980 est minutieusement préparée. La voiture piégée, une berline ordinaire pour ne pas attirer l’attention, est garée stratégiquement près de la résidence des Gemayel. Le déclenchement à distance permet aux auteurs de s’échapper sans risque. La Mercedes, transportant Maya vers une destination non précisée – peut-être une promenade familiale –, est pulvérisée, tuant instantanément ses occupants. Parmi les victimes collatérales, des passants anonymes, des commerçants et des résidents du quartier, soulignant comment la guerre civile transforme les espaces urbains en pièges mortels.

La radio phalangiste diffuse un communiqué : « Une puissante bombe télécommandée a tué au moins huit personnes, dont la fille de 18 mois du commandant Bachir Gemayel, Maya, ainsi que son chauffeur, un garde du corps et des civils innocents. Vingt autres sont blessés. » La radio d’État confirme : « Une voiture piégée a explosé dans le quartier d’Achrafieh au passage de la Mercedes du leader phalangiste, causant un lourd bilan. » Bachir Gemayel, dans une déclaration rapportée par ses proches, exprime sa douleur : « Maya est morte en martyre de l’innocence, victime de ceux qui veulent détruire le Liban chrétien. » Les funérailles, le lendemain 24 février, rassemblent des milliers de partisans à Beyrouth-Est. Pierre Gemayel, père de Bachir et fondateur du Kataeb, assiste à l’enterrement, entouré de leaders chrétiens comme Camille Chamoun. La procession, sous haute sécurité, traverse Achrafieh, avec des discours soulignant la résistance face aux « forces de l’ombre ».

Cet attentat n’est pas isolé : il suit une série d’attaques contre des figures chrétiennes, comme l’assassinat de Tony Frangié en 1978. Les soupçons se portent sur des factions rivales – palestiniennes, syriennes ou même dissidentes chrétiennes – mais aucune revendication officielle n’émerge. Les enquêtes, menées par les autorités libanaises affaiblies, piétinent dans le chaos ambiant.

Les implications pour les Forces libanaises et les mois suivants

Dans les semaines suivant l’attentat, Bachir Gemayel renforce sa détermination. Il accélère l’unification des milices chrétiennes, intégrant les restes des Tigres après le massacre de Safra le 7 juillet 1980, où des centaines de combattants sont tués ou désarmés. Les Forces libanaises, désormais unifiées sous son commandement, comptent des milliers de combattants, équipés d’armes lourdes et organisés en unités spécialisées. Des batailles éclatent au Sud contre l’OLP, avec des raids sur les camps palestiniens, et à l’Est contre les positions syriennes.

En mai 1980, une guerre ouverte oppose les Forces libanaises aux milices druzes et musulmanes, avec des bombardements intenses sur Beyrouth. Le 17 mai, des affrontements au Sud font des dizaines de morts, illustrant l’escalade. Bachir, père endeuillé, nomme sa deuxième fille Youmna, née en 1980, en hommage à la résilience familiale. Les opérations militaires se multiplient : en novembre, deux voitures piégées explosent à Achrafieh, tuant 10 personnes et blessant 92, en représailles à des attaques internes.

Les tensions avec la Syrie culminent en 1981 avec la bataille de Zahlé, où les Forces libanaises, soutenues par l’armée libanaise, résistent à un siège syrien dans la neige, obtenant un cessez-le-feu perçu comme une victoire. Israël intensifie son soutien, fournissant armes et entraînements. En 1982, l’invasion israélienne expulse l’OLP de Beyrouth, pavant la voie à l’élection de Bachir comme président le 23 août. Mais le 14 septembre, une bombe au siège du Kataeb à Achrafieh le tue avec 26 autres, perpétrée par Habib Chartouni du Parti social nationaliste syrien.

Les dynamiques régionales persistent : les milices musulmanes, comme Amal, se renforcent au Sud, tandis que les Palestiniens réorganisent leurs bases. Les chrétiens, unis temporairement, font face à des divisions internes. Les implications immédiates de l’attentat du 23 février se traduisent par une sécurisation accrue des quartiers est, avec des checkpoints renforcés et des patrouilles nocturnes. Les familles des victimes, anonymes ou liées aux leaders, reçoivent un soutien communautaire, mais la guerre continue, avec des échanges d’artillerie quotidiens et des enlèvements croisés. En fin d’année 1980, les Forces libanaises contrôlent fermement Marounistan, le canton chrétien, défendant ses frontières contre les incursions syriennes et palestiniennes.

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