samedi, février 21, 2026

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LA FONDATION DU MONOTHEISME : LA NAISSANCE DU ZOROASTRISME

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Il n’y a pas eu de tonnerre, pas de montagne sacrée, pas de peuple rassemblé autour d’une loi gravée dans la pierre. Le zoroastrisme ne commence pas par un événement spectaculaire. Il commence par un refus. Le refus de considérer que la violence est sacrée, que le mensonge est nécessaire, que les dieux se nourrissent du sang et de la peur des hommes. Il apparaît dans un monde ancien, rude, instable, où les sociétés indo-iraniennes vivent de l’élevage, du combat et du sacrifice. Un monde de tribus, de pasteurs et de guerriers, soumis aux sécheresses, aux conflits, aux rivalités permanentes. Un monde où la religion ne sert pas à éclairer la conscience, mais à justifier la force.

Nous sommes probablement entre le deuxième et le premier millénaire avant notre ère, bien avant les grands empires perses. Le lieu n’est pas la Perse monumentale que l’on imagine parfois, mais les marges orientales de l’Iran ancien, vers la Bactriane, la Sogdiane, l’Asie centrale actuelle. Des territoires ouverts, sans centres politiques puissants, où l’ordre social est fragile et où la survie dépend autant de la cohésion morale que de la force physique. C’est dans cet espace sans temples imposants ni institutions solides qu’émerge une voix singulière : celle de Zarathoustra.

Ce qui frappe dans l’apparition du zoroastrisme, c’est qu’il ne répond pas à une conquête, à une défaite ou à un bouleversement politique précis. Il répond à une crise plus profonde, plus silencieuse : une crise de sens. La religion traditionnelle de ces sociétés repose sur des sacrifices sanglants, sur l’invocation de divinités multiples censées garantir la victoire, la richesse ou la domination. Les prêtres et les chefs guerriers se renforcent mutuellement. La violence est non seulement acceptée, mais sacralisée. Le mensonge devient une arme légitime. Le monde est gouverné par la peur des dieux autant que par celle des hommes.

Le zoroastrisme surgit comme une contestation frontale de cet ordre. Il ne nie pas le sacré, il le déplace. Il affirme qu’il n’existe pas une multitude de puissances capricieuses, mais un principe unique, identifié à la sagesse et à la vérité. Il affirme surtout que le mal n’est pas une fatalité divine, mais une falsification du réel. Le mensonge n’est plus sacré, il devient l’ennemi. La violence n’est plus justifiée par le rite, elle devient un signe de désordre. Et surtout, l’homme n’est plus un simple exécutant des volontés divines : il devient responsable.

C’est là que se produit la rupture décisive. Pour la première fois dans l’histoire religieuse, le salut du monde dépend explicitement des choix humains. Penser juste, dire juste, agir juste : cette triple exigence n’est pas un idéal abstrait, elle est présentée comme la condition même de l’ordre cosmique. Le monde n’est pas maintenu par des sacrifices, mais par la vérité vécue. Dieu n’impose pas la justice, il attend que l’homme la fasse advenir. Ce déplacement est radical. Il enlève à la religion sa fonction d’alibi. Il empêche de se cacher derrière les rites, derrière les dieux, derrière la tradition.

Le zoroastrisme naît donc à la suite d’une crise morale avant d’être une innovation théologique. Il répond à un monde devenu invivable parce que le mensonge y est devenu normal. Il ne promet pas la paix immédiate, il promet la justesse. Il ne garantit pas la victoire, il exige la fidélité à la vérité, même lorsque cela coûte. Cette exigence explique pourquoi le message de Zarathoustra ne se diffuse pas immédiatement. Il est contesté, marginalisé, parfois persécuté. Il s’oppose trop frontalement aux intérêts des élites religieuses et guerrières.

Ce n’est que plus tard, lorsque les Perses bâtissent un empire, que certaines de ces idées trouvent un relais politique. Mais même alors, le zoroastrisme ne devient jamais une religion de conquête. Il ne force pas l’adhésion, il ne détruit pas les cultes locaux. Il propose une vision morale du pouvoir : le roi n’est légitime que s’il combat le mensonge et protège l’ordre juste. Cette conception influencera profondément les civilisations ultérieures, souvent sans être nommée.

Ce qui rend l’apparition du zoroastrisme si singulière, c’est qu’elle ne repose ni sur une loi imposée, ni sur une incarnation divine, ni sur une soumission absolue. Elle repose sur une confiance risquée dans la conscience humaine. Elle suppose que l’homme est capable de reconnaître la vérité et de s’y tenir. Elle refuse de faire de Dieu un refuge contre la responsabilité. En ce sens, le zoroastrisme n’est pas seulement une religion ancienne. Il est une expérience fondatrice : celle du moment où la sacrée cesse d’être une justification de la violence et devient une exigence adressée à la liberté humaine.

Peut-être est-ce pour cela que cette religion, née loin des centres du pouvoir, continue de hanter silencieusement l’histoire. Elle rappelle que le mal n’est jamais une nécessité cosmique, mais un choix toléré. Que le monde ne s’effondre pas par manque de dieux, mais par manque de vérité vécue. Et que, bien avant les grandes lois, les grandes Églises et les grandes révélations, il a existé une parole simple et redoutable : le monde dépend aussi de ce que tu fais de la vérité.

Et c’est précisément cette absence de clôture qui fait la singularité du zoroastrisme. Il ne se termine pas parce qu’il n’a jamais promis une fin qui dispense de vivre. Il n’a pas offert de solution finale, ni de paix définitive, ni de réconciliation automatique. Il a laissé le monde ouvert, vulnérable, exposé à la liberté humaine. Cette ouverture est lourde à porter. Elle prive l’homme de l’excuse du destin et de l’abri du rite. Elle lui retire la possibilité de dire : « cela ne dépend pas de moi ». Dans la vision mazdéenne, tout dépend toujours un peu de l’homme, et c’est précisément ce « un peu » qui engage tout.

Avec le temps, les sociétés humaines ont cherché à se protéger de cette exigence. Elles ont bâti des lois, des institutions, des dogmes, des hiérarchies. Elles ont transformé la vérité en norme, puis la norme en identité. Ce mouvement était sans doute inévitable. Une civilisation ne peut pas vivre longtemps dans la pure tension morale. Elle a besoin de cadres, de règles, de médiations. Mais à chaque fois que ces cadres se substituent à la conscience, quelque chose se perd. Le zoroastrisme, lui, n’a jamais cessé de rappeler ce point aveugle : aucune structure ne peut remplacer la justesse intérieure.

C’est peut-être pour cela qu’il n’a jamais totalement disparu, même lorsqu’il a cessé d’être central. Il est resté comme une voix basse, presque gênante, qui murmure sous les grandes constructions religieuses. Une voix qui ne dit pas : « tu as mal cru », mais : « as-tu été juste ? ». Une voix qui ne demande pas ce que l’on proclame, mais ce que l’on tolère. Car dans cette tradition, le mal ne commence pas par le crime, mais par l’acceptation du mensonge. Par la petite trahison consentie. Par l’arrangement intérieur qui permet de continuer sans se regarder.

À mesure que l’histoire avance, cette intuition devient paradoxalement plus actuelle. Dans un monde où la technique, les systèmes et les idéologies permettent de diluer la responsabilité, la vision mazdéenne apparaît presque comme une provocation. Elle refuse la déresponsabilisation collective. Elle refuse aussi la pure indignation morale qui dispense d’agir. Elle rappelle que le monde n’est jamais injuste par abstraction, mais par accumulation de renoncements concrets. Et que le bien, inversement, n’est jamais spectaculaire. Il est discret, fragile, souvent invisible. Il tient dans une parole qui n’a pas menti, dans un acte qui n’a pas triché, dans un choix qui a refusé la facilité.

Ce que Zarathoustra a posé, au fond, ce n’est pas une religion parmi d’autres. C’est une ligne de fracture qui traverse toutes les religions, toutes les cultures, toutes les époques. D’un côté, la tentation de confier le monde à autre chose que soi : à Dieu, à la loi, à l’histoire, au système. De l’autre, l’acceptation silencieuse de cette vérité inconfortable : le monde ne tient que si quelqu’un accepte de le tenir juste. Cette ligne ne disparaît jamais. Elle se déplace. Elle se cache. Elle revient.

Et peut-être est-ce là la véritable suite du texte, et de la tradition qu’il évoque. Non pas une conclusion, mais une transmission. Le passage d’une parole ancienne à une question toujours présente. Une question qui ne cherche pas de réponse théorique, mais une incarnation. Tant que cette question continue de travailler les consciences, tant qu’elle empêche de dormir trop tranquillement, tant qu’elle résiste à la facilité des explications toutes faites, le zoroastrisme n’a pas dit son dernier mot. Il n’en dira jamais un dernier, parce qu’il ne s’adresse pas à l’histoire, mais à ce point précis où une conscience choisit — ou non — de ne pas trahir la vérité.

Voici la frise chronologique, avec superposition claire entre religions et empires

Lecture de la frise — La ligne supérieure indique l’apparition ou la structuration des grandes religions monothéistes : le zoroastrisme (≈ 1200 av. J.-C.), le judaïsme (structuration ≈ 1000 av. J.-C.), le christianisme (≈ 30 apr. J.-C.) et l’islam (≈ 610 apr. J.-C.). Elle montre que le zoroastrisme précède l’ensemble des monothéismes ultérieurs et apparaît avant toute constitution impériale perse. La ligne inférieure présente la chronologie politique dominante : empires mésopotamiens (Assyrie, Babylone), empire achéménide (Cyrus–Darius), empire romain, empire byzantin et califat islamique. La superposition des deux lignes permet de visualiser le contexte politique dans lequel chaque religion naît et se diffuse. Il en ressort que le zoroastrisme naît hors empire, comme révolution morale avant toute idéologie d’État ; que le judaïsme se structure sous pression impériale, notamment lors de l’exil babylonien ; que le christianisme naît au cœur de l’Empire romain avant de devenir religion impériale ; et que l’islam apparaît avec une structuration politico-religieuse immédiate. La frise met ainsi en évidence une trajectoire historique où le mazdéisme constitue la matrice morale la plus ancienne, tandis que les monothéismes ultérieurs émergent dans des cadres impériaux de plus en plus structurés, expliquant leurs orientations respectives : philosophique et éthique pour le zoroastrisme, historico-légale pour le judaïsme, salvifique et impérialisable pour le christianisme, normative et étatique pour l’islam.

HÉRACLITE ET CYRUS : LA RENCONTRE QUI N’A PAS EU LIEU, MAIS QUI A LIEU TOUJOURS

On raconte — ou plutôt on peut imaginer — que Héraclite d’Éphèse refusa longtemps toute rencontre avec le pouvoir. Il méprisait les foules, se tenait à l’écart des assemblées, et se défiait des hommes qui gouvernent par les lois plutôt que par la compréhension du Logos. Pour lui, la plupart vivaient comme endormis, prisonniers de leurs opinions, sourds à ce qui se dit dans le feu même du réel.

Cyrus le Grand, lui, avançait autrement. Il bâtissait un empire, mais un empire étrange : sans destruction systématique des cultes, sans écrasement des peuples, sans volonté d’uniformiser les âmes. Il gouvernait en laissant être. Il ne prétendait pas créer l’ordre par la violence seule, mais le préserver par une justice plus large que la loi d’un seul peuple. Ce n’est pas un hasard si, plus tard, les Judéens verront en lui un « oint » paradoxal, un roi païen au service d’un ordre plus grand que lui.

Imaginons donc que Cyrus, lors d’un passage en Ionie, ait entendu parler de cet homme sombre et solitaire, qui parlait du feu, du devenir, et de l’unité des contraires. On lui dit que ce philosophe refuse les honneurs, qu’il se moque des rois, qu’il ne cherche ni disciples ni pouvoir. Cyrus, intrigué, ne convoque pas Héraclite. Il le fait chercher sans ordre, sans promesse. Il le rencontre comme on rencontre un égal, non comme on reçoit un sujet.

La scène n’a pas lieu dans un palais, mais à l’écart, peut-être près d’un temple désert, peut-être au bord d’un fleuve. Cyrus parle de l’empire, de la difficulté de maintenir l’ordre sans étouffer les peuples. Héraclite l’écoute à peine. Puis il répond, sans flatterie : « Ce que tu appelles ordre n’est qu’un équilibre provisoire. Le monde ne tient pas par la stabilité, mais par la tension. Comme l’arc et la lyre. »

Cyrus ne se vexe pas. Il comprend. Il a vu assez de royaumes s’effondrer pour savoir que la fixité est une illusion. Alors il pose la seule question qui compte : comment gouverner sans trahir ce qui est ? Héraclite ne propose pas de lois, ni de réformes, ni de doctrines. Il parle du Logos, de cette parole commune que presque personne n’entend, de cette vérité qui ne se possède pas mais à laquelle on peut se rendre disponible. Il dit que le feu juge, non les hommes, et que celui qui gouverne doit apprendre à ne pas s’interposer entre le monde et ce qu’il devient.

Alors Cyrus, dit-on dans ce récit, lui propose de travailler pour lui. Pas comme conseiller, pas comme ministre, pas comme législateur. Il lui propose quelque chose de plus rare : travailler pour la vérité de l’Être, au sens où le pouvoir peut soit l’obscurcir, soit lui faire place. Héraclite refuse. Non par orgueil, mais par fidélité. Il sait que la vérité se retire dès qu’on veut l’instrumentaliser. Il préfère rester en marge, là où le feu peut encore être regardé sans être utilisé.

Cyrus accepte ce refus. Et c’est peut-être là que se trouve la vérité de cette rencontre imaginaire. Le philosophe ne sert pas le roi. Le roi, s’il est juste, sert la possibilité pour la vérité de ne pas être étouffée. Héraclite retourne à sa solitude. Cyrus retourne à l’histoire. L’un pense le devenir. L’autre tente de ne pas l’empêcher.

Historiquement, ils ne se sont sans doute jamais vus. Mais philosophiquement, ils se sont rencontrés là où se rencontrent tous les grands : dans cette ligne fragile où le pouvoir accepte de ne pas se prendre pour l’Être, et où la pensée refuse de se vendre au monde. C’est peut-être cela, au fond, travailler pour la vérité de l’Être : ne pas la représenter, ne pas la posséder, mais ne pas lui faire obstacle.

L’AVESTA ET LA FORMATION DU MONOTHÉISME MAZDÉEN : TEXTE, STRUCTURE ET INFLUENCE HISTORIQUE

Résumé

La religion mazdéenne, ou zoroastrisme, constitue l’une des plus anciennes formes de monothéisme éthique connues. Son corpus sacré, l’Avesta, joue un rôle comparable — quoique non équivalent — à celui de la Bible dans les traditions abrahamiques. Cet article analyse la nature textuelle de l’Avesta, ses principales composantes, sa vision morale et cosmique, ainsi que son influence décisive sur le judaïsme post-exilique, le christianisme et l’islam. Il montre que le zoroastrisme fonde une conception originale du salut, reposant sur la responsabilité morale humaine devant la Vérité (Asha), plutôt que sur l’obéissance à une loi ou la seule grâce divine.

Le zoroastrisme dans l’histoire des monothéismes

La religion mazdéenne, traditionnellement associée au prophète Zarathoustra, apparaît dans l’espace irano-aryen entre le IIᵉ et le Ier millénaire avant notre ère. Elle constitue une rupture majeure avec les polythéismes indo-iraniens fondés sur le sacrifice et la crainte des divinités. Le zoroastrisme propose une vision morale du monde dans laquelle l’homme est appelé à coopérer activement avec le principe divin de Vérité et d’Ordre cosmique. Cette religion repose sur un corpus sacré, l’Avesta, qui constitue le fondement doctrinal, rituel et éthique du mazdéisme.

L’Avesta : nature et statut du texte sacré

L’Avesta n’est pas un livre unique, mais un ensemble de textes sacrés transmis pendant plusieurs siècles par voie orale avant leur mise par écrit. Il remplit néanmoins une fonction analogue à celle des Écritures dans les monothéismes ultérieurs : il définit la vision du monde, la relation à Dieu, la morale et les pratiques religieuses. À ce titre, il peut être comparé, avec prudence, à la Bible hébraïque ou au canon védique indien, davantage qu’à la Bible chrétienne, en raison de son caractère composite et non narratif.

Les grandes parties de l’Avesta

Les Gathas

Les Gathas constituent la partie la plus ancienne et la plus sacrée de l’Avesta. Il s’agit d’hymnes poétiques attribués directement à Zarathoustra, rédigés en avestique ancien. Elles forment le noyau théologique du zoroastrisme. On y trouve l’affirmation du combat entre la Vérité (Asha) et le Mensonge (Druj), la liberté morale de l’homme, et la responsabilité individuelle devant l’ordre cosmique. Le mal n’y est pas conçu comme une force éternelle, mais comme une déviation ontologique appelée à disparaître.

Le Yasna

Le Yasna est le texte liturgique central du zoroastrisme. Il organise la récitation rituelle et intègre les Gathas en leur donnant une fonction cultuelle. Il montre que la dimension éthique du zoroastrisme est indissociable d’une pratique religieuse communautaire.

Les Yashts

Les Yashts sont des hymnes dédiés aux entités divines et aux forces cosmiques participant à l’ordre du monde. Ils introduisent une dimension mythologique et symbolique plus développée, sans remettre en cause le primat moral affirmé dans les Gathas.

Le Vendidad

Le Vendidad rassemble des prescriptions juridiques et rituelles relatives à la pureté, à la médecine, au corps et à la mort. Il représente la dimension normative du mazdéisme, tout en restant subordonné à l’objectif fondamental de lutte contre le mensonge et le chaos.

Le Zend

Le Zend désigne les commentaires et interprétations de l’Avesta, rédigés en moyen-perse. Il témoigne de la conscience herméneutique précoce du zoroastrisme et de la nécessité d’interpréter un corpus ancien et complexe.

L’Avesta est-il une « Bible » ?

La comparaison entre l’Avesta et la Bible est à la fois légitime et limitée. L’Avesta est bien un texte révélé, central dans la foi, et fondateur d’une vision morale et cosmique. Toutefois, il ne constitue pas un récit continu de salut ni l’histoire sacrée d’un peuple. Sa structure poétique, liturgique et juridique, ainsi que sa transmission orale prolongée, le rapprochent davantage des Védas que des Écritures chrétiennes.

Influence historique du zoroastrisme

Le mazdéisme a exercé une influence déterminante sur les monothéismes ultérieurs. Le judaïsme post-exilique, en particulier après le contact avec l’Empire perse achéménide, intègre des concepts zoroastriens tels que le jugement dernier, les anges et démons, l’eschatologie et une vision morale universelle. Le christianisme développe ces thèmes dans une perspective salvifique centrée sur la grâce, tandis que l’islam les intègre dans une vision juridique et eschatologique fortement structurée. Le zoroastrisme apparaît ainsi comme l’une des matrices intellectuelles majeures du monothéisme.

Le zoroastrisme repose sur un corpus sacré central, l’Avesta, dont le cœur spirituel est constitué par les Gathas. Sa vision religieuse est profondément morale : le monde n’est pas sauvé par la seule volonté divine, mais par la coopération entre Dieu et l’homme dans la Vérité. Cette conception fait du mazdéisme un monothéisme éthique fondé sur la responsabilité humaine, dont l’influence dépasse largement son nombre historique d’adeptes et continue de structurer la pensée religieuse occidentale et moyen-orientale.

Voici une table de décision comparative, pensée comme un outil d’analyse interne au monothéisme, et non comme un tableau apologétique.
Elle met en évidence les logiques profondes de décision, de salut, de responsabilité et de rapport à Dieu dans le mazdéisme, le judaïsme, le christianisme et l’islam.

TABLE DE DÉCISION COMPARATIVE DES MONOTHÉISMES

(Logique théologique, morale et existentielle)

Critère structurantMazdéismeJudaïsmeChristianismeIslam
Figure fondatriceZarathoustra (prophète-philosophe)Moïse (législateur-prophète)Jésus (Messie incarné)Muhammad (prophète-législateur)
Nature du monothéismeÉthique et ontologiqueAlliance historiqueIncarnation salvatriceSouveraineté absolue
Principe centralVérité (Asha)Loi (Torah)Amour / Grâce (Agapè)Loi divine (Sharî‘a)
Rapport fondamental à DieuCoopérationAllianceFiliationSoumission
Rôle de l’hommeCo-créateurmoral du mondeGardien de l’AlliancePécheur rachetableServiteur obéissant
Liberté humainePremière et décisiveEncadrée par la LoiLibérée par la GrâceSubordonnée à la Volonté divine
Origine du MalMensonge ontologiqueDésobéissancePéchéRefus de Dieu
Statut du MalNon éternel, réparableMoral et historiqueSpirituel et universelMoral et eschatologique
Symétrie Bien / MalAsymétrique (le Bien l’emporte)AsymétriqueAsymétriqueAsymétrique
SalutJustesse vécueFidélité à la LoiGrâce divineObéissance fidèle
Critère de jugementPensée – Parole – ActeObservance et justiceFoi agissanteActes et intention
Responsabilité individuelleTotale et directeForte mais collectiveForte mais médiée par la grâceForte mais légalement encadrée
Responsabilité collectiveSecondaireCentrale (peuple)Spirituelle (Église)Centrale (Umma)
Peuple éluAucunOuiDépassement de l’électionCommunauté des croyants
ClergéMinimal, non hiérarchiqueInstitutionnaliséFortement institutionnaliséSavants religieux (oulémas)
Texte sacréAvesta (corpus)Bible hébraïqueBible (Ancien + Nouveau)Coran
Structure du textePoétique, liturgique, juridiqueNarrative et juridiqueNarrative, théologiquePrescriptive et normative
Transmission initialeOrale longueÉcrite et oraleÉcrite + traditionOrale puis écrite
Vision du tempsLinéaire, orientée vers réparationHistorique et messianiqueLinéaire, eschatologiqueLinéaire, eschatologique
Jugement dernierOuiOui (post-exilique)CentralCentral
Paradis / EnferOuiOui (tardif)OuiOui
Anges / DémonsStructurantsDéveloppés tardivementTrès développésTrès développés
MessianismeSauveur eschatologique (Saoshyant)Messie attenduMessie accompliJésus messie, non divin
Rapport à la LoiSubordonnée à la VéritéCentraleDépassée par l’amourCentrale et exhaustive
Rapport à la peurRefus de la peur religieuseCrainte respectueuseDépassement par l’amourCrainte révérencielle
Religion de…ResponsabilitéOrdre et justiceRédemptionDiscipline et obéissance
Risque interne majeurExigence trop élevéeLégalismeDéresponsabilisation par la grâceRigidité juridique
Type de spiritualitéPhilosophique et éthiqueHistorico-juridiqueIntériorisée et salvifiqueNormative et communautaire

Lecture décisionnelle (clé d’interprétation)

• Mazdéisme : décision morale avant la loi → l’homme est partenaire de Dieu

• Judaïsme : décision morale dans la loi → l’homme est allié par l’Alliance

• Christianisme : décision morale transformée par la grâce → l’homme est sauvé

• Islam : décision morale soumise à la loi divine → l’homme est serviteur

Conclusion synthétique

Tous sont monothéistes, mais le point de départ diffère :

• le mazdéisme commence par la vérité

• le judaïsme par la loi

• le christianisme par l’amour

• l’islam par la volonté divine

Le mazdéisme est le seul où Dieu ne sauve pas sans l’homme,
et où la religion commence non par l’obéissance, mais par la lucidité morale.


Voici une table de décision comparative pondérée, avec coefficients par critère, conçue comme un outil d’arbitrage conceptuel interne au monothéisme.
Les coefficients mesurent l’importance structurante du critère (et non une préférence idéologique).

TABLE COMPARATIF PONDÉRÉE DES MONOTHÉISMES

Échelle des coefficients (poids du critère)

• 5 = Critère fondamental (structurant la vision du monde)

• 4 = Très structurant

• 3 = Structurant

• 2 = Secondaire

• 1 = Périphérique

Les notations qualitatives indiquent le degré de centralité réelle du critère dans chaque religion.

CRITÈRES THÉOLOGIQUES ET EXISTENTIELS MAJEURS

CritèreCoeff.MazdéismeJudaïsmeChristianismeIslam
Principe central (Vérité / Loi / Amour / Volonté)5Vérité (noyau absolu)Loi (noyau)Amour-Grâce (noyau)Volonté divine (noyau)
Liberté humaine5Primordiale, condition du salutEncadrée par la LoiLibérée par la grâceSubordonnée
Responsabilité individuelle5Totale, non délégableForteRéelle mais médiéeRéelle mais légale
Origine du Mal5Mensonge ontologiqueDésobéissancePéchéRefus de Dieu
Symétrie Bien / Mal4Asymétrique (Bien supérieur)AsymétriqueAsymétriqueAsymétrique
Salut (mode)5Justesse vécueFidélité à la LoiGrâceObéissance
Critère du Jugement5Pensée–Parole–ActeLoi + justiceFoi agissanteActes + intention
Rapport fondamental à Dieu5CoopérationAllianceFiliationSoumission

CRITÈRES SCRIPTURAIRES ET INSTITUTIONNELS

CritèreCoeff.MazdéismeJudaïsmeChristianismeIslam
Nature du texte sacré4Corpus poétique & rituelLoi + récitRécit + théologieTexte normatif
Centralité de la Loi4Subordonnée à la VéritéCentraleRelativiséeCentrale
Clergé / médiation3FaibleInstitutionnaliséFortSavants religieux
Peuple élu / communauté élue4AucunOuiDépassementUmma
Universalité explicite3Morale universelleProgressiveUniverselleUniverselle
Transmission orale initiale2Très longueMixteMixteFondatrice

CRITÈRES COSMOLOGIQUES ET ESCHATOLOGIQUES

CritèreCoeff.MazdéismeJudaïsmeChristianismeIslam
Vision du temps4Linéaire réparatriceHistoriqueEschatologiqueEschatologique
Jugement dernier4CentralTardif mais centralCentralCentral
Paradis / Enfer3PrésentsPrésentsPrésentsPrésents
Anges / démons3StructurantsDéveloppés tardTrès développésTrès développés
Messianisme3Saoshyant(réparateur)Messie attenduMessie accompliJésus messie non divin

Si l’on agrège les critères à coefficient 5 (fondamentaux) :

• Mazdéisme :
→ Dominance responsabilité + vérité + liberté
→ Modèle éthique et ontologique

• Judaïsme :
→ Dominance loi + alliance + justice collective
→ Modèle historico-juridique

• Christianisme :
→ Dominance amour + grâce + intériorité
→ Modèle salvifique

• Islam :
→ Dominance volonté divine + loi + obéissance
→ Modèle normatif et communautaire

À poids égal des critères fondamentaux :

• Le mazdéisme maximise la responsabilité individuelle

• Le judaïsme maximise la cohérence collective par la Loi

• Le christianisme maximise la réparation par la grâce

• L’islam maximise la stabilité par la soumission normative

Seul le mazdéisme place la Vérité avant la Loi, avant l’Amour, avant l’Obéissance,
ce qui explique à la fois :

• son influence intellectuelle immense

• et son incapacité structurelle à devenir une religion de masse

Voici une comparaison structurante entre Zarathoustra et les grandes figures issues des monothéismes historiques — non pour opposer, mais pour situer l’origine du geste spirituel.

Comparaison fondatrice : vérité, loi, salut

Zarathoustra (Mazdéisme)

• Centre : la Vérité (Asha)

• Relation à Dieu : coopération

• Salvation : par la justesse intérieure

• Clé : penser – dire – agir juste

• Dieu ne sauve pas à la place de l’homme

• Le Mal est une erreur ontologique, non une fatalité

Dieu a besoin de l’homme pour que le monde soit réparé.

Moïse (Judaïsme)

• Centre : la Loi (Torah)

• Relation à Dieu : alliance

• Salvation : fidélité au pacte

• Le Mal est désobéissance

• La justice est historique et collective

Dieu donne la Loi pour ordonner un peuple.

Jésus (Christianisme)

• Centre : l’Amour (Agapè)

• Relation à Dieu : filiation

• Salvation : grâce

• Le Mal est péché, mais rachetable

• Déplacement radical vers l’intériorité

Dieu descend dans la chair pour sauver l’homme.

Muhammad (Islam)

• Centre : la Loi révélée (Sharî‘a)

• Relation à Dieu : soumission (islām)

• Salvation : obéissance

• Le Mal est refus de Dieu

• Vision très cosmique et juridique

Dieu commande, l’homme se conforme.

Tableau synthétique

FigureAxe centralRapport à DieuSalut
ZarathoustraVéritéCoopérationJustesse vécue
MoïseLoiAllianceFidélité
JésusAmourFiliationGrâce
MuhammadLoi divineSoumissionObéissance

Ce qui rend le mazdéisme unique

• Pas de peuple élu

• Pas de clergé dominateur

• Pas de salut automatique

• Une éthique universelle, rationnelle, existentielle

C’est une religion sans infantilisation spirituelle.

Phrase-clef (gathique)

Le monde n’est pas sauvé par Dieu seul,
mais par Dieu et l’homme unis dans la Vérité.

Bibliographie sélective

1. Boyce, Mary. Zoroastrians: Their Religious Beliefs and Practices. Routledge, 2001.

2. Boyce, Mary. A History of Zoroastrianism, Vol. I–III. Brill, 1975–1991.

3. Duchesne-Guillemin, Jacques. La religion de l’Iran ancien. Presses Universitaires de France, 1962.

4. Gnoli, Gherardo. Zoroaster’s Time and Homeland. Istituto Italiano per il Medio ed EstremoOriente, 1980.

5. Zaehner, R. C. The Dawn and Twilight of Zoroastrianism. Weidenfeld & Nicolson, 1961.

6. Shaked, Shaul. Dualism in Transformation: Varieties of Religion in Sasanian Iran. SOAS, 1994.

7. Hinnells, John R. Zoroastrianism and the Parsis. Routledge, 2005.

Sitographie

• Encyclopaedia Iranica – Zoroastrianism: https://iranicaonline.org

• British Library – Zoroastrian Manuscripts: https://www.bl.uk

• Avesta.org – Textes et traductions: https://www.avesta.org

• Université de Chicago – Oriental Institute: https://oi.uchicago.edu

• Stanford Encyclopedia of Philosophy – Zoroastrianism: https://plato.stanford.edu

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Bernard Raymond Jabre
Bernard Raymond Jabre
Bernard Raymond Jabre, Etudes scolaires à Jamhour puis à l’Ecole Gerson à Paris, continua ses études d’économie et de gestion licence et maitrise à Paris -Dauphine où il se spécialise dans le Master « Marchés Financiers Internationaux et Gestion des Risques » de l’Université de Paris - Dauphine 1989. Par la suite , Il se spécialise dans la gestion des risques des dérivés des marchés actions notamment dans les obligations convertibles en actions et le marché des options chez Morgan Stanley Londres 1988 , et à la société de Bourse Fauchier- Magnan - Paris 1989 à 1991, puis il revint au Liban en 1992 pour aider à reconstruire l’affaire familiale la Brasserie Almaza qu’il dirigea 11 ans , puis il fonda en 2003 une société de gestion Aleph Asset Management dont il est actionnaire à 100% analyste et gérant de portefeuille , de trésorerie et de risques financiers internationaux jusqu’à nos jours.

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