La région arabe est confrontée à des défis fiscaux sans précédent, exacerbés par des crises économiques mondiales, les conséquences de la pandémie de COVID-19, et les fluctuations climatiques. La dette publique a atteint 1,4 trillion de dollars en 2023, un bond spectaculaire par rapport aux 605 milliards en 2010. La situation est particulièrement alarmante pour les pays à revenu faible et intermédiaire où la dette dépasse souvent 90 % du PIB, menaçant la stabilité économique et sociale.
Les coûts de la dette, alimentés par des taux d’intérêt élevés et des conditions de financement défavorables, absorbent une part croissante des recettes publiques. Par exemple, dans les pays à revenu intermédiaire, les coûts de service de la dette représentaient 15 % des revenus en 2023, contre 7 % en 2010. Cette tendance limite gravement la capacité des gouvernements à investir dans des secteurs clés comme la santé, l’éducation et les infrastructures.
Une fiscalité inefficace et inéquitable
Le rapport met en lumière les inefficacités fiscales qui aggravent les contraintes budgétaires. Avec des recettes fiscales représentant seulement 8 % du PIB en 2020, la région reste bien en deçà des standards mondiaux. Les systèmes fiscaux sont dominés par des taxes indirectes, souvent régressives, qui alourdissent le fardeau des ménages à faible revenu. Les impôts sur le revenu et la fortune, pourtant essentiels pour une fiscalité équitable, restent sous-exploités. Selon l’ESCWA, une augmentation des impôts directs à 6 % du PIB, alignée sur les moyennes mondiales, pourrait générer 14 milliards de dollars supplémentaires.
Optimisation de la dette : une stratégie incontournable
Face à ces défis, l’optimisation de la dette est une priorité absolue. Cette stratégie vise à réduire les coûts de financement tout en maximisant les contributions de la dette au développement durable. Des outils innovants, tels que les obligations vertes et les échanges dette-développement, offrent des opportunités prometteuses. Ces instruments permettent de mobiliser des capitaux tout en soutenant des projets alignés sur les objectifs climatiques et sociaux.
Le rapport estime que des économies substantielles peuvent être réalisées en réduisant les coûts d’intérêt grâce à un meilleur accès à des financements concessionnels et à des réformes des méthodologies de notation de crédit. Par exemple, en 2023, les économies potentielles sur les paiements d’intérêt pour les pays à revenu intermédiaire pourraient atteindre 4 milliards de dollars si les taux d’intérêt étaient alignés sur les normes des marchés émergents.
Repenser les dépenses publiques
L’efficacité des dépenses publiques est un autre levier clé pour élargir l’espace fiscal. Actuellement, seulement 7,6 % du PIB sont consacrés aux dépenses sociales dans la région arabe, contre une moyenne mondiale de 18,2 %. Le rapport propose des mesures pour rationaliser les subventions, améliorer la transparence et renforcer les investissements dans des secteurs prioritaires. Une meilleure allocation des ressources pourrait libérer jusqu’à 100 milliards de dollars, soit 3 % du PIB régional.
Le rôle des réformes internationales
L’ESCWA souligne l’importance des réformes internationales pour soutenir les efforts nationaux. Les négociations en cours sur une convention fiscale internationale et les initiatives comme la suspension du service de la dette du G20 pourraient offrir un répit nécessaire. Toutefois, des actions plus ambitieuses sont nécessaires pour rendre le système financier mondial plus équitable et aligné sur les objectifs des pays en développement.
Un agenda en sept points pour l’avenir
Le rapport propose une feuille de route en sept points pour renforcer la résilience budgétaire et stimuler le développement durable :
- Optimiser les portefeuilles de dettes grâce à une gestion prudente.
- Renforcer les capacités institutionnelles pour une meilleure gestion des finances publiques.
- Réformer le système financier international pour améliorer l’accès aux financements concessionnels.
- Promouvoir les instruments de financement innovants, tels que les obligations vertes.
- Améliorer l’efficacité de la mobilisation des ressources nationales.
- Rationaliser les dépenses publiques pour maximiser leur impact.
- Fournir un soutien spécifique aux pays en conflit ou à faible revenu.
Perspectives d’avenir
En intégrant ces recommandations, la région arabe pourrait ouvrir un espace fiscal de 120 milliards de dollars par an, offrant une opportunité unique de transformer les défis en catalyseurs de développement. Ce plan ambitieux exige des efforts concertés entre acteurs nationaux et internationaux pour construire une région plus durable et équitable.
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